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[Masse critique Babelio 2014 ]« Le complot Médicis » de Susana Fortes

 

Éditions Héloïse d’Ormesson (2014)  

Temps de lecture : Une semaine

Note3étoilesbon

Synopsis

26 avril 1478. Lorenzo de Médicis dit Laurent le Magnifique – homme fort de la république et grand mécène de la renaissance italienne – réchappe de peu à l’assassinat qui le vise, lui et sa famille, dans la cathédrale de Florence lors de « La Conjuration des Pazzi ». Cet événement, qui marque profondément les florentins, inspire les artistes de l’époque – Léonard de Vinci, Botticelli, Verrocchio. Cependant, seul le peintre Pierpaolo Masoni semble avoir saisi la nature véritable du crime. De nos jours. Ana Sotomayor, étudiante en art, se rend à Florence pour ses recherches sur La Madone de Nivole de Masoni. Elle découvre alors ses manuscrits et se prend de passion pour cette sombre affaire de meurtre. Que s’est-il passé à Florence ce jour-là? Qui était dans la confidence de cette trahison ? Et surtout, qui est le « troisième homme », fomenteur du complot contre les Médicis ? Cependant, Ana est loin de se douter qu’en se lançant dans cette enquête, elle va devenir la cible d’une police parallèle et des hommes de main du Vatican. Le roman, qui oscille habilement entre histoire de l’art et polar, jette des ponts entre la fastueuse période de la renaissance italienne et le monde contemporain. Une investigation haletante et fascinante sur la piste de La Conjuration des Pazzi qui entraîne le lecteur au coeur du Quattrocento.

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Mille merci aux Éditions Héloïse d’Ormesson et à Babelio pour leur confiance.

Un postulat de départ prometteur qui se pose en ces termes : est-il possible de résoudre un crime vieux de cinq cent ans rien qu’en étudiant un tableau à la sulfureuse réputation (on se rappellera que cette possibilité était déjà présente dans le Da Vinci Code mais pour des enjeux différents) ?
Idée originale et passionnante, s’il en est !

L’histoire débute quelques mois avant la tentative de coup d’état sur les Médicis (La fameuse conjuration des Pazzi) et le roman alterne entre les passages qui se situent à l’époque moderne où l’héroïne Ana Sotomayor, jeune étudiante espagnole en histoire de l’art, poursuit ses investigations sur les traces des commanditaires de l’attentat contre les
Médicis, et ceux qui se déroulent à l’époque des faits : le Florence de 1478. Précisons, que j’ai préféré très largement ces derniers.  Florence y est
merveilleusement restituée dans ses couleurs, ses parfums, ses lumières, ses mœurs, ses rivalités politiques….par les yeux et la voix de Luca di Credi, jeune apprenti de Masoni.
J’ai adoré pénétrer telle une petite souris dans l’atelier des artistes du Quattrocento.
Par comparaison, les passages avec Ana paraissent assez fades, et surtout trop bavards. Une impression accentuée par le fait qu’Ana n’est pas une héroïne très attachante. Elle est froide, prétentieuse, pédante. Elle m’a souvent agacée.
Dans les chapitres qui la concernent, j’ai souvent eu l’impression de faire du sur-place. L’enquête avance lentement, voire laborieusement, phagocytée par les digressions de l’auteure, les pensées intimes, les souvenirs et les monologues intérieurs d’Ana (dont on se fiche d’une force, mais d’une force!).
L’écriture de S. Cortes est fort plaisante à lire, malgré la volonté perpétuelle de l’auteure d’étaler son savoir à tout prix, ce qui donne un résultat souvent artificiel et des coq-à-l’âne parfois cocasses.
L’on devine à chaque page, la volonté qui anime S.Cortes de caser à tout prix ses connaissances sur Florence. À la longue, cela devient un peu lourd. Je l’imaginais, penchée sur son énorme pile de fiche de notes, en train de se dire : « Bon, comment je vais réussir à glisser cette anecdote ou ce vers de poésie dans mon récit ? ».

