Tagué: Noirceur

[LC] « La Conjuration primitive » de Maxime Chattam

Editions Albin Michel (2013)

462 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Une véritable épidémie de meurtres ravage la France.
Plus que des rituels, les scènes de crimes sont un langage.
Et les morts semblent se répondre d’un endroit à l’autre.
Plusieurs tueurs sont-ils à l’œuvre ? Se connaissent-ils ?
Et si c’était un jeu ?
Mais très vite, l’Hexagone ne leur suffit plus : l’Europe entière devient l’enjeu de leur
monstrueuse compétition.
Pour essayer de mettre fin à cette escalade dans l’horreur, une brigade de gendarmerie pas
tout à fait comme les autres et un célèbre profiler, appelé en renfort pour tenter de
comprendre.
De Paris à Québec en passant par la Pologne et l’Écosse, Maxime Chattam nous plonge dans
cette terrifiante Conjuration primitive, qui explore les pires déviances de la nature humaine.

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Un thriller haletant et original, tant dans sa forme narrative assez inédite, que dans son fond fictionnel. Les mises à morts sont plus atroces et inventives les unes que les autres. De plus, des questions intéressantes sur la folie et la perversion sont soulevées avec intelligence. M. Chattam propose une réflexion pertinente sur la nature humaine et ses déviances. 

Entre deux grimaces de dêgout (bien légitimes, croyez-moi), ce diable de Chattam m’a donné mal au ventre et des palpitations. J’étais dedans, je baignais dans l’horreur absolue avec les personnages du roman et j’avais peur pour eux (et presque pour moi).

Quelle angoisse ! Un thriller à ne pas lire seul(e) chez soi car il a tendance à nous rendre quelque peu parano. Au moindre bruit suspect dans le silence de la nuit, on commence à stresser et à s’imaginer qu’un serial killer assoifé de sang est derrière la porte de la chambre !

Le final digne d’un des meilleurs Survivor cinématographique est trés angoissant et immersif. 

Il y a du Silence des agneaux et du Massacre à la tronçonneuse dans ce thriller impossible à refermer avant la derniére ligne.

Maxime Chattam est à l’apogée de son art et de ses ténèbres. Quant au lecteur, il est au paroxysme du plaisir (sadique).

Une plongée très réussie au coeur de l’horreur et des ténèbres de chacun d’entre nous. L’un des meilleurs thrillers de M. Chattam avec le génial In Tenebris. Assurément aussi l’un des thrillers de 2013.

A lire absolument si vous êtes un adepte du genre et de maître Chattam.

« Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë (Réactualisation)

Editions Folio (Classique) (2005)

469 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note coupdecoeur

Synopsis

Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l’ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s’approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu’au jour où la fille de  Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.

Ce roman anglais, le plus célèbre du XIXe siècle à nos jours, a été écrit par une jeune fille qui vivait avec ses soeurs au milieu des landes de bruyère. Elle ne connut jamais cette passion violente ni cette haine destructrice. Elle imagina tout, même le fantôme de la femme aimée revenant tourmenter l’orgueilleux qui l’a tuée.

Une noirceur impressionnante se dégage des pages de ce chef-d’oeuvre intemporel de la littérature anglaise du XIXéme siècle. L’ouvrage ne fait pas dans la demi-mesure, soit il ennuie, soit il fascine. Certains diront que ce roman doit être lu à l’adolescence pour fasciner, ce n’est pas vrai. Je ne suis plus une adolescente depuis longtemps et pourtant ce livre m’a emporté.

L’atmosphère victorienne et la vie rurale anglaise du XIXième y sont somptueusement restituées par une écriture soignée, belle et ample qui nous fait cheminer sur des landes désertes, déambuler dans de grandes demeures sombres où l’on arrange les mariages et rumine les vengeances.  La folie, la violence sont presque des personnages à part entière dans ce roman où il est quasiment impossible de ressentir un quelconque attachement pour les personnages, d’une complexité et d’une densité psychologique proprement phénoménales, que cette folie guette pour les emporter. La maladie n’émeut pas, la dépression non plus, la passion n’élève pas, elle rabaisse, même les plus beaux sentiments s’avilissent, tous les élans du coeur et de l’âme y sont corrompus.

