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« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

 

ISBN : 2355843678
Éditeur : Sonatine (2016)

Langue française – 300 pages – Sortie : Mars 2016

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.
En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Mon avis

Un énorme merci à Sonatine pour leur confiance qui m’honore (et pour tous les superbes thrillers et les nouveaux auteurs découverts grâce à eux au cours des dernières années passées) ainsi qu’à Babelio pour m’avoir proposé ce partenariat privilégié que j’ai beaucoup apprécié.

Pour un premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est déconcertant de maîtrise : maturité de l’écriture, intelligence des dialogues, justesse psychologique, personnages brillamment construits…
Son originalité repose sur le fait que Celeste Ng nous emmène explorer le passé des protagonistes principaux pour mieux découvrir la vérité sur ce qui s’est passé cette fameuse nuit où Lydia a quitté silencieusement la maison. Avec posées en filigrane ces questions obsédantes :  Le désespoir est-il forcément héréditaire ? Jusqu’où doit-on pousser nos enfants à réussir leur scolarité et leur vie ? Où commence le vivre par procuration ? Jusqu’où peut-on se réaliser à travers ses enfants lorsqu’on pense avoir raté sa vie ? Pour quelles conséquences ?
Car au fond, il importe moins dans ce roman de découvrir ce qui est arrivé à la jeune Lydia que les circonstances qui ont formé le drame. C’est pourquoi, même si nous brûlons de découvrir le fin mot du mystère de la mort de la jeune fille (accident, suicide, meurtre ?), le cheminement pour y parvenir est tout aussi passionnant à suivre que la résolution de l’énigme en elle-même. Et ce, d’autant plus que les personnages, sont l’un des points forts principaux du roman.  Des personnages humains donc imparfaits mais très attachants malgré eux et leurs défauts. Ils m’ont tous touché chacun à leur façon, agacés ou déçus parfois. Mais jamais ne m’ont laissé indifférente.
Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est un roman troublant qui interroge et prend á parti son lecteur. Comme pour dire : Voyez qui sont ces gens, voyez ce qu’ils ont affronté et voici ce qu’ils sont devenu. Et vous ? Qu’auriez-vous fait à leur place ?
A sa manière bien particulière, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng se lit comme un véritable page-turner. Certes, ce très bon roman noir ne vous donnera pas forcément envie de passer une nuit blanche pour le terminer mais pour autant, une fois totalement immergé dans l’histoire, vous n’aurez pas envie de le reposer tant l’auteure parvient à nous maintenir en haleine tout du long, nous donnant envie d’en apprendre toujours davantage sur cette famille Lee, en apparence si tranquille.
La famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants, dit-on. Peut-être est-ce vrai ? Du moins est-ce ce que l’on ne peut s’empêcher de penser en tournant la dernière page de ce très bon roman noir qu’est Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng. Une Laura Kasischke (auteure que j’adore) en devenir. En tout cas, c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

[Challenge de Calypso] « La Preuve de sang » de Thomas H. Cook

2012 Editions Folio (Policier)

Langue française – 468 pages | Traduit par Gaëtane Lambrigot

Temps de lecture : 3 jours

Note4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Quelques semaines après la mort de sa grand-mère qui l’a élevé, Kinley, auteur à succès de livres d’enquête basés sur des faits divers aussi réels que sanguinolents, doit retourner dans sa petite ville natale de Géorgie afin d’enterrer son meilleur ami, Ray Tindall. Sur place, Kinley apprend que Ray travaillait sur l’affaire du meurtre d’une adolescente commis en 1954 et à la suite duquel un innocent a été condamné et exécuté. Devant les supplications de la fille de Ray, Kinley accepte de reprendre le flambeau… Remontant la piste du travail effectué par son ami, Kinley épluche les minutes d’un procès arrangé renvoyant à un passé trouble. Il finira par découvrir la vérité sur les notables de la petite ville mais aussi et surtout sur lui-même et ses origines…