En résumé, un roman policier historique sympathique mais lent et surtout assez bavard. L’intrigue est intéressante, le dépaysement temporel assuré. Cependant, le suspense n’est pas au rendez-vous.
Ne vous attendez surtout pas à un polar palpitant, vous seriez déçu. En revanche, l’érudition de l’auteure, bien qu’exprimée de manière maladroite, (car elle ralentit beaucoup l’action et le rythme du récit), nous permet d’apprendre beaucoup de choses sur le Quattrocento.

À réserver en priorité aux amoureux de l’histoire, et de la première Renaissance italienne en particulier, mais pas uniquement car la lecture du Complot Médicis reste agréable, notamment grâce à l’époque passionnante que S. Cortes met en scène et en perspective, même pour les plus néophytes d’entre nous, dont je fais partie.

 

« Anno Dracula, 1 » de Kim Newman

Editions Bragelonne (2012)

432 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note  coupdecoeur

Synopsis 

Londres, 1888. La reine Victoria s’est remariée avec le comte Dracula, qui entend répandre le vampirisme dans tout le royaume. Chaque soir, au crépuscule, les non-morts poursuivent les sang-chauds pour leur donner  » le baiser des Ténèbres  » et boire le sang qui leur assure l’immortalité. La terreur règne, toute révolte est impitoyablement réprimée, mais un mystérieux tueur au scalpel d’argent, en s’attaquant aux prostituées vampires, menace la stabilité du nouveau régime.

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Apparemment, certaines personnes sont déçues par ce roman car pensaient se trouver en présence d’un thriller ou d’un roman policier. ATTENTION ce n’est absolument pas le cas, d’ailleurs l’identité du criminel est connue trés vite et le propos du livre n’est ABSOLUMENT PAS de découvrir le coupable, c’est avant tout un roman fantastique à mi-chemin entre horreur et histoire doublé d’une excellente uchronie. Vous voilà prévenus  😉 

En revanche, cet ouvrage est à réserver à un public TRES AVERTI car il pourra choquer les plus jeunes.

UN COUP DE COEUR !

A l’instar des grands romans populaires du XIXème siècle, Anno Dracula est un roman décomplexé, qui, comble du délicieux ! ne se prend jamais au sérieux, ce qui favorise une lecture au second degré, et tend avant tout à divertir le lecteur. Et ça fonctionne magnifiquement bien !  

Multipliant les péripéties dignes d’un feuilleton de cape et d’épées des années 60 et les scènes sanglantes d’un réalisme cru qui le rapproche du giallo, ces films d’épouvante italiens, Anno Dracula peut-être perçu comme une suite outrancière du Dracula de Stoker. Mais là où la suite « officielle » Dracula L’immortel de Dacre Stoker (arrière-petit-neveu de…comme son nom l’indique) échoue lamentablement à ressusciter le mythe de Vlad Tepes dans nos inconscients collectifs, Kim Newman réussi totalement, transcendant un sujet qu’on croyait pourtant éculé depuis longtemps ou pire voué à la redite, il confère beaucoup d’originalité, de romanesque et un gouleyant et irrésistible panache à son ouvrage.

Sous couvent de rendre hommage à Stoker et Stevenson ou d’évoquer Jack the Ripper, Newman reconstitue superbement l’ère victorienne et entremêle histoire réelle et histoire imaginaire. Il nous offre une uchronie brillante et pleine de verve (les dialogues sont particulièrement réussis) qui convoque personnages politiques, historiques, culturels ou imaginaires de l’époque victorienne et analyse sous un angle presque totalement vampirique les petits et grands événements ayant marqués l’an 1888.

Quelques personnages crées par Bram Stoker interviennent dans le récit et nous découvrons,  parfois avec effarement, ce que sont devenus les héros qui ont tenté de sauver Lucy des griffes de Dracula et comment les événements passés ont influé sur le caractère du Dr Seward ou d’Arthur Goldaming. Certains, vous le constaterez, ont embrassées des destinées inattendues et c’est très intéressant de les retrouver des années plus tard et dans un autre contexte. Ils sont accompagnés de nouveaux personnages, inventés de toutes pièces (et avec brio) par Kim Newman, des petits nouveaux qui se révèlent tout aussi fascinants à suivre que les anciens personnages dans les dédales des rues de ce Londres enténébré et puant, recouvert d’un linceul de fog montant de la Tamise qui confère son atmosphère si particulière, si poisseuse et mystérieuse à ce roman. Je pense surtout à Charles Beauregard et Geneviève en disant cela, qu’on peut considérer comme le « couple vedette » du roman et que j’ai beaucoup aimé voir évoluer.

