Tagué: Jane Austen

« Cher Mr Darcy » d’Amanda Grange



2013 Editions Milady

Française Langue française – 408 pages
Temps de lecture :
Note

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Synopsis

Amanda Grange nous offre une version épistolaire du classique de Jane Austen : Orgueil et Préjugés. Pemberley et Longbourn sont décrits à travers le point de vue des différents personnages, mais plus particulièrement à travers celui du romantique Mr Darcy. Une série de lettres nous dévoile comment ce dernier surmonte son chagrin après la mort de son père bien-aimé ; comment il va gérer ses affaires le liant au scandaleux Mr Wickham et comment il va tomber amoureux de la spirituelle Elizabeth Bennet.

D’Amanda Grange, j’avais précédemment lu et apprécié Le Journal de Mr Darcy. J’ai, par conséquent, récidivée avec ce nouvel opus épistolaire. Tout à fait consciente, par ailleurs, que les critiques étaient assez médiocres. Toutefois, me sachant souvent (pour ne pas dire toujours) à contrecourant de l’opinion générale, je ne pouvais m’empêcher de continuer à espérer une bonne surprise ou tout au plus, une lecture agréable.

Et vous savez quoi ? J’ai très bien fait ! Car contre toute attente, même s’il n’égale pas à mes yeux Le Journal de Mr Darcy, j’ai passé un moment de lecture très divertissant avec ce roman. J’ai souri, j’ai ri. Le personnage de Mary Bennet est particulièrement savoureux, Wickham encore plus vil, et Mr Darcy, très touchant lorsqu’il se livre sur ses sentiments.
Ce n’est pas de la grande littérature, c’est certain. Mais malgré quelques maladresses de style et les facilités du scénario, c’est loin d’être le mauvais roman que l’on affirme. Et quoique les ficelles utilisées soient un peu grosses et les personnages parfois un peu dénaturés, j’ai aimé que A Grange prenne sa plume (agréable à lire) pour tisser la trame imaginaire des coulisses d’une histoire que je connais pourtant par coeur.
J’ai adoré pénétrer l’envers des décors, jouer à saute-mouton entre les pensées des différents protagonistes. Grâce à l’adjonction de nouveaux personnages, absents de l’oeuvre originale (ou à peine évoqués par Miss Austen), Amanda Grange apporte une indéniable plus – value au roman.

Orgueil & Préjugés et Zombies de Seth Grahame-Smith & Jane Austen


2014 Editions Pocket

Française Langue française – 349 pages | Traduit par Laurent Bury – Sortie : 9 Janvier 2014
Temps de lecture : 5 jours

Note **

Synopsis

Pour la famille Bennet, qui compte cinq filles à marier, l’arrivée de deux jeunes et riches célibataires dans le voisinage est une aubaine: enfin, des cœurs à prendre, et des bras supplémentaires pour repousser les zombies qui prolifèrent dans la région ! Mais le sombre Mr Darcy saura-t-il vaincre le mépris d’Elizabeth, et son ardeur au combat ? Les innommables auront-ils raison de l’entraînement des demoiselles Bennet? Les sœurs de Mr Bingley parviendront-elles à le dissuader de déclarer ses sentiments à Jane? Surtout, le chef-d’œuvre de Jane Austen peut-il survivre à une attaque de morts-vivants ?

La sortie de l’adaptation ciné m’a donné envie de lire cette réécriture très décriée sur la blogosphère (et ailleurs) même si, pour être honnête, ni la couverture et encore moins le résumé, ne m’attiraient vraiment.

Les critiques sont assez virulentes envers ce livre. Je le serai un peu moins. Cette réécriture de l’œuvre culte est une pochade, pas très finaude, j’en conviens tout à fait, qui assume sa médiocrité de ton et son mauvais goût et n’a d’autre but que d’amuser. Un texte pour rire qui ne se prend pas au sérieux. Il faut le lire comme tel, et l’on se surprendra à sourire parfois…Car c’est parfois tellement mauvais que c’en est drôle ! Certaines scènes atteignent le comble du ridicule et tous les personnages sont tournés en dérision, au moins une fois au cours de l’intrigue. J’en veux pour preuve le personnage d’Elizabeth Bennet, si éloignée des fondamentaux de l’original, qu’on ne la reconnaît pas du tout. Et ne parlons pas de Lady Catherine de Bourgh, la tueuse émérite de Zombies (!) C’est pour le moins déroutant.

