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Orgueil & Préjugés et Zombies de Seth Grahame-Smith & Jane Austen


2014 Editions Pocket

Française Langue française – 349 pages | Traduit par Laurent Bury – Sortie : 9 Janvier 2014
Temps de lecture : 5 jours

Note **

Synopsis

Pour la famille Bennet, qui compte cinq filles à marier, l’arrivée de deux jeunes et riches célibataires dans le voisinage est une aubaine: enfin, des cœurs à prendre, et des bras supplémentaires pour repousser les zombies qui prolifèrent dans la région ! Mais le sombre Mr Darcy saura-t-il vaincre le mépris d’Elizabeth, et son ardeur au combat ? Les innommables auront-ils raison de l’entraînement des demoiselles Bennet? Les sœurs de Mr Bingley parviendront-elles à le dissuader de déclarer ses sentiments à Jane? Surtout, le chef-d’œuvre de Jane Austen peut-il survivre à une attaque de morts-vivants ?

La sortie de l’adaptation ciné m’a donné envie de lire cette réécriture très décriée sur la blogosphère (et ailleurs) même si, pour être honnête, ni la couverture et encore moins le résumé, ne m’attiraient vraiment.

Les critiques sont assez virulentes envers ce livre. Je le serai un peu moins. Cette réécriture de l’œuvre culte est une pochade, pas très finaude, j’en conviens tout à fait, qui assume sa médiocrité de ton et son mauvais goût et n’a d’autre but que d’amuser. Un texte pour rire qui ne se prend pas au sérieux. Il faut le lire comme tel, et l’on se surprendra à sourire parfois…Car c’est parfois tellement mauvais que c’en est drôle ! Certaines scènes atteignent le comble du ridicule et tous les personnages sont tournés en dérision, au moins une fois au cours de l’intrigue. J’en veux pour preuve le personnage d’Elizabeth Bennet, si éloignée des fondamentaux de l’original, qu’on ne la reconnaît pas du tout. Et ne parlons pas de Lady Catherine de Bourgh, la tueuse émérite de Zombies (!) C’est pour le moins déroutant.

Néanmoins, moi qui m’attendais à détester ce roman, je me suis surprise à trouver cette réécriture assez sympa dans l’ensemble. Pourquoi, vous étonnerez-vous ? Certainement parce que je n’avais aucune attente particulière en le commençant. En fait, je pensais même que ce serait beaucoup plus nul que ça ne l’est en réalité. Certains passages sont amusants, les clins d’œil savoureux. L’humour (potache) naît du décalage entre l’époque victorienne si attachée aux règles de bienséance et le désordre inconvenant qu’y sème ces affreux zombies.
Mais ce qui rachète véritablement ce roman imparfait à mes yeux, c’est son auto-dérision assumée. Il ne se prend pas du tout au sérieux, pas plus que l’auteur. Ce qui rend cette réécriture attachante. On a l’impression de lire un hommage facétieux, irrévérencieux et maladroit.

Pour apprécier ce roman, je crois qu’il faut posséder une bonne dose de recul, de détachement mais SURTOUT énormément de second degré. C’est le meilleur moyen de ne pas être déçue. En ce qui me concerne, bien qu’inconditionnelle de Jane Austen, je ne considère pas cette réécriture comme scandaleuse ou infâmante. J’ai lu des choses bien plus innommables et offensantes envers la littérature (Fifty shades of Grey pour n’en citer qu’un).

On ne peut nier que cette petite farce est divertissante. Un vrai petit plaisir coupable. De plus, sa rédaction part d’une bonne intention : faire connaître l’œuvre aux nouvelles générations.
J’ajouterai que Jane Austen, réputée pour son grand sens de l’humour, aurait sans doute beaucoup ri de cette idée saugrenue de zombies victoriens!

Certes, ça ne vole pas haut, l’auteur se permet de nombreuses libertés avec l’intrigue, et la lecture est un peu ennuyeuse pour qui connaît l’œuvre originale mais, et j’en suis la première surprise : cette histoire de zombies bouffeurs de cervelle m’a permis de me….vider la tête 😉

« Reflex »de Maud Mayeras

 

2013 Éditions Anne Carrière (Thriller)

Française Langue française – 365 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note : cinqétoilesexcellent

Synopsis

Iris Baudry est photographe de l’identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant. Mais une nouvelle affaire va la ramener au coeur de son cauchemar : dans cette ville maudite où son fils a disparu, là où son croque-mitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là ou sévit un tueur en série dont la façon d’écorcher ses victimes en rappelle une autre. La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex.

