Tagué: Petite ville américaine

[Challenge de Calypso] « La Preuve de sang » de Thomas H. Cook

2012 Editions Folio (Policier)

Langue française – 468 pages | Traduit par Gaëtane Lambrigot

Temps de lecture : 3 jours

Note4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Quelques semaines après la mort de sa grand-mère qui l’a élevé, Kinley, auteur à succès de livres d’enquête basés sur des faits divers aussi réels que sanguinolents, doit retourner dans sa petite ville natale de Géorgie afin d’enterrer son meilleur ami, Ray Tindall. Sur place, Kinley apprend que Ray travaillait sur l’affaire du meurtre d’une adolescente commis en 1954 et à la suite duquel un innocent a été condamné et exécuté. Devant les supplications de la fille de Ray, Kinley accepte de reprendre le flambeau… Remontant la piste du travail effectué par son ami, Kinley épluche les minutes d’un procès arrangé renvoyant à un passé trouble. Il finira par découvrir la vérité sur les notables de la petite ville mais aussi et surtout sur lui-même et ses origines…

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Une entame déstabilisante où l’auteur nous plonge brutalement dans l’intrigue sans présentation du personnage central ni de l’univers dans lequel il gravite.
À ce point que j’ai pensé avoir le tome X d’une série entre les mains. Or, ce n’est apparemment pas le cas.
Fluide, l’écriture de Thomas H. Cook ne casse pas trois pattes à un rossignol mais elle remplit sa mission principale : elle est efficace. C’est avant tout ce qu’on lui demande. La preuve, une fois commencé ce thriller est difficile à refermer même à poser sur la table de chevet pour dormir. J’ai du mobiliser toute ma volonté pour ne pas le dévorer en une nuit (blanche). Au lieu de cela, j’ai préféré faire durer le plaisir. Plus on en apprend sur l’intrigue et plus on veut en savoir. C’est addictif.  L’ambiance des procès au tribunal comme l’atmosphère d’une petite ville américaine où tout le monde se connait, s’épie et médit des uns des autres, sont réussies.   Je n’avais pas lu de thriller depuis plusieurs semaines. Un désamour motivé par plusieurs déceptions successives. Sans m’avoir totalement réconciliée avec le genre, car il n’est pas exempt de défauts, notamment de longueurs et de répétitions, La preuve de sang m’a fait passer un très bon moment de suspense. Ce roman distille les fausses pistes avec brio jusqu’à un final surprenant comme je les affectionne.
C’était l’occasion pour moi de faire la connaissance de Thomas H. Cook. Cet essai se doit d’être confirmé. Ce que je ferai avec plaisir. Pourquoi pas en lisant « Les feuilles mortes » dont je n’entends dire que du bien ?

« Le Baiser des Sirènes, 1, Attirance » d’Anne Greenwood Brown

Editions Milan (Macadam) (2013)

317 pages | Traduit par Hélène Hiessler

Temps de lecture : Quelques heures

Note
4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Calder White vit dans les eaux sombres du lac supérieur. Il est le seul mâle d’une fraterie de sirènes. Pour survivre, les sirènes n’ont d’autre choix que de se nourrir d’énergie vitale humaine donc de tuer. Mais Calder est convaincu qu’une autre manière de survivre est possible. Il veut arrêter de tuer et se « sevrer ». Il va faire la rencontre de Lily,une humaine et il va devoir faire un choix cornélien entre cet amour naissant et le clan de sa famille de sirènes…
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Le roman d’Anne Greenwood Brown a le mérite de nous plonger ( ;)) dans l’intrigue dès les premières pages.

Il est indéniable également que ce premier tome a du charme malgré ses maladresses.

Son atout majeur étant la fraicheur de son univers.

Le thème des tritons et des sirènes est encore assez nouveau en littérature jeunesse pour intéresser le lecteur.

Si bien que malgré ses défauts (la liste en bas de ce billet) et si l’on parvient à passer outre la forte ressemblance avec Fascination (premier tome de Twilight) dont il emprunte beaucoup au scénario, Le Baiser des Sirènes est une petite lecture sympathique qui, globalement, m’aura fait passer deux ou trois heures de détente.