Néanmoins, moi qui m’attendais à détester ce roman, je me suis surprise à trouver cette réécriture assez sympa dans l’ensemble. Pourquoi, vous étonnerez-vous ? Certainement parce que je n’avais aucune attente particulière en le commençant. En fait, je pensais même que ce serait beaucoup plus nul que ça ne l’est en réalité. Certains passages sont amusants, les clins d’œil savoureux. L’humour (potache) naît du décalage entre l’époque victorienne si attachée aux règles de bienséance et le désordre inconvenant qu’y sème ces affreux zombies.
Mais ce qui rachète véritablement ce roman imparfait à mes yeux, c’est son auto-dérision assumée. Il ne se prend pas du tout au sérieux, pas plus que l’auteur. Ce qui rend cette réécriture attachante. On a l’impression de lire un hommage facétieux, irrévérencieux et maladroit.

Pour apprécier ce roman, je crois qu’il faut posséder une bonne dose de recul, de détachement mais SURTOUT énormément de second degré. C’est le meilleur moyen de ne pas être déçue. En ce qui me concerne, bien qu’inconditionnelle de Jane Austen, je ne considère pas cette réécriture comme scandaleuse ou infâmante. J’ai lu des choses bien plus innommables et offensantes envers la littérature (Fifty shades of Grey pour n’en citer qu’un).

On ne peut nier que cette petite farce est divertissante. Un vrai petit plaisir coupable. De plus, sa rédaction part d’une bonne intention : faire connaître l’œuvre aux nouvelles générations.
J’ajouterai que Jane Austen, réputée pour son grand sens de l’humour, aurait sans doute beaucoup ri de cette idée saugrenue de zombies victoriens!

Certes, ça ne vole pas haut, l’auteur se permet de nombreuses libertés avec l’intrigue, et la lecture est un peu ennuyeuse pour qui connaît l’œuvre originale mais, et j’en suis la première surprise : cette histoire de zombies bouffeurs de cervelle m’a permis de me….vider la tête 😉

« Darcy Gentlemen, 2, En vain, ai-je lutté » de Pamela Aidan

Editions Milady (Pemberley)
Langue française – 373 pages – Sortie : 22 Novembre 2013
Temps de lecture : 1 journée
Note : entre 3étoilesbon et 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Orgueil et Préjugés a passionné des millions de lectrices qui se sont éprises du beau Mr Darcy. Pourtant, Jane Austen se garde bien d en révéler trop sur ce personnage fascinant. Qui est-il vraiment ? Pamela Aidan se livre à une exploration passionnante qui nous entraîne dans le Hertfordshire où Darcy rend visite à Charles Bingley, et tente de repousser les avances de Caroline, la soeur de son ami. Alors que son attirance pour Elizabeth Bennet ne fait que croître, il voit d’un mauvais oeil la relation qu’elle entretient avec son pire ennemi…

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ATTENTION SPOILERS SUR ORGUEIL ET PREJUGES ET SUR LE TOME 1 DE LA SAGA

Ce second tome m’a davantage séduite que le premier, même si l’auteure prend beaucoup trop de libertés à mon goût dans la conduite du récit, multipliant les fautes narratives et les invraisemblances, notamment dans l’atmosphère du récit et les caractères des personnages. Surtout avec Darcy, n’hésitant pas à forcer le trait et à le rabaisser dans l’estime des lecteurs voire à le tourner en ridicule. Je pense qu’elle va beaucoup trop loin dans sa réappropriation fictionnelle. Au point de dénaturer la personnalité de Darcy, en lui faisant perdre de sa dignité dans certaines scènes outrancières. Je pense notamment à la scène où Darcy s’enivre dans un pub et rentre complètement saoul chez lui. Ce comportement ne colle pas du tout avec le personnage original tel que J. Austen l’avait imaginé !

L’écriture m’a semblée moins soignée aussi, moins maitrisée. Il y a du relâchement dans votre plume, Miss Pamela Aidan ! Il faut vous reprendre !