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Une entame déstabilisante où l’auteur nous plonge brutalement dans l’intrigue sans présentation du personnage central ni de l’univers dans lequel il gravite.
À ce point que j’ai pensé avoir le tome X d’une série entre les mains. Or, ce n’est apparemment pas le cas.
Fluide, l’écriture de Thomas H. Cook ne casse pas trois pattes à un rossignol mais elle remplit sa mission principale : elle est efficace. C’est avant tout ce qu’on lui demande. La preuve, une fois commencé ce thriller est difficile à refermer même à poser sur la table de chevet pour dormir. J’ai du mobiliser toute ma volonté pour ne pas le dévorer en une nuit (blanche). Au lieu de cela, j’ai préféré faire durer le plaisir. Plus on en apprend sur l’intrigue et plus on veut en savoir. C’est addictif.  L’ambiance des procès au tribunal comme l’atmosphère d’une petite ville américaine où tout le monde se connait, s’épie et médit des uns des autres, sont réussies.   Je n’avais pas lu de thriller depuis plusieurs semaines. Un désamour motivé par plusieurs déceptions successives. Sans m’avoir totalement réconciliée avec le genre, car il n’est pas exempt de défauts, notamment de longueurs et de répétitions, La preuve de sang m’a fait passer un très bon moment de suspense. Ce roman distille les fausses pistes avec brio jusqu’à un final surprenant comme je les affectionne.
C’était l’occasion pour moi de faire la connaissance de Thomas H. Cook. Cet essai se doit d’être confirmé. Ce que je ferai avec plaisir. Pourquoi pas en lisant « Les feuilles mortes » dont je n’entends dire que du bien ?

[Contemporain] Baby Challenge 2014 « La ballade de Lila K » de Blandine Le Callet

2012 Editions Le Livre de Poche
Langue française – 354 pages
Temps de lecture : 2 jours
Notecoupdecoeur
Synopsis

La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité. Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère.

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Surprenant, l’adjectif convient à merveille à ce roman. Je ne m’attendais pas du tout à être si « captivée » à sa lecture. Et au final, à ce que  ce soit mon premier top 2014.
Il faut dire que l’action commence instantanément, et durant les premiers chapitres la lecture se fait presque à tâtons. Il faut alors accepter de faire confiance à Blandine Le Callet, de lui donner la main et de se laisser guider par son écriture énergique sans savoir ni où l’on est, ni où l’on va, ni pourquoi.
Une immersion délicieusement déstabilisante, en vérité.

B. Le Callet s’affranchit parfaitement de ses pairs, notamment G. Orwell, pour réinterpréter avec profondeur et sensibilité le style anticipatif. Ça grouille d’idées, d’inventivité. L’intrigue est difficile à dater dans le temps et plus le récit avance, plus les indices recueillis nous font comprendre que nous sommes dans un futur alternatif.
La vivacité de plume de Blandine Le Callet est également un indéniable atout dans ce récit à la première personne mené avec maitrise.

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, en plus du personnage de Lila qui m’a beaucoup plu, et que je n’oublierai pas de sitôt, ce sont les petites touches de SF qui parsèment le récit, auxquelles on ne s’attend pas, et qui donnent un climat très étrange à cette histoire toujours en subtil décalage avec la réalité, à mi-chemin entre réalisme et anticipation. Le tout se déroulant dans une société totalitaire aux codes sociaux dévoyés qui annihilent toute liberté individuelle. Ça fait froid dans le dos.

Lila K. Quelle héroïne attachante ! J’ai adoré sa personnalité, son caractère, ses sarcasmes.  J’aurai aimé l’accompagner plus avant sur son chemin de vie. À la fin, j’étais triste de la quitter. J’aurai voulu rester près d’elle plus longtemps et savoir ce que la vie lui réservait. De grands bonheurs, j’espère !