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Waouh ! Ce thriller m’a complètement bluffée! M. Mayeras m’a baladé tout du long, je n’ai rien vu venir. Rien du tout. Et j’ai adoré ça ! Dire que je craignais être déçue par la fin : au trois quart du roman, je pensais avoir tout compris, et me disais : Quoi ? Tout ça pour ça?! Et PAF ! Les 90 dernières pages ont été une grosse claque ! ! Et quel plaisir ce fut de me faire avoir aussi joliment. D’ordinaire, je me plains toujours de deviner trop tôt le dénouement des thrillers. Là, j’ai été servie, niveau révélations fracassantes. La fin est un circuit de montagnes russes, où l’on ne cesse de tomber de Charybde en Scylla.

Bien sûr, il y a bien quelques petits défauts : l’écriture très nerveuse dans le premier quart (phrases courtes, imagées, et ponctuation sèche), se relâche progressivement et devient moins percutante à mesure que les phrases s’allongent, des rebondissements paraissent un peu invraisemblable (enfin, surtout un, pour être honnête, les autres fonctionnent parfaitement), et je n’ai pas toujours trouvé les flashs-back utiles, du moins , je n’ai pas compris pourquoi l’auteure remontait aussi loin (1919) ni pourquoi ces retours dans le passé étaient aussi développés. À mes yeux, cela embourbe parfois l’intrigue dans des longueurs dommageables au suspense indéniable dont ce thriller est nimbé.

Bref, je ne suis passé loin du coup de coeur. Le hic ? Quelques lenteurs éparses, et un coup de théâtre que j’ai trouvé un chouïa tiré par les cheveux.

Hormis cela, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce thriller qui, je le répète haut et fort, m’a cloué le bec !

Trois mots pour conclure : bravo Maud Mayeras !

« Le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock

2012 Editions Albin Michel (Terres d’Amérique)
Langue française – 370 pages | Traduit par Christophe Mercier
Temps de lecture : 2 jours
Note 
1étoile passez votre chemin

Synopsis

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

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J’ai hésité à lire ce roman. Un abandon de lecture dans mon entourage proche m’en ayant dissuadé longtemps et puis, intriguée par les critiques positives tout autant qu’unanimes, j’ai cédé à ma curiosité en me disant : « Et si je passais vraiment à côté de quelque chose ? ».

Au final, ce que j’aurais mieux fait de passer, c’est mon chemin.
Ce roman est immonde.

Sous prétexte de faire la critique des USA des années 50-60, et d’en dénoncer les nombreux travers : racisme, homophobie, puritanisme, sexisme, patriotisme exacerbé, fascination pour les armes,… (ce qui a déjà été fait ailleurs, et avec bien plus de talent et de finesse), Pollock nous livre avec Le diable, tout le temps l’un des romans les plus sordide, obscène, vulgaire et misogyne qu’il m’eut été donné de lire depuis longtemps !

Dans ce roman, il n’y a pas d’histoire à proprement parler : il s’agit davantage de chroniques mettant en scènes divers « péquenauds », je cite l’auteur, alcooliques, crasseux, illettrés, obsédés sexuels, pervers, et fanatiques religieux, issus de l’amérique dite « profonde », tous plus ou moins consanguins les uns des autres, et qui se croisent au fil de leurs pérégrinations (parfois meurtrières) à travers la région et ses environs.

Ce qui est déplorable dans ce roman, c’est que Pollock n’analyse rien, il ne fait que dresser son sinistre inventaire des horreurs commises en pensées comme en actes de ses personnages. J’aurais souhaité que, plutôt que de faire une sorte de catalogue macabre et complaisant de l’horreur, l’auteur intellectualise un minimum les faits et son propos, afin d’ouvrir des pistes de réflexions à ses lecteurs.
Ce manque d’implication, cette distanciation prononcée vis-à-vis de son récit et surtout le manque cruel de second degré est vraiment dommageable, car en pratiquant une telle neutralité dans sa narration, il semble cautionner les ignominies qu’il décrit de long en large, et au-delà, se complaire dans la violence et la vulgarité gratuite, sans que cela ne débouche chez lui (ou chez le lecteur) sur une quelconque ébauche de réflexion. Ce qui m’a profondément dérangé, je l’avoue.

