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« Sur les ailes du cauchemar » de Lisa Tuttle.

1995 Éditions Denoël (Présence du fantastique)

Langue française – 304 pages | Traduit par Nathalie Serval
Temps de lecture 6 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis
Une jeune femme jalouse entraîne sa rivale dans une mortelle chevauchée sur les ailes du cauchemar… Une autre voit son présent envahi par les images de ce qu’aurait été sa vie si elle avait fait d’autres choix… Celle-ci joue les fantômes pour des spirites du passé… Celle-là accède à un autre monde où le lézard est l’objet des convoitises féminines et l’attribut du pouvoir des hommes… Quant à Fay, elle collectionne ce que ses amants lui ont laissé d’eux-mêmes pour se construire un compagnon idéal…
En treize nouvelles, un voyage à travers la femme, ses fantasmes, ses regrets, ses désirs. Une randonnée qui prend volontiers les allures d’une vertigineuse descente aux enfers.

 

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Et oui, vous ne rêvez point ! Lisa Tuttle à les honneurs de mon blog une seconde fois en moins d’un mois mais que voulez-vous: essayer Lisa Tuttle, c’est l’adopter.
À l’origine, je voulais acquérir Les Chambres inquiètes. Hélas, ce recueil n’existe plus qu’en occasion à des prix assez prohibitifs ! Du coup, j’attendrai la sortie poche. En farfouillant sur le net, j’ai alors déniché cet autre recueil de nouvelles traduites en français par Nathalie Serval. Pas moins de treize nouvelles à découvrir ! Une fois encore, l’édition originale est épuisée et ne demeure que des exemplaires d’occasion. Qu’à cela ne tienne ! Le prix est raisonnable, le livre visiblement en bon état. Je clique, j’achète, je paye et j’attends. Impatiemment. Le colis m’arrive quelques jours plus tôt. Le bouquin est en excellent état. Comme neuf.
Me voilà installée dès le soir même sous la lumière bienveillante de ma lampe de chevet, mon paquet de bonbons crocodiles piquants à portée de main (ou de doigts, c’est comme on veut), c’est parti ! Le coeur battant, je tourne la première page…