[Masse critique Babelio] « Zoo City » de Lauren Beukes

Editions Eclipse (2011) (Presses de la Cité)
333 pages | Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Temps de lecture : 3 jours
Note coupdecoeur
Synopsis

Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne
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Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu’ouvrant un livre pour  en lire les vingt premiers chapitres, je n’avais senti d’emblée se profiler le coup de cœur.   
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l’enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF. 
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d’Orwell), ce roman dystopique m’a bluffée ! Tant par l’originalité de son univers,  la profondeur des concepts proposés, que par la  maitrise indéniable de l’auteure, qui tient son histoire d’une main de fer, tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant. 
Jusqu’à présent, je n’avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j’avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m’avait pas plus impressionnée que le roman ne m’avait transcendé.
D’où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.

Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l’univers en nous plongeant aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l’objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.

Celles et ceux qui ont lu l’intégrale de l’excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j’avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d’animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s’arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d’un univers fascinant et tous deux l’utilisent comme un outil d’exploration de l’âme humaine, et de ses travers, afin d’interroger  les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l’idée d’un animal-lié à un être humain en tant qu’âme chez l’un, et en tant qu’incarnation de la culpabilité d’un individu ayant commis un acte répréhensible chez l’autre, L. Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l’habillant de son propos désenchanté, et en le proposant dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu’inattendue, où elle laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l’évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.

Ce qui m’a le plus séduit chez Zinzi, c’est son côté marginale, voire amorale, de  bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d’un sacré punch, Zinzi (qui m’a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. Non seulement, l’intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé mais surtout celui-ci nous tient en haleine au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n’en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m’a ravi plus d’une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d’entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.

Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu’à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.

1) Le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive  (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?). 
Je ne le pense pas, bien au contraire. J’avoue donc sans honte aucune que certains passages m’ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l’on y prend, rassurez-vous. 
2) Le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l’intrigue principale : extraits de mail, de livres, d’articles, et de documents d’archives officiels …
3) L’enquête policière n’est pas d’un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l’accent est surtout mis sur l’univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d’ailleurs. Dès lors, la conduite de l’enquête devient prétexte à explorer un monde étrange,  ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d’interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) Le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s’installe dans les derniers chapitres. Lesquels s’étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. De plus, je n’avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient trouver à s’assembler et à se résoudre dans la conclusion. Et j’ai tremblé pour les personnages principaux jusqu’à la toute fin du roman.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de cœur, mais un coup de cœur tout de même. 
À découvrir et à faire découvrir.

Je remercie donc triplement Babelio. En premier lieu, pour m’avoir accordé une fois de plus leur confiance, deuxièmement pour l’envoi de ce roman SF (que je n’aurai sans doute jamais lu si le sort n’en avait décidé autrement) et enfin pour l’immense plaisir que m’a procuré sa lecture.

 

« Charley Davidson, 3, Troisième tombe tout droit » de Darynda Jones

Editions Milady (2012)

413 pages | Traduit par Isabelle Pernot

Temps de lecture : 4 jours 

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis 

Détective privé paranormal. Sinistre faucheuse extraordinaire. Peu importe. Charley Davidson est de retour ! Et elle boit de grandes quantités de café pour rester éveillée, parce que chaque fois elle ferme les yeux, elle le voit : Reyes Farrow, le mi-humain, mi-mannequin fils de Satan. D’accord, elle a fait emprisonner Reyes pour toute l’éternité. Mais comment est-elle censée résoudre un cas de personnes disparues, traiter avec un médecin à l’ego sur-dimensionné, calmer son père grincheux, et attraper un gang de motards déterminé à assassiner, quand le fils du diable ne veut tout simplement pas renoncer à son plan de séduction… et de vengeance?

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Après deux très bons tomes, la série marque un peu le pas et rentre dans le rang de l’urban fantasy « moyenne ».

Ce troisième tome m’a pas mal déçue. L’intrigue principale, la disparition d’une femme mariée, ressemble beaucoup à celle du tome précédent et n’est pas franchement passionnante.