Une excellente réécriture du 19ième siècle à ne pas mettre entre toutes les mains cependant. Kim Newman ne fait pas dans la dentelle. C’est cru, violent, érotique et très sanglant (certaines scènes sont même répugnantes) mais le récit est fort heureusement allégé par beaucoup d’humour et d’ironie.

En guise de conclusion, je dirai que si vous avez aimé Dracula de Stoker, et si vous aimez les classiques en général, vous aimerez très certainement Anno Dracula de Kim Newman. Même Neil Gaiman a adoré parait-il, alors plus d’hésitations, procurez-vous ce livre au plus vite !

[LC] « Blitz, 1, Black-Out » de Connie Willis

Editions Bragelonne (2012)

643 pages | Traduit par Joelle Wintrebert

Titre original : Blitz, book 1: Blackout (2010)

Science-Fiction

Temps de lecture : 5 jours

Note 

Synopsis

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

J’avoue être assez déçue par cette lecture dont pourtant on m’avait dit le plus grand bien.

Pourtant, mes premières impressions étaient plutôt positivesLe début est accrocheur. Les personnages sont en majorité sympathiques. Le style de Connie Willis est fluide et agréable à lire et il y a quelques pointes d’humour bienvenues. De plus, on apprend des choses sur la seconde guerre mondiale notamment sur le Blitz. Mais l’histoire tient une si grande place et l’auteure nous livre tant de dates, détails, descriptions et anecdotes, manifestement issues de ses recherches sur le sujet, que, très vite nous croulons sous l’afflux d’informations et que la tête nous tourne presque ! 

L’auteure est connue pour se documenter beaucoup avant d’écrire un roman et son érudition déjà présente dans Sans parler du chien n’est plus à prouver mais même si nous apprenons des choses intéressantes sur différents périodes de la guerre 39/45, cela vire trop souvent à la fastidieuse leçon d’histoire bourrée de dates, de lieux et d’anecdotes. Si bien que parfois on s’ennuie. Certains passages débordent tant de faits, dates, lieux et chiffres qu’ils en deviennent indigestes. L’affluence de personnages à distinguer les uns des autres et tous ces faits historiques à assimiler ont fait qu’à mon grand agacement, j’avançais dans ma lecture à la vitesse d’un escargot neurasthénique, j’avoue sans honte avoir même lu certaines pages fortement descriptives en diagonale. Ajoutons à cela que nous naviguons sans cesse dans une sorte de brouillard temporel s’étirant de 39 à 44  et cela explique sans mal mes difficultés.Longtemps, je me suis mélangée les pinceaux entre les personnages et les dates. Quelques personnages surgissent parfois sans crier gare au cours de l’histoire (l’auteure ne nous les présente pas, on les voit juste agir sans réelle certitude quant à leur fonction dans l’intrigue), ils restent pendant deux ou trois chapitres puis disparaissent aussi soudainement qu’ils sont apparus !

Au vu du titre, Blitz, il semblait pour le moins évident que ce premier tome allait aborder le thème de la seconde guerre mondiale en Angleterre toutefois je ne pensais pas que ce serait aussi présent. La quatrième de couverture pouvait laisser croire que nous aurions entre les mains un ouvrage orienté SF parlant notamment de voyages temporels alors que cet aspect science-fictionnel est au fond très peu mis en valeur sur l’ensemble des six cent pages.

L’espace de quelques chapitres, j’ai eu l’espoir d’une seconde partie moins ennuyeuse que la première. Mais mon optimisme a vite été douché car si la suite du roman est moins axé sur les conflits qui règnent en Europe, moins éparpillée dans le temps aussi et se concentre dans un même espace-temps en réunissant enfin les personnages principaux au même endroit, ce qui rend la succession des événements moins éclatée et plus lisible, elle est surtout ultra-répétitive.

