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« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

 

ISBN : 2355843678
Éditeur : Sonatine (2016)

Langue française – 300 pages – Sortie : Mars 2016

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.
En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Mon avis

Un énorme merci à Sonatine pour leur confiance qui m’honore (et pour tous les superbes thrillers et les nouveaux auteurs découverts grâce à eux au cours des dernières années passées) ainsi qu’à Babelio pour m’avoir proposé ce partenariat privilégié que j’ai beaucoup apprécié.

Pour un premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est déconcertant de maîtrise : maturité de l’écriture, intelligence des dialogues, justesse psychologique, personnages brillamment construits…
Son originalité repose sur le fait que Celeste Ng nous emmène explorer le passé des protagonistes principaux pour mieux découvrir la vérité sur ce qui s’est passé cette fameuse nuit où Lydia a quitté silencieusement la maison. Avec posées en filigrane ces questions obsédantes :  Le désespoir est-il forcément héréditaire ? Jusqu’où doit-on pousser nos enfants à réussir leur scolarité et leur vie ? Où commence le vivre par procuration ? Jusqu’où peut-on se réaliser à travers ses enfants lorsqu’on pense avoir raté sa vie ? Pour quelles conséquences ?
Car au fond, il importe moins dans ce roman de découvrir ce qui est arrivé à la jeune Lydia que les circonstances qui ont formé le drame. C’est pourquoi, même si nous brûlons de découvrir le fin mot du mystère de la mort de la jeune fille (accident, suicide, meurtre ?), le cheminement pour y parvenir est tout aussi passionnant à suivre que la résolution de l’énigme en elle-même. Et ce, d’autant plus que les personnages, sont l’un des points forts principaux du roman.  Des personnages humains donc imparfaits mais très attachants malgré eux et leurs défauts. Ils m’ont tous touché chacun à leur façon, agacés ou déçus parfois. Mais jamais ne m’ont laissé indifférente.
Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est un roman troublant qui interroge et prend á parti son lecteur. Comme pour dire : Voyez qui sont ces gens, voyez ce qu’ils ont affronté et voici ce qu’ils sont devenu. Et vous ? Qu’auriez-vous fait à leur place ?
A sa manière bien particulière, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng se lit comme un véritable page-turner. Certes, ce très bon roman noir ne vous donnera pas forcément envie de passer une nuit blanche pour le terminer mais pour autant, une fois totalement immergé dans l’histoire, vous n’aurez pas envie de le reposer tant l’auteure parvient à nous maintenir en haleine tout du long, nous donnant envie d’en apprendre toujours davantage sur cette famille Lee, en apparence si tranquille.
La famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants, dit-on. Peut-être est-ce vrai ? Du moins est-ce ce que l’on ne peut s’empêcher de penser en tournant la dernière page de ce très bon roman noir qu’est Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng. Une Laura Kasischke (auteure que j’adore) en devenir. En tout cas, c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

« Trois » de Sarah Lotz

2014 Editions Fleuve Noir
Langue française – 528 pages – Sortie : 22 Mai 2014
Temps de lecture : 2 jours
livredeuxétoilessansplus
Synopsis

Jeudi noir sur la planète. Ce jour-là, quatre avions de ligne s’écrasent aux quatre coins du globe. Troublante coïncidence, d’autant que sur trois des quatre sites de la catastrophe, les secouristes découvrent un rescapé. Chaque fois, il s’agit d’un enfant et chaque fois, sa survie tient du miracle.La presse internationale s’empare de l’événement, il n’est bientôt plus question que des « Trois » et les spéculations à leur sujet vont bon train. Certains fanatiques religieux voient même en eux l’incarnation des cavaliers de l’Apocalypse, à ce détail près qu’ils devraient être quatre… Y aurait-il un quatrième survivant ?Dans le même temps, les familles qui ont recueilli les enfants sont confrontées à des événements étranges. Alors qui sont au juste ces enfants ? Et que veulent-ils ?Un thriller glaçant mené de main de maître par une jeune auteure virtuose.