Et pourtant, malgré tous ces défauts,  ce second tome m’a bien davantage emportée que le précédent ! Allez comprendre ! En effet, je l’ai trouvé plus enlevé, moins ennuyeux. Sans doute parce qu’il concerne mes moments préférés du roman original. À savoir le séjour à Rosings, les retrouvailles Darcy/Lizzie après quatre mois d’éloignement, et l’acceptation par Darcy de ses sentiments pour la jeune fille.

Nous assistons alors à ces événements majeurs (et déterminants dans pour la suite du récit),  par les yeux de Darcy. Un procédé narratif complémentaire passionnant qui nous permet de découvrir l’envers du décor, ou plutôt « l’envers de la version » d’Elizabeth dans l’œuvre originale.  J’ai adoré cette version alternative. L’auteure y reste assez respectueuse des passages évoqués, tout en comblant les zones d’ombres  en extrapolant ce que Darcy pense, ressent et imagine. Qui n’a jamais rêvé de cela en lisant Orgueil et Préjugés ? Être une petite souris et épier les moindres faits et gestes de Darcy, qui lutte contre ses sentiments, déchiré entre ses devoirs et sa passion pour Lizzie, tandis que cette dernière séjourne chez Mr Collins, juste à l’autre bout de l’allée du parc de l’irascible Lady de Bourgh.

Le contrepoint narratif masculin, (notamment de Darcy), étant ce qui m’a toujours manqué dans OP, autant dire que ces versions à focale inversée me semblent d’un intérêt réel, bien que ce ne soit point Jane Austen qui en soit l’auteure, hélas. Néanmoins, mis à part ses maladresses et ses exagérations grossières, Pamela Aidan livre une réécriture honorable dans l’ensemble.
Du positif, du négatif, mais une suite nettement plus enlevée que le premier tome. J’ai passé un bon moment, malgré les libertés excessives que s’autorise l’auteure. L’attente va être longue jusqu’au tome 3, d’autant qu’aucune date de sortie ne semble prévue pour l’heure !?

« Darcy Gentlemen 1, Une telle assemblée » de Pamela Aidan

Editions Milady (Pemberley)
Langue française – 432 pages
Temps de lecture : 2 jours
Note 3étoilesbon
Synopsis

Orgueil et Préjugés a passionné des millions de lectrices qui se sont éprises du beau Mr Darcy. Pourtant, Jane Austen se garde bien d en révéler trop sur ce personnage fascinant. Qui est-il vraiment ? Pamela Aidan se livre à une exploration passionnante qui nous entraîne dans le Hertfordshire où Darcy rend visite à Charles Bingley, et tente de repousser les avances de Caroline, la soeur de son ami. Alors que son attirance pour Elizabeth Bennet ne fait que croître, il voit d’un mauvais oeil la relation qu’elle entretient avec son pire ennemi…

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Moins acidulée que Le journal de Mr Darcy d’Amanda Grangé, (le mode épistolier se prêtait davantage à l’introspection), cette nouvelle réécriture prend plus de libertés avec l’intrigue mais approfondit davantage la personnalité du fameux héros Austenien. De ses opinions politiques à ses préférences vestimentaires, en passant par ses goûts culinaires, littéraires et autres, vous saurez tout sur Darcy (ou presque). Les détails ne sont pas toujours très utiles ni très passionnants. Ils occasionnent parfois des longueurs. Mais on appréciera l’effort de « vivisection » de l’auteure pour combler nos lacunes sur Mr Darcy. Dans l’ensemble, son Darcy est plutôt fidèle à l’original. Dans l’intimité (de son cercle amical ou familial), il apparait parfois étonnamment insouciant et rieur. En tous cas, moins guindé que d’ordinaire,  et plus entreprenant aussi, lorsqu’il se décide à partir à la reconquête d’Elizabeth Bennett, fâchée contre lui et la provoquant sciemment pour entamer ces joutes verbales qu’il aime tant partager avec elle, (je n’avais pas la sensation qu’il en fut de même dans Orgueil et Préjugés, en tout cas pas dès le départ …). Son inclination presque immédiate pour Elizabeth n’est pas assez subtilement montrée selon moi, elle intervient un peu hâtivement à mon goût, son dédain devenant trop vite de l’intérêt. Cela est parfois déstabilisant pour les lecteurs.  Cependant, si le personnage manque parfois de ce cynisme mordant qui me séduit tant chez l’original, j’ai aimé l’humour solide dont l’a doté P. Aidan, ainsi que la franche camaraderie masculine qu’il partage avec Bingley. Néanmoins, Centré sur Darcy, le roman éclipse totalement son héroïne, Elizabeth Bennett, et j’espère que cela s’arrangera dans le second tome. Car Lizzie est peut-être trop en retrait dans ce premier tome. J’ai trouvé que son incarnation manquait de fougue, de piquant. Qu’elle était un peu tiède.Miss Bingley est, à mes yeux, la réappropriation la plus réussie de Pamela Aidan. Elle est plus détestable encore que chez J. Austen !