Pêle-mêle, les points forts de ce premier tome de cette saga aux allures de Twilight aquatique :

– Le narrateur est un garçon, cela change de l’ordinaire. Il est attachant dans une certaine mesure et capable d’humour lorsqu’il le faut notamment dans ses réparties. 

– L’univers est plutôt original et possède une vraie identité qui donne du charme à ce premier tome.

– La mythologie sirénienne proposée est intéressante. Les créatures qui peuplent le roman sont loin des gentilles sirènes de Walt Disney. J’ai bien aimé les personnages de Tallulah et de Parvati. 

– L’écriture, sans être renversante est fluide et plaisante à lire. Le roman se lit en quelques heures. 

Les points négatifs :

– Je n’aime pas la couverture

– Le fait que ce soit justement un Twilight aquatique où les vampires sont remplacés par des tritons et des sirènes.

– Les personnages principaux sont des Edward et Bella bis. La psychologie et la manière d’être du héros ressemble à s’y méprendre à l’esprit tourmenté d’Edward Cullen et à son dégoût de lui-même, jusque dans sa décision de cesser de tuer des humains pour se nourrir. Quant à l’héroïne, c’est un mix entre Bella et Lena (pour son côté décalé et poêtesse) dans la saga Le Livre des lunes.

– Ce premier tome manque d’action (hormis à la fin il ne se passe rien) et de profondeur à la fois dans l’intrigue mais aussi chez les personnages.

– L’histoire d’amour prend trop de place au détriment du reste. De plus, la naissance de l’amour entre les deux héros arrive trop tôt dans le roman. On a du mal à croire à leur romance.

– Une action trop tardive

–  Le cliffangher final est mal négocié. Il ne donne pas forcément envie de lire la suite. 

Conclusion : De l’idée mais des améliorations doivent être apportées dans le traitement du sujet et l’intrigue devra s’epaissir. Mes 4 étoiles récompensent l’univers mis en place mais l’auteure devra mieux faire pour la suite. 

« La vérité sur l’Affaire Harry Quebert » de Joël Dicker

Editions de Fallois (2012)

665 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis 

À New York, au printemps 2008, lorsque l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

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Malgré une écriture quelconque et sans relief (le gros point négatif du livre) et des dialogues assez stéréotypés, ce roman est une réussite du genre. 

Ses chapitres courts, entrecoupés d’un bréviaire de conseils d’écriture à destination des écrivains débutants, ses époques qui se chevauchent, son rythme rapide et haletant en font un redoutable page-turner. Impossible de lâcher le roman. Les pages se tournent toutes seules. On veut tellement savoir ce qui est arrivé à Nola, ce qui s’est passé dans cette bourgade d’apparence tranquille 33 ans plus tôt.

Ce roman est tellement prenant que non seulement je l’ai dévoré en deux jours. De plus, je ne cessai d’y penser dans la journée entre mes sessions de lecture. Il m’obsédait presque et j’avais hâte de trouver un instant de calme pour retourner dans le petit village d’Aurora afin de découvrir la vérité sur cette histoire de fous.

Baignant dans une ambiance glauque et sulfureuse à la Lolita de Nabokov, ce thriller efficace réunit tous les ingrédients d’un roman noir digne de ce nom : amour fou, passion interdite, meurtres sanglants, chantage, lettres anonymes, secrets de village, qu’en dira-t-on…Si le roman souffre de quelques erreurs de jeunesse (l’auteur suisse n’a que 27 ans) notamment en ce qui concerne l’intrigue qui parait parfois un peu invraisemblable ou la présence de quelques longueurs dispensables. Cependant, l’histoire racontée reste captivante de bout en bout, ce qui aide beaucoup à passer outre  les incohérences du scénario.

L’auteur ne nous laisse pas un instant de répit. Une cascade de rebondissements et de surprises s’abat sur le lecteur à chaque page. Plus le récit avance et plus le mystère s’épaissit. Tous les (nombreux) personnages paraissent suspects à un moment du récit et au fil des pages les théories les plus folles s’échafaudent dans l’esprit du lecteur. Pour mieux nous perdre; l’auteur multiplie les fausses pistes, les mensonges et les secrets et donne à lire plusieurs versions d’un même évenements au point de nous laisser stupéfait lorsque toutes les réponses à nos questions nous sont enfin révélées.

