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« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

 

ISBN : 2355843678
Éditeur : Sonatine (2016)

Langue française – 300 pages – Sortie : Mars 2016

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.
En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Mon avis

Un énorme merci à Sonatine pour leur confiance qui m’honore (et pour tous les superbes thrillers et les nouveaux auteurs découverts grâce à eux au cours des dernières années passées) ainsi qu’à Babelio pour m’avoir proposé ce partenariat privilégié que j’ai beaucoup apprécié.

Pour un premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est déconcertant de maîtrise : maturité de l’écriture, intelligence des dialogues, justesse psychologique, personnages brillamment construits…
Son originalité repose sur le fait que Celeste Ng nous emmène explorer le passé des protagonistes principaux pour mieux découvrir la vérité sur ce qui s’est passé cette fameuse nuit où Lydia a quitté silencieusement la maison. Avec posées en filigrane ces questions obsédantes :  Le désespoir est-il forcément héréditaire ? Jusqu’où doit-on pousser nos enfants à réussir leur scolarité et leur vie ? Où commence le vivre par procuration ? Jusqu’où peut-on se réaliser à travers ses enfants lorsqu’on pense avoir raté sa vie ? Pour quelles conséquences ?
Car au fond, il importe moins dans ce roman de découvrir ce qui est arrivé à la jeune Lydia que les circonstances qui ont formé le drame. C’est pourquoi, même si nous brûlons de découvrir le fin mot du mystère de la mort de la jeune fille (accident, suicide, meurtre ?), le cheminement pour y parvenir est tout aussi passionnant à suivre que la résolution de l’énigme en elle-même. Et ce, d’autant plus que les personnages, sont l’un des points forts principaux du roman.  Des personnages humains donc imparfaits mais très attachants malgré eux et leurs défauts. Ils m’ont tous touché chacun à leur façon, agacés ou déçus parfois. Mais jamais ne m’ont laissé indifférente.
Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est un roman troublant qui interroge et prend á parti son lecteur. Comme pour dire : Voyez qui sont ces gens, voyez ce qu’ils ont affronté et voici ce qu’ils sont devenu. Et vous ? Qu’auriez-vous fait à leur place ?
A sa manière bien particulière, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng se lit comme un véritable page-turner. Certes, ce très bon roman noir ne vous donnera pas forcément envie de passer une nuit blanche pour le terminer mais pour autant, une fois totalement immergé dans l’histoire, vous n’aurez pas envie de le reposer tant l’auteure parvient à nous maintenir en haleine tout du long, nous donnant envie d’en apprendre toujours davantage sur cette famille Lee, en apparence si tranquille.
La famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants, dit-on. Peut-être est-ce vrai ? Du moins est-ce ce que l’on ne peut s’empêcher de penser en tournant la dernière page de ce très bon roman noir qu’est Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng. Une Laura Kasischke (auteure que j’adore) en devenir. En tout cas, c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

« Le tueur intime » de Claire Favan


2010 Editions Les Nouveaux auteurs (Horcol)
Langue française – 668 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note 3étoilesbon et 4étoiles-trèsbonmais (du bon et du moins bon)

Synopsis

À quinze ans, Will a déjà conscience de sa différence. Solitaire, maltraité, il jette son dévolu sur une de ses camarades de classe. Ce qui n’aurait dû rester qu’une banale amourette devient une véritable obsession pour celui qui se révèle déjà comme un prédateur redoutable. Car Will est un tueur en série en devenir qui se construit pas à pas. Lorsqu’il estime le temps venu de livrer ses victimes au monde, il part sur les routes des États-Unis. Sa signature déroutante ne tarde pas à attirer l’attention du FBI. Pourtant, l’enquête de l’unité spéciale s’enlise. Un nouveau profiler, RJ, arrive alors en renfort dans l’équipe. Tous les espoirs reposent sur lui pour démêler les mises en scène de ce tueur diabolique.

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Glauque, tordu, et malsain, ce thriller, bien qu’étant une lecture éprouvante, m’a pourtant « ferrée » dès le début. La démarche de Claire Favan s’inscrit dans une volonté explicite d’originalité. En nous rendant presque « complice passif » des atrocités de Will Graham, un sociopathe pervers et narcissique, elle nous bouscule, et nous met terriblement mal à l’aise.

