Tagué: Dystopie

« Silo, 1 » de Hugh Howley

2013 Editions Actes Sud (Exofictions)

Langue française – 558 pages | Traduit par Yoann Gentric et Laure Manceau

Temps de lecture : 5 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Dans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres. 
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin.
Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

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Je ne sais que penser de ce roman. Je l’ai aimé sans vraiment l’aimer. 
Pourtant, cette dystopie possédait tous les ingrédients pour me plaire : l’intrigue est solide, l’univers dense, les personnages attachants et l’écriture efficace.
Oui, mais voilà, je l’ai trouvé souvent trop long et trop descriptif. Certains moments sont passionnants mais beaucoup d’autres d’un intérêt plus que discutable, voire carrément plats. Au point où j’avais envie de sauter des pages, parfois.
La mise en place est notamment très longue. L’auteur prend presque 200 pages pour installer son univers, ses personnages et les enjeux de ce premier tome. Cela est nécessaire, je le conçois. N’empêche que l’on s’ennuie à mourir pendant ce temps-là. J’avoue que je me suis ennuyée plus souvent qu’à mon tour. J’ai même failli abandonner plusieurs fois. À chaque fois, l’envie d’en apprendre davantage sur le Silo et sur les raisons de son existence m’a dissuadé de le faire.
Les moments Juliette/Lukas sont ceux qui m’auront le plus « accrochés », en définitive. Surtout vers la fin. À ce moment du récit, les choses s’accélèrent (enfin) et le roman devient plus prenant voire haletant.

Bref, je suis déçue de ne pas avoir aimé davantage et je ne sais pas si je lirai la suite. Le charme ou la magie n’ont pas opérés totalement sur moi.

Néanmoins, j’encourage à la découverte de ce roman. Je suis certaine qu’il saura plaire à beaucoup de lecteurs friands de dystopie (et plus patients que moi ;))

[Masse critique Babelio] « Zoo City » de Lauren Beukes

Editions Eclipse (2011) (Presses de la Cité)
333 pages | Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Temps de lecture : 3 jours
Note coupdecoeur
Synopsis

Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne
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Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu’ouvrant un livre pour  en lire les vingt premiers chapitres, je n’avais senti d’emblée se profiler le coup de cœur.   
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l’enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF. 
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d’Orwell), ce roman dystopique m’a bluffée ! Tant par l’originalité de son univers,  la profondeur des concepts proposés, que par la  maitrise indéniable de l’auteure, qui tient son histoire d’une main de fer, tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant. 
Jusqu’à présent, je n’avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j’avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m’avait pas plus impressionnée que le roman ne m’avait transcendé.
D’où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.

Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l’univers en nous plongeant aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l’objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.

Celles et ceux qui ont lu l’intégrale de l’excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j’avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d’animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s’arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d’un univers fascinant et tous deux l’utilisent comme un outil d’exploration de l’âme humaine, et de ses travers, afin d’interroger  les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l’idée d’un animal-lié à un être humain en tant qu’âme chez l’un, et en tant qu’incarnation de la culpabilité d’un individu ayant commis un acte répréhensible chez l’autre, L. Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l’habillant de son propos désenchanté, et en le proposant dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu’inattendue, où elle laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l’évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.

Ce qui m’a le plus séduit chez Zinzi, c’est son côté marginale, voire amorale, de  bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d’un sacré punch, Zinzi (qui m’a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. Non seulement, l’intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé mais surtout celui-ci nous tient en haleine au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n’en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m’a ravi plus d’une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d’entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.

Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu’à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.

1) Le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive  (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?). 
Je ne le pense pas, bien au contraire. J’avoue donc sans honte aucune que certains passages m’ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l’on y prend, rassurez-vous. 
2) Le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l’intrigue principale : extraits de mail, de livres, d’articles, et de documents d’archives officiels …
3) L’enquête policière n’est pas d’un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l’accent est surtout mis sur l’univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d’ailleurs. Dès lors, la conduite de l’enquête devient prétexte à explorer un monde étrange,  ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d’interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) Le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s’installe dans les derniers chapitres. Lesquels s’étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. De plus, je n’avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient trouver à s’assembler et à se résoudre dans la conclusion. Et j’ai tremblé pour les personnages principaux jusqu’à la toute fin du roman.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de cœur, mais un coup de cœur tout de même. 
À découvrir et à faire découvrir.

Je remercie donc triplement Babelio. En premier lieu, pour m’avoir accordé une fois de plus leur confiance, deuxièmement pour l’envoi de ce roman SF (que je n’aurai sans doute jamais lu si le sort n’en avait décidé autrement) et enfin pour l’immense plaisir que m’a procuré sa lecture.

 

« Syrli, 1 » de Meagan Spooner

Editions Milan (Macadam) (2013)

402 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Dans un monde normal, Syrli pourrait être une jeune fille comme les autres. Aller au lycée. Tomber amoureuse. Se disputer avec ses parents… Mais Syrli ne vit pas dans ce monde-là. Son monde est en lambeaux, l’humanité ne tient qu’à un fil. Une seule ville a réchappé de la destruction, protégée du chaos extérieur par une barrière d’énergie. Pour fonctionner, elle est alimentée par l’énergie vitale dégagée par certains adolescents aux pouvoirs particuliers : les renouvelables. Syrli serait des leurs, mais refuse d’être réduite à une simple batterie humaine. Une seule issue : la fuite.
 

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Un univers solide qui sait se montrer original, une forme innovante de magie, des enjeux narratifs et des personnages intéressants font de ce premier tome une bonne surprise.

Syrli m’a parfois agacé avec son comportement puéril mais elle se rattrape dans la dernière partie. Quant aux autres protagonistes, Kris, Oren, Nyx, Dorian et les autres, je les aient trouvé également intéressants à rencontrer tout au long de l’histoire.