Le roman finit par tourner en rond tandis que les personnages passent leur temps à se courir après en effectuant chaque jour les même gestes (aller travailler, se cacher pendant les bombardements, aller se coucher et rebelote le lendemain et ainsi de suite) et surtout en  répétant inlassablement la même chose : ai-je altéré par mon action le cours de l’histoire ? Oui, non, mais si, mais non…Pourquoi l’équipe de récupération n’est-elle pas venue me chercher ? Quand va-t-elle arriver ? Ces incessantes répétitions sont fortement agaçantes. A fortiori, quand le thème SF du voyage dans le temps n’est traité QUE de manière uniquement théorique, par le biais de l’hypothèse et du questionnement plutôt que dans l’action ou une quelconque illustration du propos. Cette seconde partie m’a semblé interminable !

Contrairement à ce que j’espérais, ce roman n’a pas constitué un grand divertissement. Ma lecture en fut même laborieuse. J’ai trainé la patte pour lire les 100 dernières pages. J’étais tenté d’abandonner mais n’ai pas pu m’y résoudre. Ma ténacité fut en quelque sorte récompensée puisque cela s’améliore un peu sur la fin. Pas assez toutefois pour gommer mes impressions négatives. Les derniers paragraphes ont beau laisser la porte ouverte sur le tome 2, le souvenir de l’ennui ressenti pendant le premier tome tend plutôt à me dissuader de le lire pour le moment. 

[Book-club d’août] « La couleur des sentiments » de Kathryn Stockett

Editions Jacqueline Chambon
Publié en 2010 ~ Langue : Française ~ 526 pages

Temps de lecture : une journée et demie

Note  Excellent 

Synopsis

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

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Si l’on mesure la réussite d’un livre aux émotions qu’il suscite chez la personne qui le lit (c’est ce que j’ai coûtume de penser) alors La Couleur des sentiments est un roman très réussi car il m’a fait passer par toute une gamme d’émotions diverses pendant ma lecture : tendresse, joie, colère, chagrin, indignation, peur et dégoût…

Oui, chaque page apporte son lot d’émotions et il n’est pas rare de se prendre une grosse bouffée de tendresse au détour d’un chapitre et ce, grâce à Aibileen ou Minny qui sont deux femmes terriblement attachantes et dans une moindre mesure grâce au personnage rebelle et féministe de Miss Skeeter.

Je craignais de la lourdeur, un côté trop démonstratif et manichéen mais le roman sait doser ses effets et ne dégouline pas trop de bons sentiments. Son message s’impose sans être pour autant moralisateur (c’est davantage l’adaptation cinématographique qui tombe dans ces pièges avec ses effets appuyés et maladroits pour illustrer son propos balourd). Il n’y a pas d’un côté les vilains blancs et de l’autre les gentils noirs, non, l’auteure nuance intelligemment son propos et ne tombe pas, selon moi, dans un misérabilisme facile ou le piège victimatoire. 

L’époque de la ségrégation américaine des années 60 est très bien restituée et par conséquent très édifiante. J’ai appris des choses que je ne connaissais pas sur cette triste période en lisant le roman. Des faits, des détails, ces petites humiliations quotidiennes, qui m’ont à la fois choquée et mise en colère contre la connerie humaine comme cette fameuse histoire des toilettes séparées entre les patrons blancs et les domestiques noirs par exemple et qui est une chose abjecte.

Heureusement que toutes les héroïnes principales sont intéressantes car la narration alterne entre trois personnages de femmes différents. C’est un peu frustrant quand le récit se « coupe » pour rebondir sur une autre histoire et une autre narratrice.

C’est une belle histoire humaine et émouvante qui nous est donnée à lire, une histoire de femmes n’ayant rien d’extraordinaires en soi mais courageuses  (les hommes passent clairement au second plan et sont loin d’avoir le beau rôle dans ce roman) ayant la volonté de faire bouger les choses, non pour elles, mais pour les générations futures.

Les raisons d’un non coup de cœur de ma part sont les suivantes :

La fin n’est pas assez développée à mon sens, trop de choses restent en suspens. J’aurai souhaité en savoir davantage sur l’avenir des personnages et du livre.

