Tagué: Littérature victorienne

[Challenge de Calypso, session Je], « Quand j’étais Jane Eyre » de Sheila Kohler

 

2013 Editions 10/18
Langue française – 236 pages | Traduit par Michèle Hechter
Temps de lecture : Une journée
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Dans le calme et la pénombre, au chevet de son père qui vient de se faire opérer des yeux, Charlotte Brontë écrit, se remémore sa vie, la transfigure. Elle devient Jane Eyre dans la rage et la fièvre, et prend toutes les revanches : sur ce père, pasteur rigide, désormais à sa merci, sur les souffrances de son enfance marquée par la mort de sa mère et de deux sœurs aînées, sur sa passion malheureuse pour un professeur de français à Bruxelles, sur son désespoir face à son frère rongé par l’alcool et la drogue, sur le refus des éditeurs qui retournent systématiquement aux trois sœurs Brontë leurs premiers romans, envoyés sous pseudonyme.

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Hormis les faits les plus connus, le pastorat de leur père, leur passé de gouvernante, leurs amours malheureuses (…), je connaissais très peu de choses sur la vie des dames Brontë,(une existence bien triste, en vérité), et ce, bien que j’aime énormément leurs œuvres respectives.
Dans Quand j’étais Jane Eyre, Sheila Kohler évite habilement le piège de l’hagiographie. Elle fait le pari (réussi) de noircir/assombrir la personnalité de ses héroïnes. Toutes brillantes et talentueuses qu’elles soient, S. Kohler n’hésite pas à accentuer les défauts et les traits de caractère les moins flatteurs des trois sœurs. Mais également de leur entourage (j’ai été très surprise par la froideur indifférente du pater familias, lequel n’a d’yeux que pour son fils chéri, et méprise ses filles !).
L’audace de S. Kohler a pour conséquence principale de nous montrer Charlotte (de même qu’Emily et Anne) sous un jour plutôt inédit et pas toujours très sympathique, tant elles semblent parfois froides et hautaines. De plus, derrière la saine émulation qui existe entre les trois sœurs, l’on sent clairement poindre une sorte de jalousie rentrée, un rien d’hypocrisie voire de mesquinerie déguisée. Néanmoins, les demoiselles Brontë se révèlent touchantes, et le lecteur ne pourra que s’attacher à elles et se laisser émouvoir par leur triste destin.
Charlotte et sa Jane Eyre sont, certes, les piliers centraux de ce roman (nous avons le privilège de pénétrer l’intimité du personnage, et d’assister d’une certaine façon à la rédaction de Jane Eyre (un fantasme pour la lectrice que je suis) qu’elle conçoit avant tout comme une vengeance envers une société qu’elle juge injuste). Pour autant, Emily et Anne ne sont pas écartées de l’intrigue. Elles sont notamment très présentes dans la seconde partie du roman. Nous apprenons également à mieux les connaitre, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs grandes œuvres ont été rédigées (Les Hauts de Hurle-Vent, Agnès Grey…).
C’est là sans doute, l’aspect le plus passionnant du livre. Pour qui aime les romans de la sororité Brontë, l’on ne peut que se régaler. Tout en restant, bien entendu, consciente que Quand j’étais Jane Eyre, s’il s’inspire des biographies les plus réputées des sœurs Brontë, ne se cache pas d’être un exercice fictionnel.

Pour en revenir à l’écriture de Sheila Kohler, je l’ai trouvée vraiment très agréable, fluide, poétique.
Deux petits bémols, cependant : À mes yeux, le roman manque beaucoup de linéarité. L’histoire de Charlotte, de ses sœurs, de son père et de son frère, racontée dans le désordre en fonction des péripéties de Jane Eyre, est narrée de manière un peu trop éclatée. Les époques et les lieux se télescopent allègrement et les allers-retours entre réalité, fiction et intertextualité ne sont pas toujours maîtrisés. Tout cela complexifie la lecture et occasionne quelques petites longueurs. Cependant, ce qui m’a vraiment déçue, reste la façon maladroite, pour ne pas dire grossière, dont Sheila Kohler jette des ponts entre la vie des Brontë et leurs œuvres. Les passerelles sont souvent construites de manière artificielle. Certains rapprochements réalité/œuvre apparaissent purement forcés, comme imbriqué au chausse-pied.

