Tagué: Horreur

« Bird Box » de Josh Malerman

2014 Éditions Calmann-Lévy
Langue française – 372 pages
Temps de lecture : 1 nuit
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme. Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.

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J’ai dévoré ce roman en une nuit (blanche). Une fois commencé, impossible de le lâcher.
Le prologue annonce d’emblée la couleur : noire!  On entre dans ce roman par un trou de souris, les premières pages sont déroutantes, on ne sait pas ce qui se passe, ni quels sont les enjeux en cours. On ne comprend que petit à petit. La tension monte lentement mais sûrement pour culminer dans les avant-derniers chapitres magistralement anxiogènes (la scène dans le bar, l’éprouvante scène de l’accouchement : terrible! ).

Originale, son intrigue principale nous tient en haleine de bout en bout et nous offre de sacrées scènes flippantes. J’ai trouvé le mode de narration très malin : en nous dévoilant les grands axes de l’intrigue de manière éclatée en les entrecoupant avec la fuite de Marjorie et de ses enfants.
J’ai adoré le personnage de Marjorie. Quelle femme!  Une héroïne, une vraie. Une dure, une pure comme je les aime. Sa dureté pourra en rebuter certain(e)s, personnellement, j’ai adoré suivre son évolution. Son passage de jeune fille centrée sur elle-même à femme concernée par les autres puis sa transformation en mère courage-tigresse, prête à tout pour sauver ses enfants.

La seule petite critique que je pourrai formuler concernerait la fin que j’ai trouvé un peu rapide et simpliste mais rien de bien grave, et cela n’atténue en rien le plaisir pris dans ma lecture. Un plaisir ÉNORME!
Si vous avez peur du noir, abstenez-vous de le lire. En revanche, si vous voulez passer un très bon moment de lecture, vous laissez happer par une histoire fantastique prenante et bien pensée : Bird Box est fait pour vous!
Je le recommande chaudement.

« Tokyo » de Mo Hayder

Editions Pocket (Thriller) (2005)

473 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Quand Grey débarque à Tokyo sans attaches, argent ni bagages, elle a beaucoup à prouver et encore plus à cacher.
Sa rencontre avec Jason, pour lequel elle éprouve une fascination immédiate, est déterminante : il lui trouve un toit, une maison délabrée vouée à la démolition, et un emploi dans un club à hôtesses très privé. Ses clients ? Des yakuzas et un étrange infirme accompagné d’une nurse à la silhouette monstrueuse… Moeurs inavouables, violence, écrasant secret… Ce nouvel univers est pourtant familier à Grey.
Le but de son voyage ? Retrouver un mystérieux film à l’existence contestée datant de l’invasion de la Chine par les Japonais. Un seul homme pourrait l’aider. Un survivant du massacre qui refuse de répondre à ses questions…

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La classification de ce roman est trompeuse, plus qu’un thriller, il s’agit davantage d’un roman noir à forte connotation historique puisqu’une grande partie est consacrée à relater l’occupation japonaise en Chine à la fin des années 30.

Glauque, dérangeant, malsain, psychologiquement brutal parfois, ce roman est placé sous le signe de la dualité : Deux personnages, deux histoires, deux générations, deux époques, deux destins, deux trajectoires paralléles, en deux pays dont liés par un passé commun et terrible (Chine et Japon) et entre passé et histoire plus contemporaine (des années 90).

Il bénéficie d’une ambiance réussie, d’un climat angoissant qui va crescendo, et du style de Mo Hayder que j’ai trouvé trés intéressant dans sa crudité bucolique, sa poésie contemplative et percutante, qui met en valeur la beauté du Japon, ce pays entre tradition et modernité, une réalité fort bien illustrée et retranscrite par Mo Hayder par ses mots et l’ambiance globale de son récit.

J’ai adoré en apprendre davantage sur la colonisation de la Chine par le Japon (période historique assez nébuleuse pour l’Européenne que je suis), et que Mo Hayder nous raconte sans fard et sans concession aucune, en nous en dévoilant toute l’horreur. Notamment, les actes barbares commis à Nankin en 1937 et dont on sait peu de choses en définitive.