Plaisamment écrit malgré certaines lourdeurs de style et des phrases un peu ampoulées qui se veulent trop XVIII ième siècle, ce premier tome est agréable à lire, bien qu’un peu plat en certains passages.

 

 

[LC] « Le Club Jane Austen » de Karen Joy Fowler

Editions Folio (2007)

374 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

En ce début de XXe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d’autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l’œuvre de Jane Austen. S’ensuit une sublime chronique sur l’air du temps où la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l’éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d’épreuves, de séductions et de jeux entre l’impossible et le possible que seul peut dénouer l’amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n’est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.

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Un avertissement pour commencer : il convient absolument de connaitre les romans de Jane Austen et, si possible, de les avoir lus, avant d’entamer cet ouvrage.
Et ce pour deux raisons essentielles : d’abord, pour la bonne compréhension des passages consacrés à Jane Austen et à l’analyse de ses œuvres, ensuite, afin de ne pas vous spoiler vous-même.
En effet, l’auteure part du postulat que le lecteur a lu les romans évoqués. De ce fait, les intrigues de Miss Austen sont disséquées et les fins révélées  en détails.
Ma premiére déception fut de constater que les œuvres mythiques de notre chére Jane Austen ne sont que prétextes à exposer la vie (peu palpitante, avouons-le) des protagonistes du roman, et à opérer des rapprochements parfois hasardeux (ou douteux) entre les chagrins et les bonheurs de ces derniers, de l’enfance à l’âge adulte, en passant par les premiers émois, et les intrigues susdites de Jane Austen. Des tranches de vie pris en sandwich entre deux réunions du club. Et pourtant, le peu d’analyse que comporte le roman sur les classiques d’Austen sont pertinentes et apportent un regard original sur les intrigues et les personnages. 
Hélas, ces discussions autour des six romans (un par partie) sont perdues dans la masse des (longs) portraits des membres de ce fameux club.
Ma seconde déception tient aux longueurs et ma troisiéme enfin, à la traduction française que j’ai trouvé étrange. Pour tout dire, je n’ai même pas compris certaines phrases.

« Sanditon » de Jane Austen

Editions Le Livre de Poche (Biblio) (2012)

403 pages

Temps de lecture : une dizaine de jours 

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

En ce début du XIXe siècle où la bonne société anglaise découvre les bienfaits des bains de mer, les Parker se sont mis en tête de faire de la paisible bourgade de Sanditon une station balnéaire à la mode. Invitée dans leur magnifique villa, la jeune Charlotte Heywood va découvrir un monde où, en dépit des apparences « très comme il faut », se déchaînent les intrigues et les passions. Autour de la tyrannique lady Denham et de sa pupille Clara gravitent les demoiselles Beaufort, le ténébreux Henry Brudenall et l’étincelant Sidney Parker, peut-être le véritable meneur de jeu d’une folle ronde des sentiments. Observatrice avisée, Charlotte saura-t-elle demeurer spectatrice ? Le cœur ne va-t-il pas bouleverser les plans de la raison ? À sa mort en 1817, Jane Austen laissait cette œuvre inachevée. Une romancière d’aujourd’hui a relevé le défi de lui donner un prolongement. Un exercice mené à bien dans la plus remarquable fidélité, avec autant de tact que de brio.

