Tagué: Littérature française

[Challenge de Calypso, session « sans » ] « À Mélie sans Mélo » de Barbara Constantine

2009 Éditions Calmann-Lévy

Française Langue française – 244 pages

Temps de lecture : 2 jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis
Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Pour la première fois, sa petite-fille, Clara, vient passer les grandes vacances chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu’elle a un problème de santé… Elle verra ça plus tard. La priorité, c’est sa Clarinette chérie ! Durant tout l’été (le dernier ?), Mélie décide de fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant La Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi le vieux Marcel, qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique… Et puis, comme la vie est vraiment dingue parfois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour… Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !

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Cela tient peut-être au fait que j’ai eu la chance d’avoir une grand-mère extraordinaire à côté de laquelle Mélie fait bien pâle figure, mais j’ai trouvé ce roman très ennuyeux. Le despotisme affectueux de cette grand-mère encore très gamine dans sa tête m’a vite lassée, en fait sous couvert de dispenser de pseudo leçons de vie à deux francs six sous, le personnage de Mélie, sorte de croisement entre Tatie Danielle et Mamie Nova se contente de régenter son monde et de se mêler de la vie des autres. Agaçant.

Si ce n’était qu’elle encore, mais non… On ne croit pas une minute aux personnages tant ils sont puérils et immatures. Qu’ils soient âgés de quarante, cinquante, ou soixante ans, ils ont tous des mentalités de gamins de 8 ans.

En outre, le style est faible, très faible. On croirait lire une longue rédaction de vacances. Par ailleurs, lorsqu’on écrit un roman où plusieurs personnages s’expriment, il est bon, pour ne pas dire indispensable de doter chacun de sa propre voix, or, dans ce roman tous les protagonistes usent du même langage, du même vocabulaire et des même tournures grammaticales, comme s’il ne s’agissait en fait que d’un seul et même individu, et ce quelque soit l’âge, le milieu social ou la personnalité du personnage. Résultat : Les dialogues sonnent faux et les situations ne sont pas crédibles.

De plus,  à trop vouloir éviter le mélo,  B. Constantine finit purement et simplement par supprimer les émotions du lecteur. Je n’ai rien ressenti pendant ma lecture. Ni sourire, ni rire, ni larmichettes. Nada. Indifférence totale.

Une chose est certaine: je ne garderais pas un grand souvenir de ce roman. Lu il y a deux semaines, je l’ai déjà oublié.
En fait, j’ai juste trouvé ce livre « niais » voire « bébête ». Non content d’être prévisible, il manque également cruellement de profondeur. Et surtout qu’est-ce qu’on s’ennuie.

Je mets deux étoiles parce que je suis gentille mais ce roman en mérite à peine une.
Vu que le reste de la production de Barbara Constantine semble pour le moins à l’avenant, je ne pense pas lire ses autres romans. Ce ne sont pas des histoires pour moi. Je suis certainement bien trop cynique pour les apprécier.

[Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten 2014] « Sous les couvertures » de Bertrand Guillot

Le principe de l’opération :

Les matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten (ou #MRL14 pour les adeptes des messages à 140 caractères),  c’est l’occasion de découvrir les livres de la rentrée littéraire sélectionnés par la crème de la crème des blogs littéraires, de partager vos critiques avec des centaines de blogueurs passionnés de littérature et enfin, de dresser ensemble un bilan pour savoir quels livres de la rentrée littéraire 2014 ont reçu l’approbation de la blogosphère littéraire française.

Pour rappel, la liste des romans proposés pour l’édition 2014 :

Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod
– Goat Mountain, David Vann
– Constellations, Adrien Bosc
– Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger
– Petits oiseaux, yôko ogawa – Rose-Marie Makino-Fayolle
– Le cercle des femmes, Sophie Brocas
– Sous les couvertures, Bertrand Guillot
– Ces instants-là, wassmo herbjorg
– Zou !, Anne-Véronique Herter
– Le Royaume, Emmanuel Carrère
– Un monde flamboyant, hustvedt siri – Christine Le Boeuf
– Louise, Julie Gouazé
– Peine perdue, Olivier Adam
– Retour à Little Wing, Nickolas Butler
– Le Complexe D’Eden Bellwether, Benjamin Wood

Pour l’édition 2014, mon choix s’est porté sur le roman suivant :

2014 Éditions Rue Fromentin
Langue française – 175 pages – Sortie : 18 Septembre 2014

Temps de lecture : Une après-midi

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur ! Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité.