Grey est une héroïne des plus complexes avec laquelle l’identification s’avère difficile, du fait d’abord de l’étrangeté de sa quête, mais surtout de sa personnalité ambigüe et mutique. Héroïne en constante mutation, presque en gestation d’elle-même, Grey  hante les pages du livre de son errance psychologique, de ses désirs inassouvis, de son aspiration à la normalité et à une impossible rédemption.  Elle traverse le roman,  telle une femme – chrysalide attendant de se libèrer de son carcan pour s’accomplir. Troublant. Le théme de la métamorphose, de l’éclosion du cocon d’insecte, est d’ailleurs trés présent au sein de ce roman et rajoute au côté organique de l’écriture de Mo Hayder.

Dommage, cependant, que l’intrigue comporte des longueurs, même si l’histoire tient sans mal le lecteur en haleine jusqu’à un dénouement proprement bouleversant et hallucinant de noirceur.

Un très très bon roman, aiguisé comme un katana, et qui nous chahute comme une secousse sismique de force 10. Je le conseille très fortement. En ce qui me concerne, je sais que je n’oublierai pas cette lecture de sitôt. 

« Les larmes rouges, 1, Réminiscences » de Georgia Caldera

Editions du Chat Noir (2011)

564 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 1étoile passez votre chemin

Synopsis

« Le temps n’est rien…
Il est des histoires qui traversent les siècles… »

Après une tentative désespérée pour en finir avec la vie, Cornélia, 19 ans, plus fragile que jamais, est assaillie de visions et de cauchemars de plus en plus prenants et angoissants.
Elle se retrouve alors plongée dans un univers sombre et déroutant, où le songe se confond à s’y méprendre avec la réalité.
Peu à peu, elle perd pied…
Mais, la raison l’a-t-elle vraiment quittée ? Ces phénomènes étranges ne pourraient-ils pas avoir un lien quelconque avec l’arrivée de ce mystérieux personnage dans sa vie ? Cet homme qui, pourtant, prétend l’avoir sauvée, mais dont le comportement est si singulier qu’il en devient suspect… Et pourquoi diable ce regard, à l’éclat sans pareil, la terrorise-t-il autant qu’il la subjugue ?!

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Je le dis tout de go : J’ai détesté ce roman. Ce fut un calvaire de le lire et je ne sais pas encore quelle ressource mentale, j’ai réussi à trouver en moi-même pour aller jusqu’au bout…

Je ne comprends pas l’engouement autour de ce livre. Les coups de cœur qui se multiplient et sa note incroyable sur Livraddict (19 !). Que ce livre soit surcoté à ce point par rapport à d’autres, bien meilleurs, me fâcherai presque car tout cela crée une tromperie sur la marchandise.

Oui, il s’agit d’une petite maison d’édition qui se donne un mal fou pour exister parmi les mastodontes du milieu (et je les admire énormément pour leur courage et leur ténacité)  oui, il s’agit du premier roman d’une jeune auteure française. Mais dois-je pour autant être complaisante ? Dois-je m’empêcher d’être critique et dire que j’ai aimé ? Ces paramètres ne doivent pas polluer mon objectivité.

Le gros souci du roman à mon sens, c’est qu’il n’a pas été assez retravaillé et corrigé. Je pense que ce travail a été fait, mais de manière insuffisante. Avec quelques coupes appropriées ici et là, une réécriture complète, une révision des dialogues et le choix d’un meilleur vocabulaire, le roman aurait été plus digeste. Curieusement, le style s’améliore beaucoup et devient plus fluide dans les cent cinquante dernières pages. Mais ce n’est pas suffisant pour augmenter l’intérêt d’une histoire qui n’en a aucun. 

En l’état, le style est lourd, plat, maladroit (les dialogues surtout) et répétitif. Il multiplie les phrases interrogatives jusqu’à l’écœurement, et certaines phrases sont grammaticalement incorrectes et que dire de cet usage abusif et inapproprié de la ponctuation ? Le fait qu’il ne soit qu’un alignement des pires clichés de la littérature fantastique sur plus de 500p ne confère nulle originalité à ce premier tome ( du démon du miroir, aux cauchemars gothiques, aux vies antérieures en passant par le lugubre château  sis, bien entendu, non loin de la maison de la jeune fille et habité par un superbe prince vampire ou bien encore le sang qui suinte des murs, la possession démoniaque et j’en passe…).