La fin est difficile à trouver (car très tordue) mais pas impossible néanmoins car certains détails se laissent facilement deviner. En fait, c’est surtout le faisceau de ramifications scénaristiques mis en place pour aboutir à cette fin qui est proprement à couper le souffle.  

La pesanteur ambiante est traversée de temps à autre par des instants de drôlerie. L’humour n’est pas exempt du roman. La mère juive du héros, Marcus, est hilarante et chaque conversation (téléphonique ou non) avec son fils est à mourir de rire. Un humour plus sarcastique s’incarne dans la personne de Harry ou de l’éditeur sans scrupules de Marcus.

Le thriller se double d’une belle histoire d’amitié (j‘ai beaucoup aimé la relation entre Harry et Marcus, son élève et son fils spirituel) en même temps que d’une étude de moeurs édifiante et plein d’acidité d’une petite bourgade du Maine blottie au bord de l’océan. Un peu comme le fait Stephen King le fait dans ses romans, Dicker dévoile la face cachée d’une certaine Amérique bienpensante en surface mais remplie d’hypocrisie et où chacun abrite de noirs et lourds secrets derrière ses grands airs de bons citoyens. 

En outre, Joël Dicker propose une réflexion sur l’écriture et les livres au travers de ses personnages et se livre à un véritable exercice de style passionnant en utilisant l’art de la mise en abyme. Un roman mis en scène dans un roman, lui même repris dans un autre roman et ainsi de suite. L’auteur nous permet d’assister à la rédaction de son livre en temps réel et nous laisse entrevoir le barnum éditorial et médiatique entourant la sortie d’un roman. L’auteur s’autorise d’ailleurs un regard réaliste et sans concessions sur le monde de l’édition, un milieu où l’argent et le cynisme règnent en maîtres (à quel point est-ce autobiographique ?).

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce trés bon roman. Jamais depuis  le Chuchoteur de Carrisi et Seul le silence d’Ellory, je ne m’étais laissé emporter à ce point par un thriller.

[Partenariat] « L’Echange » de Brenda Yovannof

Editions Michel Lafon

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 352 pages

Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2010
Titre VO : The Replacement

Genre : Fantastique

Temps de lecture : 2 jours

Note 

Synopsis

Mackie Doyle n’est pas un humain, même si tous les habitants de la petite ville de Gentry le considèrent comme un des leurs. Voilà seize ans, il a été échangé contre un bébé humain. C’est le prix à payer pour la paix avec le monde d’où il vient : un univers terrifiant où d’obscurs tunnels suintent des eaux pestilentielles, peuplé de morts-vivants et dirigé par une étrange princesse tatouée.
Depuis, Mackie se bat pour survivre, malgré ses allergies mortelles au fer, au sang et aux lieux sacrés. Quand la plus jeune sœur de Tate, la fille qu’il aime, disparaît, il décide de tout faire pour la retrouver, même s’il doit affronter pour cela les plus sinistres créatures. Dans cette descente aux enfers, trouvera-t-il enfin sa véritable place ?

Je trouve les critiques sévères envers ce livre. L’Echange récolte un accueil plus que mitigé de la part de la blogosphère et pourtant, comparé à d’autre romans YA qui reçoivent actuellement un plébiscite sur la toile, je l’ai trouvé plutôt meilleur. Je ne nie pas qu’il y ait quelques défauts à l’ensemble mais je ne comprend pas ce « désamour », (toutefois, je le respecte, chacun a le droit de penser ce qu’il veut et mon avis n’en est rien parole d’évangile, cela m’étonne c’est tout). La dernière fois que j’ai assisté à ce phénomène c’était pour un livre qui a été un gros coup de cœur pour moi : « Kaleb ». Cette fois, pas de coup de coeur, mais un bon moment de lecture dont je remercie Les Editions Michel Lafon et Livraddict

L’ambiance du roman est superbe. Lugubre et sombre à souhait, elle a su me mettre mal à l’aise et m’inquiéter. On se croirait dans les Noces Funebres de Tim Burton ou dans le Faërie (en plus édulcoré) de R. Feist. Elle m’a happée dés les premiers instants de ma lecture. Très bien rendue également, l’atmosphère de cette petite ville américaine aux superstitions profondément ancrées, où le  fantastique se mêle au quotidien depuis des temps immémoriaux. Une ville anodine où les habitants font constamment semblant que tout va bien, comme s’ils ne vivaient pas sous une tutelle maléfique, et où comme à Sunnydale (Buffy) le mal grouille dans les profondeurs de leur bourgade et vient quêter son tribut de sang tous les sept ans. 