Je n’ai éprouvé que peu d’empathie envers le personnage de Samantha. En fait, je n’ai pas compris ses réactions la plupart du temps. Je l’ai trouvé trop faible, trop malléable, voire stupide. Elle fait preuve d’une rare idiotie. On peine à croire qu’elle puisse agir aussi stupidement ou être à ce point aveugle à la véritable nature de Will (même si elle a en face d’elle le pire manipulateur qui soit, certains comportements étranges devraient lui mettre la puce à l’oreille et lui faire enfin ouvrir les yeux). Et ben, même pas ! Bon, en même temps, une grande partie de l’intrigue repose sur cette relation de dominant/dominé. Samantha ne peut pas se rebeller trop ou trop tôt au risque de faire s’écrouler l’intrigue comme un château de cartes. Mais tout de même, son comportement n’est pas trés crédible à mes yeux.

La première partie consacrée à la « métamorphose » de Will est assez accrocheuse. Elle instille peu à peu un climat de peur et d’angoisse et offre un angle d’approche original en nous faisant entrer dans la tête d’un serial-killer en devenir, de son enfance d’enfant martyr, souffre-douleur, jusqu’au passage à l’acte, en nous montrant le point de rupture qui va se produire, un jour, à la faveur d’un événement presque banal, et précipiter le jeune Will Graham dans la folie et la perversion. Cette montée de l’horreur chez un individu à-priori « normal » est l’un des points fort de ce début de roman. Il est fascinant et dérangeant de voir avec quelle facilité, on peut basculer dans la folie perverse et devenir un monstre sans conscience, avide de laisser libre cours à ses pires pulsions. Aprés le raccourci psychologique est tout de même très facile. Je ne suis pas psychiatre mais je pense que le mécanisme psychologique qui se met en place dans la vraie vie pour faire basculer de la sorte un individu est beaucoup plus complexe, en vérité.
L’auteure propose une analyse du processus de métamorphose qui manque de subtilité.

Passé le basculement vers l’horreur, j’ai trouvé que le roman s’enlisait un peu dans la violence gratuite. La crudité de certaines scènes semble un peu outrée, too much. D’autant que Claire Favan nous gratifie d’un grand luxe de détails sordides qui donnent la nausée. Beurk.

En conséquence, j’ai davantage apprécié les parties précédant le passage à l’acte en lui-même, celles qui concernent l’aliénation progressive de la psyché de Will, plutôt que l’exécution de ses perversions que nous inflige l’auteure (sur beaucoup trop de pages et de manière trop détaillée à mon goût). Cette partie-là finissant par devenir redondante et tourner en rond.
Dans l’ensemble, ce thriller m’a semblé trop long, trop dilué. Une action plus concentrée l’aurait peut-être rendu plus captivant ? L’auteure tire un peu trop sur la corde. Une fois que le mode opératoire du tueur est compris par le lecteur, pourquoi l’illustrer de maniére si démonstrative dans des scènes de viol et de meurtres ultra-répétitives ?

La seconde partie, qui se consacre davantage sur la traque du tueur et sur le jeu du chat et de la souris que ce dernier s’amuse à imposer au FBI m’a beaucoup plu. On quitte enfin le cloaque nauséabond qu’est la tête de Will (hélas, on y reviendra par la suite) et on se rapproche des enquêteurs mais aussi de Samantha.

Laquelle continue parfois a faire preuve de réactions illogiques qui nuisent à la crédibilité de son personnage.
RJ est un profiler typique/atypique. Car s’il cumule toutes les caractèristiques communes aux profilers, l’auteure sait lui apporter un petit supplément d’âme en le dotant de failles profondes qui le rendent touchant et attachant. Ce qui renforce l’originalité de ce thriller, c’est l’alternance des points de vue entre le tueur, les flics qui le traque et sa premiére victime, Samantha. Comme sur un échiquier géant, chacun avance ses pions de son côté en essayant de prendre le meilleur sur son adversaire.
Au cours de l’enquête, nous assistons aux investigations du FBI de l’intérieur. Même si certaines découvertes semblent un peu trop rapides, trop faciles (RJ est un prolifer de génie, certes, mais tout de même !), la fin est à l’image du reste du roman, elle rompt avec les codes habituels du thriller et a su me surprendre en bien. L’auteure nous offre même une petite surprise finale qui donne envie de lire la suite « Le tueur de l’ombre ».