L’un des handicaps majeur du roman tient en son héroïne antipathique au possible, qui passe son temps à tout critiquer et prendre de grands airs supérieurs (exemple, elle dénie le droit au vieux jardinier de la mettre en garde ou de la sermonner parce que ce n’est « qu’un jardinier » après tout, un vil subalterne de sa grandiose majesté). J’ai eu envie de lui mettre des claques tout le long du bouquin. Oh, pauvre petite fifille riche qui passe son temps à chialer et essaie de se suicider pour attirer l’attention de son vilain pôpa, pfff !). Pauvre petite chose sans caractére et complétement stupide dont je n’ai jamais compris les réactions. Les vampires laissent de marbre, (c’est le cas de le dire), les scènes horrifiques sont ridicules (trop cheap) et déjà vues ailleurs (la scène de possession digne de L’Exorciste est à mourir de rire). De nombreux emprunts sont fait à d’autres auteurs (le vampire hybride mi-humain (Twilight), la fillette transformée en vampire (Entretien avec un vampire d’Anne Rice)… L’originalité n’est pas au rendez-vous. Sans compter que rien ne nous est offert dans ce tome. Hormis la découverte par Cornelia de son histoire passée et la mythologie des vampires, lorsque l’on tourne la dernière page, c’est avec le sentiment d’avoir fait du surplace pendant cinq cent pages.

Je me suis juste ennuyée et me suis forcée (et ce fut un calvaire !) à le finir en attendant un miracle qui n’est jamais venu. 

Vous allez me dire que ce billet est très sévère mais il reflète simplement ma déception qui n’a d’égale que mon agacement à avoir perdu mon temps (et mon argent). Les commentaires dithyrambiques et les notes élevées ont contribuées à ce que je place le curseur très haut sur la barre de mes attentes. Résultat, me voici bien marri ! J’ai l’impression d’avoir été abusée,  flouée et c’est un sentiment que je déteste éprouver. C’est pourquoi, en cet instant, je décide de ne plus me fier aux avis élégiaques qu’on trouvent partout sur la toile.

Amateurs de bons livres fantastiques et gothiques, de Stocker, Shelley, Rice, Féval, Gauthier, Dumas…Fuyez ! 

Je conclurai en me réjouissant de l’avoir trouvé d’occasion au lieu d’avoir dû débourser 23e 90 ! pour un livre qui n’est déjà plus dans ma bibliothèque (aucun risque que je le relise un jour), je l’ai donné à une copine. J’espère pour elle qu’elle aimera plus que moi. Après tout, tout est question de goût personnel. A croire que je n’ai pas les mêmes goûts que la plupart des lecteurs. 

Pour un avis plus complet, je vous poste l’excellent billet de Galleane qui explique bien mieux que moi les raisons pour lesquelles, elle n’a pas aimé ce roman : Galleane

« Traqué, 1 » d’Andrew Fukuda

Editions Michel Lafon (2013)

345 pages | Traduit par Benjamin Kuntzer

Temps de lecture : 4 jours

Note 1étoile passez votre chemin

Synopsis

Gene est l’un des derniers humains sur Terre. Son seul moyen de survie : se faire passer pour l’un de ses prédateurs. Ne pas rire, ne pas transpirer, ne pas montrer qu’il est un « homiféré ». Cela fait dix-sept ans qu’il se fond parmi ceux qui n’hésiteraient pas à le tuer s’ils découvraient sa véritable nature.

Chaque décennie, le gouvernement organise un immense jeu où une poignée de privilégiés peuvent pister et dévorer les rares humains retenus en captivité pour l’évènement. Sélectionné pour traquer les siens, Gene ne peut commettre le moindre faux pas. D’autant qu’une mystérieuse fille éveille en lui des sentiments qu’il n’a pas le droit d’avoir. Des sentiments qui pourraient le trahir.

Gene a la rage de vivre… mais vaut-elle le prix de son humanité ?

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Le bandeau promotionnel signé (soi-disant) Becca Fitzpatrick (auteure de Hush, Hush, une saga que j’ai beaucoup aimé par ailleurs) promettait un roman effrayant. La seule chose effrayante dans ce roman, c’est le ridicule patenté de son intrigue et la pauvreté de son style.