Mackie est un personnage vraiment intéressant, froid, détaché et complexe. J’ai aimé le parti-pris de l’auteure de ne pas chercher à tout prix l’adhésion du lecteur envers son personnage. Ça reste un être à part, elle le laisse hors de portée, ce n’est pas un ami. On reste à distance pendant longtemps mais insidieusement on finit par s’attacher à lui dans la quatrième partie. Sa relation avec sa sœur, Emma, y est pour beaucoup, de même que sa manière de se conduire envers Tate. D’être passif, il sait trouver le courage de réagir et de tenter de se rebeller.

Et si la mythologie démoniaque n’est pas toujours claire, certaines subtilités m’ont, en effet, échappées, la mythologie du changeling est bien revisitée, parfois avec une pointe de philosophie et d’existentialisme, qui suis-je, pourquoi j’existe, dans quel but, où-vais-je ? Non, sans rire, je ne suis peut-être folle mais j’ai trouvé une jolie dimension philosophique dans ce roman. Allez savoir …Ce n’est pas qu’une succession de scènes fantastiques ou sanglantes, non, non, c’est plus que ça, c’est profond.. L’Echange se place dans la catégorie des YA intelligents, notamment dans son approche de la psychologie des personnages et dans l’analyse des rapports entre les habitants de cette petite communauté repliée sur elle-même.

J’ai beaucoup aimé le style de Brenda Yovannof, alternant phrases courtes et efficaces et paragraphes descriptifs offrant de belles sensations visuelles tout en installant un climat d’étrangeté latent.  Le hic c’est que certaines phrases m’ont semblées mal traduites en français ce qui les rend peu compréhensibles. La narration en « je » est bien choisie. Certes, elle ne propose qu’un seul point de vue mais comme le personnage de Mackie est tiraillé entre deux mondes, il n’est jamais partisan et nous livre sa vision des choses sans détours.

Alors, certes, je le redis, l’intrigue aurait gagnée à être davantage creusée, certaines choses sont trop survolées et la fin est peut-être un peu rapide (ou facile) mais ce roman vaut quand même le coup pour moi, ne serais-ce que pour sa superbe atmosphère sombre et lugubre et au malaise latent qu’elle suscite pendant la lecture. 

L’Echange c’est un conte défait, une histoire à cauchemarder debout, un malaise de 300 pages qui s’empare de vous progressivement. Pour moi, c’est un roman à lire malgré ses défauts mais bon c’est vous qui voyez … En tout cas, si vous aimez Burton, comme moi, il y a de fortes chances pour que vous aimiez ce livre. 

 

 

« Les Apparences » de Gillian Flynn

Editions Sonatine

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 570 pages

Temps de lecture : 3 jours 

Note 

Synopsis

« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. » Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Nick, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Nick ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Nick est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

***************************************************************** Difficile de chroniquer ce roman. J’ai peur de trop en dire et de vous gâcher le plaisir de la découverte. Les choses qui m’ont séduites étant celles qu’il ne faut pas vous révéler.

Les apparences sont souvent trompeuses dit-on. Voilà qui explique sans doute le titre de ce très bon roman de Gillian Flynn. Pas vraiment un thriller, disons qu’il n’est pas assez conventionnel pour être envisagé comme tel, souvent bien plus proche du roman psychologique mais aussi de l’étude de mœurs, ce drôle de bouquin propose aux lecteurs de rentrer dans une histoire complètement folle et hors normes.

L’écriture au scalpel de G. Flynn est jubilatoire. Son style incisif, déjà remarqué pour son réalisme et son côté cru dans Les Lieux sombres fait preuve d’un cynisme réjouissant, autopsiant une histoire d’amour et disséquant les mécanismes d’un couple d’américain un peu bobos que la perte d’emploi et des problèmes financiers vont commencer à faire se déliter petit à petit.