De plus, la fin m’a un peu énervée. Que ça finisse comme cela c’est dommage. On s’attache aux personnages et c’est dur de les laisser dans cette sorte de brouillard narratif instauré par l’auteure. C’est frustrant !

Bref, si ce n’était cette fin agaçante, ce roman aurait pu être un coup de coeur. Mais j’ai passé un excellent moment de lecture.

« La Mort s’invite à Pemberley » de PD James

Editions Fayard

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 380 pages

Temps de lecture : 2 jours

Plaisir de lecture  Très bon mais…

Synopsis

Rien ne semble devoir troubler l’existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maîtresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins ; sa sour préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là ; et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l’imposante bibliothèque du château. 
Mais cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d’automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune sour d’Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s’invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes.

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C’est surtout en tant que « suite » d’Orgueil et Préjugés que ce roman marque incontestablement des points. Il y a pour le lecteur amateur de Jane Austen, le plaisir immense de retrouver des personnages adorés ou honnis dont PD James a su capter à merveille la personnalité, le caractère et les aspirations. Aucune fausse note dans le traitement des personnages créés par Jane Austen n’est à déplorer. Même lorsque PD James réinterprète certains faits ou actions d’Orgueil et Préjugés, même lorsqu’elle extrapole sur certains événements ou fait évoluer le caractère de certains protagonistes (le colonel Fitzwilliam en particulier) de manière surprenante et osée, ou confére plus de mâturité à Elizabeth et Darcy, elle reste dans le ton austenien et dans la vérité de l’histoire. Nulle incohérence, nulle trahison de l’œuvre originelle n’est commise. Du grand art assurément Mrs. PD James.

Je découvre l’écriture de la grande dame du polar britannique (que d’aucuns comparent à Agatha Christie) avec ce titre. Une écriture solide et mâture qui sait se montrer à la hauteur du style austenien, notamment dans les dialogues et la descriptions des paysages de Pemberley. Ce qui est heureux, car, hélas, PD James abuse un peu de ces descriptions pour meubler une intrigue policière qui n’a vraiment rien de sensationnelle. C’est là où vraiment le bât blesse, tant l’enquête policière et la quête du meurtrier semblent être des prétextes à s’emparer de la matière austeniene et à faire évoluer les personnages de Darcy, Liz, Jane, Lydia et les autres.

PD James se fait visiblement plaisir avec ces « jouets » précieux de la littérature victorienne, qui pourrait l’en blâmer ? Pas moi, en tout cas, car même si je déplore vivement les (trop nombreuses) longueurs du roman et le manque d’originalité de l’intrigue policière, je dois confesser que ce fut, pour moi, fan de Jane Austen, un grand bonheur de retrouver l’univers de Pride & Prejudice et les personnages auxquelles je suis fortement attachée. Oui, il est jouissif de voir notre Liz et notre Darcy plus amoureux que jamais, en train de roucouler entourés de leurs enfants et de voir évoluer Liz dans son rôle de maitresse de Pemberley… et bien d’autres bonheurs encore.  

Un roman policier à réserver avant tout aux fans d’Orgueil & Préjugés. Les amateurs de polar à rebondissements risquant de trouver le temps long malgré les révélations finales inattendues. 

En conclusion, merci PD James d’avoir donné une si bonne suite aux aventures de Darcy et Liz car tout fan qui se respecte sera resté un peu sur sa faim certainement à la fin d’Orgueil & Préjugés. 

[Challenge ABC 2012, Littératures de l’imaginaire, Lettre U] « Une Aventure d’Alexia Tarabotti, 2, Sans forme » de Gail Carriger

Editions Orbit

Publié en 2011 ~ Langue : Française ~ 319 pages

Temps de lecture : 1 jour et demi 

Plaisir de lecture  Excellent 

Synopsis 

Miss Alexia Tarabotti est devenue Lady Alexia Woolsey. Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication… laissant Alexia seule, aux prises avec un régiment de soldats non-humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout. Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête !

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J’avais fortement apprécié « Sans âme » le premier tome de la saga, tombant sous le charme de l’univers surnaturel mis en place de manière talentueuse par Gail Carriger, des personnages, Alexia, Connall et Lord Akelmada en tête, et de l’humour prèsent tout au long du récit. Cependant, j’avais émis quelques réserves quant à l’intrigue globale que je trouvais par trop prévisible.

