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« Trois » de Sarah Lotz

2014 Editions Fleuve Noir
Langue française – 528 pages – Sortie : 22 Mai 2014
Temps de lecture : 2 jours
livredeuxétoilessansplus
Synopsis

Jeudi noir sur la planète. Ce jour-là, quatre avions de ligne s’écrasent aux quatre coins du globe. Troublante coïncidence, d’autant que sur trois des quatre sites de la catastrophe, les secouristes découvrent un rescapé. Chaque fois, il s’agit d’un enfant et chaque fois, sa survie tient du miracle.La presse internationale s’empare de l’événement, il n’est bientôt plus question que des « Trois » et les spéculations à leur sujet vont bon train. Certains fanatiques religieux voient même en eux l’incarnation des cavaliers de l’Apocalypse, à ce détail près qu’ils devraient être quatre… Y aurait-il un quatrième survivant ?Dans le même temps, les familles qui ont recueilli les enfants sont confrontées à des événements étranges. Alors qui sont au juste ces enfants ? Et que veulent-ils ?Un thriller glaçant mené de main de maître par une jeune auteure virtuose.

Un résumé à faire saliver le plus blasé des amateurs de thrillers, un début passionnant qui donne envie d’en savoir plus, quelques scènes angoissantes,  et une auteure possédant un excellent style, vif et incisif…

Ma lecture commençait sous les meilleures auspices possibles…mais au bout d’une cinquantaine de pages : patatras, le désenchantement à commencé à pointer le bout de son vilain nez !
Ah, quelle déception. Car en fait de thriller haletant, nous sommes ici confrontés au roboratif inventaire des témoignages de tous les protagonistes de l’affaire, des principaux, directement impliqués, jusqu’au plus insignifiant témoin extérieur, rassemblés dans un livre fictif par un écrivain qui l’est tout autant.

Original par la diversité des modes narratifs employés et ses incessants changements de point de vue : du témoignage oral aux tweets en passant par les messages audios et vidéos, la narration est prise en charge par une vingtaine de personnages environ dont une dizaine de manière récurrente,  un procédé qui tend à rendre l’intérêt fluctuant, car des personnages se révèlent plus intéressants et attachants que d’autres, ce roman noir fantastique qui n’a de thriller que sa classification fallacieuse, souffre de très nombreuses longueurs. J’ai honte de l’avouer mais je m’ennuyais tellement que je l’ai lu en diagonale à partir du milieu, sautant les parties consacrées aux personnages qui  m’intéressaient moins ou celles (trop présentes) concernant la religion dont l’auteure parle trop à mon goût personnel.
Alors, certes, l’auteure gère brillamment sa narration éclatée, je dirais même de main de maitre tant l’entreprise est ambitieuse et périlleuse, et il est appréciable pour le lecteur de disposer de différents points de vue, mais cela rend tout de même la lecture complexe et alourdit le propos.
Mais sans conteste, c’est la fin du roman qui m’aura le plus déçue; non seulement elle n’apporte aucune conclusion satisfaisante au lecteur, mais surtout  elle est invraisemblable. Elle ne fait que développer sur plusieurs chapitres, une hypothèse déjà évoquée tout au long du roman, théorie que le lecteur aura, de toute façon, échafaudée de lui-même depuis le milieu du roman. Si bien qu’une fois le livre refermé, je me suis dit : À quoi bon lire ce roman jusqu’à la fin ? Puisque l’on a la solution pratiquement 200 pages avant la conclusion ?
Le sentiment qui prédomine chez moi, est donc la déception, et la sensation principale: le regret d’avoir perdu mon temps avec ce roman qui s’annonçait pourtant prometteur.

[Masse Critique Babelio] « L’an prochain à Grenade » de Gérard de Cortanze

Éditeur : Albin Michel (2014) 
Temps de lecture : Six jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis

Grenade, 31 décembre 1066 : 5000 Juifs sont massacrés en une nuit par une foule musulmane en furie. Parmi les morts, Samuel Ibn Kaprun, chef des armées du vizir, premier ministre, receveur des impôts, pourvoyeur d’esclaves, grand poète et… Juif. Echappent à la tuerie, sa jeune fille Gâlâh et Halim, son amant musulman vite assassiné par les brigades intégristes. Mémoire vivante de son peuple, Gâlâh traverse les siècles. On la retrouve à Séville, à Lisbonne, à Oran, à Constantinople, à Venise, à Treblinka, à Sarajevo, à New-York, à Grenade à nouveau, bien des siècles plus tard, à Paris enfin, devant une école juive, un matin de septembre 2012, où l’attend un tueur prénommé Iblis, nom qui dans le Coran désigne le Diable. L’An prochain à Grenade est un roman d’amour, qui raconte l’idylle entre une jeune femme juive et un poète musulman. Un roman épique, où résonnent les guerres, les pogroms, les soulèvements populaires. Un roman littéraire, qui par son souffle, s’inscrit dans la lignée du Dernier des Justes et de la Mémoire d’Abraham. Un roman politique, car la nuit noire de 1066 résonne d’une façon étrangement actuelle. Un conte philosophique enfin, qui débouche sur une interrogation essentielle : pourquoi l’antisémitisme, pourquoi l’intolérance, pourquoi la haine ? Ce livre fort donne à lire une indispensable méditation sur l’extrême difficulté (impossibilité ?) à faire cohabiter les croyances religieuses, sur le désenchantement d’un monde où les mots de fraternité et de tolérance ont perdu tout sens. Quelle histoire, sinon celle subie par la jeune Gâlâh – mémoire vivante du peuple juif – résume à ce point la noirceur de l’humanité ?

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L’an prochain à Grenade propose une accumulation rébarbative de données historiques,  incessantes énumérations de dates, de noms, de lieux, et de décomptes de morts, sans doute récoltées au prix de recherches poussées, ( je ne nie pas le travail documentaire préparatoire de l’auteur), mais qui souffrent, selon moi, de ne jamais être mis en perspective ou assimilées au sein de l’intrigue. Ce qui est regrettable, car la démarche littéraire de l’auteur en devient artificielle et dénuée de profondeur. Résultat : davantage qu’un roman, j’ai eu l’impression de lire des pages  Wikipédia ou une longue et ennuyeuse prise de notes.

Alors, oui, ce roman est sans doute instructif, mais il laisse le lecteur sur le carreau, incapable de s’émouvoir de ces destinées tragiques, certes, mais narrées de manière trop clinique. Il est d’autant plus difficile de s’attacher aux personnages qu’ils restent souvent en marge des événements, en tant que simples spectateurs des horreurs commises au nom de la religion, toujours dans la fuite, jamais dans l’action.

De plus, l’auteur privilégiant les faits historiques, au détriment des personnages, ceux-ci apparaissent peu travaillés, sorte d’ombres chinoises qui s’agitent derrière l’écran de fumée que se contente d’être l’intrigue du roman, marionnettes érigées en cautions historiques, dont l’auteur tire les ficelles lorsque cela sert son propos ou sa démonstration.

Le style est au diapason et oscille entre descriptions poétiques et écriture factuelle. Combien de phrases qui commencent par Mais, Tandis, Et… ? Trop de coordinations qui, certes, apportent du rythme en favorisant les phrases courtes, mais accentuent cet aspect administratif du texte. Combien de fois, au cours de ma lecture, me suis-je sentie ainsi noyée sous la masse d’informations dispensées ? Quasiment à chaque page. Ce qui entre nous nuit beaucoup au plaisir de lecture. Autant dire que j’ai failli abandonner la lecture de ce pensum à plusieurs reprises.

Bref, l’auteur aurait peut être gagné à vulgariser, quelque peu, son propos. Rare sera le lecteur, je pense, à posséder le bagage théologique nécessaire a la
bonne compréhension du récit.

Á mes yeux, une lecture roborative qui, hélas, tourne vite à l’indigeste.

« Le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock

2012 Editions Albin Michel (Terres d’Amérique)
Langue française – 370 pages | Traduit par Christophe Mercier
Temps de lecture : 2 jours
Note 
1étoile passez votre chemin

Synopsis

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

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J’ai hésité à lire ce roman. Un abandon de lecture dans mon entourage proche m’en ayant dissuadé longtemps et puis, intriguée par les critiques positives tout autant qu’unanimes, j’ai cédé à ma curiosité en me disant : « Et si je passais vraiment à côté de quelque chose ? ».

Au final, ce que j’aurais mieux fait de passer, c’est mon chemin.
Ce roman est immonde.