La rentrée littéraire inquiète les livres déjà en librairie. Une fois le magasin fermé, ils décident de réagir et essaient de se mettre d’accord sur une stratégie commune. Mais entre les premiers romans, les grands écrivains, les académiciens, etc., les intérêts divergent. L’arrivée d’une nouvelle libraire avec des idées neuves met en émoi tous les ouvrages.

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Un roman sur les livres, et plus particulièrement axé sur la rentrée littéraire ? Quelle bonne idée !
En substance, c’est ce que je me suis dit au moment de sélectionner le roman que je souhaitais recevoir, lire et chroniquer pour les Matchs de la Rentrée Littéraire de PriceMinister-Rakuten 2014.
Et disons-le de suite : avec sa jolie couverture et  son « pitch » alléchant,  Sous les couvertures de Bertrand Guillot m’a de suite tapé dans l’œil.Le titre-clin d’œil à double signifiant, (sous les couvertures, n’est-ce pas l’endroit rêvé pour lire un bon roman ?) nous annonce la couleur. La malice et l’irrévérence seront au rendez-vous. Et malicieux, le ton de l’auteur l’est dès les premières pages. Mais pas seulement…

C’est avant tout à une savoureuse et truculente petite pièce de théâtre que nous convie Bertrand Guillot et dans laquelle les romans se substituent aux êtres humains, adoptant leurs postures les plus héroïques comme les plus viles, avec un seul et même objectif : occuper le devant de la scène : le présentoir principal de la libraire afin de mieux attirer l’attention des clients sur eux. Comme quoi la soif de célébrité n’est pas qu’une affaire humaine !

Et l’auteur d’en profiter alors pour tendre un miroir au lecteur afin qu’il s’y contemple en toute objectivité.  Et ma foi, avouons-le, le reflet renvoyé n’est pas très flatteur ! L’emploi de ces avatars de papier et d’encre permet également à l’auteur d’interroger de grandes thématiques sociétales. Des problématiques actuelles qui sont posées avec lucidité et analysées sans langue de bois.

Les personnages qu’ils soient de chair et d’os ou d’encre et de papier s’incarnent brillamment sous la plume de l’auteur.

Touchants, attachants, agaçants, hilarants, les livres (les véritables héros de l’histoire) rivalisent de charisme et s’illustrent dans des saynètes tour à tour drôles, émouvantes ou surprenantes (quand ce n’est grivoise ! Ah, la fameuse – et très inattendue scène d’onanisme !), lesquelles nous font oublier très rapidement leur statut dit d’objets, d’autant plus que les dialogues qui émaillent leurs conversations comme leurs disputes sont un pur régal !

Les personnages de chair ne leur cèdent en rien en épaisseur comme en humanité, quoiqu’ils soient; de mon humble avis, trop peu présents dans l’histoire (j’aurai aimé que l’auteur les mettent davantage en avant), ils constituent une belle galerie.

De la jeune libraire désabusée au propriétaire de l’établissement, fatigué de se battre contre le progrès, en passant par le fils culpabilisant d’avoir vendu son âme au diable (ici symbolisé par le livre dématérialisé) ou encore la critique-bloggeuse branchée et ambitieuse, sans oublier les jeunes auteurs (Grand, Mauve, Junior) que nous suivons dans leurs tribulations littéraire parmi la jungle médiatico-culturelle parisienne, chaque personnage sonne  juste et sait nous toucher au cœur.

Et que dire de  la bataille rangée finale (ou disons plutôt dérangée en l’occurrence)  ? Épique à souhait, elle parodie de manière très amusante, les grandes scènes de bataille des romans fantasy, et l’on ne peut en la lisant s’empêcher de songer à Tolkien ou à Homère….ou bien encore aux romans de capes et d’épée.

Drôle, décalé, grinçant, parfois cynique mais toujours pertinent, ce petit conte est moins léger que l’on pourrait le croire eu égard à sa couverture colorée et acidulée. C’est au contraire un roman au ton désenchanté et acerbe qui fait réfléchir sur la littérature actuelle (son déclin annoncé, ses enjeux futurs) en posant des questions qui dérangent et qui fâchent (raréfaction des lecteurs, difficulté de fidéliser une clientèle pour les petites librairies, concurrence des grandes enseignes et des sites internet, émergence des liseuses…).

