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« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

 

ISBN : 2355843678
Éditeur : Sonatine (2016)

Langue française – 300 pages – Sortie : Mars 2016

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.
En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Mon avis

Un énorme merci à Sonatine pour leur confiance qui m’honore (et pour tous les superbes thrillers et les nouveaux auteurs découverts grâce à eux au cours des dernières années passées) ainsi qu’à Babelio pour m’avoir proposé ce partenariat privilégié que j’ai beaucoup apprécié.

Pour un premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est déconcertant de maîtrise : maturité de l’écriture, intelligence des dialogues, justesse psychologique, personnages brillamment construits…
Son originalité repose sur le fait que Celeste Ng nous emmène explorer le passé des protagonistes principaux pour mieux découvrir la vérité sur ce qui s’est passé cette fameuse nuit où Lydia a quitté silencieusement la maison. Avec posées en filigrane ces questions obsédantes :  Le désespoir est-il forcément héréditaire ? Jusqu’où doit-on pousser nos enfants à réussir leur scolarité et leur vie ? Où commence le vivre par procuration ? Jusqu’où peut-on se réaliser à travers ses enfants lorsqu’on pense avoir raté sa vie ? Pour quelles conséquences ?
Car au fond, il importe moins dans ce roman de découvrir ce qui est arrivé à la jeune Lydia que les circonstances qui ont formé le drame. C’est pourquoi, même si nous brûlons de découvrir le fin mot du mystère de la mort de la jeune fille (accident, suicide, meurtre ?), le cheminement pour y parvenir est tout aussi passionnant à suivre que la résolution de l’énigme en elle-même. Et ce, d’autant plus que les personnages, sont l’un des points forts principaux du roman.  Des personnages humains donc imparfaits mais très attachants malgré eux et leurs défauts. Ils m’ont tous touché chacun à leur façon, agacés ou déçus parfois. Mais jamais ne m’ont laissé indifférente.
Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est un roman troublant qui interroge et prend á parti son lecteur. Comme pour dire : Voyez qui sont ces gens, voyez ce qu’ils ont affronté et voici ce qu’ils sont devenu. Et vous ? Qu’auriez-vous fait à leur place ?
A sa manière bien particulière, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng se lit comme un véritable page-turner. Certes, ce très bon roman noir ne vous donnera pas forcément envie de passer une nuit blanche pour le terminer mais pour autant, une fois totalement immergé dans l’histoire, vous n’aurez pas envie de le reposer tant l’auteure parvient à nous maintenir en haleine tout du long, nous donnant envie d’en apprendre toujours davantage sur cette famille Lee, en apparence si tranquille.
La famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants, dit-on. Peut-être est-ce vrai ? Du moins est-ce ce que l’on ne peut s’empêcher de penser en tournant la dernière page de ce très bon roman noir qu’est Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng. Une Laura Kasischke (auteure que j’adore) en devenir. En tout cas, c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

[Challenge de Calypso, session « sans » ] « À Mélie sans Mélo » de Barbara Constantine

2009 Éditions Calmann-Lévy

Française Langue française – 244 pages

Temps de lecture : 2 jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis
Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Pour la première fois, sa petite-fille, Clara, vient passer les grandes vacances chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu’elle a un problème de santé… Elle verra ça plus tard. La priorité, c’est sa Clarinette chérie ! Durant tout l’été (le dernier ?), Mélie décide de fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant La Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi le vieux Marcel, qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique… Et puis, comme la vie est vraiment dingue parfois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour… Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !

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Cela tient peut-être au fait que j’ai eu la chance d’avoir une grand-mère extraordinaire à côté de laquelle Mélie fait bien pâle figure, mais j’ai trouvé ce roman très ennuyeux. Le despotisme affectueux de cette grand-mère encore très gamine dans sa tête m’a vite lassée, en fait sous couvert de dispenser de pseudo leçons de vie à deux francs six sous, le personnage de Mélie, sorte de croisement entre Tatie Danielle et Mamie Nova se contente de régenter son monde et de se mêler de la vie des autres. Agaçant.

Si ce n’était qu’elle encore, mais non… On ne croit pas une minute aux personnages tant ils sont puérils et immatures. Qu’ils soient âgés de quarante, cinquante, ou soixante ans, ils ont tous des mentalités de gamins de 8 ans.