Et si ce roman est éprouvant pour les nerfs, c’est uniquement du fait de sa lenteur. Il ne se passe rien pendant les trois quarts du roman sinon des scènes si improbables et idiotes qu’elles en deviennent hilarantes (au moins j’aurai ri, c’est déjà ça).

J’ai détesté ce roman jeunesse à la fois pour la crétinerie absolue de l’histoire mise en scène mais aussi pour ces personnages insupportables.

Traqué se complait dans les détails sanguinolents pour masquer son manque de profondeur.

La fin tourne en rond et n’est qu’une (longue) fuite qui s’étire inutilement.

Bref, il faut qu’Andrew Fukuda arrête de fumer des carambars, là !

Son roman est une blague ou quoi ? C’est d’un ridicule ! J’ai passé mon temps à ricaner, tellement c’est du n’importe quoi (le coup de l’aisselle m’a achevé de rire). Quand je pense que c’est censé être effrayant et addictif … euh…dft002 

J’en ai tellement bavé (un mot de circonstance, croyez-moi) pour le lire que j’ai même pensé ne pas le terminer.

Vous l’aurez compris, je déconseille fortement. Sauf si vous aimez les histoires invraisemblables à base de vampires-cannibales qui passent leur temps à baver et à grogner, se témoignent leur affection en se frottant mutuellement les oreilles,  dorment sur des perchoirs et s’embrassent en tournant leur coude  sous les aisselles de leur partenaire (beurk !) et j’en oublie beaucoup, niveau absurdités …

« Anno Dracula, 1 » de Kim Newman

Editions Bragelonne (2012)

432 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note  coupdecoeur

Synopsis 

Londres, 1888. La reine Victoria s’est remariée avec le comte Dracula, qui entend répandre le vampirisme dans tout le royaume. Chaque soir, au crépuscule, les non-morts poursuivent les sang-chauds pour leur donner  » le baiser des Ténèbres  » et boire le sang qui leur assure l’immortalité. La terreur règne, toute révolte est impitoyablement réprimée, mais un mystérieux tueur au scalpel d’argent, en s’attaquant aux prostituées vampires, menace la stabilité du nouveau régime.

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Apparemment, certaines personnes sont déçues par ce roman car pensaient se trouver en présence d’un thriller ou d’un roman policier. ATTENTION ce n’est absolument pas le cas, d’ailleurs l’identité du criminel est connue trés vite et le propos du livre n’est ABSOLUMENT PAS de découvrir le coupable, c’est avant tout un roman fantastique à mi-chemin entre horreur et histoire doublé d’une excellente uchronie. Vous voilà prévenus  😉 

En revanche, cet ouvrage est à réserver à un public TRES AVERTI car il pourra choquer les plus jeunes.

UN COUP DE COEUR !

A l’instar des grands romans populaires du XIXème siècle, Anno Dracula est un roman décomplexé, qui, comble du délicieux ! ne se prend jamais au sérieux, ce qui favorise une lecture au second degré, et tend avant tout à divertir le lecteur. Et ça fonctionne magnifiquement bien !  

Multipliant les péripéties dignes d’un feuilleton de cape et d’épées des années 60 et les scènes sanglantes d’un réalisme cru qui le rapproche du giallo, ces films d’épouvante italiens, Anno Dracula peut-être perçu comme une suite outrancière du Dracula de Stoker. Mais là où la suite « officielle » Dracula L’immortel de Dacre Stoker (arrière-petit-neveu de…comme son nom l’indique) échoue lamentablement à ressusciter le mythe de Vlad Tepes dans nos inconscients collectifs, Kim Newman réussi totalement, transcendant un sujet qu’on croyait pourtant éculé depuis longtemps ou pire voué à la redite, il confère beaucoup d’originalité, de romanesque et un gouleyant et irrésistible panache à son ouvrage.

Sous couvent de rendre hommage à Stoker et Stevenson ou d’évoquer Jack the Ripper, Newman reconstitue superbement l’ère victorienne et entremêle histoire réelle et histoire imaginaire. Il nous offre une uchronie brillante et pleine de verve (les dialogues sont particulièrement réussis) qui convoque personnages politiques, historiques, culturels ou imaginaires de l’époque victorienne et analyse sous un angle presque totalement vampirique les petits et grands événements ayant marqués l’an 1888.