L’astucieuse double narration Loockwood/Mrs Dean alterne efficacement les points de vue et les ressentis de chacun ce qui donne encore plus d’épaisseur au récit en favorisant les sauts temporels car si l’histoire se déroule de 1801 à 1802, nous assistons grâce à Mrs Dean à l’arrivée d’Heathcliff, 40 ans plus tôt.

Certes, cette histoire manque désespérément de chaleur et peut être perçue comme déprimante, certes, oui, certains passages descriptifs sont longuets et ennuyeux, certes le rythme est lent (à mon sens le terme « envoûtant » conviendrait mieux pour le qualifier) mais c’est  parce que l’histoire ne s’offre pas au lecteur, il faut l’aller chercher aux tréfonds des personnages autant qu’à l’intérieur de soi puisque les violents sentiments qui animent ce classique, passion, haine, vengeance bouillonnent à l’intérieur de chacun de nous et c’est là la grande force de ce roman et le grand talent d’Emily Brontë, de nous mettre face à nous-mêmes, face à ceux et celles que peut-être nous aurions pu devenir un jour en de semblables circonstances. Les Hauts de Hurle-Vent parle tout simplement de l’inhumaine humanité qui est parfois la nôtre et n’est-ce pas ceci qui est le plus dérangeant ici ?

Un coup de coeur que cette relecture a confirmé.

[LC + relecture] « Jane Eyre » de Charlotte Brontë

Editions Le Livre de Poche (Les Classiques de Poche) (2009)

539 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note 

Synopsis

Jane Eyre est orpheline. Jusqu’à l’âge de 10 ans elle est hébergée (plus qu’élevée) par une tante. Elle et ses enfants maltraite Jane qui est finalement envoyée dans un pensionnat pour orphelins miteux. Jane y étudie pendant 6 ans puis y reste 2 ans comme enseignante. Quand les gens qu’elle aimait quittent l’école Jane décide de partir aussi. Elle trouve une place comme gouvernante d’une jeune fille française, pupille d’un certain M. Rochester. 

Lu et adoré il y a plus de deux ans, je m’aperçois que, curieusement, je ne l’avais pas chroniqué. Je profite donc de cette  relecture sous forme de lecture commune pour vous livrer mon avis sur ce roman :

Par où commencer ? Comment parler de ce trés grand roman victorien sans trop en dévoiler ? 

Sachez tout d’abord que ma relecture de Jane Eyre n’a fait que confirmer mon coup de coeur passé. J’ai pris autant de plaisir à le découvrir qu’à le relire. 

L’histoire d’amour, cette passion entre Jane et Mr. Rochester, est l’une des plus belles de la littérature anglaise. L’une des plus complexe, profonde et surprenante aussi.

Faisant fi des miévreries, Charlotte Brontë nous donne à voir le choc de deux fortes personnalités qui s’affrontent et orchestre avec brio la romance inattendue entre un homme d’âge mûr sombre et taciturne en lutte constante contre lui-même, en butte à des désirs charnels qu’il méprise et en quête de rédemption pour ses fautes passées, avec une jeune orpheline innocente, intelligente bien qu’un peu naïve, mais trés intuitive de 18 ans. De discussions en joutes verbales, ces deux êtres que rien ne destinait l’un à l’autre, vont pourtant s’apprivoiser et peu à peu apprendre à s’aimer avant que les conventions sociales ne s’en mêlent.

Vous verrez que Charlotte Brontë ne ménage en rien ses personnages, multipliant les obstacles sur leur chemin, les affres du destin et ne leur épargnant point la souffrance et la cruauté de l’existence. Ce qui rend l’histoire trés crédible. Jane Eyre n’est pas un conte de fées. 