Un résumé à faire saliver le plus blasé des amateurs de thrillers, un début passionnant qui donne envie d’en savoir plus, quelques scènes angoissantes,  et une auteure possédant un excellent style, vif et incisif…

Ma lecture commençait sous les meilleures auspices possibles…mais au bout d’une cinquantaine de pages : patatras, le désenchantement à commencé à pointer le bout de son vilain nez !
Ah, quelle déception. Car en fait de thriller haletant, nous sommes ici confrontés au roboratif inventaire des témoignages de tous les protagonistes de l’affaire, des principaux, directement impliqués, jusqu’au plus insignifiant témoin extérieur, rassemblés dans un livre fictif par un écrivain qui l’est tout autant.

Original par la diversité des modes narratifs employés et ses incessants changements de point de vue : du témoignage oral aux tweets en passant par les messages audios et vidéos, la narration est prise en charge par une vingtaine de personnages environ dont une dizaine de manière récurrente,  un procédé qui tend à rendre l’intérêt fluctuant, car des personnages se révèlent plus intéressants et attachants que d’autres, ce roman noir fantastique qui n’a de thriller que sa classification fallacieuse, souffre de très nombreuses longueurs. J’ai honte de l’avouer mais je m’ennuyais tellement que je l’ai lu en diagonale à partir du milieu, sautant les parties consacrées aux personnages qui  m’intéressaient moins ou celles (trop présentes) concernant la religion dont l’auteure parle trop à mon goût personnel.
Alors, certes, l’auteure gère brillamment sa narration éclatée, je dirais même de main de maitre tant l’entreprise est ambitieuse et périlleuse, et il est appréciable pour le lecteur de disposer de différents points de vue, mais cela rend tout de même la lecture complexe et alourdit le propos.
Mais sans conteste, c’est la fin du roman qui m’aura le plus déçue; non seulement elle n’apporte aucune conclusion satisfaisante au lecteur, mais surtout  elle est invraisemblable. Elle ne fait que développer sur plusieurs chapitres, une hypothèse déjà évoquée tout au long du roman, théorie que le lecteur aura, de toute façon, échafaudée de lui-même depuis le milieu du roman. Si bien qu’une fois le livre refermé, je me suis dit : À quoi bon lire ce roman jusqu’à la fin ? Puisque l’on a la solution pratiquement 200 pages avant la conclusion ?
Le sentiment qui prédomine chez moi, est donc la déception, et la sensation principale: le regret d’avoir perdu mon temps avec ce roman qui s’annonçait pourtant prometteur.

Fais-le pour maman de François – Xavier Dillard

2014 Éditions Fleuve Noir

Langue française – 281 pages – Sortie : 13 Mars 2014

Temps de lecture: 1 jour

Note1étoile passez votre chemin

Synopsis

Au début des années 70, Sébastien, 7 ans, vit seul avec sa mère et sa sœur adolescente, Valérie. Leur mère arrive tant bien que mal à joindre les deux bouts, malgré ses deux emplois qui lui prennent tout son temps et toute son énergie. Une dispute de trop avec sa fille qui dégénère, et c’est le drame familial. Valérie survivra à ses blessures mais la police ne croit pas à la version de la mère accusant son petit garçon d’avoir blessé sa soeur. La mère prendra 5 ans de prison. Des années plus tard, et grâce à ses parents adoptifs, Sébastien mène une vie « normale », alors que sa sœur vit dans un institut spécialisé et que sa mère n’est jamais reparue après sa sortie de prison. Sébastien est devenu un père et un médecin exemplaires. Jusqu’à de mystérieux décès d’enfants parmi ses patients et avec eux, le retour funeste des voix du passé…

Certaines critiques faisaient état d’une fin (je cite) grotesque. Si seulement…

Car à mes yeux, tout le roman, l’est. (Désolée pour celles et ceux qui l’ont adoré et pour l’auteur, soit dit en passant) mais je n’ai rien aimé dans ce thriller.

Je n’ai pas aimé l’écriture que j’ai trouvé bâclée. La grammaire est malmenée, et je ne vous parle pas des fautes d’orthographe. Si, en fait, il faut que je vous en parle car cela m’a choqué. Tout le monde fait des fautes, moi y compris. Étourderies, faute d’inattention, faute d’accord…. Bref, tout le monde fait des fautes…mais là, c’est quand même fort de café. Un exemple :  » beigne dans son sang  » au lieu de « baigne » (entre nous, comment peut-on laisser passer une faute pareille ? Ils n’ont pas de correcteurs chez Fleuve Noir ?) et des coquilles qui ont été également oubliées au passage.