Quelques personnages crées par Bram Stoker interviennent dans le récit et nous découvrons,  parfois avec effarement, ce que sont devenus les héros qui ont tenté de sauver Lucy des griffes de Dracula et comment les événements passés ont influé sur le caractère du Dr Seward ou d’Arthur Goldaming. Certains, vous le constaterez, ont embrassées des destinées inattendues et c’est très intéressant de les retrouver des années plus tard et dans un autre contexte. Ils sont accompagnés de nouveaux personnages, inventés de toutes pièces (et avec brio) par Kim Newman, des petits nouveaux qui se révèlent tout aussi fascinants à suivre que les anciens personnages dans les dédales des rues de ce Londres enténébré et puant, recouvert d’un linceul de fog montant de la Tamise qui confère son atmosphère si particulière, si poisseuse et mystérieuse à ce roman. Je pense surtout à Charles Beauregard et Geneviève en disant cela, qu’on peut considérer comme le « couple vedette » du roman et que j’ai beaucoup aimé voir évoluer.

Une excellente réécriture du 19ième siècle à ne pas mettre entre toutes les mains cependant. Kim Newman ne fait pas dans la dentelle. C’est cru, violent, érotique et très sanglant (certaines scènes sont même répugnantes) mais le récit est fort heureusement allégé par beaucoup d’humour et d’ironie.

En guise de conclusion, je dirai que si vous avez aimé Dracula de Stoker, et si vous aimez les classiques en général, vous aimerez très certainement Anno Dracula de Kim Newman. Même Neil Gaiman a adoré parait-il, alors plus d’hésitations, procurez-vous ce livre au plus vite !

« New Victoria, 1 » de Lia Habel

Editions Castelmore
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 544 pages
Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2011
Titre VO : Dearly Departed
Genre : RomanceFantastique
Temps de lecture : 2 jours
Note 
Synopsis
2195. Nora Dearly, jeune fille de la haute société de New Victoria, est plus intéressée par l’histoire militaire de son pays que par les bals et les jolies robes. Elle n’imaginait pas que la mort de son père, le docteur Dearly, la projetterait au cœur des conflits qui menacent les frontières du pays… Kidnappée par une faction rebelle, Nora doit combattre ses préjugés pour comprendre leurs motivations. Bram Griswold, un jeune soldat courageux et séduisant, entend bien lui ouvrir les yeux sur la véritable menace qui pèse sur les vivants… comme sur les morts.

Vous avez toujours rêvé de prendre le thé avec des zombies ? Oui ? Alors ce livre est fait pour vous !

L’une des raisons pour lesquelles ce roman m’a attiré l’œil est que sa couverture me faisait penser aux couvertures du Protectorat de l’ombrellede Gail Carriger, une série steampunk que j’apprécie énormément. Et ce n’est pas un hasard, car New Victoria est un habile croisement entre Alexia Tarabotti, Jane Austen et les films de George. A. Romero. Un mélange détonnant s’il en est !

Mais Lia Habel va encore plus loin dans sa reconstitution de l’ère victorienne en instaurant un climat d’étrangeté à mi-chemin entre l’horreur et le drame romantique. Chez elle, on assiste à des scènes d’une incongruité inédite, où l’on cancane, arrange des mariages au milieu de hordes affamées de zombies. Le décalage est irrésistible. Qu’importe pour cette bonne société que des cannibales soient à vos trousses, il convient de respecter l’étiquette et il est impératif que les jeunes filles se comportent décemment pour préserver leur réputation et leur chance de faire un bon mariage et, ce, même avec un macchabée accroché au bras ! C’est délicieusement surréaliste.

Comme Lia Habel le confesse dans la postface du roman, c’est parce qu’elle en avez assez de la fascination du grand public pour « la beauté figée dans l’éternité » (autrement dit les vampires qui font actuellement fureur) qu’elle a souhaité montrer qu’il existait une autre beauté, plus souterraine, vouée, elle, à la destruction, celle des zombies. C’est en partant de ce postulat que Lia Habel, férue de films de morts-vivants, à écrit New Victoria. Grand bien lui en a pris ! Son roman est l’un des romans fantastiques les plus surprenants que j’ai lu depuis longtemps. Le mélange audacieux entre un futur éloigné (l’an 2195) et l’époque victorienne où les survivants des multiples guerres mondiales et civiles ayant scindées l’humanité en deux groupes, les punks et les néo-victoriens, ont décidé de prendre pour norme sociale, retournant aux mœurs et à l’étiquette du 19ième siècle, tout en conservant une modernité technique fabuleuse, fonctionne à merveille.