Quant au « style », s’il est fluide à lire, il est aussi assez pauvre et grossier « en diable ». À un certain moment, j’ai cessé de compter les insanités tant ce roman en est truffé.

La fin est moralisatrice, comme il se doit, Amérique bien-pensante oblige, une conclusion où les méchants doivent être châtiés et où le « œil pour œil », l’auto-défense, est cité, (voire prôné en exemple, à la Charles Bronson, vous voyez, époque « Le justicier » et où le cow-boy à la gâchette vengeresse, part façon « lonesome cow-boy » vers le soleil couchant).

Pour moi ce roman est vide de sens, de signifiant comme de signifié, et sa démarche me parait purement sensationnaliste et racoleuse, rien de plus. Et croyez-moi entre les pédophiles, les zoophiles, et les femmes traitées comme de la viande, (et j’en passe !), j’ai eu largement mon content d’insanités pour l’année.

Bref, à mes yeux un roman de gare. Sur des sujets similaires, je vous conseille de lire ou de (relire) le chef-d’œuvre de Truman Capote : De sang-froid ou l’excellent Seul le silence d’Ellory.

« Le tueur intime » de Claire Favan


2010 Editions Les Nouveaux auteurs (Horcol)
Langue française – 668 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note 3étoilesbon et 4étoiles-trèsbonmais (du bon et du moins bon)

Synopsis

À quinze ans, Will a déjà conscience de sa différence. Solitaire, maltraité, il jette son dévolu sur une de ses camarades de classe. Ce qui n’aurait dû rester qu’une banale amourette devient une véritable obsession pour celui qui se révèle déjà comme un prédateur redoutable. Car Will est un tueur en série en devenir qui se construit pas à pas. Lorsqu’il estime le temps venu de livrer ses victimes au monde, il part sur les routes des États-Unis. Sa signature déroutante ne tarde pas à attirer l’attention du FBI. Pourtant, l’enquête de l’unité spéciale s’enlise. Un nouveau profiler, RJ, arrive alors en renfort dans l’équipe. Tous les espoirs reposent sur lui pour démêler les mises en scène de ce tueur diabolique.

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Glauque, tordu, et malsain, ce thriller, bien qu’étant une lecture éprouvante, m’a pourtant « ferrée » dès le début. La démarche de Claire Favan s’inscrit dans une volonté explicite d’originalité. En nous rendant presque « complice passif » des atrocités de Will Graham, un sociopathe pervers et narcissique, elle nous bouscule, et nous met terriblement mal à l’aise.

Je n’ai éprouvé que peu d’empathie envers le personnage de Samantha. En fait, je n’ai pas compris ses réactions la plupart du temps. Je l’ai trouvé trop faible, trop malléable, voire stupide. Elle fait preuve d’une rare idiotie. On peine à croire qu’elle puisse agir aussi stupidement ou être à ce point aveugle à la véritable nature de Will (même si elle a en face d’elle le pire manipulateur qui soit, certains comportements étranges devraient lui mettre la puce à l’oreille et lui faire enfin ouvrir les yeux). Et ben, même pas ! Bon, en même temps, une grande partie de l’intrigue repose sur cette relation de dominant/dominé. Samantha ne peut pas se rebeller trop ou trop tôt au risque de faire s’écrouler l’intrigue comme un château de cartes. Mais tout de même, son comportement n’est pas trés crédible à mes yeux.