En résumé, un roman original (audacieux dans sa construction surtout) et très violent, voire choquant, qu’il convient de réserver à un public averti (certaines scènes frisent l’insoutenable). Parfois un peu maladroit, un peu bancal, un peu cliché aussi, ce thriller manque de maitrise mais n’est pas mauvais pour autant.

« La vérité sur l’Affaire Harry Quebert » de Joël Dicker

Editions de Fallois (2012)

665 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis 

À New York, au printemps 2008, lorsque l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

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Malgré une écriture quelconque et sans relief (le gros point négatif du livre) et des dialogues assez stéréotypés, ce roman est une réussite du genre. 

Ses chapitres courts, entrecoupés d’un bréviaire de conseils d’écriture à destination des écrivains débutants, ses époques qui se chevauchent, son rythme rapide et haletant en font un redoutable page-turner. Impossible de lâcher le roman. Les pages se tournent toutes seules. On veut tellement savoir ce qui est arrivé à Nola, ce qui s’est passé dans cette bourgade d’apparence tranquille 33 ans plus tôt.

Ce roman est tellement prenant que non seulement je l’ai dévoré en deux jours. De plus, je ne cessai d’y penser dans la journée entre mes sessions de lecture. Il m’obsédait presque et j’avais hâte de trouver un instant de calme pour retourner dans le petit village d’Aurora afin de découvrir la vérité sur cette histoire de fous.

Baignant dans une ambiance glauque et sulfureuse à la Lolita de Nabokov, ce thriller efficace réunit tous les ingrédients d’un roman noir digne de ce nom : amour fou, passion interdite, meurtres sanglants, chantage, lettres anonymes, secrets de village, qu’en dira-t-on…Si le roman souffre de quelques erreurs de jeunesse (l’auteur suisse n’a que 27 ans) notamment en ce qui concerne l’intrigue qui parait parfois un peu invraisemblable ou la présence de quelques longueurs dispensables. Cependant, l’histoire racontée reste captivante de bout en bout, ce qui aide beaucoup à passer outre  les incohérences du scénario.

L’auteur ne nous laisse pas un instant de répit. Une cascade de rebondissements et de surprises s’abat sur le lecteur à chaque page. Plus le récit avance et plus le mystère s’épaissit. Tous les (nombreux) personnages paraissent suspects à un moment du récit et au fil des pages les théories les plus folles s’échafaudent dans l’esprit du lecteur. Pour mieux nous perdre; l’auteur multiplie les fausses pistes, les mensonges et les secrets et donne à lire plusieurs versions d’un même évenements au point de nous laisser stupéfait lorsque toutes les réponses à nos questions nous sont enfin révélées.

La fin est difficile à trouver (car très tordue) mais pas impossible néanmoins car certains détails se laissent facilement deviner. En fait, c’est surtout le faisceau de ramifications scénaristiques mis en place pour aboutir à cette fin qui est proprement à couper le souffle.  

La pesanteur ambiante est traversée de temps à autre par des instants de drôlerie. L’humour n’est pas exempt du roman. La mère juive du héros, Marcus, est hilarante et chaque conversation (téléphonique ou non) avec son fils est à mourir de rire. Un humour plus sarcastique s’incarne dans la personne de Harry ou de l’éditeur sans scrupules de Marcus.

Le thriller se double d’une belle histoire d’amitié (j‘ai beaucoup aimé la relation entre Harry et Marcus, son élève et son fils spirituel) en même temps que d’une étude de moeurs édifiante et plein d’acidité d’une petite bourgade du Maine blottie au bord de l’océan. Un peu comme le fait Stephen King le fait dans ses romans, Dicker dévoile la face cachée d’une certaine Amérique bienpensante en surface mais remplie d’hypocrisie et où chacun abrite de noirs et lourds secrets derrière ses grands airs de bons citoyens. 