En somme, Quand j’étais Jane Eyre possède quelques défauts, mais reste un très bon roman que j’ai pris énormément de plaisir à dévorer (lu d’un souffle en une journée), et ce, grâce aux personnages de Charlotte, Emily et Anne, et au style élégant de Sheila Kohler.

Les Brontë sont une sororité passionnante à connaitre !

[Challenge de Calypso, Session « Pierre », « Pierre de lune » de W. Wilkie Collins

2003 Editions du Masque (Labyrinthes )
Langue française – 574 pages
Temps de lecture : 6 jours
Note 3étoilesbon
Synopsis

Ami et rival de Dickens, Wilkie Collins invente avec Pierre de lune le premier récit policier moderne, et donne au roman une nouvelle mission : dire et montrer ce qu’il est de bon ton de taire et de cacher. Borges, T. S. Eliot, Charles Palliser aujourd’hui, considèrent ce livre comme l’un des sommets absolus du genre. Il n’est évidemment pas question de résumer ici ce roman gouverné de bout en bout par la peur, oeuvre  » hitchcockienne  » avant la lettre, qui réussit cet inquiétant tour de force : une fois le livre refermé (après quelques nuits blanches), chaque lecteur possède, ou croit posséder, son interprétation du mystère. Du très grand art. Précisons que la présente édition de Pierre de lune est la seule en français à n’avoir été ni censurée ni abrégée.

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Ce roman n’est pas mauvais, il est loooooooooooooooooooooong!

L’intrigue, divisée en deux périodes narratives prises en charge par divers relateurs, prend vraiment son temps pour s’installer. La première centaine de pages est pauvre en sensations de lecture. De plus, on peine à s’y retrouver parmi une distribution de personnages touffue et on se perd dans l’arbre généalogique. Je me suis ennuyée.
Le mystère de la disparition du diamant apporte un enjeu mais qui ne m’a pas plus transcendée que cela. Sa parentèle avec les policiers à tiroirs style Rouletabille.
La narration repose sur plusieurs témoins oculaires de l’affaire. Lesquels se succédent par écrit, sous la forme d’une déposition, comme à la barre d’un tribunal. Un procédé très prisé de W. Collins puisque déjà utilisé dans La Dame en blanc. D’abord Bettetedge, l’intendant de la demeure de campagns
e où se déroule l’intrigue. Un personnage de vieillard bourru assez drôle en lui-même. Même si sa misogynie prononcée m’a souvent fait lever les yeux au ciel. Serais-ce notre bon W. Collins, le macho ? En tout cas les théories machistes qu’il place dans la bouche de Betteredge laissent perplexe. Puis Miss Clake. Une cousine éloignée de la famille, une vieille fille indiscrète et bigote dont le fanatisme religieux (et l’hypocrisie) prête beaucoup à sourire tant le personnage est ridicule bien malgrè lui, (l’épisode des brochures pieuses est très amusant). Drusilla (c’est son prénom passe ensuite la plume à Mr Bruff, le vieil avoué de la famille dont la narration paraphrase et récapitule beaucoup celle des autres (heureusement, ce passage est court). Ensuite, c’est au tour de Franklin Black de faire son retour sur le devant de la scène (il avait disparu depuis la fin de la premiére période) et de s’acquitter de son témoignage. Imité bientôt par Ezra Jennings (un homme de sciences). Et comme W. Collins aime à multiplier les modes de narration, il ne s’agira pas d’une lettre cette fois mais d’extraits de journal. À Franklin Blake et au sergent Cuff et à Mr Candy revient alors l’honneur de conclure le récit.
Le sergent Cuff est savoureux. Un peu comme un ancêtre de Hercule Poirot. Un cousin éloigné de Sherlock Holmes. Il est fort dommage que le personnage apparaisse si peu de temps dans le roman.