L’intrigue est abracadabrante . Le mobile de la fameuse dame en blanc pas du tout crédible et l’identité de ladite meurtrière se devine dès le début.

En vain, ai-je donc poursuivi ma lecture en espérant être détrompé par un incroyable rebondissement, un extraordinaire coup de théâtre de dernière minute. En vain, vous dis-je ! Pourquoi ? Parce que le fameux twist final, je l’avais deviné aussi dès les premiers chapitres.

Quant aux personnages ! Des clichés ambulants ! Et j’ai trouvé qu’ils manquaient vraiment d’épaisseur, de densité. Ils sont creux, inconsistants… Dans ces conditions, difficile de s’attacher à eux ou de compatir à leurs tourments !

Avis purement subjectif, je précise, donc pas besoin de dégainer vos tomates 😉

« Le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock

2012 Editions Albin Michel (Terres d’Amérique)
Langue française – 370 pages | Traduit par Christophe Mercier
Temps de lecture : 2 jours
Note 
1étoile passez votre chemin

Synopsis

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

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J’ai hésité à lire ce roman. Un abandon de lecture dans mon entourage proche m’en ayant dissuadé longtemps et puis, intriguée par les critiques positives tout autant qu’unanimes, j’ai cédé à ma curiosité en me disant : « Et si je passais vraiment à côté de quelque chose ? ».

Au final, ce que j’aurais mieux fait de passer, c’est mon chemin.
Ce roman est immonde.

Sous prétexte de faire la critique des USA des années 50-60, et d’en dénoncer les nombreux travers : racisme, homophobie, puritanisme, sexisme, patriotisme exacerbé, fascination pour les armes,… (ce qui a déjà été fait ailleurs, et avec bien plus de talent et de finesse), Pollock nous livre avec Le diable, tout le temps l’un des romans les plus sordide, obscène, vulgaire et misogyne qu’il m’eut été donné de lire depuis longtemps !

Dans ce roman, il n’y a pas d’histoire à proprement parler : il s’agit davantage de chroniques mettant en scènes divers « péquenauds », je cite l’auteur, alcooliques, crasseux, illettrés, obsédés sexuels, pervers, et fanatiques religieux, issus de l’amérique dite « profonde », tous plus ou moins consanguins les uns des autres, et qui se croisent au fil de leurs pérégrinations (parfois meurtrières) à travers la région et ses environs.

Ce qui est déplorable dans ce roman, c’est que Pollock n’analyse rien, il ne fait que dresser son sinistre inventaire des horreurs commises en pensées comme en actes de ses personnages. J’aurais souhaité que, plutôt que de faire une sorte de catalogue macabre et complaisant de l’horreur, l’auteur intellectualise un minimum les faits et son propos, afin d’ouvrir des pistes de réflexions à ses lecteurs.
Ce manque d’implication, cette distanciation prononcée vis-à-vis de son récit et surtout le manque cruel de second degré est vraiment dommageable, car en pratiquant une telle neutralité dans sa narration, il semble cautionner les ignominies qu’il décrit de long en large, et au-delà, se complaire dans la violence et la vulgarité gratuite, sans que cela ne débouche chez lui (ou chez le lecteur) sur une quelconque ébauche de réflexion. Ce qui m’a profondément dérangé, je l’avoue.

Quant au « style », s’il est fluide à lire, il est aussi assez pauvre et grossier « en diable ». À un certain moment, j’ai cessé de compter les insanités tant ce roman en est truffé.

La fin est moralisatrice, comme il se doit, Amérique bien-pensante oblige, une conclusion où les méchants doivent être châtiés et où le « œil pour œil », l’auto-défense, est cité, (voire prôné en exemple, à la Charles Bronson, vous voyez, époque « Le justicier » et où le cow-boy à la gâchette vengeresse, part façon « lonesome cow-boy » vers le soleil couchant).