En outre, Joël Dicker propose une réflexion sur l’écriture et les livres au travers de ses personnages et se livre à un véritable exercice de style passionnant en utilisant l’art de la mise en abyme. Un roman mis en scène dans un roman, lui même repris dans un autre roman et ainsi de suite. L’auteur nous permet d’assister à la rédaction de son livre en temps réel et nous laisse entrevoir le barnum éditorial et médiatique entourant la sortie d’un roman. L’auteur s’autorise d’ailleurs un regard réaliste et sans concessions sur le monde de l’édition, un milieu où l’argent et le cynisme règnent en maîtres (à quel point est-ce autobiographique ?).

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce trés bon roman. Jamais depuis  le Chuchoteur de Carrisi et Seul le silence d’Ellory, je ne m’étais laissé emporter à ce point par un thriller.

[LC + Thriller Baby Challenge 2013 ] « Comme ton ombre » de Elizabeth Haynes

 

Editions Le Livre de Poche (Thriller) (2012)

474 pages | Traduit par Sylvie Schneiter

Temps de lecture : 2 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis 

Imaginez qu’avant de pouvoir rentrer chez vous, vous soyez obligé de faire le tour du bâtiment afin de vérifier que tout est normal. Imaginez qu’une fois dans le hall de votre immeuble, vous deviez vérifier six fois que la porte d’entrée est bien fermée. Une, deux, trois, quatre, cinq, six. Et que si vous êtes interrompu en plein rituel, il faille tout recommencer. Imaginez que, arrivé chez vous, vous tourniez la poignée de votre porte six fois dans un sens, puis six fois dans l’autre pour vous assurer d’être en sécurité. Que vous restiez plusieurs minutes derrière la porte, à l’affût du moindre bruit dans la cage d’escalier. Et que, tous ces contrôles effectués, vous commenciez une ronde dans votre appartement. Fenêtres, rideaux, tiroirs, tout doit passer au crible de votre attention. Imaginez aussi que vous ne puissiez faire les courses que les jours pairs et pratiquer un sport les jours impairs, mais à condition que le ciel soit nuageux ou qu’il pleuve.

Bienvenue dans l’univers paranoïaque de Cathy, une jeune Anglaise à qui la vie souriait jusqu’à ce qu’un soir elle fasse une mauvaise rencontre…

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Très déroutée par le début du roman (qui est en fait la fin), au point de me demander s’il ne manquait pas des pages dans mon exemplaire, cela m’a pris du temps pour entrer dans cette histoire racontée presque à rebours.

Difficile de s’y retrouver d’ailleurs, car nous passons sans cesse d’un avant à un après dont nous savons peu de choses, d’un chapitre situé en 2003 à un autre en 2007, si bien que nous avons l’impression de suivre deux histoires différentes à la fois tant l’héroïne a changé psychologiquement entre ces 2 périodes.  

Parlons-en du personnage principal, j’avoue que je n’ai pas vraiment compris l’héroïne et encore moins ses choix.  Elle m’a beaucoup énervé tout le long du roman à cause de ses comportements trop extrêmes et sa trop grande passivité face aux événements. J’aurai aimé un personnage plus dynamique, plus combattif.  J’aurai aimé qu’elle soit plus battante et qu’elle se comporte moins en « victime » comme elle le fait presque pendant tout le roman, et ce,  même si elle en est une assurément. Bref, j’avais envie qu’elle se secoue davantage, qu’elle réagisse quoi ! Néanmoins, j’ai trouvé l’évolution psychologique de l’héroïne très bien restituée grâce aux mots de l’auteure. 

Je n’ai commencé véritablement à accrocher que vers la moitié du roman. Avant c’est ennuyeux. Ca papote beaucoup, on va de fêtes en fêtes, de night-club et night-club, de flirt en coucherie et à part ça, il ne se passe rien ou presque. Mais après ça, impossible de le lâcher et j’ai même avalé les 200 dernières pages à toute vitesse. C’est curieux comme l’auteure, tout en nous donnant tous les cartes en main dès le départ, parvient tout de même à nous tenir en haleine dans la dernière partie du roman, alors que, à cet instant de notre lecture, nous aurons déjà compris pas mal d’éléments-clefs de l’intrigue. 