1 – Sur les ailes du cauchemar (Riding the Nightmare), pages 7 à 35, trad. Nathalie SERVAL
Où s’exprime tout le talent de L. Tuttle pour faire basculer le quotidien le plus banal vers le fantastique le plus cauchemardesque. Avec une fin très ouverte qui offre plusieurs interprétations possibles au lecteur.
2 – Sans regrets (No Regrets), pages 37 à 72, trad. Nathalie SERVAL
Certes, l’idée de base de la nouvelle est bonne et émouvante mais j’ai trouvé sa mise en mots un peu laborieuse. Néanmoins, le traitement qu’en fait Lisa Tuttle ne manque pas d’intérêt ni de profondeur psychologique. Ce que je reproche à ce texte est avant tout son côté « verbeux ». Peu d’action pour beaucoup de longs dialogues.
3 – Affaire de peau (Skin Deep), pages 73 à 97, trad. Nathalie SERVAL
Je suis passée complètement à côté de cette nouvelle. Je n’ai ni compris la démarche de L.Tuttle, ni l’intérêt présenté par ce texte. Je m’interroge encore sur des pans entiers de l’histoire, dont je n’ai pas vu la moindre utilité dans cette nouvelle. Des personnages qui disparaissent au bout de quelques pages, des dialogues qui ne font en rien avancer l’intrigue… Alors, certes, l’ambiance (réussie) est étrange à souhait, mais le tout donne une sensation de « remplissage » de pages, et la fin (trop ouverte à mon goût) est mal amenée, ce qui la rend invraisemblable.
4 – Le Champ de pierres (Where the Stones Grow), pages 99 à 117, trad. Nathalie SERVAL
Tout comme pour Affaire de peau, une nouvelle très faible, et qui ne présente que peu de vraisemblance et d’intérêt. Des menhirs tueurs ? J’aime bien le côté décalé de L. Tuttle mais cela doit rester un minimum crédible tout de même !
5 – Le Cabinet des esprits (The Spirit Cabinet), pages 119 à 135, trad. Nathalie SERVAL
Une bonne idée, une belle ambiance, la jolie plume de L. Tuttle, mais une nouvelle qui m’a un peu laissé sur ma faim, tant j’ai trouvé la fin bâclée. Sur la base de cette histoire et avec son talent, l’auteure aurait pu faire beaucoup mieux ! Quel dommage !
6 – Lézard du désir (Lizard Lust), pages 137 à 159, trad. Nathalie SERVAL
L’une des nouvelles les plus étranges et dérangeantes du recueil. De façon très curieuse, c’est plusieurs jours après l’avoir terminé que je me suis aperçue que j’avais aimé cette nouvelle, et à quel point celle-ci m’avait marquée ! Pendant ma lecture, déstabilisée par le sujet et la construction en « temporalité croisée », où passé et présent s’entrelacent, je restai dubitative…Mais à la relecture, il m’est apparu que cette nouvelle était juste excellente. Un petit bijou d’étrangeté où L. Tuttle met en scène ses propres fantasmes en prenant pour support le thème du monde parallèle. Troublant…
7 – La Colonisation d’Edwin Beal (The Colonization of Edward Beal), pages 161 à 173, trad. Nathalie SERVAL
Une nouvelle mineure dans œuvre de L. Tuttle.
Mais elle est bien écrite et très drôle.
8 – Des maris (Husbands), pages 175 à 191, trad. Nathalie SERVAL
Je n’ai pas tout compris je pense. Cette nouvelle est un peu tordue. Et le thème abordé: la disparition des hommes conduit les femmes à la zoophilie (!), m’a plus déroutée que dérangée. Assez bavarde, les personnages de ce texte se lancent dans de grandes discussions philosophiques ou sociologiques. Je me suis ennuyée.
9 – Le Cœur d’une mère – une Véridique histoire d’ours (A Mother’s Heart : A True Bear Story), pages 193 à 201, trad. Nathalie SERVAL
Un petit conte sympa mais qui souffre d’un manque flagrant de profondeur. Cette nouvelle détonne dans le recueil, où elle apparaît bâclée.
10 – L’Autre chambre (The Other Room), pages 203 à 218, trad. Nathalie SERVAL
Très bonne histoire formidablement écrite, baignant dans une atmosphère gothique et sombre réussie, un peu à la manière de Poe. Je l’ai dévoré.
11 – Un bout de corde (A Piece of Rope), pages 219 à 237, trad. Nathalie SERVAL
Encore une très bonne nouvelle, variation intéressante sur le thème mille fois rebattu de la sorcière. J’ai aimé l’atmosphère quasi onirique et envoûtante de cette histoire.
12 – En pièces détachées (Bits and Pieces), pages 239 à 263, trad. Nathalie SERVAL
Sur un postulat totalement incongru, une femme qui retrouve des parties du corps de ses amants de passage dans son lit, et qui chez tout autre auteur moins talentueux que L. Tuttle paraitrait sans doute complètement ridicule, cette nouvelle nous offre une intrigue passionnante et originale à laquelle on adhère à cent pour cent dès les premiers paragraphes. Très ouverte, cette nouvelle laisse le lecteur libre de son interprétation. D’où viennent ces morceaux de corps ? Sont-ils réels ? Cette femme est-elle folle ? À vous de vous faire votre propre opinion !
13 – Souvenirs du corps (Memories of the Body), pages 265 à 293, trad. Nathalie SERVAL
Excellente nouvelle qui revisite avec maestria un thème archi-usité de la SF, celui du double, du clone, en l’utilisant de manière fort originale.