En outre, le style est faible, très faible. On croirait lire une longue rédaction de vacances. Par ailleurs, lorsqu’on écrit un roman où plusieurs personnages s’expriment, il est bon, pour ne pas dire indispensable de doter chacun de sa propre voix, or, dans ce roman tous les protagonistes usent du même langage, du même vocabulaire et des même tournures grammaticales, comme s’il ne s’agissait en fait que d’un seul et même individu, et ce quelque soit l’âge, le milieu social ou la personnalité du personnage. Résultat : Les dialogues sonnent faux et les situations ne sont pas crédibles.

De plus,  à trop vouloir éviter le mélo,  B. Constantine finit purement et simplement par supprimer les émotions du lecteur. Je n’ai rien ressenti pendant ma lecture. Ni sourire, ni rire, ni larmichettes. Nada. Indifférence totale.

Une chose est certaine: je ne garderais pas un grand souvenir de ce roman. Lu il y a deux semaines, je l’ai déjà oublié.
En fait, j’ai juste trouvé ce livre « niais » voire « bébête ». Non content d’être prévisible, il manque également cruellement de profondeur. Et surtout qu’est-ce qu’on s’ennuie.

Je mets deux étoiles parce que je suis gentille mais ce roman en mérite à peine une.
Vu que le reste de la production de Barbara Constantine semble pour le moins à l’avenant, je ne pense pas lire ses autres romans. Ce ne sont pas des histoires pour moi. Je suis certainement bien trop cynique pour les apprécier.

« L’invention de nos vies » de Karine Tuil

2013 Editions Grasset
Langue française – 504 pages
Temps de lecture : 4 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ? À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

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J’aurai aimé mettre cinq étoiles à ce roman et le dire « excellent » mais quelques petites choses m’ont dérangé pendant ma lecture. C’est pourquoi, je le décrirai comme un très bon roman et un page-turner efficace que j’ai beaucoup aimé.

Commençons par ce qui m’a déplu :
J’ai beaucoup peiné à entrer dans le roman, en raison de son style lourd et de son écriture prétentieuse. Les phrases sont à rallonge (parfois porteuse d’une certaine philosophie de bazar), la ponctuation pléthorique et anarchique (des – et des /) à chaque coin de page !)
qui cannibalise le texte. Et des notes de bas de pages fictives et farfelues. Des désagréments stylistiques
qui s’oublient, heureusement, après quelques chapitres. Quand le décor posé et personnages présentés, l’intrigue démarre en prenant le lecteur dans ses filets diaboliques. Dès lors, le roman se dévore, nonobstant quelques (petites baisses de rythme).
Quant aux personnages, dans leur ensemble, ils sont tous pratiquement détestables. Antipathiques. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : les hommes sont des salauds, égoïstes et misogynes, les femmes des idiotes sans caractère. Comprenez que ce roman est avant tout « un roman d’hommes ». Cuir, Whisky, Testostérone. Les femmes sont là pour le décorum, des plantes vertes, elles symbolisent le repos du guerrier et sont traités comme des geishas, presque des objets, et passent relativement au second plan tout au long de l’intrigue, à de rares exceptions.

Le regard que K. Tuil porte sur notre monde, nos sociétés contemporaines, la religion, la réussite, l’amour (entre autres sujets) est féroce, mais c’est avant tout ce qui est jouissif dans ce roman désenchanté et pessimiste, qui soulève des questions sociétales et plus encore identitaires, pertinentes et passionnantes,  tout en interrogeant des questions d’actualité brûlantes : le terrorisme, (notamment le djihad), l’intégrisme religieux, la détresse des banlieues, le racisme, la discrimination…
Avec ce roman noir, K. Tuil nous conte l’ascension et la chute et la déchéance d’un homme à la manière d’un polar, en empruntant brillamment aux codes du thriller, et si elle cède, selon moi, quelquefois à la facilité de certains clichés, cela n’en demeure pas moins une intrigue très efficace, malgré une fin un peu précipitée qui laisse des questions sans réponses,  et des arcs narratifs inachevés.