E. Haynes offre aussi une sorte d’illustration ou de décryptage de la montée insidieuse de la violence au sein d’un couple et comment tout aussi insidieusement la domination masculine s’installe sans qu’on s’en aperçoive parfois.

Somme toute, j’ai bien aimé ce thriller malgré une première partie qui traine en longueur, une héroïne qui manque de caractère et le fait qu’il n’y ait aucun mystère véritable ni enquête qui ne soit menée, ici tout se joue sur un plan psychologique un peu comme dans Le Voisin de Tatiana de Rosnay. Malgré cela, le suspense fonctionne à partir de la seconde partie et on tourne les pages avec hâte pour découvrir la fin. Sa construction bi-temporelle, déroutante au départ, donne au roman une atmosphère singulière et met en perspective l’évolution du personnage principal tout en crééant un phénomène de crescendo bienvenu. 

Je recommande la lecture de ce thriller. Attention, il comporte des scènes assez dures et parfois crues.

[LC + Thriller Baby Challenge 2013] « Enfants de la paranoïa » de Trevor Shane

Editions Michel Lafon (2012)

363 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Règle un : on ne tue pas les innocents
Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans

Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Artistes de la dissimulation, ils maquillent leurs meurtres en actes de violences aléatoires : des affaires qui curieusement ne sont jamais résolues. Joseph, vingt ans, est l’un de ces tueurs d’élite. Plongé dans la brutalité depuis sa naissance, il ne connaît qu’une réalité : tuer ou être tué. Mais lors d’une réunion dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade tendue par l’ennemi. Échappant de peu à ce piège mortel, Joseph se réfugie à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de seize ans. Pour la première fois, son esprit froid et impitoyable chancelle. S’il veut sauver la femme qu’il aime, il doit abandonner la vie qu’il a toujours connue et les gens qui ont combattu à son côté. Osera-t-il transgresser les règles et protéger une autre vie que la sienne ? Une seule vérité demeure : le premier à tuer est le dernier à survivre. Toutes les guerres ont des règles. Si vous les enfreignez, vous devenez la cible.

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Vraiment déçue. La classification jeunesse/SF est trompeuse. Elle m’avait fait attendre autre chose de ce roman. Pour tout dire, la SF, je la cherche encore… Je n’ai pas trouvé le début d’un commencement de science-fiction ou de fantastique dans cette histoire qui ressemble davantage à du Tarantino ou du Besson version junior.

Déjà, tout va trop vite dans ce roman. L’auteur confond vitesse et précipitation. La mise en place de l’univers est bâclée, sous le prétexte fallacieux de rester « flou », l’auteur fait de la rétention d’information et ce faisant décourage le lecteur de s’impliquer plus avant dans l’histoire. Le fait de ne rien expliquer permet aussi de dissimuler le fait que le roman pour moi manque cruellement de fond, pour ne pas dire de profondeur.

Sur le même principe, l’histoire entre les deux personnages principaux, faute d’être installée correctement au cœur de l’intrigue, ne parvient pas à être crédible. Le couple vedette n’est absolument pas touchant. Ce sont des gamins immatures et égoïstes, Roméo et Juliette de seconde zone, qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez et dont à aucun moment, je n’ai senti la véracité des sentiments qu’ils sont censés éprouver l’un envers l’autre. Ils passent leur temps à se disputer, se crier dessus et à se plaindre d’une situation dont ils sont les seuls responsables. Franchement, insupportables ces deux-là !

Mais le pire, c’est ce recours systématique à la pirouette scénaristique dont abuse l’auteur pour ne pas dévoiler aux lecteurs le pourquoi du comment d’une guerre qui fait rage depuis des siècles en mobilisant de gros moyens à l’insu du peuple lambda. C’est trop facile d’éluder les tenants et les aboutissants d’un haussement d’épaule. Pour ma part, pour entrer dans une histoire et m’attacher à des personnages, j’ai besoin d’un minimum d’explications, de quelques bases de réflexion, d’un petit quelque chose à me mettre sous la dent ! Là, nada. On ne saura jamais rien du pourquoi du comment et c’est hautement préjudiciable au roman. Faute de comprendre un minimum ce qui se passe, je me suis rapidement désintéressée de l’affaire et j’ai laissé les personnages s’entretuer sous mes yeux, sans émotion. Je n’ai pas réussi à m’impliquer, me suis sentie mise à l’écart du début à la fin (que j’ai vu arriver avec soulagement d’ailleurs !).