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J’ai terriblement honte de l’avouer mais les onze premiers chapitres de Sanditon, ceux-là même écrit par Jane Austen avant son décès prématuré, m’ont paru longs comme un jour sans pain. Je m’ennuyais ferme face à ces palabres incessants autour d’une station balnéaire de la province anglaise. Ce n’est que passée la grosse moitié du roman, au moment où s’amorcent les histoires d’amour entre les différents personnages, que j’ai commencé à accrocher à l’histoire, qui, pour le coup, prend presque des allures de vaudeville ou de comédie ballet digne du Tartuffe de Molière.

Le cadre de l’histoire, une station balnéaire qui tente d’attirer la clientèle et de devenir à la page, est original et se prête assez bien aux péripéties amoureuses de l’intrigue. J’ai beaucoup aimé assister aux bains des dames de l’époque, que de préparatifs et de matériel dont une cabine tirée par un cheval, pour seulement quinze minutes de barbotage ! A l’époque se baigner était bien compliqué et nécessitait bon nombre de complications !

L’évolution subtile du personnage de Charlotte, un personnage qui restera étiqueté comme « peu sympathique » dans ma mémoire, je le crains, fut aussi une bonne surprise pour la lectrice que je suis. Toujours prompte à juger les autres voire à les regarder de haut, la narratrice manque indubitablement de chaleur humaine et il est bien difficile d’entrer en résonnance avec elle. Elle m’a souvent fait penser à Emma. Cependant, il est indéniable que c’est le regard tantôt amusé, ironique, moqueur ou complice que la raisonnable Charlotte pose sur tous les personnages de l’histoire et sur leurs incessants chassés-croisés qui donne sa saveur piquante et son humour grinçant au récit. Dés lors sa distance m’apparait comme nécessaire au bon déroulement d’une intrigue qui se plait à mettre à mal ses principaux protagonistes. Il faut dire que Sanditon abrite une galerie de personnages tous plus ridicules les uns que les autres ou presque mais chacun à leur manière. La plupart sont bourrés de défauts que les deux auteures se plaisent à exagérer pour notre plus grand plaisir, vaniteux, hâbleurs, paresseux, désoeuvrés, hypocondriaques, mêle-tout et j’en passe ! Les personnages de Sanditon sont loin d’être des êtres parfaits, bien au contraire. Même Charlotte et Sidney, qui compose le couple principal, ont bien des défauts. Birn qu’il ne vaille pas un Darcy, Sydney est un héros assez charmant et intéressant à suivre dans le récit, d’autant qu’on se pose beaucoup de questions sur lui et sur ses motivations jusqu’à un stade avancé de l’intrigue. J’ai aussi beaucoup apprécié la présence de ses deux meilleurs amis dans l’histoire. Et je dois dire que l’imbuvable Lord Edward m’a beaucoup divertit par sa sottise. De même que l’avare et acariâtre Lady Denham ou les malades imaginaires, c’est-à-dire les frères et sœurs Parker.

Tout ceci constitue un échantillon sociétal haut en couleur qui donne tout son sel au récit.

Le dénouement m’a réellement surprise car j’étais loin d’avoir deviné la vérité. Comme toujours, la trame narrative emmêle habilement les relations humaines et amoureuses en opposant bien des obstacles aux élans du cœur et aux relations sentimentales. Rien n’est jamais simple pour les amants chez Jane Austen : rivalité, empêchement social, respect des convenances… c’est ce qu’on retrouve ici encore une fois pour notre plaisir. La ligne de démarcation entre la rédaction de Jane Austen (les onze premiers chapitres) et celle de sa successeuse est invisible et le style est suffisamment homogène pour se lire agréablement.

Si je ne suis pas entièrement conquise par Sanditon c’est parce que le roman met beaucoup de temps à démarrer, la mise en place des personnages est très longue et il s’attarde trop sur les affaires de peu d’importance de la bonne société de l’époque, la seconde moitié (bien que rédigée par une autre dame que Jane Austen) m’aura tout de même relativement convaincue de poursuivre ma lecture et j’y aurai pris un plaisir mesuré mais réel.  