En définitive, Sous les couverture pose un constat plus que lucide de la situation présent et de  l’avenir (hélas très sombre) des librairies traditionnels face aux mastodontes de la grande distribution et à la lecture numérique.

Le bémol ? (il faut bien qu’il y en ait un) : le rythme en dents de scie qui handicape le plaisir de lecture. Toutefois, si mon intérêt s’est un peu émoussé vers le milieu du roman, je ne me suis pas à proprement parler ennuyé. J’ai seulement trouvé parfois le temps long, lors de certains passages trop figés ou bavards. Car c’est par son statisme et son incapacité à restituer efficacement l’aspect visuel de l’intrigue (en particulier les mouvements des livres durant l’épisode de la grande bataille) que le roman pêche.

Construit sur une bonne idée, drôle, caustique, mais jamais moralisateur ni donneur de leçons, Sous les couvertures est un roman qui fait réfléchir en mettant les bonnes questions en perspective et qui ne se contente pas d’enfoncer des portes ouvertes.

Un roman à…. découvrir

« Une pièce montée » de Blandine Le Callet

2006 Éditions Le Livre de Poche

Française Langue française – 252 pages

Temps de lecture : 4 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

La pièce montée arrive, sur un plateau immense porté par deux serveurs. Vincent voit osciller au rythme de leur marche cette tour de Babel en choux à la crème, surmontée du traditionnel couple de mariés. Il se dit: C’est moi, ce petit bonhomme, tout en haut. C’est moi. Il se demande qui a pu inventer un gâteau aussi ridicule. Cette pyramide grotesque ponctuée de petits grains de sucre argentés, de feuilles de pain azyme vert pistache et de roses en pâte d’amandes, cette monstruosité pâtissière sur son socle de nougatine. Et ce couple de mariés perché au sommet, qu’est-ce qu’il symbolise, au juste ?

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La ballade de Lila K du même auteur avait été un immense coup de cœur, il y a quelques mois de cela. Voici pourquoi je tenais à découvrir les autres romans de de B. Le Callet dont celui-ci qui se trouve être son tout premier. À mon grand regret, cette fois la magie n’a pas opérée autant que je l’aurai espéré. Je n’ai pas retrouvé le charme ou les éléments qui m’avaient tant conquise dans La ballade de Lila K.

Est-ce le sujet ? Les personnages souvent antipathiques ? L’écriture moins soignée ? La construction par strates ? Tout cela à la fois ? Je me suis parfois ennuyée.

Certains personnages étant plus intéressants, drôles ou touchants que d’autres au sein de ce roman chorale, l’intérêt des chapitres est par conséquent très fluctuant, et diffère en fonction du protagoniste qu’il met en lumière.

Le style particulièrement mordant, voire incisif,  de B. Le Callet fait merveille dans cette chronique familiale acide qui offre une vision grinçante de la bonne petite bourgeoisie de province, certes en usant de quelques clichés éculés, mais on lui pardonne volontiers tant son ton grinçant, et son regard sans concession, sont réjouissants. Cette famille dont elle nous parle avec tant de cruelle lucidité, se pourrait être la mienne, la votre, la nôtre…c’est ce qui fait aussi la force de ce roman. Chacun se retrouvera certainement à revivre une situation vécue au sein de sa propre famille, que ce soit lors d’un mariage ou non.

Paradoxalement, si je me suis ennuyée parfois en cours de lecture, et pourtant, je dois malgré tout reconnaître que le roman m’a semblé finalement presque trop court. Le dénouement est notamment assez frustrant,  trop rapide par rapport au reste du récit, il nous laisse sur notre faim, et l’on se prend à regretter qu’il n’y ait pas une cinquantaine de pages supplémentaires. Histoire de clore les choses de manière plus approfondie.

En conclusion, une lecture sympathique quoiqu’un peu inégale. Quand certains chapitres font sourire, grincer des dents ou émeuvent, d’autres ennuient, ce qui déséquilibre la construction du roman.

En tous cas, Une pièce montée n’est pas un livre qui  laisse indifférent son lecteur. Bien au contraire. Positivement ou négativement, ce roman vous marquera pour un moment. Même si l’on peut déplorer un léger manque de profondeur et quelques longueurs gênantes, notamment dans la partie consacrée au prêtre (j’ai failli abandonner ma lecture à ce moment-là, c’est dire…).