Verdict global, après six jours de lecture : un recueil de nouvelles dont la qualité est plus ou moins équivalente à celle de Ainsi naissent les fantômes, si l’on tient compte du fait que Sur les ailes du cauchemar comportent davantage de nouvelles. 15 pour 7 dans ANLF. Cependant, j’ai trouvé SLADC moins varié au niveau des thèmes abordés, et les textes moins passionnants, voire hermétiques ou bâclés pour certains.
Toutefois, même dans les textes que je considère comme les plus faibles du recueil, on retrouve toujours la plume, le brio des descriptions, la capacité à créer des situations dérangeantes, et la profondeur psychologique de Lisa Tuttle, qualités qui font qu’aucune nouvelle n’est jamais véritablement « mauvaise ».
Bref, quoiqu’inégal et d’intérêt fluctuant, SLADC comporte tout de même de véritables petits bijoux de fantastique et de SF, parmi lesquels Sur les Ailes du cauchemar, Lézard du désir, L’Autre chambre, Un bout de corde, En pièces détachées, Souvenirs du corps…
Un recueil qui mérite lecture, assurément!

« Ainsi naissent les fantômes » de Lisa Tuttle

2014 Editions Folio (SF)

Française Langue française – 320 pages | Traduit par Melani Fazi – Sortie : 27 Mai 2014

Notecinqétoilesexcellent
Temps de lecture : 2 jours

Synopsis

En 2004, j’ouvrais mon recueil Serpentine sur cette dédicace : À Lisa Tuttle, dont les livres m’ont appris que les plus effrayants des fantômes sont ceux qu’on porte en soi. Ils étaient toujours là, ces fantômes : entre les pages des textes que je découvrais en cherchant la matière qui composerait ce recueil.

Mélanie Fazi.

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Je remercie chaleureusement le blog  http://le-fataliste.fr/justine/?p=5078 et les Éditions Folio SF de m’avoir permis de remporter ce très bon recueil de nouvelles fantastiques à l’occasion d’un concours.

J’avais très très envie de découvrir Lisa Tuttle. C’est chose faite, et je ne le regrette pas. C’est un auteur de très grand talent et ses nouvelles fantastiques, pour la plupart, des bijoux. Du moins, celles que j’ai eu le plaisir de découvrir dans ce choix de sept nouvelles inédites. Je tiens à souligner la traduction de Melanie Fazi. Parfaite, selon moi.

Lisa Tuttle excelle en plusieurs domaines, son style (elle écrit très bien), sa capacité à se démarquer par l’originalité des thèmes de ses nouvelles, l’introspection qu’elle impose à ses personnages, et la qualité de ses descriptions.

Des sept nouvelles de ce recueil, seules deux m’auront légèrement déçue. Quant aux autres, elles m’ont enthousiasmée.

Mes préférées :

Ma Pathologie : J’ai adoré cette nouvelle très dérangeante voire effrayante. Sur un sujet casse-gueule, Lisa Tuttle mène sa nouvelle de main de maitre, et évite avec brio le piège du ridicule ou de l’invraisemblance. Le suspense et l’horreur vont crescendo jusqu’à la toute fin. Chapeau !

Le Remède : Une magnifique nouvelle sur le langage, emplie d’une poésie grave et mélancolique, avec en prime, une très belle histoire d’amour.

Mezzo-Tinto : Je l’ai dévoré d’une traite. Sa construction en mise en abyme est brillante. J’ai adoré une fois encore comment L. Tuttle fait basculer un quotidien somme toute banal dans un fantastique effrayant qui se dévoile de manière progressive. La fin est grandiose car totalement inattendue.

Rêves captifs, la nouvelle qui ouvre le recueil est bonne mais ce n’est pas la meilleure du choix opéré par M. Fazi. Cependant, c’est une bonne entrée en matière, je pense, pour pénétrer dans l’univers si particulier de Lisa Tuttle. Le hic, c’est que Rêves captifs est écrite de telle manière que la fin en devient, hélas, assez prévisible.

Une heure en plus est également une très bonne nouvelle à la chute surprenante, où le fantastique colonise peu à peu, la réalité par petites touches subtiles jusqu’à un dénouement renversant. J’ai beaucoup aimé.

Le vieux monsieur Boudreaux marque davantage pour son atmosphère mélancolique et onirique très réussie plus que pour son intrigue assez statique et simpliste. Là encore, la fin en total décalage surprend.