J’avoue que la principale critique que je puis faire à ce roman est sa longueur excessive, alimentée par des redites et des paraphrases inutiles. La forme prime sur le fond, les modes de narrations alternatifs et la saveur de certains personnages transcendent une intrigue sans réel piquant, même si elle nous fera nous interroger, elle ne nous tiendra pas éveiller des nuits durant comme l’affirme le résumé. A contrario. Je me suis retrouvé à piquer souvent du nez sur ce roman. Je le regrette, mais ce livre m’a profondément ennuyé. S’il souffre des mêmes « défauts », il me souvient que La Dame en blanc, (lu l’an passé) m’avait davantage tenu en haleine.

« Cranford » d’Elizabeth Gaskell

Editions Points (2012)

300 pages

Temps de lecture : Plusieurs semaines  (!)

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Que croyez-vous, Miss Matty, je vous le donne en mille ? Que croyez-vous ? Lady Glenmire va se marier – se remarier, pour être exacte – Lady Glenmire – Mr Hoggins – oui, Mr Hoggins va épouser Lady Glenmire ! – Se marier ! Se remarier ! nous écriâmes-nous.
Quelle folie ! – Figurez-vous que je me suis écriée : Se marier ! comme vous le faites ; et que j’ai ajouté :  » Mais ma parole, Milady va se couvrir de ridicule !  » J’aurais pu dire, moi aussi :  » Quelle folie !  » mais je me suis maîtrisée, car j’étais dans une boutique, lorsque j’ai appris la nouvelle. Vraiment, on se demande où est passée la retenue de notre sexe ! Vous et moi, Miss Matty, nous aurions été bien honteuses de savoir que l’on parlait de notre mariage chez l’épicier, en présence du personnel !

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Voilà un livre que j’aurai aimé adorer. Je me faisais en effet un réel bonheur de faire la rencontre en littérature avec E. Gaskell. Hélas, la magie n’a pas véritablement opérée malgré une belle écriture, de bons personnages tour à tour touchants ou hilarants (je pense surtout à l’adorable Miss Matty) et une certaine forme de cocasserie et d’ironie dans les situations narrées. Le tout s’associant à une étude moeurs et de caractères de la petite bourgeoise anglaise du XIXème pleine de finesse et de mordant.

Cependant, je ne saurai nier que je me suis parfois passablement ennuyée car le roman pour intéressant qu’il soit n’échappe pas aux longueurs. Des longueurs décourageantes. Une fois le livre posé, je n’avais plus forcément envie de le reprendre pour le continuer. Le nombre de citations et de détails contenus dans le livre (et les notes de traduction qui vont avec) alourdissent considérablement le texte et coupe l’élan de lecture. Et le nombre de personnages m’a perdu en route. Pour preuve, le temps incroyable que j’ai passé à lire un si court roman (300 pages). Je n’ai pas cessé d’intercaler d’autres lectures pendant que je m’escrimais à le terminer. La faute en revient sans doute à un énorme manque d’action et d’enjeux au sein des événements narrés. Je rajouterai que d’assister aux faits racontés par un prisme unique, celui de la narratrice principale limite également l’intérêt de lecture. Car tout ce qui se passe est traité uniquement selon son point de vue ou presque même si les conversations nous sont rapportées en détails par cette dernière, les faits portent toujours son empreinte narrative forcément subjective. 

Fort heureusement, la seconde moitié du livre est plus enlevée et plus cocasse ce qui m’a permis d’arriver bon gré mal gré au bout de cette lecture. 