Un roman contemporain loin d’être désagréable à lire donc, mais que j’aurai souhaité un peu plus transcendant.

[Masse critique Babelio]« La Grâce des brigands » de Véronique Ovaldé

 

 

2014 Editions Points

Française Langue française – 273 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Quand Maria Cristina Väätonen reçoit un appel téléphonique de sa mère, dont elle est sans nouvelles depuis des années, l’ordre qu’elle avait cru installer dans sa vie s’en trouve bouleversé.

Celle-ci lui demande instamment de venir chercher pour l’adopter Peeleete, le fils de sa sœur. Nous sommes en juin 1989, Maria Cristina vit avec son amie Joanne à Santa Monica (Los Angeles).

Cela fait vingt ans qu’elle a quitté Lapérouse, et son univers archaïque pour la lumière de la ville et l’esprit libertaire de la Californie des années 70. Elle n’est plus la jeune fille contrainte de résister au silence taciturne d’un père, à la folie d’une mère et à la jalousie d’une sœur.

Elle n’est plus non plus l’amante de Rafael Claramunt, un écrivain/mentor qu’elle voit de temps à autre et qui est toujours escorté par un homme au nom d’emprunt, Judy Garland.

Encouragée par le succès de son premier roman, elle est déterminée à placer l’écriture au coeur de son existence, être une écrivaine et une femme libre. Quitte à composer avec la grâce des brigands.

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Je remercie Babelio et les Éditions Points pour m’avoir permise de découvrir Véronique Ovaldé, un auteur que je souhaitais découvrir depuis un petit moment.

 

Première fois que je lis Véronique Ovaldé et force m’est d’avouer que la rencontre fut en demi-teinte. 

Pour commencer, le contact ne s’est pas établi de manière très évidente entre  V. Ovaldé et moi-même. C’est le moins que l’on puisse dire. J’ai éprouvé de grandes difficultés à « entrer » dans l’histoire. Pour plusieurs raisons. Primo,  l’héroïne n’est pas d’un abord très facile ni très sympathique lorsqu’elle nous est présentée dans les premières pages (du reste, aucun protagoniste de l’histoire ne m’a semblé l’être, en tout cas aucun ne m’a donné envie de lui asséner de grandes tapes amicales dans le dos). Secundo, la construction du roman est complexe. L’histoire navigue entre présent et passé, en utilisant énormément les allers-retours. Il faut vraiment être attentive, sinon on se perd très vite. Tertio, ce roman étant avant tout un portrait de femme ayant gagné sa liberté,  grâce à sa passion pour les livres et son talent de plume, et le récit de sa reconstruction, de sa libération pourrait-on dire, d’un milieu familial compliqué et étouffant, son atmosphère est lourde, très pesante et sombre. En un mot : déprimante.

Pour ce qui est du plaisir pris pendant cette lecture, j’avoue qu’il fut assez restreint. Et pour cause : des pans entiers de l’intrigue m’ont laissé perplexe voire complètement indifférente. Pire, le rythme du roman est si lent (mou ?), que lorsque je le reposais pour une raison ou une autre, je n’avais aucune envie de le reprendre ensuite, tant je m’ennuyais à le lire et tant mon envie était forte de lire autre chose. C’est dommage mais c’est ainsi.

ATTENTION, il y a tout de même du positif. L’écriture, surtout. Belle, atypique, nourrie de fulgurances poétiques, mises en valeur par des chapitres courts (parfois une seule page !)

Ne vous y trompez pas : La Grâce des Brigands est loin d’être un mauvais roman. C’est simplement qu’il ne m’a pas captivée, voilà tout. Il n’était pas fait pour moi. Ce sont des choses qui arrive. Cela justifie ma lecture en dents de scie.

Cependant, si je n’ai adhéré ni à l’intrigue ni aux personnages, je tiens de nouveau à souligner la qualité de l’écriture de Véronique Ovaldé.  Après c’est une question de goût, et disons que je ne suis pas très amatrice de ce genre de roman statique, contemplatif et bavard. Sans être une adepte du rebondissement à tout-va, j’ai tout de même besoin d’un minimum d’action lors d’une lecture.