J’en veux pour preuve l’atmosphère trés sombre du roman presque aux lisières du fantastique parfois. Thornfield est une demeure étrange qu’on pourrait croire maudite, une sorte de château gothique où se produisent des événements noctutnes inquiétants.

Ce qui est également saisissant dans ce roman, outre la pertinence dans l’analyse des comportements humains et dans les rapports entre les êtres, c’est le climat peu orthodoxe, assez noir et équivoque qui s’en dégage. La passion entre Jane et Rochester n’est pas désincarnée. Elle se manifeste aussi par une attirance charnelle partagée dont la représentaation est inhabituelle pour l’époque

Bien sûr, on pourra penser que peut-être le roman est un peu long, surtout au début lorsque Jane narre son enfance et sa jeunesse dans sa triste pension pour orphelines. Peut-être se dira-t-on aussi que Charlotte Brontë abuse des descriptions mais sa plume est si belle et si agréable à lire qu’on lui pardonne volontiers ses digressions sur le charme de la campagne anglaise.

Il y aurait tant d’autres choses à dire sur cette oeuvre magnifique mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous-même.

Jane Eyre est à mes yeux un roman quasi-parfait à découvrir sans tarder, à lire, relire et relire encore tant il nous transporte à la fois dans la merveilleuse campagne anglaise, cadre somptueux d’un amour qui ne l’est pas moins, mais nous fait entrer également avec talent dans les paysages psychiques des personnages inoubliables que sont Jane et Edward.

Un de mes classiques préférés ! 

« Mission Nouvelle Terre, Glow, 1 » d’Amy Kathleen Ryan

Editions du Masque (MsK)

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 388 pages
Traduit par Alice Delarbre

Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2011
Titre VO : Sky Chasers series, book 1 : Glow

Genre : JeunesseScience-Fiction

Temps de lecture : 4 h

Note 

Synopsis

Alors qu’elle vient de fêter son 15ème anniversaire, Waverly n’a connu qu’un seul foyer, l’Empyrée, une navette spatiale à destination de la Nouvelle Terre.
Sa mission : mettre au monde les enfants qui peupleront la planète. Tous la destinent à Kieran, son ami d’enfance et le futur capitaine du vaisseau. Pourtant Waverly aspire à une autre vie et les silences de son ami Seth l’attirent davantage que les exploits de Kieran.
Lorsque le navire jumeau de l’expédition attaque l’Empyrée pour enlever toutes les jeunes filles, plus le temps de s’interroger. Waverly et ses amies doivent survivre dans un milieu hostile aux pratiques très différentes des leurs.

Wouch ! J’ai adoré ce roman. D’habitude, je n’aime pas spécialement les romans SF mais Glow est une réussite totale.

La première idée de génie de l’auteure est d’avoir agencé son monde dystopique au cœur du cosmos. Répartissant deux groupes de colonisateurs dans des vaisseaux spatiaux censément alliés dans leur mission mais gangrénés par la jalousie et la haine. Ces engins mandatés par le gouvernement terrien pour faire route vers une nouvelle planète où implanter les générations humaines futures après que leurs ancêtres aient rendu notre bonne vieille terre, inhabitable pour cause de pollution. Rapidement, et pour des raisons troubles que l’on découvre au fil de la lecture, les flottes deviennent rivales et dès lors, vont se livrer une lutte sans merci où tous les coups sont permis. Autant dire que l’univers proposé tranche totalement avec les mondes dystopiques auxquels nous sommes habitués depuis quelques temps. 

Cette opposition à distance entre les deux vaisseaux ennemis débouche alors sur un huit-clos spatial haletant où s’affrontent deux communautés mais davantage encore deux conceptions opposées de l’existence et deux croyances rivales.

La narration nous permet d’avoir un œil dans chaque vaisseau à la fois. Le lecteur ne rate rien de ce qui se passe à bord de ces engins en plein bras de fer interstellaire. Il était si impensable pour moi de refermer le livre sans savoir ce qui allait se passer dans la partie suivante que je l’ai lu en quatre petites heures à peine. Ce roman se lit à la vitesse de la lumière grâce à son écriture vive comme une étoile filante et à son intrigue aussi brillante que le firmament.