Moins drôle que les précédents, l’humour m’a même semblé forcé à certains moments. Notamment dans les dialogues Charley/Cookies qui sont d’habitude hilarants. Problème de traduction ? Ou alors le duo fonctionne moins bien qu’avant ?

L’histoire entre Charley et Reyes piétine. Et je dois dire que le côté Jekyll et Mister Hyde du personnage de Reyes est un peu déstabilisant.

Moi qui généralement dévore chaque tome de la saga, cette fois, j’ai mis beaucoup plus de temps à terminer car je « calais » souvent et j’avais besoin de lire autre chose, tout simplement parce que je trouvais le temps long.

La fin est un peu plus prenante mais elle me fait craindre le pire pour la suite de la saga. En effet, c’était trop beau pour que ça dure J’apprécie cette série parce que contrairement à bien d’autres, l’héroïne n’avait pas une vie amoureuse compliquée avec des prétendants à la pelle et une tendance comme tant d’autres héroïnes de bit-lit qui m’insupportent à flirter avec tout ce qui porte un pantalon. Bref, j’aimais le fait que la saga ne se focalise pas trop sur la romance et ne npus propose pas ces éternels triangles amoureux qui semblent la condition Sine qua non de la plupart des romans de ce genre. Hélas, les dernières pages ne m’ont pas rassuré. J’ai bien peur que dans les prochains tomes, Charley ne devienne une autre Anita Blake, Cookie Stackehouse et cie… Je sens venir le quatuor sentimental de loin et je sais que cela va m’énerver…

Je me suis ennuyée. Ma sévérité va donc de pair avec ma grosse déception. 

J’espère quand même que le quatrième tome redressera la barre et me donnera tort car cela m’ennuierait de devoir abandonner cette série et son héroïne que j’affectionne tout particulièrement. 

[LC] « Le Treizième conte » de Diane Setterfield

Editions Pocket (2008)

567 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 

Synopsis

Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l’écart du monde, s’est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd’hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l’extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l’invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l’imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité…

Autant j’ai éprouvé de la difficulté à m’immerger dans l’histoire (davantage encore à m’habituer au style un peu empesé voire amidonné comme un col de chemise, quoique joli et poétique de Diane Setterfield) autant passées les 150 premières pages, je n’ai plus réussi à refermer ce roman tant, entre-temps, l’intrigue était devenue passionnante.

Diane Setterfield, c’est palpable, tant dans la recherche du mot juste que dans la construction raffinée des personnages et de l’intrigue, semble apprécier la littérature victorienne. Elle nous donne d’ailleurs d’excellents conseils de lecture au sein même du récit. Son roman s’approprie avec bonheur les ambiances délicieusement « vieille angleterre », les atmosphères feutrées et brumeuses en même temps que les codes romanesques. Ce que confirme le soin apporté aux descriptions des paysages désolés de cette contrée prise dans un linceul de brouillard, de vent et de neige.

Nul doute pour moi que D. Setterfield rend ici un vibrant  hommage  aux plumes magistrales des grandes romancières que furent Jane Austen ainsi qu’ Emily et Charlotte Brontë. Ces échos surranés donnent beaucoup de charme à ce roman trés immersif.

Par son évocation des gouvernantes laides et soigneuses (Hester) et son mystère latent, le roman m’a fait souvent songer à Jane Eyre (encensé plus d’une fois par l’héroïne du livre) mais aussi bien sûr aux Hauts de Hurle-vent (évoqué là encore par D. Setterfield).

Non sans rappeler le trés bon roman Le jardin des secrets de l’australienne Kate Morton, de par son aspect saga familiale, Le treizième conte prend des allures d’enquête policière tout autant que de roman initiatique pour sa narratrice principale, qui profite de la rédaction d’une biographie d’une célèbre auteure de romans à succés pour partir sur les traces de son propre passé et en quête d’elle-même. Le procédé narratif est astucieux et laisse une grande place au traitement des personnages notamment sous l’angle psychologique.