Sous prétexte de faire la critique des USA des années 50-60, et d’en dénoncer les nombreux travers : racisme, homophobie, puritanisme, sexisme, patriotisme exacerbé, fascination pour les armes,… (ce qui a déjà été fait ailleurs, et avec bien plus de talent et de finesse), Pollock nous livre avec Le diable, tout le temps l’un des romans les plus sordide, obscène, vulgaire et misogyne qu’il m’eut été donné de lire depuis longtemps !

Dans ce roman, il n’y a pas d’histoire à proprement parler : il s’agit davantage de chroniques mettant en scènes divers « péquenauds », je cite l’auteur, alcooliques, crasseux, illettrés, obsédés sexuels, pervers, et fanatiques religieux, issus de l’amérique dite « profonde », tous plus ou moins consanguins les uns des autres, et qui se croisent au fil de leurs pérégrinations (parfois meurtrières) à travers la région et ses environs.

Ce qui est déplorable dans ce roman, c’est que Pollock n’analyse rien, il ne fait que dresser son sinistre inventaire des horreurs commises en pensées comme en actes de ses personnages. J’aurais souhaité que, plutôt que de faire une sorte de catalogue macabre et complaisant de l’horreur, l’auteur intellectualise un minimum les faits et son propos, afin d’ouvrir des pistes de réflexions à ses lecteurs.
Ce manque d’implication, cette distanciation prononcée vis-à-vis de son récit et surtout le manque cruel de second degré est vraiment dommageable, car en pratiquant une telle neutralité dans sa narration, il semble cautionner les ignominies qu’il décrit de long en large, et au-delà, se complaire dans la violence et la vulgarité gratuite, sans que cela ne débouche chez lui (ou chez le lecteur) sur une quelconque ébauche de réflexion. Ce qui m’a profondément dérangé, je l’avoue.

Quant au « style », s’il est fluide à lire, il est aussi assez pauvre et grossier « en diable ». À un certain moment, j’ai cessé de compter les insanités tant ce roman en est truffé.

La fin est moralisatrice, comme il se doit, Amérique bien-pensante oblige, une conclusion où les méchants doivent être châtiés et où le « œil pour œil », l’auto-défense, est cité, (voire prôné en exemple, à la Charles Bronson, vous voyez, époque « Le justicier » et où le cow-boy à la gâchette vengeresse, part façon « lonesome cow-boy » vers le soleil couchant).

Pour moi ce roman est vide de sens, de signifiant comme de signifié, et sa démarche me parait purement sensationnaliste et racoleuse, rien de plus. Et croyez-moi entre les pédophiles, les zoophiles, et les femmes traitées comme de la viande, (et j’en passe !), j’ai eu largement mon content d’insanités pour l’année.

Bref, à mes yeux un roman de gare. Sur des sujets similaires, je vous conseille de lire ou de (relire) le chef-d’œuvre de Truman Capote : De sang-froid ou l’excellent Seul le silence d’Ellory.

« L’invention de nos vies » de Karine Tuil

2013 Editions Grasset
Langue française – 504 pages
Temps de lecture : 4 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ? À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

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J’aurai aimé mettre cinq étoiles à ce roman et le dire « excellent » mais quelques petites choses m’ont dérangé pendant ma lecture. C’est pourquoi, je le décrirai comme un très bon roman et un page-turner efficace que j’ai beaucoup aimé.

Commençons par ce qui m’a déplu :
J’ai beaucoup peiné à entrer dans le roman, en raison de son style lourd et de son écriture prétentieuse. Les phrases sont à rallonge (parfois porteuse d’une certaine philosophie de bazar), la ponctuation pléthorique et anarchique (des – et des /) à chaque coin de page !)
qui cannibalise le texte. Et des notes de bas de pages fictives et farfelues. Des désagréments stylistiques
qui s’oublient, heureusement, après quelques chapitres. Quand le décor posé et personnages présentés, l’intrigue démarre en prenant le lecteur dans ses filets diaboliques. Dès lors, le roman se dévore, nonobstant quelques (petites baisses de rythme).
Quant aux personnages, dans leur ensemble, ils sont tous pratiquement détestables. Antipathiques. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : les hommes sont des salauds, égoïstes et misogynes, les femmes des idiotes sans caractère. Comprenez que ce roman est avant tout « un roman d’hommes ». Cuir, Whisky, Testostérone. Les femmes sont là pour le décorum, des plantes vertes, elles symbolisent le repos du guerrier et sont traités comme des geishas, presque des objets, et passent relativement au second plan tout au long de l’intrigue, à de rares exceptions.