Pour moi ce roman est vide de sens, de signifiant comme de signifié, et sa démarche me parait purement sensationnaliste et racoleuse, rien de plus. Et croyez-moi entre les pédophiles, les zoophiles, et les femmes traitées comme de la viande, (et j’en passe !), j’ai eu largement mon content d’insanités pour l’année.

Bref, à mes yeux un roman de gare. Sur des sujets similaires, je vous conseille de lire ou de (relire) le chef-d’œuvre de Truman Capote : De sang-froid ou l’excellent Seul le silence d’Ellory.

« Back Up » de Paul Colize

2013 Editions Folio (Policier)

Langue française – 496 pages

Temps de lecture : 4 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Bruxelles, 2010  Un sans-papier est renversé par une voiture devant la gare du Midi. Il est transporté dans un état grave à la clinique où l’on diagnostique un coma particulier, mieux connu sous le nom de Locked I Syndrom. L’homme ne peut communiquer que par le mouvement des paupières. La police tente de l’identifier, sans succès. Il est conduit dans un centre de réadaptation où l’un des kinés parviendra peu à peu à entrer en contact avec lui.  Berlin, 1967  Quatre musiciens anglais faisant partie d’un groupe de rock, Pearl Harbor, trouvent la mort dans des conditions et des lieux différents. La police ne trouve ni lien ni élément suspect et conclut à des morts naturelles. Les familles des victimes se tournent vers les médias. Un journaliste irlandais, intrigué par l’affaire, accepte de mener des investigations. X Midi, l’inconnu de la gare de Bruxelles, se souvient. Son enfance dans un Bruxelles qui « Bruxelles » encore, sa découverte avec sa mère des premiers Chuck Berry et d’Elvis Presley, son adolescence difficile à l’heure de l’euphorie consumériste des sixties. Appelé sous les drapeaux, il fuit à Paris, devient batteur, toxico et vit comme un beatnik entre la France, Londres et Berlin. Petit à petit le destin du marginal s’enfonce dans un monde de violence et de délires stupéfiants, jusqu’au jour où il est appelé pour remplacer au pied-levé le batteur du groupe Pearl Harbor pour une session d’enregistrement, un titre, un seul, qui ne sera jamais commercialisé et pour cause.

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J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman de Paul Colize. Quel plaisir de plonger dans la folle histoire du Rock n’Roll, d’en revisiter les grands classiques et de hanter les coulisses des concerts des groupes les plus mythiques des décennies 60-70 !

Back up est un roman inclassable, une œuvre hybride et iconoclaste, à mi-chemin entre l’essai, le thriller et le livre de souvenirs, et qui retrace plusieurs décennies d’histoire avec un grand H comme avec un petit, lorsqu’il évoque l’émergence de la pop culture underground en Europe, et cerise sur le micro, on y apprend également beaucoup de choses sur le rock, Back up fourmillant d’anecdotes passionnantes.

Back up est un thriller qui sent la sueur, le sang, la pisse et le vomi. Une drôle d’épopée dégoulinante de riffs endiablés et de décibels à faire saigner les tympans, qui offre une évocation sensorielle et organique de trente années de folie créative. L’atmosphère sex, drugs et rock n’Roll des années 60/70 ‘s est très bien restituée. L’auteur s’est manifestement beaucoup documenté. L’enquête sur les morts suspectes des membres d’un groupe de rock anglais des années 60 et le mystère qui entoure un étrange enregistrement effectué juste avant leurs disparitions successives est vraiment attractive et le fait qu’elle se déroule en parallèle  avec la narration des souvenirs d’adolescence du personnage central, (victime d’un Locked in syndrom), donne envie au lecteur de tourner les pages jusqu’à la fin. 

Par un curieux tour de force, Paul Colize parvient à nous rendre attachants des personnages qui sont loin de l’être pourtant. Les protagonistes de Back up sont à mille lieux d’être des enfants de chœur,  à commencer par (l’anti) héros autour duquel tourne toute l’histoire du livre, et pourtant, curieusement, on prend plaisir à les suivre dans leurs pérégrinations psychédéliques.