Finalement, je suis trés partagée quant à ce classique victorien, car loin de l’avoir détesté, je ne l’ai pas non plus adoré. Aprés une longue hésitation, j’ai choisi d’accorder 4 étoiles et non 3 comme je voulais le faire en cours de lecture car la dernière moitié de Cranford m’a beaucoup plus emballée que la première. 

Que dire de plus ? Sinon que ce livre mérite que vous le lisiez afin de vous faire votre propre avis.

Car pour qui aime les petites histoires sans importance du quotidien d’un petit village perdu dans la campagne et vues par la lorgnette de quelques respectables vieilles filles et veuves anglaises trés soucieuses des traditions, ce livre pourrait bien être un régal.

 

« Le Fantôme de Baker Street » de Fabrice Bourland

Editions 10/18 (Grands détectives) (2008)

247 pages

Temps de lecture : 3 h

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis (Je le tronque volontairement car il en révèle bien trop à mon avis)

Londres, 1932. Depuis que la municipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n° 221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté. S’agit-il d’un esprit, comme le prétendent certains ? Existe-t-il un lien entre ces manifestations et la série de crimes qui ensanglante Whitechapel et les beaux quartiers du West End ? Motivée par un funeste pressentiment, lady Conan Doyle, la veuve de l’écrivain, sollicite l’aide de deux détectives amateurs, Andrew Singleton et James Trelawney. Lors d’une séance de spiritisme organisée à Baker Street, ces derniers découvrent avec effarement l’identité du fantôme. 

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Mon presque coup de cœur de février ! Un très bon thriller fantastique reposant sur une excellente idée et une atmosphère délicieusement intrigante et surannée.

Esprits cartésiens, fuyez ! Cet ouvrage n’est définitivement pas pour vous. Les autres, laissez-vous emporter par le talent de Fabrice Bourland.

Outre un cadre passionnant, des meurtres inspirés par de grandes œuvres littéraires fantastiques de l’époque victorienne, il y a le talent de Fabrice Bourland à faire revivre le Londres des années trente, devant composer avec l’encombrant héritage des atrocités commises par Jack the Ripper, quarante années plus tôt. L’atmosphère intrigante vacille comme la flamme d’une bougie entre enquête policière et récit fantastique, entre réalité et fiction. L’intrigue nous emmène au cœur des cercles spirites des années 30 pour des scènes de séances de spiritisme très réussies.

La paire de détectives privés engagés presque malgré eux dans cette histoire à faire dresser les cheveux sur la tête, des doublures assumées de Holmes et Watson, est formidablement bien campée et fort sympathique. Ces messieurs m’ont beaucoup amusé avec leurs réparties moqueuses et leurs incessantes querelles dignes des vieux couples. Ils ont fait ma conquête. J’aurai plaisir à les retrouver dans d’autres aventures car il existe deux suites à ce coup d’essai qui se révèle un coup de maître.     

En plus de son excellente idée, alterner entre réalité et fiction jusqu’à offrir différents niveaux de narration, et de faire d’Arthur Conan Doyle et de son épouse des héros de roman à part entière,  l’auteur met son érudition incontestable au service de ses lecteurs. En effet, le récit regorge de références littéraires pointues et notamment d’une somme importante d’informations biographiques sur Conan Doyle et les relations qu’il entretenait avec sa création la plus célèbre, Sherlock Holmes, pour les férus du détective, ce livre est un régal. Moi-même, j’y ai appris beaucoup de choses sur l’écrivain écossais et sur sa vie.

Et que dire de cette narration un brin surannée que j’affectionne tant de retrouver dans les romans de Doyle et de ses contemporains. « Le Fantôme de Baker Street » est un roman d’atmosphère réussi, ça sent la fumée de cigare, le parfum du vieux cuir et des boiseries des cabinets de travail et les imperméables mouillés par le crachin londonien. Quel bonheur parfois de plonger dans une enquête aux méthodes d’investigations désuètes, recherches en bibliothèque et mise en branle des petites cellules grises comme dirait Hercule Poirot, sans l’intervention de la technologie moderne.