Remarquable par l’intelligence de son propos, Glow possède une rare profondeur pour un roman destiné à la jeunesse. Il ouvre de multiples pistes de réflexions à son lecteur. Ainsi sont passées au crible  la responsabilité des hommes dans le déclin de la planète, la religion, le fanatisme et les dérives sectaires, la noirceur de l’âme humaine rongée par l’ambition et recherchant sans cesse le pouvoir. Terrifiant de voir à quelle vitesse, un individu peut devenir un tyran pour peu qu’on lui en laisse la possibilité. J’ai trouvé un petit côté Sa Majesté des mouches à ce récit. Quand les adultes ne sont pas là, les enfants révèlent des facettes inquiétantes de leur personnalité.

La psychologie des protagonistes est une chose qui est beaucoup mise en avant dans l’intrigue. Intelligemment, AK Ryan se refuse à figer ses personnages dans un courant de pensée quelconque et les fait évoluer de manière surprenante de bout en bout du roman. Rejetant tout manichéisme, l’auteure engendre des personnages très contrastés. Balloté d’une indignation à l’autre, face aux motivations égoïstes de chacun, le lecteur ne sait plus pour qui prendre parti au fur et à mesure qu’il avance dans le récit. Les personnages principaux, en particulier masculins, sont d’une grande complexité et difficilement appréciables. Plus sympathique, Waverly est une héroïne comme je les aime. C’est une battante, une fonceuse, elle a du caractère et le montre. Parmi les personnages secondaires, on trouvera aussi quelques personnalités intéressantes qu’il sera bon de voir évoluer dans les prochains tomes.   

Pour faire court, disons que l’on est loin d’un antagonisme simpliste : les bons contre les méchants. La morale de Glow est très nuancée, ni blanche, ni noire, elle est réaliste et assez pessimiste quant à l’humanité et ses vicissitudes. Glow nous met le nez dans le nauséabond de la nature humaine.

Ce roman très immersif nous fait vivre une expérience ethnologique fascinante car au final, en usant d’un microcosme, AK Ryan nous met face au reflet à peine déformé de notre société. C’est sur notre propre monde actuel et ses dérives que l’auteure nous fait poser un regard critique. Et ça, c’est très fort !

J’ai beau chercher, je ne trouve aucun reproche à faire à ce premier tome, tout m’a plu et transporté. J’adhère à cent pour cent. C’est un gros coup de cœur

Je remercie infiniment Karline pour avoir organiser le concours qui m’a permis de remporter ce roman génial et les Editions du Masque (MsK) pour l’avoir soutenu dans sa démarche.

Vivement la suite !

[Partenariat] « L’Echange » de Brenda Yovannof

Editions Michel Lafon

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 352 pages

Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2010
Titre VO : The Replacement

Genre : Fantastique

Temps de lecture : 2 jours

Note 

Synopsis

Mackie Doyle n’est pas un humain, même si tous les habitants de la petite ville de Gentry le considèrent comme un des leurs. Voilà seize ans, il a été échangé contre un bébé humain. C’est le prix à payer pour la paix avec le monde d’où il vient : un univers terrifiant où d’obscurs tunnels suintent des eaux pestilentielles, peuplé de morts-vivants et dirigé par une étrange princesse tatouée.
Depuis, Mackie se bat pour survivre, malgré ses allergies mortelles au fer, au sang et aux lieux sacrés. Quand la plus jeune sœur de Tate, la fille qu’il aime, disparaît, il décide de tout faire pour la retrouver, même s’il doit affronter pour cela les plus sinistres créatures. Dans cette descente aux enfers, trouvera-t-il enfin sa véritable place ?