La nouvelle la plus faible est pour moi La fiancée du dragon, dont j’avais entendu dire pourtant, le plus grand bien. Trop lente, trop longue, trop plate. De l’aveu même de l’auteur dans son entretien final avec Mélanie Fazi, cette nouvelle lui semble moins bonne qu’à l’époque où elle l’a écrit. Peut-être, est-elle un peu datée ? C’est vrai qu’elle date de 1985. Mais en fait, c’est surtout Isobel, l’héroïne, qui m’a déplu, je n’ai jamais compris ses réactions. De plus, j’ai trouvé les passages érotiques, inutiles.

Un très bon recueil de nouvelles fantastiques que je recommande vivement. Désormais, je rêve d’un tome 2 (et pourquoi pas un tome 3) Mélanie Fazi, si vous passez par là 😉

« Back Up » de Paul Colize

2013 Editions Folio (Policier)

Langue française – 496 pages

Temps de lecture : 4 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Bruxelles, 2010  Un sans-papier est renversé par une voiture devant la gare du Midi. Il est transporté dans un état grave à la clinique où l’on diagnostique un coma particulier, mieux connu sous le nom de Locked I Syndrom. L’homme ne peut communiquer que par le mouvement des paupières. La police tente de l’identifier, sans succès. Il est conduit dans un centre de réadaptation où l’un des kinés parviendra peu à peu à entrer en contact avec lui.  Berlin, 1967  Quatre musiciens anglais faisant partie d’un groupe de rock, Pearl Harbor, trouvent la mort dans des conditions et des lieux différents. La police ne trouve ni lien ni élément suspect et conclut à des morts naturelles. Les familles des victimes se tournent vers les médias. Un journaliste irlandais, intrigué par l’affaire, accepte de mener des investigations. X Midi, l’inconnu de la gare de Bruxelles, se souvient. Son enfance dans un Bruxelles qui « Bruxelles » encore, sa découverte avec sa mère des premiers Chuck Berry et d’Elvis Presley, son adolescence difficile à l’heure de l’euphorie consumériste des sixties. Appelé sous les drapeaux, il fuit à Paris, devient batteur, toxico et vit comme un beatnik entre la France, Londres et Berlin. Petit à petit le destin du marginal s’enfonce dans un monde de violence et de délires stupéfiants, jusqu’au jour où il est appelé pour remplacer au pied-levé le batteur du groupe Pearl Harbor pour une session d’enregistrement, un titre, un seul, qui ne sera jamais commercialisé et pour cause.

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J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman de Paul Colize. Quel plaisir de plonger dans la folle histoire du Rock n’Roll, d’en revisiter les grands classiques et de hanter les coulisses des concerts des groupes les plus mythiques des décennies 60-70 !

Back up est un roman inclassable, une œuvre hybride et iconoclaste, à mi-chemin entre l’essai, le thriller et le livre de souvenirs, et qui retrace plusieurs décennies d’histoire avec un grand H comme avec un petit, lorsqu’il évoque l’émergence de la pop culture underground en Europe, et cerise sur le micro, on y apprend également beaucoup de choses sur le rock, Back up fourmillant d’anecdotes passionnantes.

Back up est un thriller qui sent la sueur, le sang, la pisse et le vomi. Une drôle d’épopée dégoulinante de riffs endiablés et de décibels à faire saigner les tympans, qui offre une évocation sensorielle et organique de trente années de folie créative. L’atmosphère sex, drugs et rock n’Roll des années 60/70 ‘s est très bien restituée. L’auteur s’est manifestement beaucoup documenté. L’enquête sur les morts suspectes des membres d’un groupe de rock anglais des années 60 et le mystère qui entoure un étrange enregistrement effectué juste avant leurs disparitions successives est vraiment attractive et le fait qu’elle se déroule en parallèle  avec la narration des souvenirs d’adolescence du personnage central, (victime d’un Locked in syndrom), donne envie au lecteur de tourner les pages jusqu’à la fin. 

Par un curieux tour de force, Paul Colize parvient à nous rendre attachants des personnages qui sont loin de l’être pourtant. Les protagonistes de Back up sont à mille lieux d’être des enfants de chœur,  à commencer par (l’anti) héros autour duquel tourne toute l’histoire du livre, et pourtant, curieusement, on prend plaisir à les suivre dans leurs pérégrinations psychédéliques.