Globalement, le roman est très prenant, je ne me suis pas ennuyée une seconde, et se lit très bien. Vous l’aurez compris : j’ai adoré ce roman et si je n’en fait pas un coup de cœur, c’est que j’ai trouvé la fin un peu expéditive, et que je veux laisser une marge de progression à l’auteur pour les deux tomes suivants que j’espère pouvoir bientôt me procurer. 

Une série à découvrir d’urgence ! 

 

 

 

« Sanditon » de Jane Austen

Editions Le Livre de Poche (Biblio) (2012)

403 pages

Temps de lecture : une dizaine de jours 

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

En ce début du XIXe siècle où la bonne société anglaise découvre les bienfaits des bains de mer, les Parker se sont mis en tête de faire de la paisible bourgade de Sanditon une station balnéaire à la mode. Invitée dans leur magnifique villa, la jeune Charlotte Heywood va découvrir un monde où, en dépit des apparences « très comme il faut », se déchaînent les intrigues et les passions. Autour de la tyrannique lady Denham et de sa pupille Clara gravitent les demoiselles Beaufort, le ténébreux Henry Brudenall et l’étincelant Sidney Parker, peut-être le véritable meneur de jeu d’une folle ronde des sentiments. Observatrice avisée, Charlotte saura-t-elle demeurer spectatrice ? Le cœur ne va-t-il pas bouleverser les plans de la raison ? À sa mort en 1817, Jane Austen laissait cette œuvre inachevée. Une romancière d’aujourd’hui a relevé le défi de lui donner un prolongement. Un exercice mené à bien dans la plus remarquable fidélité, avec autant de tact que de brio.

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J’ai terriblement honte de l’avouer mais les onze premiers chapitres de Sanditon, ceux-là même écrit par Jane Austen avant son décès prématuré, m’ont paru longs comme un jour sans pain. Je m’ennuyais ferme face à ces palabres incessants autour d’une station balnéaire de la province anglaise. Ce n’est que passée la grosse moitié du roman, au moment où s’amorcent les histoires d’amour entre les différents personnages, que j’ai commencé à accrocher à l’histoire, qui, pour le coup, prend presque des allures de vaudeville ou de comédie ballet digne du Tartuffe de Molière.

Le cadre de l’histoire, une station balnéaire qui tente d’attirer la clientèle et de devenir à la page, est original et se prête assez bien aux péripéties amoureuses de l’intrigue. J’ai beaucoup aimé assister aux bains des dames de l’époque, que de préparatifs et de matériel dont une cabine tirée par un cheval, pour seulement quinze minutes de barbotage ! A l’époque se baigner était bien compliqué et nécessitait bon nombre de complications !

L’évolution subtile du personnage de Charlotte, un personnage qui restera étiqueté comme « peu sympathique » dans ma mémoire, je le crains, fut aussi une bonne surprise pour la lectrice que je suis. Toujours prompte à juger les autres voire à les regarder de haut, la narratrice manque indubitablement de chaleur humaine et il est bien difficile d’entrer en résonnance avec elle. Elle m’a souvent fait penser à Emma. Cependant, il est indéniable que c’est le regard tantôt amusé, ironique, moqueur ou complice que la raisonnable Charlotte pose sur tous les personnages de l’histoire et sur leurs incessants chassés-croisés qui donne sa saveur piquante et son humour grinçant au récit. Dés lors sa distance m’apparait comme nécessaire au bon déroulement d’une intrigue qui se plait à mettre à mal ses principaux protagonistes. Il faut dire que Sanditon abrite une galerie de personnages tous plus ridicules les uns que les autres ou presque mais chacun à leur manière. La plupart sont bourrés de défauts que les deux auteures se plaisent à exagérer pour notre plus grand plaisir, vaniteux, hâbleurs, paresseux, désoeuvrés, hypocondriaques, mêle-tout et j’en passe ! Les personnages de Sanditon sont loin d’être des êtres parfaits, bien au contraire. Même Charlotte et Sidney, qui compose le couple principal, ont bien des défauts. Birn qu’il ne vaille pas un Darcy, Sydney est un héros assez charmant et intéressant à suivre dans le récit, d’autant qu’on se pose beaucoup de questions sur lui et sur ses motivations jusqu’à un stade avancé de l’intrigue. J’ai aussi beaucoup apprécié la présence de ses deux meilleurs amis dans l’histoire. Et je dois dire que l’imbuvable Lord Edward m’a beaucoup divertit par sa sottise. De même que l’avare et acariâtre Lady Denham ou les malades imaginaires, c’est-à-dire les frères et sœurs Parker.