[Challenge de Calypso, session Sang]« Les lunes de sang, 1» d’Anaïs Cros

2006 Editions Nestiveqnen (Fantasy)

Française Langue française – 464 pages

Temps de lecture : une semaine

Note4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Evrahl, nain et médecin, a perdu toute sa famille lors de la guerre des Vingt Lunes. Décidé à les venger, il se rend à Lunargent, cité royale de Mortelune, pour y comploter l’assassinat du roi Torn, responsable à ses yeux de la mort des siens. S’installant au cœur de la cité, il partage le logement d’un étrange personnage. Listak, demi-lunaire brillant et excentrique, possède des dons d’observation et de déduction hors du commun. Une relation d’amitié se noue peu à peu entre les deux colocataires, mais Listak s’avère être un proche du roi Torn. Les choses se compliquent encore davantage lorsque le souverain demande à Listak d’éclaircir les menaces qui pèsent sur lui. Pris entre deux feux, Evrahl devra choisir entre son désir de vengeance et son amitié naissante, tout en échappant à une enquête qui se rapproche de plus en plus de lui…

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Ce roman de fantasy français possède un charme tout Holmesien. Rien d’étonnant à cela : La saga d’Anaïs Cros est une transposition  des aventures de Sherlock Holmes et du Docteur Watson de Conan Doyle dont l’auteur est une amatrice éclairée comme on peut s’en apercevoir en lisant Les Lunes de sang : A. Cros maîtrise son sujet sur le bout des doigts..

On retrouve dans ce premier tome l’univers du célèbre héros de C. Doyle avec ses codes, ses références, ses gimmicks (Élémentaire mon cher Watson (même si, on le sait, ce dialogue n’apparaît dans aucun roman de Doyle mais dans les adaptations ciné), et ses détails légendaires (le génie du personnage, la fameuse pipe, le penchant pour la drogue du détective et son faible appétit, le violon qui devient ici une lyre) et les personnalités de ses deux célèbres héros. Le tout s’accompagne des éléments fantasy si chers à Tolkien : nains, elfes, magie, lutins…

La transposition fantasy est astucieusement exécutée : rien à redire de ce côté-là. Maintenant passons à ce qui fâche.

Les personnages ne se démarquent pas assez à mon goût de leurs modèles (On a tout de même l’impression de lire Sherlock et Watson au pays des Nains et des Elfes). Néanmoins Evrahl (Watson) et Listak (Sherlock) sont sympathiques et savent se montrer attachants. Nous les accompagnons dans leur enquête avec un certain plaisir.

Cependant, même si l’écriture est belle et les descriptions abondantes et soignées, on a justement l’impression que ces longues descriptions travaillées servent de paravents pour tenter de masquer un scenario bien mince tout comme le fait qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce premier tome qui s’étire en vain. 100 pages de moins et ce roman serait déjà plus digeste, il y a beaucoup de pages  inutiles, en regard de leur faible apport dans la trame générale du récit.

C’est, avec la belle écriture d’A. Cros, l’atout principal de cette transposition sympathique, hélas fortement handicapée par ses nombreuses longueurs et son trop grand nombre de pages inutiles. Un tome inaugural prometteur mais il faudra confirmer l’essai. J’espère que la suite me convaincra davantage…si je la lis.

« Le roi disait que j’étais diable » de Clara Dupont-Monod


Éditions Grasset
240 p.
Date de parution : 20 août 2014
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…
Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII.
Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible.
Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.

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Passionnée par la figure fascinante d’Aliénor d’Aquitaine depuis l’adolescence, Le roi disait que j’étais diable est le roman de la rentrée littéraire 2014 qui m’attirait le plus parmi l’offre plus que pléthorique de cette année.

Je ne connaissais pas Clara Dupont-Monod, journaliste et écrivain, dont le roi disait que j’étais diable est le sixième livre.
Je ne regrette pas de l’avoir découverte en acquérant son nouveau roman dès sa sortie.

Court mais dense, ce roman historique légèrement romancée, m’a véritablement emportée et j’ai passé quatre heures de pur délice en sa ô combien merveilleuse compagnie.
Je le claironne tel ces sonneurs de cors de jadis, Clara Dupond-Monod gagne à être lue et mérite d’être connue.
Dans ce récit à deux voix, Clara Dupont-Monod se concentre sur une période de la vie (longue et mouvementée) d’Aliénor d’Aquitaine (de 1137 à 1151, depuis son mariage avec Louis VII, en passant par leurs quinze ans de vie commune, et jusqu’à sa rencontre avec Henri de Plantagenêt, le futur roi d’Angleterre.