Bref, réfractaires au rock, aux hippies ou puritains, s’abstenir. Ce sera ma seule réserve concernant ce roman : Pourquoi des scènes sexuelles aussi explicites ? Aussi crues et détaillées ? Cela participe de l’époque, certes, mais certains passages sont un peu trop « hardcore » à mon goût, je pense notamment à la scène dans la cabine de la piscine qui m’a semblé « gratuite », en ceci qu’elle ne me semble pas indispensable dans le développement de l’intrigue. D’ailleurs, l’auteur n’y fait pratiquement plus allusion par la suite.

En dehors de cette remarque, Back up est un roman très prenant, difficile à abandonner pour aller  dormir. Si vous cherchez un thriller original et détonnant, n’hésitez plus, lisez-le 😉

« L’invention de nos vies » de Karine Tuil

2013 Editions Grasset
Langue française – 504 pages
Temps de lecture : 4 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ? À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

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J’aurai aimé mettre cinq étoiles à ce roman et le dire « excellent » mais quelques petites choses m’ont dérangé pendant ma lecture. C’est pourquoi, je le décrirai comme un très bon roman et un page-turner efficace que j’ai beaucoup aimé.

Commençons par ce qui m’a déplu :
J’ai beaucoup peiné à entrer dans le roman, en raison de son style lourd et de son écriture prétentieuse. Les phrases sont à rallonge (parfois porteuse d’une certaine philosophie de bazar), la ponctuation pléthorique et anarchique (des – et des /) à chaque coin de page !)
qui cannibalise le texte. Et des notes de bas de pages fictives et farfelues. Des désagréments stylistiques
qui s’oublient, heureusement, après quelques chapitres. Quand le décor posé et personnages présentés, l’intrigue démarre en prenant le lecteur dans ses filets diaboliques. Dès lors, le roman se dévore, nonobstant quelques (petites baisses de rythme).
Quant aux personnages, dans leur ensemble, ils sont tous pratiquement détestables. Antipathiques. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : les hommes sont des salauds, égoïstes et misogynes, les femmes des idiotes sans caractère. Comprenez que ce roman est avant tout « un roman d’hommes ». Cuir, Whisky, Testostérone. Les femmes sont là pour le décorum, des plantes vertes, elles symbolisent le repos du guerrier et sont traités comme des geishas, presque des objets, et passent relativement au second plan tout au long de l’intrigue, à de rares exceptions.

Le regard que K. Tuil porte sur notre monde, nos sociétés contemporaines, la religion, la réussite, l’amour (entre autres sujets) est féroce, mais c’est avant tout ce qui est jouissif dans ce roman désenchanté et pessimiste, qui soulève des questions sociétales et plus encore identitaires, pertinentes et passionnantes,  tout en interrogeant des questions d’actualité brûlantes : le terrorisme, (notamment le djihad), l’intégrisme religieux, la détresse des banlieues, le racisme, la discrimination…
Avec ce roman noir, K. Tuil nous conte l’ascension et la chute et la déchéance d’un homme à la manière d’un polar, en empruntant brillamment aux codes du thriller, et si elle cède, selon moi, quelquefois à la facilité de certains clichés, cela n’en demeure pas moins une intrigue très efficace, malgré une fin un peu précipitée qui laisse des questions sans réponses,  et des arcs narratifs inachevés.

 

« Un oiseau blanc dans le blizzard » de Laura Kasischke

Editions Le Livre de Poche (2012)

312 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Par une froide journée de janvier une femme disparaît dans l’une de ces banlieues trop propres et trop calmes que le cinéma américain nous a révélées.
Katrina, sa fille unique, croit régler avec un soin méticuleux et lucide ses comptes avec l’image d’une mère destructrice détestée en secret. Mais alors pourquoi ces rêves obsédants qui hantent ses nuits ?