Bref, réfractaires au rock, aux hippies ou puritains, s’abstenir. Ce sera ma seule réserve concernant ce roman : Pourquoi des scènes sexuelles aussi explicites ? Aussi crues et détaillées ? Cela participe de l’époque, certes, mais certains passages sont un peu trop « hardcore » à mon goût, je pense notamment à la scène dans la cabine de la piscine qui m’a semblé « gratuite », en ceci qu’elle ne me semble pas indispensable dans le développement de l’intrigue. D’ailleurs, l’auteur n’y fait pratiquement plus allusion par la suite.

En dehors de cette remarque, Back up est un roman très prenant, difficile à abandonner pour aller  dormir. Si vous cherchez un thriller original et détonnant, n’hésitez plus, lisez-le 😉

« Tokyo » de Mo Hayder

Editions Pocket (Thriller) (2005)

473 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Quand Grey débarque à Tokyo sans attaches, argent ni bagages, elle a beaucoup à prouver et encore plus à cacher.
Sa rencontre avec Jason, pour lequel elle éprouve une fascination immédiate, est déterminante : il lui trouve un toit, une maison délabrée vouée à la démolition, et un emploi dans un club à hôtesses très privé. Ses clients ? Des yakuzas et un étrange infirme accompagné d’une nurse à la silhouette monstrueuse… Moeurs inavouables, violence, écrasant secret… Ce nouvel univers est pourtant familier à Grey.
Le but de son voyage ? Retrouver un mystérieux film à l’existence contestée datant de l’invasion de la Chine par les Japonais. Un seul homme pourrait l’aider. Un survivant du massacre qui refuse de répondre à ses questions…

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La classification de ce roman est trompeuse, plus qu’un thriller, il s’agit davantage d’un roman noir à forte connotation historique puisqu’une grande partie est consacrée à relater l’occupation japonaise en Chine à la fin des années 30.

Glauque, dérangeant, malsain, psychologiquement brutal parfois, ce roman est placé sous le signe de la dualité : Deux personnages, deux histoires, deux générations, deux époques, deux destins, deux trajectoires paralléles, en deux pays dont liés par un passé commun et terrible (Chine et Japon) et entre passé et histoire plus contemporaine (des années 90).

Il bénéficie d’une ambiance réussie, d’un climat angoissant qui va crescendo, et du style de Mo Hayder que j’ai trouvé trés intéressant dans sa crudité bucolique, sa poésie contemplative et percutante, qui met en valeur la beauté du Japon, ce pays entre tradition et modernité, une réalité fort bien illustrée et retranscrite par Mo Hayder par ses mots et l’ambiance globale de son récit.

J’ai adoré en apprendre davantage sur la colonisation de la Chine par le Japon (période historique assez nébuleuse pour l’Européenne que je suis), et que Mo Hayder nous raconte sans fard et sans concession aucune, en nous en dévoilant toute l’horreur. Notamment, les actes barbares commis à Nankin en 1937 et dont on sait peu de choses en définitive.

Grey est une héroïne des plus complexes avec laquelle l’identification s’avère difficile, du fait d’abord de l’étrangeté de sa quête, mais surtout de sa personnalité ambigüe et mutique. Héroïne en constante mutation, presque en gestation d’elle-même, Grey  hante les pages du livre de son errance psychologique, de ses désirs inassouvis, de son aspiration à la normalité et à une impossible rédemption.  Elle traverse le roman,  telle une femme – chrysalide attendant de se libèrer de son carcan pour s’accomplir. Troublant. Le théme de la métamorphose, de l’éclosion du cocon d’insecte, est d’ailleurs trés présent au sein de ce roman et rajoute au côté organique de l’écriture de Mo Hayder.

Dommage, cependant, que l’intrigue comporte des longueurs, même si l’histoire tient sans mal le lecteur en haleine jusqu’à un dénouement proprement bouleversant et hallucinant de noirceur.

Un très très bon roman, aiguisé comme un katana, et qui nous chahute comme une secousse sismique de force 10. Je le conseille très fortement. En ce qui me concerne, je sais que je n’oublierai pas cette lecture de sitôt. 