Habituellement, peu friande de l’utilisation du présent narratif, j’avoue que son usage ici ne m’a pas gênée, bien au contraire, la plume de C. Dupond-Monod m’a conquise. Rythmée, ciselée et poétique, elle déborde de couleurs, de parfums, de sons et de sensations. En un mot : d’intensité. Les rappels historiques sont présents sans être lourds. Les références biographiques et chronologiques distillées avec subtilité.
Sur un fond historique bien documenté, Clara Dupont-Monod entremêle alternativement les voix et les pensées secrètes d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII tissant le portrait intime de deux êtres trop dissemblables pour réussir à s’aimer mais qui devront pourtant remiser leurs différences pour parvenir à gouverner le royaume de France au cours d’une union bancale qui durera quinze ans.
Certes, on pourra reprocher à C. Dupond-Monod d’appliquer un traitement d’analyse psychologique par trop moderne aux protagonistes, figures historiques du XIIe siècle, cependant, cette méthode qui pourrait apparaître comme anachronique ne m’a pas choquée.

La première partie, statique et discursive, pourra frustrer les amateurs d’action à tout-va mais l’auteure se rattrape bien dans la seconde moitié en intégrant de bonnes scènes de batailles au moment de sa reconstitution des croisades en Orient, avant d’opérer un retour au calme dans les dernières pages, en confiant la narration à une tierce personne, l’oncle d’Aliénor en l’occurrence, dont le regard extérieur apporte une plus-value certaine au récit.

Davantage qu’un roman historique, ce roman dresse le portrait intime d’un couple en crise, victimes de leurs différences irréconciliables, de leurs contradictions, et de leurs idéaux incompatibles.
Le couple et ses problèmes relationnels, sujet intemporel s’il en est.
Tout le talent de C. Dupont-Monod s’exprime également dans la manière dont, en partant d’un moment précis de notre histoire de France superbement ancré dans son contexte, elle parvient à offrir aux lecteurs un récit empli d’humanité qui tend à l’universel.

Du même auteur on m’a chaudement recommandé La passion selon Juette, récit d’une jeune fille en pleine guerre cathare au XIIe siècle. Et je crois bien que je vais me laisser tenter…

« Les Contes de l’ombre » de Collectif

2013 Editions Lune Ecarlate

Française Langue française – Format : ePub
Temps de lecture : 2 jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis
10 nouvelles dignes des contes noirs du XIXe siècle chers à Edgar Poe.

Des histoires qui vous feront frissonner, des histoires qui vous rappelleront l’enfant que vous étiez il y a encore quelques années, l’être inquiet qui regardait sous son lit de crainte de trouver un monstre. Des contes où les ombres abritent vos peurs les plus profondes.

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Pour cette lecture, je me contenterais d’un mot sur chaque nouvelle et de vous livrer mon top 3 car j’ai trouvé ce recueil très inégal ; beaucoup de textes très moyens mais quelques histoires sympas tout de même.

10 nouvelles dignes des contes noirs du XIXe siècle chers à Edgar Poe.

L’accroche est ambitieuse, la référence à Edgar Poe, audacieuse. Beaucoup trop. Car ces contes de l’ombre sont très loin de pouvoir prétendre rivaliser avec les maîtres de l’horreur de l’époque. Disons-le tout de suite.

Des histoires qui vous feront frissonner, des histoires qui vous rappelleront l’enfant que vous étiez il y a encore quelques années, l’être inquiet qui regardait sous son lit de crainte de trouver un monstre. Des contes où les ombres abritent vos peurs les plus profondes.

Là encore, le résumé prometteur est contredit par la réalité du recueil. Je n’ai pas eu peur ni frissonné une seule fois durant ma lecture. Vous me trouverez sans doute parfois un peu sévère sans doute mais la référence à Edgar Allan Poe m’a beaucoup agacée. Je trouve cela assez présomptueux de se réclamer des grands auteurs de contes noirs du XIXème. Même si je sais que cela fait partie du jeu de l’argument marketing. Mais quand même…On ne touche pas au « Maitre » 😉

Trois-quatre nouvelles sympas à lire sur un total de dix, ça fait une moyenne honorable.

– « Amor in Sempiternum » de Nicolas Saintier

Joliment écrit mais un peu trop romantique à mon goût. Néanmoins, l’ambiance gothique est plutôt bien construite.

– « La Comptine » de Xian Moriarty

Je n’ai pas du tout accroché. Une nouvelle bien brouillonne, bancale avec beaucoup de descriptions inutiles et de longueurs répétitives et tout ça pour une fin très clichée.