 

 

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Le coupable, le motif, le lieu. J’avais tout deviné du fin mot de l’histoire dés la page 30. Déçue donc par la prévisibilité de ce roman, loin d’être aussi prenant qu’Esprit d’hiver. Loin d’être aussi surprenant et fascinant aussi. Beaucoup de blabla pour faire un quota de pages. Les mêmes obsessions hantent ce livre : les relations méres-filles difficiles, l’absence métaphorique du père, l’adolescence tourmentée et l’entrée dans l’age adulte, autant de thême que l’on retrouve d’un roman a l’autre. Reste le plaisir de l’univers si identifiable de Kasischke, de son écriture visuelle et organique. Même si je déplore ici une crudité gratuite et mal maitrisée.
J’espère apprécier davantage les autres romans de l’auteure.

« Max » de Sarah Cohen-Scali

Editions France Loisirs (2013)

475 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

« 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! »Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.

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Déjà évoqué dans le bon thriller Les cendres froides de Valentin Musso, les Lebensborn sont un sujet passionnant traité d’une maniére originale. Tellement, que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’univers de ce roman. Le fait que le narrateur soit un foetus omniscient qui s’exprime pratiquement comme un adulte fanatique pour ensuite naitre et devenir un nazillon qui chante la gloire d’Hitler, est un parti-pris narratif trés audacieux auquel j’ai peiné à m’habituer.

Au début, ce monologue de Max, ce je désincarné qui nous raconte des moments et des choses qu’il ne peut pas connaitre (puisque intervenues avant même sa conception et sa naissance) me semblait une idée invraisemblable, tirée par les cheveux. Et comme je n’y croyais pas du tout et que je n’adhérais pas au procédé narratif, je m’ennuyais.

Puis Max naît et à travers lui, les points de vues changent et s’enrichissent, la focale se déplace de Max aux autres personnages et nous faisons connaissance des gens qui l’entoure grâce aux conversations qu’il entend, aux évenements qu’il vit au quotidien. A partir de là, il devient impossible de lâcher Max.

Le narrateur Max-Konrad n’est pas un bébé/enfant trés attachant, il est froid, prétentieux, idolâtre Hitler et les SS, et un fanatique du régime et ne rêve que de prendre part à l’extermination des races impures (!) (c’est une vraie petite ordure même s’il s’améliore un peu au contact de Lucjan/Lukas que j’ai vraiment beaucoup aimé, c’est le personnage que je garderai en mémoire. Car Lucjan a su me toucher et m’emouvoir, penser à lui me serre encore le coeur). Manfred est sympa aussi.

Max est heureusement pétri d’ironie et d’humour noir, ce qui permet de souffler un peu entre deux scénes révoltantes ou bouleversantes.

L’écriture est passe-partout (parfois vulgaire voir scato, Max n’ayant pas dépassé le stade pipi caca). Certaines scénes trés crues à forte connotation sexuelles mettent mal à l’aise).

Le langage très cash, trash, sans fioritures de Sarah Cohen-Scali met du rythme.

Bien que roman jeunesse, Max est une lecture difficile, sombre et cruelle et comporte des scénes presque insoutenables, d’une rare violence psychologique. Plusieurs d’entres elles m’ont nouées le ventre, serré le coeur et presque données la nausée (les « lapins », le passage dans la cave et j’en passe et des atroces).

L’intrigue manque parfois de crédibilité. L’auteure s’emballe trop et nous pond des situations improbables qui pènalisent l’ensemble.J’ai moins aimé les parties de trois à cinq, (un peu moins prenantes). Ce sont surtout les 2 premiéres parties et la derniére qui m’ont captivées. Pour avoir lu Si c’est un homme de Primo Levi quand j’étais gamine, sans être aussi dur ni avoir la même puissance émotionnelle que ce dernier (qui m’a terriblement bouleversée et fait faire des cauchemars pendant longtemps), Max est indéniablement un livre qui fait réfléchir, qui apprend de petites choses sur l’allemagne nazie. et changera la vision du monde de nos chères « têtes blondes », à ne pas faire lire donc à des enfants trop jeunes. Je pense qu’il faut destiner Max à des ados car c’est un douloureux uppercut, un livre qui marque et laisse des traces et qu’on n’oublie pas de sitôt même si le style trop familier et trop cru m’a déplu, ce roman vaut le détour pour son intrigue et quelques personnages forts.