Tout ceci constitue un échantillon sociétal haut en couleur qui donne tout son sel au récit.

Le dénouement m’a réellement surprise car j’étais loin d’avoir deviné la vérité. Comme toujours, la trame narrative emmêle habilement les relations humaines et amoureuses en opposant bien des obstacles aux élans du cœur et aux relations sentimentales. Rien n’est jamais simple pour les amants chez Jane Austen : rivalité, empêchement social, respect des convenances… c’est ce qu’on retrouve ici encore une fois pour notre plaisir. La ligne de démarcation entre la rédaction de Jane Austen (les onze premiers chapitres) et celle de sa successeuse est invisible et le style est suffisamment homogène pour se lire agréablement.

Si je ne suis pas entièrement conquise par Sanditon c’est parce que le roman met beaucoup de temps à démarrer, la mise en place des personnages est très longue et il s’attarde trop sur les affaires de peu d’importance de la bonne société de l’époque, la seconde moitié (bien que rédigée par une autre dame que Jane Austen) m’aura tout de même relativement convaincue de poursuivre ma lecture et j’y aurai pris un plaisir mesuré mais réel.  

« Le Journal de Mr. Darcy » d’Amanda Grange


Editions Milady (Pemberley) (2012)

397 pages | Traduit par Claire Allouch

Temps de lecture : 4 h

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Quel amateur de Jane Austen n’a pas rêvé un jour de revivre Orgueil et préjugés à travers les yeux de son énigmatique héros ? Dans ce journal, auquel Darcy confie ses sentiments naissants et contradictoires pour la charmante Elizabeth Bennet, Amanda Grange donne la parole à ce personnage ô combien charismatique. Un récit teinté de nostalgie mené avec brio.

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Enfin, un Milady Pemberley qui ne me déçoit pas et tient toutes ses promesses. 

Amanda Grange n’est certes pas Jane Austen, un seul coup d’oeil au style proposé suffit à s’en rendre compte mais le livre est agréable et rapide  à lire. La traduction française de Claire Allouch est pleine d’allant et de dynamisme. 

Evidemment, l’histoire du roman est universellement connue, et, si comme moi, vous êtes une inconditionnelle d’Orgueil & Préjugés, vous n’aurez que peu de surprises pendant votre lecture. Néanmoins, un éclairage nouveau est apporté à l’intrigue. Qui n’a jamais rêvé d’être dans la tête de l’irrésistible Fitzwilliam Darcy, de voguer parmi ses pensées les plus secrétes ? Pas moi en tout cas, bien au contraire. Je peux d’ailleurs affirmer qu’Amanda Grange a exaucé l’un de mes plus chers voeux de lectrice. Merci à elle ! 

Indéniablement, le regard Darcy sur le déroulement de l’intrigue apporte quelque chose de savoureux. Il permet de mieux cerner la personnalité du personnage, de comprendre davantage ses réactions tout en éclairant d’un jour nouveau les zones d’ombre laissées dans le roman original. Ainsi nous avons le plaisir d’assister en détails à certaines scènes à peine évoquées par Jane Austen (comme les prémisses des différends entre Darcy et Wickham ou  les tractations autour du mariage de Lydia) et même de voir à quoi s’occupe Darcy lors de ses séjours à Londres, Rosings ou Pemberley, lorsque la vie le tient éloigné de Longbourn et de Lizzie. Amanda Grange nous permet d’entrer réellement dans l’entourage du gentleman et nous convie à assister aux moindres faits de la vie quotidienne d’un lord anglais fortuné au XIXème siècle. 