 

[LC] « Le Club Jane Austen » de Karen Joy Fowler

Editions Folio (2007)

374 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

En ce début de XXe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d’autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l’œuvre de Jane Austen. S’ensuit une sublime chronique sur l’air du temps où la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l’éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d’épreuves, de séductions et de jeux entre l’impossible et le possible que seul peut dénouer l’amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n’est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.

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Un avertissement pour commencer : il convient absolument de connaitre les romans de Jane Austen et, si possible, de les avoir lus, avant d’entamer cet ouvrage.
Et ce pour deux raisons essentielles : d’abord, pour la bonne compréhension des passages consacrés à Jane Austen et à l’analyse de ses œuvres, ensuite, afin de ne pas vous spoiler vous-même.
En effet, l’auteure part du postulat que le lecteur a lu les romans évoqués. De ce fait, les intrigues de Miss Austen sont disséquées et les fins révélées  en détails.
Ma premiére déception fut de constater que les œuvres mythiques de notre chére Jane Austen ne sont que prétextes à exposer la vie (peu palpitante, avouons-le) des protagonistes du roman, et à opérer des rapprochements parfois hasardeux (ou douteux) entre les chagrins et les bonheurs de ces derniers, de l’enfance à l’âge adulte, en passant par les premiers émois, et les intrigues susdites de Jane Austen. Des tranches de vie pris en sandwich entre deux réunions du club. Et pourtant, le peu d’analyse que comporte le roman sur les classiques d’Austen sont pertinentes et apportent un regard original sur les intrigues et les personnages. 
Hélas, ces discussions autour des six romans (un par partie) sont perdues dans la masse des (longs) portraits des membres de ce fameux club.
Ma seconde déception tient aux longueurs et ma troisiéme enfin, à la traduction française que j’ai trouvé étrange. Pour tout dire, je n’ai même pas compris certaines phrases.

« Nos étoiles contraires » de John Green

Editions Nathan (2013)

323 pages | Traduit par Catherine Gibert

Temps de lecture : 4 h

Note : Au début 4étoiles-trèsbonmais et vers la fin cinqétoilesexcellent 

Synopsis

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature. Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Voilà ! J’ai lu le roman-phare, que dis-je ! le roman-événement de 2012-2013, celui que le Times a consacré Meilleur roman jeunesse l’an passé, THE LIVRE qui a fait couler autant d’encre que de larmes dès sa sortie en VO, ol’un des plus grands coup de coeur récent de la blogosphère, bref, j’ai lu Nos étoiles contraires. 

Et pourtant, à la base, je n’avais pas du tout envie de le lire, déjà du fait de mon lourd passif familial et deuxièment car je me méfie grandement des romans trop médiatisés ou qui font l’unanimité ou presque parmi le lectorat. 

Je l’ai lu le dimanche de Pâques. L’amie chez qui je déjeunais l’avait dans sa chambre et comme je m’ennuyais, j’ai commencé à le lire pour m’occuper et comme je lis vite…

Contre toute attente, j’ai bien aimé (oui, oui, vous avez bien lu). Ma première rencontre avec John Green est un succés. 

Et là, on peut remercier le personnage d’Augustus dont le charme m’a aidé à passer outre mes réticences premières en particulier l’immense agacement suscité par le comportement d’Hazel, le membre féminin du duo. Même si je me suis un peu réconcilié avec elle vers la fin, Hazel m’a souvent exaspéré par son attitude méprisante envers les autres. Augustus, en revanche, a été le rayon de soleil de ma lecture. Je me suis beaucoup reconnue en lui. Ses mots pourraient être les miens. C’est le personnage qui m’a le plus émue dans cette histoire. 

Le roman en lui-même posséde un charme atypique et une vraie profondeur.  Le théme de la maladie (omniprésent) est traité avec intelligence.  L’auteur prend intelligemment le parti de tenir la pitié à distance, de ne pas tomber dans le larmoyant ou le pathos. C’est une très bonne chose même si cela atténue l’émotion de certaines scènes. Ainsi, parfois j’ai eu l’impression de regarder l’histoire se dérouler derriére plusieurs épaisseurs de vitres, l’impact émotionnel s’en trouve amoindri à plusieurs reprises, on reste « extérieur » à l’action. Ce qui fait que ce n’est pas un coup de coeur pour moi.  