La première partie consacrée à la « métamorphose » de Will est assez accrocheuse. Elle instille peu à peu un climat de peur et d’angoisse et offre un angle d’approche original en nous faisant entrer dans la tête d’un serial-killer en devenir, de son enfance d’enfant martyr, souffre-douleur, jusqu’au passage à l’acte, en nous montrant le point de rupture qui va se produire, un jour, à la faveur d’un événement presque banal, et précipiter le jeune Will Graham dans la folie et la perversion. Cette montée de l’horreur chez un individu à-priori « normal » est l’un des points fort de ce début de roman. Il est fascinant et dérangeant de voir avec quelle facilité, on peut basculer dans la folie perverse et devenir un monstre sans conscience, avide de laisser libre cours à ses pires pulsions. Aprés le raccourci psychologique est tout de même très facile. Je ne suis pas psychiatre mais je pense que le mécanisme psychologique qui se met en place dans la vraie vie pour faire basculer de la sorte un individu est beaucoup plus complexe, en vérité.
L’auteure propose une analyse du processus de métamorphose qui manque de subtilité.

Passé le basculement vers l’horreur, j’ai trouvé que le roman s’enlisait un peu dans la violence gratuite. La crudité de certaines scènes semble un peu outrée, too much. D’autant que Claire Favan nous gratifie d’un grand luxe de détails sordides qui donnent la nausée. Beurk.

En conséquence, j’ai davantage apprécié les parties précédant le passage à l’acte en lui-même, celles qui concernent l’aliénation progressive de la psyché de Will, plutôt que l’exécution de ses perversions que nous inflige l’auteure (sur beaucoup trop de pages et de manière trop détaillée à mon goût). Cette partie-là finissant par devenir redondante et tourner en rond.
Dans l’ensemble, ce thriller m’a semblé trop long, trop dilué. Une action plus concentrée l’aurait peut-être rendu plus captivant ? L’auteure tire un peu trop sur la corde. Une fois que le mode opératoire du tueur est compris par le lecteur, pourquoi l’illustrer de maniére si démonstrative dans des scènes de viol et de meurtres ultra-répétitives ?

La seconde partie, qui se consacre davantage sur la traque du tueur et sur le jeu du chat et de la souris que ce dernier s’amuse à imposer au FBI m’a beaucoup plu. On quitte enfin le cloaque nauséabond qu’est la tête de Will (hélas, on y reviendra par la suite) et on se rapproche des enquêteurs mais aussi de Samantha.

Laquelle continue parfois a faire preuve de réactions illogiques qui nuisent à la crédibilité de son personnage.
RJ est un profiler typique/atypique. Car s’il cumule toutes les caractèristiques communes aux profilers, l’auteure sait lui apporter un petit supplément d’âme en le dotant de failles profondes qui le rendent touchant et attachant. Ce qui renforce l’originalité de ce thriller, c’est l’alternance des points de vue entre le tueur, les flics qui le traque et sa premiére victime, Samantha. Comme sur un échiquier géant, chacun avance ses pions de son côté en essayant de prendre le meilleur sur son adversaire.
Au cours de l’enquête, nous assistons aux investigations du FBI de l’intérieur. Même si certaines découvertes semblent un peu trop rapides, trop faciles (RJ est un prolifer de génie, certes, mais tout de même !), la fin est à l’image du reste du roman, elle rompt avec les codes habituels du thriller et a su me surprendre en bien. L’auteure nous offre même une petite surprise finale qui donne envie de lire la suite « Le tueur de l’ombre ».

En résumé, un roman original (audacieux dans sa construction surtout) et très violent, voire choquant, qu’il convient de réserver à un public averti (certaines scènes frisent l’insoutenable). Parfois un peu maladroit, un peu bancal, un peu cliché aussi, ce thriller manque de maitrise mais n’est pas mauvais pour autant.

[Contemporaine] Baby Challenge 2014« Le Corps exquis » de Poppy Z Brite [Abandon]

2008 Editions J’ai Lu
Langue française – 286 pages
Note 1étoile passez votre chemin
Synopsis

Perversion des âmes et poésie du macabre au service d’une des fictions les plus noires jamais publiées sur les serial killers : sans concession, choquante, répulsive. Un roman fascinant et extrémiste. Un livre violent dont aucun lecteur ne sortira indemne.

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J’ai abandonné ce roman avant la fin mais je fais tout de même un billet pour expliquer les raisons de mon choix.

Toutes les critiques (ou presque) qualifie ce roman underground de chef-d’oeuvre absolu.