Le fait que la chronologie des événements soit scrupuleusement respectée, de même que la psychologie des personnages créés par J. Austen, qui ne souffrent d’aucun manquement par rapport aux originaux, rend le roman particulièrement immersif et prenant.  Il est impossible de le  fermer avant l’épilogue. Car la bonne idée d’Amanda Grange est de nous donner à lire l’après-mariage de Darcy et d’Elizabeth. 

De plus, les petites touches d’humour ajoutées çà et là, notamment dans la dernière partie du roman, là, où affranchie de l’original, l’auteure est en roue libre et se « lâche » véritablement,  apportent une réelle plus-value à l’ensemble. Les derniers chapitres du livre, inédits et purement du fait d’ A. Grange puisqu’ils ne reprennent en rien le roman original,  nous permettent de sentir le plaisir que prend l’auteure à revisiter Pride & Prejudice.  On y découvre un couple trés épris, taquin et sensuel. Amanda Grange ose  mettre en avant l’aspect plus « charnel » de nos jeunes mariés, chose que Jane Austen ne pouvait se permettre d’écrire à l’époque. 

Seul bémol : le procèdé narratif choisi par l’auteure,  le journal intime (ou de bord), m’a semblé assez peu judicieux, disons, qu’il me parait de prime abord bien frustrant. Cette forme de narration provoque en effet un éparpillement trop prononcé de l’action. Chaque journée nous est contée en seulement 5 ou 6 phrases ou à l’inverse sur plusieurs pages, ce qui crée un certain déséquilibre dans l’intrigue.  J’aurai préféré un vrai roman reprenant la trame du classique de Jane Austen rédigé du point de vue de Darcy (comme S. Meyer avait commencé à le faire dans Midnight sun).

Toutefois, force m’est de reconnaitre que j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture acidulée comme un bonbon à la bergamote et rien que pour le bonheur de retrouver Elizabeth et Darcy, l’un des couples les plus charismatiques de la littérature victorienne, ce roman vaut l’achat et la lecture wub

[Challenge de Calypso, Session Blanc/Blanche] « Blanche-Neige et Le Chasseur » de Lily Blake & « La Dame en blanc » de Wilkie Collins

Editions Hachette (Black Moon) (2012)

272 pages

Titre original : Snow White & the Huntsman

Temps de lecture : 2 jours

Note 

Synopsis

Dans une réécriture du conte des frères Grimm, le chasseur supposé tuer Blanche-Neige dans les bois devient son protecteur et son mentor afin de vaincre la Reine maléfique.

Le traitement du conte original reste léger voire parfois trop superficiel mais néanmoins,  je n’ai pas boudé mon plaisir car cette réécriture de l’oeuvre de Jacob Grimm est véritablement divertissante grâce à sa fluidité, sa magie trés présente et l’audacieux assombrissement d’une histoire mondialement connue.

Les nouveaux habits dont se parent Blanche-Neige sont ma foi bien séduisants.

Les personnages reçoivent un traitement assez original à l’image de Blanche-Neige qui, de princesse naïve et petite chose fragile , devient une guerrière vêtue de cuir, une Jeanne d’Arc énervée qui sait jouer du couteau. Métamorphose amusante. Le prince charmant n’est pas de l’aventure, un chasseur et un jeune duc ami d’enfance de Blanche-Neige le remplace. Le personnage de la méchante reine, belle-mère de la princesse est beaucoup plus travaillé et présent que dans l’histoire originelle et ses motivations sont plus étoffées également. Elle n’agit pas que par jalousie ou pour être la plus belle du royaume. Enfin, l’ambiance est beaucoup plus réaliste et violente que dans le conte de fées. Le romantisme est peu présent au contraire du climat guerrier.