Contrairement à certains avis que j’ai pu lire, je ne pense pas que le succés du livre tienne uniquement à son sujet touchant mais plutôt à son traitement original du cancer et de la mort, au personnage fort d’Augustus et à son écriture entrainante, à la fois cruelle, crue, réaliste et poétique

Bon, j’ai quand même quelques points négatifs à soulever : L’aspect religieux est parfois lourd, l’histoire de l’écrivain alcoolique prend trop de place dans le bouquin (même si on comprend l’utilité de cette trame secondaire) et quelques scénes m’ont semblées improbables. Notamment celles avec Isaac. Comme par exemple, l’épisode de la crise psychotique et du massacre des trophées. Ces passages m’ont paru too much.

Je concluerai ce billet en disant que Nos étoiles contraires est vraiment le genre de livre qui, une fois refermé, vous donne envie de vivre plus fort et plus intensément.

« Le Monde de Charlie » de Stephen Chbosky

Editions Sarbacane (Exprim’) (2012)

256 pages

Temps de lecture : une soirée

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Au lycée,où il vient d’entrer, on trouve Charlie bizarre. Trop sensible, pas « raccord ». Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige ; pour les autres c’est juste un « freak ». En attendant, il reste en marge, jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. La musique, le sexe, les fêtes : le voilà entré dans la danse…et tout s’accélère.

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Ayant vu récemment l’adaptation cinématographique réalisée par son auteur himself, j’ai eu envie de découvrir le roman pour comparer les deux œuvres.

Le long-métrage m’avait paru être un joli petit film empli de profondeur et d’émotion malgré quelques longueurs. C’était surtout l’interprétation magistrale de son trio de jeunes comédiens qui avait emporté mon adhésion.

L’intérêt du Monde de Charlie repose avant toute chose sur ses personnages. Le reste n’est que chroniques de la vie quotidienne d’un lycéen pas comme les autres, décalé, « pas raccord », avec ses petites joies et ses grosses peines et racontées de manière très simple, sensible et drôle. Drôle grâce à la candeur du personnage principal, Charlie, plutôt naïf pour son âge. L’on comprendra pourquoi au fil de l’histoire. Sa vision décalée du monde qui l’entoure rend le livre très amusant et touchant.

J’ai beaucoup aimé faire un bout de chemin avec Charlie et ses amis, Patrick – j’ai adoré ce personnage – , Sam et les autres. Mais contrairement à la plupart des lecteurs de ce livre culte aux USA, ce ne sera pas un coup de cœur pour moi. Le roman s’essouffle à partir de la troisième partie et le style épistolaire choisi par montre ses limites (Charlie adresse des lettres à une personne dont on ne sait rien et qui peut être assimilé à chaque lecteur qui lira ce livre). Les deux derniers segments tirent un peu en longueur et je me suis un peu ennuyée à les lire. Cependant, cela reste une belle découverte. 

 

[Partenariat Price Minister] « Une place à prendre » de JK Rowling

Editions Grasset (2012)

680 pages

Titre original : The Casual Vacancy (2012)

Temps de lecture : 4 jours

Note  (16/20)

Synopsis

Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable.

Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie.

Quel drôle de roman que celui -ci ! A la fois pétri de qualités mais aussi de longueurs. 

Une Place à Prendre illustre à merveille la petitesse d’esprit, la mesquinerie, l’hypocrisie et les pires bassesses dont l’espèce humaine est capable.

JK Rowling pose sa bombe à retardement dans une paroisse de la campagne anglaise qu’elle peuple d’une galerie de personnages ultra-réalistes jouant sur toute la gamme des travers humains. Puis elle attend de voir ce qui va se passer. La mort d’un citoyen apprécié du village sert alors de catalyseur voire de détonateur pour faire exploser en mille fragments les apparences de respectabilité cette bourgade bien-pensante jusqu’au drame inévitable qu’on senr palpiter un peu plus fort à mesure qu’on tourne les pages.

Le résultat de l’expérience offre une chronique de mœurs d’une férocité réjouissante mais aussi pleine de justesse et de pertinence qui pose de bonnes questions sur la société d’aujourd’hui. 