Je trouve les critiques sévères envers ce livre. L’Echange récolte un accueil plus que mitigé de la part de la blogosphère et pourtant, comparé à d’autre romans YA qui reçoivent actuellement un plébiscite sur la toile, je l’ai trouvé plutôt meilleur. Je ne nie pas qu’il y ait quelques défauts à l’ensemble mais je ne comprend pas ce « désamour », (toutefois, je le respecte, chacun a le droit de penser ce qu’il veut et mon avis n’en est rien parole d’évangile, cela m’étonne c’est tout). La dernière fois que j’ai assisté à ce phénomène c’était pour un livre qui a été un gros coup de cœur pour moi : « Kaleb ». Cette fois, pas de coup de coeur, mais un bon moment de lecture dont je remercie Les Editions Michel Lafon et Livraddict

L’ambiance du roman est superbe. Lugubre et sombre à souhait, elle a su me mettre mal à l’aise et m’inquiéter. On se croirait dans les Noces Funebres de Tim Burton ou dans le Faërie (en plus édulcoré) de R. Feist. Elle m’a happée dés les premiers instants de ma lecture. Très bien rendue également, l’atmosphère de cette petite ville américaine aux superstitions profondément ancrées, où le  fantastique se mêle au quotidien depuis des temps immémoriaux. Une ville anodine où les habitants font constamment semblant que tout va bien, comme s’ils ne vivaient pas sous une tutelle maléfique, et où comme à Sunnydale (Buffy) le mal grouille dans les profondeurs de leur bourgade et vient quêter son tribut de sang tous les sept ans. 

Mackie est un personnage vraiment intéressant, froid, détaché et complexe. J’ai aimé le parti-pris de l’auteure de ne pas chercher à tout prix l’adhésion du lecteur envers son personnage. Ça reste un être à part, elle le laisse hors de portée, ce n’est pas un ami. On reste à distance pendant longtemps mais insidieusement on finit par s’attacher à lui dans la quatrième partie. Sa relation avec sa sœur, Emma, y est pour beaucoup, de même que sa manière de se conduire envers Tate. D’être passif, il sait trouver le courage de réagir et de tenter de se rebeller.

Et si la mythologie démoniaque n’est pas toujours claire, certaines subtilités m’ont, en effet, échappées, la mythologie du changeling est bien revisitée, parfois avec une pointe de philosophie et d’existentialisme, qui suis-je, pourquoi j’existe, dans quel but, où-vais-je ? Non, sans rire, je ne suis peut-être folle mais j’ai trouvé une jolie dimension philosophique dans ce roman. Allez savoir …Ce n’est pas qu’une succession de scènes fantastiques ou sanglantes, non, non, c’est plus que ça, c’est profond.. L’Echange se place dans la catégorie des YA intelligents, notamment dans son approche de la psychologie des personnages et dans l’analyse des rapports entre les habitants de cette petite communauté repliée sur elle-même.

J’ai beaucoup aimé le style de Brenda Yovannof, alternant phrases courtes et efficaces et paragraphes descriptifs offrant de belles sensations visuelles tout en installant un climat d’étrangeté latent.  Le hic c’est que certaines phrases m’ont semblées mal traduites en français ce qui les rend peu compréhensibles. La narration en « je » est bien choisie. Certes, elle ne propose qu’un seul point de vue mais comme le personnage de Mackie est tiraillé entre deux mondes, il n’est jamais partisan et nous livre sa vision des choses sans détours.

Alors, certes, je le redis, l’intrigue aurait gagnée à être davantage creusée, certaines choses sont trop survolées et la fin est peut-être un peu rapide (ou facile) mais ce roman vaut quand même le coup pour moi, ne serais-ce que pour sa superbe atmosphère sombre et lugubre et au malaise latent qu’elle suscite pendant la lecture. 

L’Echange c’est un conte défait, une histoire à cauchemarder debout, un malaise de 300 pages qui s’empare de vous progressivement. Pour moi, c’est un roman à lire malgré ses défauts mais bon c’est vous qui voyez … En tout cas, si vous aimez Burton, comme moi, il y a de fortes chances pour que vous aimiez ce livre. 