Pour ma part, je me suis forcé à le lire jusqu’ au milieu (ce fut un calvaire, croyez-moi, car outre son manque flagrant d’intérêt, ce roman est à vomir). J’ai fini par jeter l’éponge tant j’avais l’impression de perdre mon temps…Le style de Poppy Z Brite n’étant même pas assez bon pour rattraper une intrigue inintéressante et invraisemblable.J’ai vraiment détesté. Non pas, parce que je suis une âme sensible, une coincée, ou que je n’ai pas le coeur assez bien accroché, (principaux reproches que l’ont fait, j’ai l’impression, à celles et ceux qui n’aiment pas ledit roman) mais primo, parce que je m’ennuyais en le lisant et secundo, parce que mon instinct de lectrice me soufflait que cette lecture était tout à fait dispensable, (j’ai d’ailleurs reçu un ou deux témoignages qui allaient en ce sens, m’assurant qur je ne ratais pas grand-chose, que ce livre était loin du chef-d’oeuvre annoncé). Mais enfin et surtout, je ne vois pas ce que ce roman peut apporter à la littérature en général, et à la lectrice que je suis en particulier. Le corps exquis commence dans l’invraisemblance totale pour se poursuivre dans le ridicule le plus absolu. Comme si par exemple, un dangereux tueur nécrophile pouvait s’évader aussi facilement d’un quartier de haute-sécurité d’une prison, en abusant trois légistes en simulant sa propre mort ! Depuis quand un individu peut-il cesser de respirer pendant des heures et arrêter quasiment les battements de son coeur ? Comment peut-on avoir recours à un stratagème d’évasion aussi ridicule ?) Sans parler de la probabilité de rencontrer justement un autre serial-killer (sur son palier ou presque), homosexuel (comme par hasard) et ayant les même penchants pervers et criminels en plus (ou presque) dans une ville aussi vaste et peuplée que la Nouvelle- Orléans… Manque terrible de crédibilité. De plus, l’amalgame (tendancieux et par conséquent dangereux) qui est fait en permanence par Poppy Z Brite entre l’homosexualité et la transmission du sida m’a vraiment dérangée (L’appelation peste gay revient trop souvent à mon goût). 

Et les personnages !? Creux, sans profondeur, caricaturaux et risibles. Quant à la démarche artistique… Le sordide pour le sordide, sans ambition autre que la provoc’ facile et gratuite n’est pas une démarche artistique intéressante à mes yeux. Au contraire. Poppy Z. Brite, sur un sujet similaire (l’étude de la psychée des serial-killers), est loin d’avoir le talent et la finesse d’une Joyce Carol Oates et de son excellent Zombi, autrement plus ambitieux, profond et abouti. Le corps exquis, à l’inverse, est vraiment d’une vacuité phénoménale (à part les scènes de boucherie, de tortures, et autres joyeusetés comme la nécrophilie, le cannibalisme ou la transmission volontaire du VIH à des partenaires non avertis), que nous apporte « l’auteure » ? Rien. Quant à cette pseudo-magnifique histoire d’amour sensuelle que l’on m’avait vantée … No comment…

Bref, je ne vous incite à rien. Lisez-le ou pas. Le mieux reste de vous faire votre propre opinion mais soyez conscient qu’à côté de ce roman, même le Marquis de Sade passe pour un petit joueur….

Pour ADULTES UNIQUEMENT

 

[Thriller] Baby Challenge 2014 « Vertige » de Franck Thilliez

2012 Editions Pocket (Thriller)

Langue française – 345 pages

Temps de lecture : Une journée

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Certains secrets sont inavouables, mais serions-nous prêts à mourir pour les cacher ?
Un homme se réveille au fond d’un gouffre, au coeur d’un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d’infortune. Il est enchaîné au poignet, l’un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d’un masque effroyable, qui explosera s’il s’éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s’imposera, impérieuse : jusqu’ou faut-il aller pour survivre ?

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Pas mal du tout, ce Thilliez.  Et pourtant, je suis loin d’être une adepte de l’auteur, vous ne l’ignorez pas.