Comme le roman est en plus branché sur courant alternatif, il y a de nombreux passages (entre deux scènes de tueries et de courses-poursuites) où l’on s’ennuie ferme à lire les atermoiements incessants des personnages pris dans un road-movie bancal, répétitif et lassant qui ne m’aura happée que par intermittence.

Un dernier chapitre haletant n’a pas suffit à me faire revenir sur mon impression première et mon goût de trop peu. L’intensité arrive trop tard, de même que l’émotion, pour me donner envie de lire la suite.  Je n’en vois pas l’intérêt si l’auteur continue ainsi à snober son lecteur.

Je m’attendais vraiment à tout autre chose et c’est une grosse déception pour ma part.

[Le Choix du Chapelier Fou : Spécial PAL] [7] Mars: « « La Cité des Jarres » d’Arnaldur Indridason

Editions Points (Policier) (2006)

327 pages

Temps de lecture : 3 heures

Note 3étoilesbon

Synopsis

Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L’inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un  » truc bête et méchant « 
qui fait perdre son temps à la police… Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la  » cité des Jarres « , une abominable collection de bocaux renfermant des organes…

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Bien que, paradoxalement, je l’ai lu trés vite, (3 h), ce roman m’a déçue par son manque d’originalité et son classicisme poussé à l’extrême.

Avec tout ce que j’entendais d’élogieux sur ce thriller depuis des années, je m’attendais à être davantage transportée.

Le début est poussif. Le rythme global est un peu lent et flegmatique et l’intrigue sans réelle surprise même si elle est solide et a su me tenir éveillée.

Sympathique, l’inspecteur est quand même un peu fade. On a du mal à s’attacher aux personnages principaux qui nous laissent à l’écart et comme dans Wallander, la vie privée du héros prend un tantinet trop le pas sur l’enquête à mon goût.

En résumé, je n’ai pas adoré ni détesté mais je m’attendais à bien mieux. 

« Saratoga Woods, 1 » d’Elizabeth George

Editions Presses de la Cité (2013)

432 pages

Temps de lecture : 4 jours

Note livredeuxétoilessansplus

Synopsis 

La jeune Hannah Armstrong possède un étrange pouvoir. Elle entend les pensées des autres, leurs « murmures », comme elle les qualifie. Un jour, elle comprend que son beau-père vient de commettre un meurtre. Pour la protéger, sa mère décide de l’envoyer sous une nouvelle identité chez une amie, sur l’île de Whidbey, au large de Seattle. Malheureusement, une fois sur place, rien ne se passe comme prévu pour celle qui se fait désormais appeler Becca King…

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Mon premier livre de l’auteure et c’est une grosse déception.

C’est lent, c’est mou,  c’est long et bavard. Le traitement de l’intrigue est sans saveur ni action ni suspense. Je m’ennuyais tellement que j’ai failli abandonner le livre au milieu.

Pourtant l’idée de départ est prometteuse et l »héroïne plutôt attachante au demeurant.

Hélas, E. George désamorçe le peu de suspense que contient son histoire en passant son temps à nous parler de la vie quotidienne des personnages de l’histoire ou les paysages de la région, si bien que l’intrigue devient la cinquiéme roue du carrosse. Et que dire de cette fin en pétard mouillé. J’ai cru à une blague en découvrant le fin mot de l’histoire.  Je me suis dis  » Quoi ?! Tout ça pour ça ? « .

Un thriller jeunesse poussif dont la seule chose appréciable est la petite pointe fantastique qui s’y glisse de temps en temps. 

Pour moi, ce fut une lecture fastidieuse et même le cliffhanger final ne me donne pas plus envie que ça de lire le deuxième tome. On verra…