Bonne nouvelle :  ce second tome est encore meilleur que le premier ! 

Prévisible, ce deuxième volet l’est beaucoup moins (à quelques exceptions près). «Sans forme » est beaucoup plus drôle (ah ! le voyage en dirigeable ! Un grand moment !) et rythmé que le premier tome.

Il possède également une intrigue plus recherchée qui réussit à conserver son mystère et son suspense presque jusqu’à la fin et qui m’a fait passer un très bon moment de lecture qui fait songer, de par son ambiance, à Sherlock Holmes ou aux romans feuilletons français du 19ième tels Rouletabille de Gaston Leroux ou bien encore aux nouvelles fantastiques de Théophile Gautier. Cela donne un délicieux charme suranné aux aventures trépidantes d’Alexia et de sa clique d’hurlurberlus.

Alexia, parlons-en, elle est toujours aussi inénarrable et piquante. Sa relation tumultueuse avec Lord Maccon ne s’étiole pas avec le mariage (ce que je craignais un peu). Leurs échanges verbaux sont toujours aussi hilarants et coquins.  Les dialogues qui surviennent entre tous ces personnages assez délirants m’ont fait beaucoup rire.

Ivy prend de l’importance dans l’histoire (de même que ses horribles chapeaux) et son béguin interdit pour un des porte-clefs de Lord Maccon est un des ressorts comiques les plus efficaces de cette suite. J’ai adoré cette sous-intrigue sentimentale. Lord Akelmada est toujours l’un des personnages que je chéris le plus avec Alexia et Ivy. Et un nouveau personnage : Mme Dufoux, la modiste française (et bien plus encore mais chut !) avec ses allures de garçonne libérée apporte une touche de soufre supplémentaire à l’ensemble (qui déjà n’en manque pas à la base) et m’a beaucoup plu également. J’espère la retrouver à l’avenir.

Nous avons de plus le plaisir d’en découvrir davantage sur le passé de Connall et notamment sur son ancienne meute.

L’écriture est toujours aussi soignée de la part de Gail Carriger et cette dernière maitrise à la perfection son univers paraustenien.

Je m’attendais un peu à la fin mais je n’avais pas anticipé tous les évenements et j’avoue qu’elle me donne envie de lire très vite le tome 3.

Un must de la littérature parausteniene actuelle.

Bref, un excellent moment de lecture et de détente.

[LC] « Le Montespan » de Jean Teulé

Editions Pocket

Publié en 2009 ~ Langue : Française ~ 309 pagesTemps de lecture : 2 jours

Plaisir de lecture   Excellent

Synopsis

Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C’était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan… Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu’il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l’homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d’assassinat, il poursuivit de sa haine l’homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme…

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Une plume délicieusement leste, savamment salace et scatologique au service d’une leçon d’histoire de France fortement édifiante.

Le style est si vivant, si truculent qu’il nous transporte dans ce siècle aux mœurs consternantes, dans cette cour du Roi Soleil aux mentalités peu ragoûtantes. Car il s’en passe de belles sous les beaux atours de ces messieurs et dames ! Jean Teulé fait vaciller les mythes et les fantasmes que le dix-septième siècle a pu parfois engendrer, croyez-moi !

Cocasse, instructif, documenté, empli de verve et d’irrévérence, à l’image de Charly 9 que j’avais déjà adoré, Le Montespan est un très bon roman mi-pastiche, mi-historique qui démystifie les fastes Versaillais avec brio.

Tour à tour, pathétique et touchant, le personnage de Montespan est la pierre de voûte d’un roman qui le réhabilité magnifiquement en mettant sciemment dans l’ombre sa célèbre épouse à la réputation trop encombrante. Une marquise dont l’auteur dresse un portrait terrifiant et le lecteur ne pourra éprouver que colère et haine face à ce détestable personnage de l’histoire.

Ah ! que j’aurais aimé avoir Jean Teulé comme professeur ! Sa façon de raconter l’histoire est un régal !

Merci à beL d’avoir organisé cette lecture commune !