« La vérité sur l’Affaire Harry Quebert » de Joël Dicker

Editions de Fallois (2012)

665 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis 

À New York, au printemps 2008, lorsque l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

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Malgré une écriture quelconque et sans relief (le gros point négatif du livre) et des dialogues assez stéréotypés, ce roman est une réussite du genre. 

Ses chapitres courts, entrecoupés d’un bréviaire de conseils d’écriture à destination des écrivains débutants, ses époques qui se chevauchent, son rythme rapide et haletant en font un redoutable page-turner. Impossible de lâcher le roman. Les pages se tournent toutes seules. On veut tellement savoir ce qui est arrivé à Nola, ce qui s’est passé dans cette bourgade d’apparence tranquille 33 ans plus tôt.

Ce roman est tellement prenant que non seulement je l’ai dévoré en deux jours. De plus, je ne cessai d’y penser dans la journée entre mes sessions de lecture. Il m’obsédait presque et j’avais hâte de trouver un instant de calme pour retourner dans le petit village d’Aurora afin de découvrir la vérité sur cette histoire de fous.

Baignant dans une ambiance glauque et sulfureuse à la Lolita de Nabokov, ce thriller efficace réunit tous les ingrédients d’un roman noir digne de ce nom : amour fou, passion interdite, meurtres sanglants, chantage, lettres anonymes, secrets de village, qu’en dira-t-on…Si le roman souffre de quelques erreurs de jeunesse (l’auteur suisse n’a que 27 ans) notamment en ce qui concerne l’intrigue qui parait parfois un peu invraisemblable ou la présence de quelques longueurs dispensables. Cependant, l’histoire racontée reste captivante de bout en bout, ce qui aide beaucoup à passer outre  les incohérences du scénario.

L’auteur ne nous laisse pas un instant de répit. Une cascade de rebondissements et de surprises s’abat sur le lecteur à chaque page. Plus le récit avance et plus le mystère s’épaissit. Tous les (nombreux) personnages paraissent suspects à un moment du récit et au fil des pages les théories les plus folles s’échafaudent dans l’esprit du lecteur. Pour mieux nous perdre; l’auteur multiplie les fausses pistes, les mensonges et les secrets et donne à lire plusieurs versions d’un même évenements au point de nous laisser stupéfait lorsque toutes les réponses à nos questions nous sont enfin révélées.

La fin est difficile à trouver (car très tordue) mais pas impossible néanmoins car certains détails se laissent facilement deviner. En fait, c’est surtout le faisceau de ramifications scénaristiques mis en place pour aboutir à cette fin qui est proprement à couper le souffle.  

La pesanteur ambiante est traversée de temps à autre par des instants de drôlerie. L’humour n’est pas exempt du roman. La mère juive du héros, Marcus, est hilarante et chaque conversation (téléphonique ou non) avec son fils est à mourir de rire. Un humour plus sarcastique s’incarne dans la personne de Harry ou de l’éditeur sans scrupules de Marcus.

Le thriller se double d’une belle histoire d’amitié (j‘ai beaucoup aimé la relation entre Harry et Marcus, son élève et son fils spirituel) en même temps que d’une étude de moeurs édifiante et plein d’acidité d’une petite bourgade du Maine blottie au bord de l’océan. Un peu comme le fait Stephen King le fait dans ses romans, Dicker dévoile la face cachée d’une certaine Amérique bienpensante en surface mais remplie d’hypocrisie et où chacun abrite de noirs et lourds secrets derrière ses grands airs de bons citoyens. 

En outre, Joël Dicker propose une réflexion sur l’écriture et les livres au travers de ses personnages et se livre à un véritable exercice de style passionnant en utilisant l’art de la mise en abyme. Un roman mis en scène dans un roman, lui même repris dans un autre roman et ainsi de suite. L’auteur nous permet d’assister à la rédaction de son livre en temps réel et nous laisse entrevoir le barnum éditorial et médiatique entourant la sortie d’un roman. L’auteur s’autorise d’ailleurs un regard réaliste et sans concessions sur le monde de l’édition, un milieu où l’argent et le cynisme règnent en maîtres (à quel point est-ce autobiographique ?).

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce trés bon roman. Jamais depuis  le Chuchoteur de Carrisi et Seul le silence d’Ellory, je ne m’étais laissé emporter à ce point par un thriller.