Le regard que K. Tuil porte sur notre monde, nos sociétés contemporaines, la religion, la réussite, l’amour (entre autres sujets) est féroce, mais c’est avant tout ce qui est jouissif dans ce roman désenchanté et pessimiste, qui soulève des questions sociétales et plus encore identitaires, pertinentes et passionnantes,  tout en interrogeant des questions d’actualité brûlantes : le terrorisme, (notamment le djihad), l’intégrisme religieux, la détresse des banlieues, le racisme, la discrimination…
Avec ce roman noir, K. Tuil nous conte l’ascension et la chute et la déchéance d’un homme à la manière d’un polar, en empruntant brillamment aux codes du thriller, et si elle cède, selon moi, quelquefois à la facilité de certains clichés, cela n’en demeure pas moins une intrigue très efficace, malgré une fin un peu précipitée qui laisse des questions sans réponses,  et des arcs narratifs inachevés.

 

« La Belle imparfaite » de Cecilia Samartin

Editions de l’Archipel (2012)

400 pages | Traduit par Mélanie Carpe

Temps de lecture : 2 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Jamilet est une jolie jeune fille mexicaine, qui a grandi avec l’idée que l’énorme tache de naissance qui recouvre son dos était la marque du diable. Quand, à 17 ans, la jeune fille perd sa mère, elle part rejoindre illégalement sa tante Carmen aux États-Unis, où elle espère qu’on pourra la soigner. En Californie, Carmen lui procure des faux papiers, grâce auxquels elle trouve un travail de garde-malade dans un hôpital psychiatrique. Jamilet doit surtout veiller sur le Señor Peregrino, un vieil Espagnol acariâtre, qui découvre bien vite la véritable identité de Jamilet et lui vole ses faux papiers. Il ne les lui rendra que si la jeune femme daigne l’écouter raconter le pèlerinage qu’il fit à Saint Jacques de Compostelle, au cours duquel il rencontra Rosa, le grand amour de sa vie. 

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Je m’attendais à autre chose en commençant ce roman. Ce qui explique mon léger désappointement. Certes, c’est un bon livre mais ce n’est pas le roman magnifique que j’espérais découvrir.  Je n’ai pas été aussi transportée que prévu. A vrai, je me suis même plutôt ennuyée en le lisant.

Le roman a ceci de commun avec son titre La belle imparfaite, que bien que joli, le roman a lui aussi des défauts. Déjà, première déconvenue : au vu de la couverture, j’imaginais que l’essentiel de l’intrigue devait se dérouler au dix-neuvième siècle voire à  l’orée du vingtième. Ce n’est pas le cas. Le cadre historique se situe au contraire dans les années 60-70.

Deuxième déception, les longueurs et la place que la religion prend dans l’histoire. Les passages sur St-Jacques de Compostelle m’ont semblé interminables. Après, je dois avouer que la spiritualité me laisse de marbre, ce qui explique peut-être cela.

L’enfance mexicaine de Jamilet, peuplée de rêveries et son adolescence, marquée par son immigration clandestine à Los Angeles , sont les passages que j’ai préféré. Même si ensuite, j’ai aimé la suivre dans sa nouvelle vie, ses ennuis avec sa tante et son amitié avec Eddie,  c’est surtout le début du roman que j’ai beaucoup aimé. Tout se gâte lors de la prise de contact entre Jamilet et Peregrino. A partir de ce moment, le livre devient plus statique et hélas, ennuyeux.

L’écriture est très belle c’est indéniable, les personnages sont réussis et émouvants (surtout Jamilet et Senior Peregrino, et Eddie) MAIS l’aspect religieux devient vite pesant.

De surcroît, les révélations finales sont aisées à deviner (Mme B.) et par conséquent tombent à plat.
La fin est non seulement bâclée pour moi, mais également capilotractée.  L’auteure nous quitte en nous laissant face à nos interrogations. Ce qui a toujours le don de m’agacer.

Bref, ce n’est pas un mauvais roman (cf.ma note) mais je m’étais imaginée quelque chose de bien meilleur.

[LC] « La Maitresse de Rome » de Kate Quinn

Editions Presses de la Cité (2012)

535 pages | Traduit par Catherine Barret

Temps de lecture : 3 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Jeux du cirque, complots, banquets, orgies… Dans cette formidable saga antique, Kate Quinn fait revivre avec panache l’univers dépravé et sanglant de la Rome du Ier siècle.