– « La plume Noire » de Nicolas Kempf

Ma nouvelle préférée d’entre toutes et la plus réussie pour moi. Une excellente histoire, très bien écrite de surcroît, ce qui ne gâche rien.

– « Le cysgodion » de Gaëlle Dupille

Une nouvelle beaucoup trop longue qui part dans tous les sens, l’intérêt du lecteur peine à être retenu car passé l’entame mystérieuse du récit, le suspense se dilue dans les répétitions et les scènes inutiles. Dommage, l’idée était bonne, son traitement beaucoup moins. Plus courte, plus nerveuse, je pense que la nouvelle aurait été vraiment flippante. Là, je l’ai hélas trouvé plate et trop jeunesse. Une sorte de Chair de Poule de RL Stine, version courte.

– « Le pyramidion » de Frédéric Bouix
Même remarque que pour la nouvelle précédente. Trop long, beaucoup trop long. Une bonne idée narrative (faire raconter l’histoire par le biais d’e-mail échangés entre deux amies d’école) gâchée par un traitement poussif et une histoire dont on désespère de voir le bout. Et, le plus décevant: un happy end de bien mauvais aloi. Sans être sadique, (quoique…), je trouve que tout s’arrange de trop heureuse manière!

– « Le Sauveur » de Catherine Loiseau

Rien que du très classique dans cette nouvelle. Nous somme en terrain connu car le sujet principal de l’intrigue a bien souvent été usité ailleurs. Néanmoins, c’est plutôt bien écrit, l’ambiance du Paris du XIXème siècle est soignée. Une nouvelle qui sans être passionnante ou ébouriffante, n’ennuie pas et se lit agréablement.

« Aliénation » de Fanny Rieubon
Un début intrigant qui part vite en cacahouètes! Cette nouvelle est construite en deux parties : et c’est là que le bât blesse. Car si la première enquête, une traque au fantôme dans une université anglaise très chic est assez sympa dans l’ensemble, la seconde aventure du duo d’amis, ruine cette bonne impression initiale. Pourquoi cette double couche ? La nouvelle aurait très bien pu se clore sur la résolution de cette première énigme. La suite selon moi inutile, je n’ai pas compris ce qu’elle faisait là, était dispensable ou aurait pu faire l’objet d’une autre nouvelle indépendante avec d’autres personnages. Car au final, l’ajout de cet épisode est fortement préjudiciable à l’ensemble. Au point que cette nouvelle se révèle finalement too much. Elle est trop tout pour moi : trop longue, trop diluée, trop clichée, trop déjà-lu et la fin aux effets trop appuyés et démonstratifs en devient, de fait, grotesque.

– « L’Ankou » de Yan Pernel

Ma seconde nouvelle préférée du recueil. Une écriture maitrisée. Un style agréable. Un personnage de shérif, certes caricatural, mais nanti d’une certaine étoffe, d’une certaine profondeur. Quel dommage que l’intrigue ne soit pas plus surprenante et que la chute soit aussi invraisemblable. Pour mou, la fin trop tirée par les cheveux ne fonctionne pas et se devine aisément ! Une nouvelle tout à fait honorable.

– « Le Bruit » de Béatrice Ruffié Lacas

J’ai terminé cette nouvelle, comment dire…dubitative. Elle m’a laissé assez indifférente. Je suis restée extérieure à l’histoire. Une chute inattendue, certes mais qui tombe comme un cheveu sur le ketchup ! Elle ne me laissera que peu de souvenirs.

– « Le Beau Mariage » de Henri Bé
Cette nouvelle figure troisième dans mon top. Certes, elle est prévisible. J’avais notamment deviné la chute dès les premières pages mais une exécution sympathique et une écriture fluide et agréable, font de cette histoire, une lecture plaisante.

En conclusion :

Mon top 3

« La plume Noire » de Nicolas Kempf

« L’Ankou » de Yan Pernel

« Le Beau Mariage » de Henri Bé

Somme toute, les sujets sont peu originaux, les intrigues déjà lues ailleurs, les ficelles grosses et apparentes, les clichés abondants et les chutes, bien peu surprenantes.
Néanmoins, malgré ses défauts et ses maladresses, Les Contes de l’ombre, est un recueil qui, dans l’ensemble, se lit rapidement et sans déplaisir trop prononcé.