[LC] « La Maitresse de Rome » de Kate Quinn

Editions Presses de la Cité (2012)

535 pages | Traduit par Catherine Barret

Temps de lecture : 3 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Jeux du cirque, complots, banquets, orgies… Dans cette formidable saga antique, Kate Quinn fait revivre avec panache l’univers dépravé et sanglant de la Rome du Ier siècle.

Jeune esclave juive soumise aux caprices de l’arrogante Lepida Pollia, sa maîtresse, Thea connaît pour la première fois le bonheur dans les bras du gladiateur Arius le Barbare, la nouvelle coqueluche de Rome. Mais leur idylle attise la jalousie de Lepida, qui s’emploie de son mieux à les séparer.
Cette dernière n’est pas le seul obstacle à se présenter sur la route des deux amants. Grâce à ses talents de musicienne, la belle Thea ne tarde pas àêtre remarquée de l’aristocratie romaine… et d’un dangereux admirateur : l’empereur Domitien, un homme brillant mais cruel qui en fait sa favorite. Devenue la femme la plus influente de Rome, Thea doit plus que jamais garder son amour pour Arius secret.

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Le début est très accrocheur. L’auteure nous plonge immédiatement dans le vif du sujet et nous nous attachons rapidement à Théa et à Arius. A l’instar du couple vedette, certains personnages secondaires sont agréables à côtoyer.

Les combats de gladiateurs sont décrits avec un vrai souci du détail. Visuels et haut en couleurs qu’ils témoignent de toute l’horreur de ces pratiques anciennes, ancêtres de la TV-reality dont nous abreuve aujourd’hui nos chaines de télèvision. J’ai retenu mon souffle plus d’une fois en regardant Arius lutter dans l’arène, et comme Théa, tremblé en craignant pour sa vie.  Les personnages sont très réussis, certains sont  attachants, d’autres plus ambigus, ils restent difficiles à cerner jusqu’au bout, quelques-uns qu’on adore détester. L’envie nous démange d’en frapper certains ou d’en consoler d’autres.  On espère, on se sent aussi nostalgique que Théa. On grimace de frustration et on crispe les poings de colére, maudissant le sort qui accumule les malheurs dans l’existence des personnages que l’on apprécie tandis que des envies de vengeance s’emparent de nous face à d’odieux comportements.

J’ai beaucoup aimé me promener dans cette Rome antique somptueusement décrite.  Autant que de pénétrer dans le secret d’une école de gladiateurs, dans les coulisses du pouvoir romain, et être de toutes les trahisons et les complots politiques.  

Ensuite, l’intrigue se relâche un peu et un creux s’installe au coeur de l’intrigue. Cela correspond au moment où nous perdons Théa et Arius de vue pour nous retrouver propulsés aux côtés des personnages secondaires. Le roman très long aurait peut-être d’ailleurs gagné  à être plus concentré sur son intrigue principale car ce premier tome abandonne souvent sa trame principale pour partir dans des sous-intrigues parfois ennuyeuses comme celles qui concerne les campagnes guerrière de César ou les arcanes de la politique romaine . Pour le reste, les intrigues secondaires sont également intéressantes comme celle de Paulinus et de son père (j’ai beaucoup aimé le vieux sénateur). 

Un indéniable élan romanesque parcourt ce livre mais quelques lourdeurs ralentissent le rythme, dés lors que politique et guerre sont abordés. Et l’on se prend à rêver que le bien et l’amour triomphent à la fin et que le destin réunisse enfin les amants maudits qui traversent tout le roman, le cœur brisé et l’âme en peine.  Une reconstitution historique documentée et riche en détails, couleurs et parfums. Une écriture vivante qui fait voyager (Merci à la traductrice Catherine Barret) et un texte sensuel et sensitif qui procure des émotions, des frissons et accélère les battements du coeur. 

Au final, un retour réussi dans l’antiquité romaine. Malgrè quelques petites réserves, j’ai beaucoup aimé ce roman historique documenté, sensuel et voluptueux et qui propose en prime une très jolie histoire d’amour interdit. Cependant, il m’a manqué un petit quelque chose pour que ce soit un coup de coeur.