Jeune esclave juive soumise aux caprices de l’arrogante Lepida Pollia, sa maîtresse, Thea connaît pour la première fois le bonheur dans les bras du gladiateur Arius le Barbare, la nouvelle coqueluche de Rome. Mais leur idylle attise la jalousie de Lepida, qui s’emploie de son mieux à les séparer.
Cette dernière n’est pas le seul obstacle à se présenter sur la route des deux amants. Grâce à ses talents de musicienne, la belle Thea ne tarde pas àêtre remarquée de l’aristocratie romaine… et d’un dangereux admirateur : l’empereur Domitien, un homme brillant mais cruel qui en fait sa favorite. Devenue la femme la plus influente de Rome, Thea doit plus que jamais garder son amour pour Arius secret.

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Le début est très accrocheur. L’auteure nous plonge immédiatement dans le vif du sujet et nous nous attachons rapidement à Théa et à Arius. A l’instar du couple vedette, certains personnages secondaires sont agréables à côtoyer.

Les combats de gladiateurs sont décrits avec un vrai souci du détail. Visuels et haut en couleurs qu’ils témoignent de toute l’horreur de ces pratiques anciennes, ancêtres de la TV-reality dont nous abreuve aujourd’hui nos chaines de télèvision. J’ai retenu mon souffle plus d’une fois en regardant Arius lutter dans l’arène, et comme Théa, tremblé en craignant pour sa vie.  Les personnages sont très réussis, certains sont  attachants, d’autres plus ambigus, ils restent difficiles à cerner jusqu’au bout, quelques-uns qu’on adore détester. L’envie nous démange d’en frapper certains ou d’en consoler d’autres.  On espère, on se sent aussi nostalgique que Théa. On grimace de frustration et on crispe les poings de colére, maudissant le sort qui accumule les malheurs dans l’existence des personnages que l’on apprécie tandis que des envies de vengeance s’emparent de nous face à d’odieux comportements.

J’ai beaucoup aimé me promener dans cette Rome antique somptueusement décrite.  Autant que de pénétrer dans le secret d’une école de gladiateurs, dans les coulisses du pouvoir romain, et être de toutes les trahisons et les complots politiques.  

Ensuite, l’intrigue se relâche un peu et un creux s’installe au coeur de l’intrigue. Cela correspond au moment où nous perdons Théa et Arius de vue pour nous retrouver propulsés aux côtés des personnages secondaires. Le roman très long aurait peut-être d’ailleurs gagné  à être plus concentré sur son intrigue principale car ce premier tome abandonne souvent sa trame principale pour partir dans des sous-intrigues parfois ennuyeuses comme celles qui concerne les campagnes guerrière de César ou les arcanes de la politique romaine . Pour le reste, les intrigues secondaires sont également intéressantes comme celle de Paulinus et de son père (j’ai beaucoup aimé le vieux sénateur). 

Un indéniable élan romanesque parcourt ce livre mais quelques lourdeurs ralentissent le rythme, dés lors que politique et guerre sont abordés. Et l’on se prend à rêver que le bien et l’amour triomphent à la fin et que le destin réunisse enfin les amants maudits qui traversent tout le roman, le cœur brisé et l’âme en peine.  Une reconstitution historique documentée et riche en détails, couleurs et parfums. Une écriture vivante qui fait voyager (Merci à la traductrice Catherine Barret) et un texte sensuel et sensitif qui procure des émotions, des frissons et accélère les battements du coeur. 

Au final, un retour réussi dans l’antiquité romaine. Malgrè quelques petites réserves, j’ai beaucoup aimé ce roman historique documenté, sensuel et voluptueux et qui propose en prime une très jolie histoire d’amour interdit. Cependant, il m’a manqué un petit quelque chose pour que ce soit un coup de coeur. 

« Avant toi » de JoJo Moyes

Editions Milady (2013)

475 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note  4étoiles-trèsbonmais

Synopsis 

Quand Lou apprend que le bar où elle est serveuse depuis des années, met la clé sous la porte, c’est la panique. En pleine crise, dans ce trou paumé de l’Angleterre, elle se démène pour dégoter un job qui lui permettra d’apporter à sa famille le soutien financier nécessaire. On lui propose un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. C’est alors que la jeune femme découvre Will, un jeune tétraplégique qui rêve de mettre fin à ses jours. Lou n’a que quelques mois pour le faire changer d’avis.