 

 

« Le Magasin des suicides » de Jean Teulé

Editions Pocket
Publié en 2008 ~ Langue : Française ~ 157 pages
Année de parution originale : 2007
Genre : Contemporaine
Temps de lecture : Quelques heures
Note 
Synopsis 
Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre…

Suite à d’excellents avis de Cajou et Frankie sur ce roman conjuguée à la sortie du film d’animation éponyme réalisé par Patrice Leconte, j’ai eu très envie de sortir ce livre de ma PAL. Mon ressenti final est bizarre. Oui, bizarre, car Le Magasin des suicides avait tout pour me plaire dans l’absolu et pourtant, je n’ai pas accroché autant que je l’aurai voulu.

Gros souci, cette fois et contrairement à ce qui s’est passé pour d’autres livres de Jean Teulé comme Le Montespan ou Charly 9 que j’avais adoré, je n’ai pas été sensible à l’humour absurde et noir. Sachant que l’humour est censé être le composant principal du roman, avouez que c’est très embêtant.

Les bonnes idées sont là, mais tombent à plat faute d’un traitement adapté pour les mettre en valeur. Jean Teulé n’exploitent pas assez le potentiel de son histoire, au demeurant, fort prometteuse. Il saute d’une idée à l’autre sans s’attarder sur ce qui pourrait être vraiment amusant. Cela confère au roman, un côté « empilage gratuit » sans profondeur.

L’autre hic pour moi, consiste en la trop grande théâtralité des dialogues qui confère un aspect outré et forcé aux situations et aux répliques des personnages.

Enfin, toujours selon moi, l’intrigue est très convenue et la fin prévisible, seule la dernière phrase m’a étonnée.

Je m’attendais à quelque chose de très drôle mais j’ai à peine frémi des lèvres. Ni sourire, ni rire ne furent au rendez-vous. Bref, pas de quoi faire de l’ombre à La Famille Adams ou réveiller les morts…

[LC] «Les lieux sombres » de Gillian Flynn

Editions Le Livre de Poche (Thriller)

Publié en 2011 ~ Langue : Française ~ 512 page

Temps de lecture : 3 jours

Plaisir de lecture  Trés bon mais…

Synopsis

Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans. Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l’innocence bafouée. Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s’est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique. Encouragée par une association d’un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé. C’est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu’une vérité inimaginable commence à émerger. Et Libby n’aura pas d’autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l’affaire, quelles qu’en soient les conséquences.

 
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Ce roman trainait depuis quelques mois dans ma PALet je ne regrette pas de l’en avoir extrait car je l’ai beaucoup apprécié. C’est un pavé que j’ai dévoré en trois jours et qui me restera en mémoire comme le fameux Seul le silence de JR Ellory qui continue de me hanter des semaines après sa lecture.

Le livre est nimbé d’une ambiance très particulière mais prenante, très prenante. Il faut le dire, c’est une histoire très glauque qui met parfois mal à l’aise. Comme chez Ellory ou Joyce Carol Oates, Flynn nous offre une peinture sociale vitriolée d’une amérique, celle des eighties, où la jeunesse déboussolée est désespérement en quête de répéres. Parfois, j’avais l’impression d’être dans un long-métrage de Larry Clarke. 

L’anti-héroine a tout de suite remporté mon adhésion. Son côté paumé, son cynisme et son humour noir ont fait mes délices. 

Le style est vigoureux et sans chichis volontiers racoleur et malsain. L’auteure joue perfidemment avec les codes du thriller pour nous mener sur des fausses pistes.

La narration binaire entre passé et présent est un peu frustrante car elle donne l’impression au lecteur que l’intrigue fait du surplace parfois. Il y aussi quelques longueurs diffuses mais la fin sans être une totale surprise a quand même su me surprendre.

Un thriller plutôt original et dérangeant qui sait sortir des sentiers battus et qui offre une brochette de personnages forts et iconoclastes.

Une lecture vénéneuse dont on ne sort pas tout à fait indemne.