Les Apparences constitue une expérience de lecture déroutante. Très vite, le qui, c’est-à-dire l’identité du coupable s’efface au profit du comment et du pourquoi car le lecteur découvre assez vite qui a fait le coup, le suspense sur le nom du coupable, Gillian Flynn s’en fiche bien et il est vrai que ce n’est pas le plus important dans ce roman.

Ce roman à deux voix, mari et femme nous raconte tour à tour leur version des faits, leur vision des choses en se contredisant sans cesse, nous embarque dans un grand huit émotionnel très intense. Notre interprétation des faits et notre opinion sur les personnages – souvent détestables – changent sans arrêt. On ne sait plus démêler le vrai du faux ou faire le tri dans nos sentiments à l’égard des personnages. On déteste Nick, on plaint Amy, on hait Amy, on prend pitié de Nick puis de nouveau on éprouve de la compassion pour la jeune femme tout en recommençant à détester son mari… et ainsi de suite jusqu’à la fin du livre. A chaque nouveau chapitre, le lecteur tombe de charybde en scylla. Si bien que pendant une bonne partie du roman on ne sait plus qui ment et qui dit la vérité. On est largués, manipulés par G. Flynn, et c’est délicieux.

Une fois fixé sur le pourquoi du comment, ce qui survient assez rapidement, étonnamment l’intérêt de l’histoire ne retombe pas. Bien au contraire. Si la première partie du livre est un peu plate très vite le roman devient passionnant et le reste jusqu’au bout pour d’autres raisons que de connaitre l’identité du criminel.

En bref, ce roman m’a plu pour :

son parti-pris original, l’important n’est pas le qui, le nom du coupable, mais le pourquoi et le comment.

sa narration-palimpseste, où la version d’un personnage réécrit celle d’un autre, est très efficace.

– le cynisme réjouissant de l’auteure qui autopsie un couple au bord de la rupture, d’une écriture coupante comme un scalpel.

la manière dont l’auteure manipule le lecteur et se joue de ses convictions

J’ai moins aimé :

– le fait qu’on voit venir les choses un peu trop à l’avance parfois.

– la petite frustration de ne pas avoir de révélation finale fracassante (enfin si un peu…mais chut !)

Mais ce roman reste tout de même jouissif à dévorer.

Le lien du billet de ma copine Cajou qui a adoré et le dit avec talent.

 

 

[LC] « Lucky Harbor, 1, Irrésistible » de Jill Shavis

Editions Milady (Central Park)

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 360 pages

Temps de lecture : 1 jour et demi

Note : 

Synopsis 

Maddie Moore a tout perdu ou presque : son mec, son job, et sa mère, Phoebe, qu’elle n’a jamais vraiment connue. Tout ce qu’il lui reste, c’est un ego en miettes, un goût prononcé pour les chips au vinaigre et un tiers de l’héritage que Phoebe a laissé à ses trois filles : un petit hôtel qui a vu des jours meilleurs, situé à Lucky Harbor. Alors que Tara et Chloe, ses deux demi-sœurs, ont hâte de vendre la propriété pour retourner à leur petite vie, Maddie se surprend à envisager un avenir dans cette petite ville située en bordure du Pacifique. La présence de l’irrésistible Jax, à qui elle a confié la rénovation de l’hôtel, y est sans doute pour quelque chose. En effet, celui-ci semble bien décidé à réveiller son cœur…

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Un peu trop « Harlequin » ou si vous préférez trop « romance » pour moi. Je m’attendais à ce que la collection Central Park de Milady se démarque davantage des autres productions du genre par son originalité, son refus de la cucuterie, de la guimauve ou du recours facile au sexe. Il n’en est rien hélas et c’est dommage.

Il y a notamment trop de scènes charnelles (qui sont répétitives en plus) qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire (même si Jax est très très craquant en héros sexy et torturé).

En revanche, j’ai beaucoup aimé les personnalités antagonistes des 3 soeurs (surtout Chloe et Maddie) et je dois avouer que certains passages sont très drôles (surtout la scène avec Lizzie, la femelle labrador, les discussions animées et les chamailleries de ces trois chipies).