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Une question pour commencer : Pourquoi les handicapés sont ils toujours plein aux as dans les fictions ? Pour connaitre le handicap dans mon entourage proche, je peux vous dire que lorsque qu’on a pas les moyens financiers confortables des parents de Will, la vie quotidienne est autrement plus difficile même avec les aides sociales, il n’est pas aisé de se faire seconder dans les soins médicaux ou d’acquérir du matériel médical souvent plus cher qu’une voiture neuve. Cet aspect-là des choses m’avait déjà beaucoup agacé dans Intouchables à l’époque. 

(Fin de la parenthèse).

Depuis, toujours favorable à accorder une mort digne a qui la réclame, j’ai trouvé que ce roman, plutôt agréable à lire au demeurant, était un peu – du moins au départ – desservi  par sa maniére simpliste et unilatérale ou presque d’aborder le sujet de l’euthanasie, presque uniquement sous l’angle religieux. « Notre religion l’interdit » ou pire comme un meurtre ! A mes yeux, l’euthanasie étant un suicide assisté, ce genre de réfléxions a toujours tendance à me faire me demander (comme le fait d’ailleurs Jojo Moyes dans le roman, un bon point pour elle) comment quelqu’un peut-il juger de la qualité de vie et de la somme des souffrances des personnes prisonnières de leur propre corps. Heureusement, l’auteure a ensuite l’intelligence d’enrichir ce faisceau d’avis sur l’euthanasie en offrant d’autres points de vue (dont surtout ceux des malades) grâce aux échanges que Lou a via un forum spécialisé, ce qui permet à J. Moyes, sans avoir l’air d’y toucher, des arguments en faveur de la mort assistée, et un autre hourra pour elle, sans que cela soit fait de manière lourde et appuyée.  

Venons-en aux personnages : si Will est attachant de par son esprit caustique, son intelligence et sa détermination à vivre (et mourir) comme il l’entend, j’ai trouvé que J, Moyes avait bien dosé son personnage, entre force, fragilté, humour et pudeur. Un personnage qui m’a fait songer à Augustus dans Nos étoiles contraires de John Green. J’avoue avoir eu plus de mal avec Louisa. (une sorte de Bridget Jones en moins sympa et rigolote) qui m’a agacé dans une bonne moitié du roman. Le personnage bénéficie ensuite d’une évolution intéressante. Mais au début, Louisa est assez antipathique (de même que la plupart des seconds rôles). Son mépris initial envers les personnes âgées et les handicapés (vu comme des gens à torcher selon elle), et sa façon de  ramener toujours tout a elle, nous la montre comme égoiste et peu compatissante.  Même si rencontre avec Will la fera ouvrir les yeux et grandir enfin.  will en fait une personne meilleure et c’est l’une des plus belles réussites du roman.

Le pire étant sa réaction en apprenant le « projet » de Will. D’abord, elle est furieuse qu’on l’ai engagé pour surveiller le jeune homme. Elle est surtout choquée d’avoir été prise pour une idiote plus que par la décision du malade, dirait-on. Puis ensuite, sa réaction devieny franchement déplacée.  De quel droit peut-elle se permettre au bout de 2 mois de juger la mére de Will qui vit cela depuis 2 ans ou se mêler ainsi de la décision de ce dernier. Enfin, que dire de ce chantage ! de cette bienpensance insupportable chez elle et chez son entourage. Insupportable. Aprés, il est évident que cette réaction première est nécessaire pour illustrer l’évolution du personnages dans la deuxième moitié et puis cela a aussi le mérite de faire réfléchir le lectorat sur sa propre conception de l »euthanasie. C’est un mal pour un bien. Mais ces passages ont été difficiles à lire pour moi. 

Pour terminer sur une note plus positive, j’ai bien aimé voir nos deux héros s’apprivoiser jour après jour et devenir amis. Une jolie histoire d’amitié amoureuse écrite avec finesse et pudeur mais qui n’évite pas les clichés. Un effort est fait pour montrer le handicap de façon réaliste mais la fin est prévisible et certaines situations déjà vues ou lues ailleurs.Mais Avant toi a le mérite de poser des questions pertinentes sur le handicap et d’aborder un sujet encore tabou : l’euthanasie. 

L’écriture de J. Moyes est trés efficace, jamais larmoyante et le ton toujours juste, si bien que malgré quelques passages un peu faiblards, on devore ce roman sans s’en rendre compte. Néanmoins, sur un sujet assez proche, j’ai nettement préféré Nos étoiles contraires.