Le tout est savamment auréolé de mystère et d’une pointe d’étrangeté qui nous fait échafauder mille hypothèses tout au long de notre lecture. Si j’avais commençé à effleurer (un peu) la résolution de l’égnime vers le milieu du roman, bien des choses ont réussies à me surprendre tout de même.  L’auteure nous gratifiant d’un sacré coup de théâtre mais chut …

Je garde toutefois quelques réserves quant à certains arrangements narratifs qui m’ont semblés un peu hasardeux mais hormis cela, et les longueurs que comportent souvent inutilement le roman, j’ai passé un trés bon moment avec ce roman fort appréciable dont  les personnages sont fascinants. Un roman qui célèbre avec poésie la magie des livres et le bonheur de lire. Sujet qui me tient beaucoup à coeur. Et comme j’ai un gros faible pour les livres qui parlent… de livres en exaltant la beauté de l’acte de lecture mais aussi de l’acte d’écriture, ce roman ne pouvait que me plaire…

[Partenariat] « Défi à Sherlock Holmes » de Béatrice Nicodème

Editions Hachette (Jeunesse) (2012)

224 pages

Temps de lecture : 3 h

Note : 

Synopsis 

Londres à la fin du XIXe siècle…
Une série de crimes particulièrement atroces tient la police en échec. Et voilà que le mystérieux assassin va jusqu’à lancer un défi à Sherlock Holmes en personne ! Une femme de la haute société, la bonne d’un prêtre, une couturière un égyptologue de renom, mais qui seront les prochaines victimes ?

Holmes et Watson jouent parfaitement leur partition à quatre mains dans ce roman-hommage dont Conan Doyle n’aurait pas à rougir. Les deux compères se renvoient la balle avec malice pour notre plus grand plaisir. Tout le petit monde inventé par Sir Doyle répond présent et on croise avec bonheur les figures récurrentes des nouvelles originelles.

Jamais dénaturés ou affaiblis, Holmes et Watson sont fidèles à eux-mêmes dans cette nouvelle aventure. J’ai, au contraire, eu continuellement l’impression d’avoir sous les yeux les personnages originels surtout lors de leurs chamailleries irrésistibles. Personnalités, traits de caractère, défauts et travers, tout concourt à nous offrir les personnages tels que Doyle a su nous les faire découvrir et aimer.

Le sens du détail de Béatrice Nicodème est à lui seul remarquable, cela va jusqu’à préciser l’essence du bois de la pipe que fume Sherlock. Il est évident que l’auteure a beaucoup lu Conan Doyle avant d’écrire cette suite et la lectrice (et amatrice du célèbre détective) que je suis ne saurait que trop la remercier de son professionnalisme.

De plus si, sur la forme l’entreprise est réussie, le fond n’est pas en reste non plus. L’intrigue policière est intéressante, le rythme bien dosé et la fin surprenante. L’écriture de Béatrice Nicodème est fluide et sait se faire évocatrice lorsqu’il s’agit d’animer ce Londres de cette fin de 19ième siècle en le nourrissant de références culturelles passionnantes, mais aussi espiègle avec ces petites pointes d’humour offertes çà et là.

Si je craignis en ouvrant le livre, estampillé jeunesse, de me trouver en présence d’une aventure trop enfantine, il n’en est rien bien heureusement. Rien n’est édulcoré. Pas même les crimes sanglants ou les allusions à la toxicomanie de Sherlock.

Hormis quelques (petites) réserves concernant l’épilogue du roman qui à mon sens n’était pas nécessaire car trop invraisemblable, aucune autre fausse note n’est à déplorer concernant ce roman que j’ai trouvé très agréable à lire et très respectueux envers l’univers, les personnages et les codes holmiens que Béatrice Nicodème manie avec talent.  

Avec ce Défi à Sherlock Holmes, c’est à elle-même que Béatrice Nicodème lance un défi, et elle le réussit haut la main.

Merci à Hachette jeunesse et Livraddict pour cette belle découverte et à Béatrice Nicodème pour les moments délicieusement récréatifs que j’ai passé grâce à elle.