Le ton est très frais et moderne. Les chapitres se lisent très vite. 

Mais l’intrigue est hélas trop prévisible et non exemple de clichés. Il n’est pas difficile de deviner les fameux secrets de Jax ou de Tara. De même, on voit venir de loin la fin de cette romance pas désagréable mais loin d’être extraordinaire non plus. 

Mes étoiles récompensent donc avant tout les personnages du roman, Maddie, Chloe, Tara, Jax et les autres et le ton frais et drôle de Jill Shavis. 

Bref, un roman pas si irrésistible que cela au final mais une lecture assez divertissante parfaitement adaptée à l’été ou à réserver pour les jours où on ressent le besoin de se vider la tête. 

[LC] + [Baby Challenge Livraddict 2012 Thriller] « Seul le silence » de R.J Ellory

Editions Le Livre de Poche (Thriller)

Publié en 2009 ~ Langue : Française ~ 601 pages

Temps de lecture : 3 jours 

Plaisir de lecture  Excellent !

 Synopsis 

Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient… Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, R. J. Ellory évoque autant William Styron que Truman Capote, par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

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Ce roman est une claque, un uppercut au ventre.

On me l’avait dit long et peu rythmé et j’ai longtemps crains de m’ennuyer en le lisant. C’est pourquoi je différais sans cesse sa lecture. Pauvre de moi ! Quelle erreur !

Je ne nierai pas le fait qu’il y ait pas mal de longueurs dans ce roman. Mais elles contribuent à installer l’ambiance poisseuse, désenchantée et crépusculaire de ce livre qui prend vraiment aux tripes.

Il y a du Steinbeck et du Truman Capote dans ce roman ! Ellory fait partie de la cour des grands auteurs américains pour moi désormais. Tant son écriture est puissante, poétique et émotionnelle.

Un thriller ?

Non. Ce livre n’en est pas un tant l’intrigue policière passe au second plan. Même si le suspense est maintenu jusqu’à la fin. Une fin que l’on ne voit pas venir d’ailleurs tant Ellory nous conduit sur des fausses pistes. Mais encore une fois connaitre l’identité de l’assassin sadique n’est pas l’enjeu véritable ici (c’est pourquoi je pense que tant de lecteurs ont été déçus par la révélation finale) car si l’on s’attend à un thriller conventionnel et balisé, on en sera pour ses frais.

 Nous avons davantage entre les mains une grande et romanesque chronique des moeurs de l’Amérique de la fin des années 30 aux années 70. L’occasion de nous brosser le portrait d’une nation pas encore libérée de ses démons du 19ième siècle : racisme, discrimination, puritanisme suffocant.

L’auteur exorcise ces spectres douloureux et l’inquiétude latente des américains face à la deuxième guerre mondiale et à la montée du nazisme, en les faisant s’incarner dans la personne d’un horrible tueur d’enfants sadique et pédophile. Un monstre dissimulé parmi les ouailles bien-pensantes de plusieurs petits hameaux situés dans une Amérique profonde aussi rurale qu’étroite d’esprit et encline à un conservatisme dérangeant.

Car cet assassin est avant tout une extrapolation, la somme des peurs, frustrations et fanatismes d’une population effrayée. Ce qu’Ellory nous fait très bien ressentir et comprendre dans ce livre marquant.

Une atmosphère sombre et envoûtante nous tient en haleine sur plusieurs centaines de pages. Des personnages authentiques nous donnent envie de suivre leurs évolutions. Joseph Vaughan est un personnage attachant qu’on voit grandir, changer et perdre son innocence au fil du récit. Et une ingénieuse narration éclatée entre passé et présent brouille habilement les frontières temporelles pour mieux ménager ses rebondissements.

Je l’ai dit plus haut, Ellory écrit superbement bien et même si le récit n’échappe pas aux longueurs, j’ai eu la sensation qu’un ventilateur taquin tournait les pages à ma place tant la lecture était rapide.

En conclusion, Seul le silence n’est pas loin d’être un chef-d’oeuvre à mes yeux, c’est en tout cas un superbe roman de moeurs doublé d’un très puissant témoignage sur l’histoire des Etats-Unis, presque un document sociologique. Superbe !