Après, les puristes diront sans doute que tout se passe dans un laps de temps trop court dans cette modernisation, que Blanche-Neige ressemble trop à Jeanne d’Arc et que Lily Blake survole son sujet au lieu de chercher à l’approfondir, je suis d’accord, mais bien qu’un peu dénaturé, ce conte boosté à la fantasy, reste agréable et plaisant à lire. Je me suis surprise à aimer alors que je m’attendais à une complète déconvenue.

« La Dame en blanc » de Wilkie Collins 

Editions Phebus (Libretto) (2011)

666 pages

Titre original : The Woman in White (1860)

Thriller 

Temps de lecture : 3 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis 

Les Français avaient oublié ce roman, ancêtre de tous les thrillers, qui fascinait Borges et rendit jaloux Dickens (roman publié ici pour la première fois en version intégrale). Il nous révèle une sorte de  » Hitchcock de la littérature  » : suspens, pièges diaboliquement retors, terreurs intimes, secrètes inconvenances – rien n’y manque. Pourtant le chef-d’oeuvre de Collins n’a jamais cessé d’être dans les pays anglo-saxons un succès populaire : l’un des plus sûrs moyens, en tout cas, d’empêcher l’innocent lecteur de dormir.

Diane Setterfield dont j’ai récemment lu et apprécié le roman Le Treizième conte est à l’origine de ma découverte de l’auteur victorien Wilkie Collins et de son œuvre la plus célèbre : La Dame en blanc.  Elle en parle en termes très élogieux et l’évoque à maintes reprises comme étant l’un des livres préférés de son héroïne. Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité.  Je me suis procuré ce roman, possédant par ailleurs une très bonne réputation dans les milieux littéraires.

On m’avait vanté une atmosphère mystérieuse à la Jane Eyre (roman que j’adore depuis longtemps) mais j’ai trouvé, au contraire, le roman trop « terre à terre » dans sa résolution de l’égnime.  Manquant à la fois de suspense mais aussi de fantasmagorie. C’est sans doute ce qui a rendu ma lecture agréable, certes, mais non point passionnante comme je l’espérais. Ce « thriller » est un peu trop sage et basique à mon goût.

Si l’originalité du roman réside dans sa construction « chorale », chaque personnage, du plus important au plus insignifiant, est convoqué à la barre d’un tribunal imaginaire, tel un témoin-clé, pour y livrer sa version des faits, l’intrigue, quant à elle reste somme toute assez classique, voire prosaïque. Et c’est dommage car on sent nettement que dans certains passages existe une réelle volonté d’instaurer une pointe de surnaturel et de fantastique mais cela retombe très vite dans un registre plus cartésien.  

L’auteur se contente de jouer avec les codes traditionnels du roman policier (devenus traditionnels par la force des choses et du temps passé mais pas à l’époque de la rédaction du roman). 

Si fait, La Dame en blanc nous laisse un peu sur notre faim car nous devinons bien des choses plus de cent pages avant le dénouement. Les rouages du scénario sont parfois trop apparents et déjouent toute tentative de suspens.

Reste une belle écriture victorienne et le plaisir de lire l’un des tout premiers « thriller psychologique » de la littérature européenne. Une découverte intéressante pour le moins. Sans doute novateur et surprenant à l’époque de sa sortie, le roman souffre un peu de son aspect un brin suranné, lui qui utilise des codes beaucoup utilisés dans le roman policier depuis le 19iéme siècle. Les « ficelles » nous sembleront trop familières (du moins à celles et ceux qui lisent beaucoup de polars) pour maintenir le mystère jusqu’au bout.

J’ai pris plaisir tout de même à découvrir Mr. Wilkie Collins et sa plume élégante. Un classique que je recommande de découvrir malgré tout.