Entre fiacres électriques, ombrelles lumineuses, hologrammes et écrans géants plasma, le lecteur en prend plein les mirettes. Et ce dès le début du roman. Une avalanche d’informations nous tombe sur le coin du nez et on a un peu de mal à tout assimiler d’un coup. D’où une sensation d’être perdue dans les premiers chapitres et d’avoir des difficultés à « rentrer dedans » mais les 50 pages dépassées, le roman devient terriblement immersif. Pour vous dire, je l’ai fini il y a deux jours et il me trotte encore dans la tête, je ne cesse de penser à l’univers néo-victorien et aux personnages qui m’ont le plus touchés. Depuis la fermeture du livre, tous les autres romans que j’entame me semble fades en comparaison. Ca y est, je suis accro !

Isaac Marion s’était déjà frotté à cette thématique des zombies parvenant à conserver conscience et humanité dans son roman Vivants. Bien que pas mal fait, le livre souffre énormément de la comparaison avec New Victoria qui est incontestablement bien plus travaillé, profond et convaincant. En un mot : supérieur.

New Victoria brasse des thèmes chers à la science-fiction dont notamment l’ostracisme envers les êtres différents et le racisme qui en découle. New London, la ville où se déroule la majorité de l’action, ressemble un peu au monde futuriste que l’on retrouve dans les romans de Philip. K. Dick ayant inspirés le film Minority Report. Et l’idée d’un monde intentionnellement figé à une époque donnée avait déjà été employée par Catherine Fisher dans son Incarceron.

Parallèlement à une intrigue fantastico-militaro-zombiesque maitrisée et qui revisite brillamment le thème des morts-vivants (envisagé sous l’angle d’une maladie) tout en mélangeant science, tactiques belligérantes et amour impossible, et à l’univers hybride très réussi de Lia Habel, ce qui emporte aussi l’adhésion du lecteur sont les personnages du roman, en particulier les zombies qui sont très funs. Il y a aussi un humour fort sympathique dans New Victoria, il était nécessaire d’alléger un peu une atmosphère assez sombre. Certaines répliques, je dois le dire, m’ont fait « mourir » de rire comme cette phrase de Renfield (clin d’œil à Bram Stoker), un zombie voulant pouvoir séduire les demoiselles et qui déclare : « Les vampires sont des zombies qui ont de meilleurs attachés de presse/une meilleure campagne médiatique » – je cite de mémoire, mais l’idée principale y est.

Chastity et le docteur Samedi (doté d’une particularité physique étrange que je vous laisse la surprise de découvrir) sont également très très drôles. Eh oui, des zombies comiques, ça existe !

J’ai aimé le caractère entier de Nora, même s’il elle m’a parfois agacé avec ses incessantes sautes d’humeur et si au départ de l’histoire c’est son personnage qui avait mes faveurs, bien vite c’est sa meilleure amie, Pamela – que je trouvais fade au début – qui a fait ma conquête. C’est elle qui connait, je pense, l’évolution la plus intéressante de tout le roman. Pour résumer, elle passe de Liz Bennett à une sorte de Lara Croft victorienne armée d’un arc et qui éclate les moribonds à coups d’ombrelle ! Pamela, faut pas la chercher, hein !  Son frère Izzy, et l’ennemie intime de Nora et Pamela, Vespertine, m’ont souvent agacés mais comme ils ont été crées dans ce but par Lia Habel, on a le droit de leur tirer la langue. Sans compter, que l’un des deux connaitra une évolution étonnante.

Bram, le héros principal au même titre que Nora et Pamela, est  le prince charmant des zombies. Il est tendre, amusant, courageux, rassurant, romantique et attentionné (manquerait plus qu’y mordre, tiens !) Bon, il est peut-être un peu trop parfait, sachant qu’en plus, contrairement à la plupart de ses acolytes, il n’a jamais goûté à la chair humaine, bref, il est un peu trop le « gendre zombie idéal ». Mais il n’en reste pas moins très attachant et touchant, cet Abraham.