L’intrigue en elle-même n’a, et l’on s’en aperçoit dès le départ, pas de quoi tenir sur presque 700 pages et c’est le plus gros défaut du livre car pour ce qui est du reste, c’est d’un trés bon niveau tant dans l’écriture qu’en ce qui concerne la profondeur des personnages et des émotions qu’ils suscitent chez le lecteur. 

La plume de JK se charge de distiller sarcasmes et ironie par petites touches subtiles. Aucun doute, l’auteure possède l’art des petites phrases qui font mouche.

Le style est surprenant. Cru, incisif, intelligent, libérateur. Il se révèle très agréable à lire grâce à sa fluidité. En ce qui concerne les descriptions de Pagford, on notera toujours et encore le souci du détail qui est celui de JK Rowling. Après, il est certain que ce roman aurait pu facilement faire 200 pages de moins sans que cela nuise à l’histoire qui est somme toute assez sommaire, surtout au vu des redites qui sont présentes parfois. L’intrigue, contemplative, peine à tenir sur la distance, si bien que même l’ironie de l’auteure semble s’estomper au fil des chapitres. Et si je l’ai dévoré en quatre jours, je ne vous cache pas que j’ai connu quelques passages à vide. Notamment, entre les pages 300 et 400 du roman. 

Mais dans l’ensemble mon ressenti reste trés positif pour plusieurs raisons. D’abord, le changement de cap de JK Rowling me plait. Elle prouve avec ce livre qu’elle sait écrire autre chose que de la littérature jeunesse. Son style est bel et bien là, fluidité, descriptions visuelles vivantes, humour grinçant et densité des personnages. Pas d’inquiétude, JK est toujours une aussi bonne conteuse. Et cerise sur le pudding, en plus elle se lâche ! ce qui peut surprendre, moi-même je ne m’attendais pas à un tel déluge de gros mots, de scénes trés crues et de pornographie (hum, hum…). Cela change d’Harry Potter et ma foi ça fait du bien de voir JK Rowling se Carol Joyce Oates (iser). Car, tout au long de ma lecture, je n’ai eu de cesse de penser à cette romancière américaine trés talentueuse que j’aime beaucoup. J’ai trouvé bon nombre de ressemblances dans le style et le traitement de l’histoire entre ces deux auteures qui, pourtant, à la base semblent trés éloignées l’une de l’autre. Et pourtant, Une Place à Prendre m’a fait songer par son ton résolument réaliste, sa volonté d’ausculter un pays au travers de ses idéologies et ses moeurs et de fouiller en profondeur dans les têtes des personnages à la manière de procéder de Joyce Carol Oates.

Les personnages sont soignés. Alternativement, repoussants, touchants ou attachants. Même les personnages les plus antipathiques ont des failles. Je me suis ainsi surprise à aimer un personnage que je détestais dans la première partie du roman ou à l’inverse à prendre en grippe un personnage que je trouvais sympathique au départ. Il y a aussi des personnages contrastés, pourvu d’une dualité intéressante. Aucun être humain ne saurait être tout noir ou tout blanc, nous avons tous des bons et des mauvais côtés et c’est avec lucidité que JK illustre cet état de fait. Les personnages d’Une Place à Prendre sont des êtres mouvants, en perpétuel changement, comme de la glaise avec laquelle l’auteure fabrique des êtres empli de profondeur et de complexité.

La fin, très émouvante, tout comme pour moi, vous plombera sans doute le moral. Mais c’est sans aucun doute le dénouement qu’il convenait de donner à ce roman profond où l’on sent sourdre un désenchantement très perceptible quant à notre monde actuel. 

Vous l’aurez compris, hormis le fait qu’il soit trop long et comporte en conséquence plusieurs passages ennuyeux et bavards, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce roman qui s’avère bon et qui m’a fait passer un trés agréable moment de lecture.

La fiche du livre sur PriceMinister

Je remercie le site PriceMinister.com pour m’avoir donné la chance de participer pour la première fois à ces MATCHS DE LA RENTREE LITTERAIRE et plus particulièrement Oliver pour sa gentillesse et sa disponibilité. Merci infiniment pour l’envoi de ce livre qui m’a beaucoup plu. 

J’espère pouvoir renouveler l’expérience l’année prochaine.