« Le Journal de Mr. Darcy » d’Amanda Grange


Editions Milady (Pemberley) (2012)

397 pages | Traduit par Claire Allouch

Temps de lecture : 4 h

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Quel amateur de Jane Austen n’a pas rêvé un jour de revivre Orgueil et préjugés à travers les yeux de son énigmatique héros ? Dans ce journal, auquel Darcy confie ses sentiments naissants et contradictoires pour la charmante Elizabeth Bennet, Amanda Grange donne la parole à ce personnage ô combien charismatique. Un récit teinté de nostalgie mené avec brio.

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Enfin, un Milady Pemberley qui ne me déçoit pas et tient toutes ses promesses. 

Amanda Grange n’est certes pas Jane Austen, un seul coup d’oeil au style proposé suffit à s’en rendre compte mais le livre est agréable et rapide  à lire. La traduction française de Claire Allouch est pleine d’allant et de dynamisme. 

Evidemment, l’histoire du roman est universellement connue, et, si comme moi, vous êtes une inconditionnelle d’Orgueil & Préjugés, vous n’aurez que peu de surprises pendant votre lecture. Néanmoins, un éclairage nouveau est apporté à l’intrigue. Qui n’a jamais rêvé d’être dans la tête de l’irrésistible Fitzwilliam Darcy, de voguer parmi ses pensées les plus secrétes ? Pas moi en tout cas, bien au contraire. Je peux d’ailleurs affirmer qu’Amanda Grange a exaucé l’un de mes plus chers voeux de lectrice. Merci à elle ! 

Indéniablement, le regard Darcy sur le déroulement de l’intrigue apporte quelque chose de savoureux. Il permet de mieux cerner la personnalité du personnage, de comprendre davantage ses réactions tout en éclairant d’un jour nouveau les zones d’ombre laissées dans le roman original. Ainsi nous avons le plaisir d’assister en détails à certaines scènes à peine évoquées par Jane Austen (comme les prémisses des différends entre Darcy et Wickham ou  les tractations autour du mariage de Lydia) et même de voir à quoi s’occupe Darcy lors de ses séjours à Londres, Rosings ou Pemberley, lorsque la vie le tient éloigné de Longbourn et de Lizzie. Amanda Grange nous permet d’entrer réellement dans l’entourage du gentleman et nous convie à assister aux moindres faits de la vie quotidienne d’un lord anglais fortuné au XIXème siècle. 

Le fait que la chronologie des événements soit scrupuleusement respectée, de même que la psychologie des personnages créés par J. Austen, qui ne souffrent d’aucun manquement par rapport aux originaux, rend le roman particulièrement immersif et prenant.  Il est impossible de le  fermer avant l’épilogue. Car la bonne idée d’Amanda Grange est de nous donner à lire l’après-mariage de Darcy et d’Elizabeth. 

De plus, les petites touches d’humour ajoutées çà et là, notamment dans la dernière partie du roman, là, où affranchie de l’original, l’auteure est en roue libre et se « lâche » véritablement,  apportent une réelle plus-value à l’ensemble. Les derniers chapitres du livre, inédits et purement du fait d’ A. Grange puisqu’ils ne reprennent en rien le roman original,  nous permettent de sentir le plaisir que prend l’auteure à revisiter Pride & Prejudice.  On y découvre un couple trés épris, taquin et sensuel. Amanda Grange ose  mettre en avant l’aspect plus « charnel » de nos jeunes mariés, chose que Jane Austen ne pouvait se permettre d’écrire à l’époque. 

Seul bémol : le procèdé narratif choisi par l’auteure,  le journal intime (ou de bord), m’a semblé assez peu judicieux, disons, qu’il me parait de prime abord bien frustrant. Cette forme de narration provoque en effet un éparpillement trop prononcé de l’action. Chaque journée nous est contée en seulement 5 ou 6 phrases ou à l’inverse sur plusieurs pages, ce qui crée un certain déséquilibre dans l’intrigue.  J’aurai préféré un vrai roman reprenant la trame du classique de Jane Austen rédigé du point de vue de Darcy (comme S. Meyer avait commencé à le faire dans Midnight sun).

Toutefois, force m’est de reconnaitre que j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture acidulée comme un bonbon à la bergamote et rien que pour le bonheur de retrouver Elizabeth et Darcy, l’un des couples les plus charismatiques de la littérature victorienne, ce roman vaut l’achat et la lecture wub