Vertige est un roman vraiment prenant voire étouffant, qui se double d’un huit-clos réussi, sachant ménager ses effets et son suspense jusqu’à la fin. L’atmosphère est glauque, et n’en finit pas de tenir le lecteur en haleine, mais aussi de le rendre paranoïaque, le faisant douter de tout et surtout de lui-même. 

Même si certaines ficelles se laissent deviner assez vite, Vertige, une fois ouvert, se dévore. Un bon Thilliez donc, même si quelques scènes m’ont déplu, et qu’aucun des protagonistes du roman ne soit digne de compassion ou d’un attachement particulier. Selon moi, F. Thilliez n’avait pas fait si bien depuis La chambre des Morts. En tout cas, aucun de ses thrillers suivants ne m’avaient autant « accrochée » depuis, ni contenté jusqu’à satiété. Et c’est sur une note positive que j’ai achevé cette lecture. Au contraire des autres romans de l’auteur, qui m’avaient toujours parus finir d’une manière inaboutie et parfois grotesque,  la fin de Vertige, qui reste ouverte à la libre interprétation de chacun, m’a séduite. Ce manque de certitudes absolues contribuant pour moi  à faire perdurer le trouble que le roman suscite tout au long de ses quatre cent pages. Proposer une fin trop définitive aurait en quelque sort nuit à l’ensemble, je pense.

Bref, Vertige donne vraiment le tournis au lecteur en empilant  sans relâche les strates de réalité et d’hypothèses, et c’est véritablement ce qui en fait un thriller haletant.

[Masse critique Babelio] « Zoo City » de Lauren Beukes

Editions Eclipse (2011) (Presses de la Cité)
333 pages | Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Temps de lecture : 3 jours
Note coupdecoeur
Synopsis

Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne
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Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu’ouvrant un livre pour  en lire les vingt premiers chapitres, je n’avais senti d’emblée se profiler le coup de cœur.   
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l’enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF. 
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d’Orwell), ce roman dystopique m’a bluffée ! Tant par l’originalité de son univers,  la profondeur des concepts proposés, que par la  maitrise indéniable de l’auteure, qui tient son histoire d’une main de fer, tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant. 
Jusqu’à présent, je n’avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j’avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m’avait pas plus impressionnée que le roman ne m’avait transcendé.
D’où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.

Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l’univers en nous plongeant aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l’objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.

Celles et ceux qui ont lu l’intégrale de l’excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j’avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d’animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s’arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d’un univers fascinant et tous deux l’utilisent comme un outil d’exploration de l’âme humaine, et de ses travers, afin d’interroger  les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l’idée d’un animal-lié à un être humain en tant qu’âme chez l’un, et en tant qu’incarnation de la culpabilité d’un individu ayant commis un acte répréhensible chez l’autre, L. Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l’habillant de son propos désenchanté, et en le proposant dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu’inattendue, où elle laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l’évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.

Ce qui m’a le plus séduit chez Zinzi, c’est son côté marginale, voire amorale, de  bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d’un sacré punch, Zinzi (qui m’a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. Non seulement, l’intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé mais surtout celui-ci nous tient en haleine au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n’en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m’a ravi plus d’une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d’entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.

Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu’à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.

1) Le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive  (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?). 
Je ne le pense pas, bien au contraire. J’avoue donc sans honte aucune que certains passages m’ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l’on y prend, rassurez-vous. 
2) Le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l’intrigue principale : extraits de mail, de livres, d’articles, et de documents d’archives officiels …
3) L’enquête policière n’est pas d’un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l’accent est surtout mis sur l’univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d’ailleurs. Dès lors, la conduite de l’enquête devient prétexte à explorer un monde étrange,  ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d’interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) Le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s’installe dans les derniers chapitres. Lesquels s’étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. De plus, je n’avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient trouver à s’assembler et à se résoudre dans la conclusion. Et j’ai tremblé pour les personnages principaux jusqu’à la toute fin du roman.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de cœur, mais un coup de cœur tout de même. 
À découvrir et à faire découvrir.

Je remercie donc triplement Babelio. En premier lieu, pour m’avoir accordé une fois de plus leur confiance, deuxièmement pour l’envoi de ce roman SF (que je n’aurai sans doute jamais lu si le sort n’en avait décidé autrement) et enfin pour l’immense plaisir que m’a procuré sa lecture.