La narration éclatée permet de suivre l’action en plusieurs lieux a la fois. Le lecteur est presque omniscient, il ne rate rien ou presque des agissements de chacun. Cependant, cette narration dispersée rend la lecture plus lente car on change sans cesse de personnage et on s’y perd un peu.

Parmi les nombreux romans steampunks et para-austenien actuellement sur le marché, New Victoria s’impose comme une œuvre extrêmement originale et surprenante qui offre à la fois un univers totalement décalé et incongru et pourtant crédible et un climat d’étrangeté réjouissant ainsi que des personnages drôles et attachants (et accessoirement morts). Une réussite quasi-parfaite qui parvient à nous tenir en haleine entre science, guerre, horreur et romance.

Attention, j’ai dit quasi-parfait, c’est donc qu’il ne l’est pas totalement. Certains « détails » m’ont chiffonnée : des méchants un peu caricaturaux et des longueurs dispensables selon moi, surtout au début. Une certaine facilité parfois, bien entendu, Bram est forcement le moins rafistolé de tous les zombies, le plus beau, le plus malin. Il faut bien rendre la romance possible sans que cela paraisse trop dégoûtant. Et la fin utilise un peu beaucoup d’hémoglobine. Bon, vous aurez compris que là je chipote pour la forme, la vérité, c’est que j’ai littéralement adoré ce roman et que New Victoria est un excellent roman à ne pas rater.

[LC] + [Challenge ABC 2012 – Littératures de l’imaginaire – Lettre D] « L’épouvanteur, 2, La malédiction de l’épouvanteur » de Joseph Delaney

Editions Bayard (Jeunesse)

Publié en 2006 ~ Langue : Française ~ 361 pages

Temps de lecture : 2 jours

Plaisir de lecture  Excellent 

Synopsis 

 

Voilà six mois que tu es l’apprenti de M. Gregory, me dit maman. Tu as déjà été témoin de bien des événements. A présent, l’obscur t’a remarqué et va tenter de te neutraliser. Tu es en danger, Tom. Toutefois, rappelle-toi ceci lorsque tu seras un homme, mon fils, ce sera au tour de l’obscur d’avoir peur, car tu ne seras plus la proie, tu seras le chasseur. C’est pour cela que je t’ai donné la vie. » L’Épouvanteur et son apprenti, ornas Ward, se sont rendus à Priestown pour y achever un travail. Dans les profondeurs des catacombes de la cathédrale est tapie une créature que l’Épouvanteur n’a jamais réussi à vaincre. On l’appelle le Fléau. Tandis que Thomas et M. Gregory se préparent à mener la bataille de leur vie, il devient évident que le Fléau n’est pas leur seul ennemi. lanquisiteur est arrivé à Priestown. Il arpente le pays à la recherche de tous ceux qui ont affaire aux forces de l’obscur! Thomas et son maître survivront-ils à l’horreur qui s’annonce?

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Avec ses scènes étonnamment sombres voire effrayantes pour du jeunesse, ce roman m’a fait passer un très bon moment à l’image du premier tome que j’avais beaucoup aimé. Force m’est de reconnaitre que ce second tome est encore meilleur.

Ici, tout est plus rythmé et intense, on n’a pas le temps de s’ennuyer car les événements s’enchainent d’une manière assez soutenue. Et ça commence dès le début qui nous plonge d’emblée dans l’action avec une lutte sanglante contre un gobelin carnivore.

L’ambiance sur fond d’inquisition et de chasse aux sorcières médiévale est réussie. D’ailleurs, la forte connotation religieuse (fanatisme) m’a surprise de même que le diabolisme évoqué dans certaines scènes.

Le tout est rédigé dans un style fluide et agréable à lire.

Tom, le jeune héros prend de l’assurance et doit affronter de terribles créatures parfois sans l’aide de son maître (qui se retrouve souvent en mauvaise posture dans ce tome). Le mystère du passé de l’Epouvanteur s’épaissit et le personnage de la mère de Thomas prend une épaisseur bienvenue et apporte un nouveau lot d’interrogations diverses.  Alice est de retour également dans un rôle plus obscur encore que dans le tome précédent. Bref, grâce aux personnages et leur passé trouble, la mythologie générale s’enrichit

Un très bon second tome qui donne envie de lire la suite.