Découpée en trois grands axes, une première partie accrocheuse, une deuxième un peu plus classique en dystopie et par conséquent légèrement moins prenante et une troisième et dernière partie intensément immersive, surprenante et émouvante, l’intrigue est équilibrée et rythmée, même si la seconde partie un peu plus axée sur la psychologie des personnages est un peu plus lente. Et quelle fin ! certaines révélations sont vraiment inattendues ! (Pour une fois, qu’un auteur parvient à me surprendre…). 

Rarement, j’ai eu autant envie de lire une suite.

Malgré quelques bémols, notamment en ce qui concerne la reprise d’éléments déjà présents dans d’autres dystopies jeunesse, Syrli est un très bon roman qui se place sans problème dans la lignée de Never Sky ou Divergente et je peux dire que je ne suis pas loin d’avoir adoré ce livre. J’ai passé un très bon moment.

« Insaisissable, 1, Ne me touche pas » de Tahereh Mafi

Editions Michel Lafon (2012)

373 pages

Titre original : Shatter Me, book 1 (2011)

Temps de lecture : 2 jours 

Note 

Synopsis

“Ne me touche pas” je lui murmure. Je mens mais ne lui dis pas. J’aimerai qu’il me touche mais ne lui dirais jamais. Des choses arrivent quand on me touche. Des choses étranges. De mauvaises choses. Des choses mortelles.
Juliette est enfermée depuis 264 jours dans une forteresse pour un accident. Un crime. 264 jours sans parler ni toucher personne. Jusqu’au moment où un gardien vient partager sa cellule. Derrière sa nouvelle apparence, elle le reconnaît : c’est Adam, celui qu’elle aime en secret depuis toujours.

Ce roman souffre beaucoup de la comparaison avec d’autres excellentes dystopies récentes,  Legend, Never Sky ou Glow pour ne pas les citer, force est d’avouer qu’Insaisissable fait pâle figure en ce qui concerne ses ambitions dystopiques.

Ce premier tome est bien plus axé sur la romance entre les deux personnages principaux que sur la dystopie qui est vite oubliée en cours de route par l’auteure. Il s’agit davantage d’un roman fantastique destinée à la jeunesse que d’une réelle dystopie même si la deuxième partie du roman se montre plus fantastique et rythmée que le début uniquement voué à l’amour naissant entre les héros.

Pourtant, le début est bon, le lecteur déstabilisé dés les premiers mots, ne sait ni où il se trouve ni ce qui se passe. Juliette, l’héroïne principale, commence à se raconter et le lecteur doit être attentif pour tenter d’y voir plus clair. S’ensuit l’irruption d’un mystérieux compagnon de cellule pour notre prisonnière et c’est à ce moment que l’intrigue démarre vraiment. Hélas, les choses se gâtent assez vite lorsqu’oubliant son univers dystopique en route Tahereh Mafi verse trop rapidement vers la romance « fleur bleu », voire mièvre, il y a beaucoup de scènes de « bisous-bisous », les personnages prennent beaucoup de douches tout habillés (ben, c’est un concept apparemment) et passent énormément de temps à se faire « gouzi-gouzi » (restons polie, il y a des enfants) mais sans aller plus loin. J’ai eu l’impression de revoir Edward et Bella dans cette première partie qui m’a semblé ennuyeuse. 

Néanmoins, malgré un côté fleur bleu trop prononcé, on ne peut pas dire que ce roman soit médiocre. Il procure des émotions et parvient à intéresser le lecteur même si ce n’est que par intermittence.

L’ensemble doit surtout énormément aux deux personnages vedettes qui se trouvent être trés sympathiques surtout Juliette, l’héroïne dont j’ai aimé à la fois la sensibilité et le caractère affirmé, et à Adam un jeune homme attentionné et romantique. Mais aussi à la trés belle plume de Tafereh Mafi (hormis dans les dialogues où l’absence systématique de négation m’a vite agacée) qui nous offre de jolis moments de poésie avec des métaphores souvent surprenantes et originales. Sans ces deux éléments, je pense que je n’aurai pas aimé le roman car sa trame est trop classique et pas assez approfondie. L’univers futuriste n’est pas assez travaillé et le méchant, Warner, m’a semblé assez caricatural ce qui le rend grotesque dans certaines situations.

Est-ce que je vous parle de la fin too much ou est-ce que vous voulez avoir la surprise ? Bon, allez, je me tais, je vous laisse découvrir par vous-même cette fin, comment dire ? très cheap 

Ce ne sera donc pas un coup de coeur pour moi, le roman comporte bien trop de défauts pour cela mais si vous aimez le fantastique jeunesse honnête et sans prétention, je vous conseille ce premier tome, en espérant que la saga se concentrera davantage sur l’aspect dystopique dans les prochains tomes.

« Mission Nouvelle Terre, Glow, 1 » d’Amy Kathleen Ryan

Editions du Masque (MsK)

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 388 pages
Traduit par Alice Delarbre

Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2011
Titre VO : Sky Chasers series, book 1 : Glow

Genre : JeunesseScience-Fiction

Temps de lecture : 4 h

Note 

Synopsis

Alors qu’elle vient de fêter son 15ème anniversaire, Waverly n’a connu qu’un seul foyer, l’Empyrée, une navette spatiale à destination de la Nouvelle Terre.
Sa mission : mettre au monde les enfants qui peupleront la planète. Tous la destinent à Kieran, son ami d’enfance et le futur capitaine du vaisseau. Pourtant Waverly aspire à une autre vie et les silences de son ami Seth l’attirent davantage que les exploits de Kieran.
Lorsque le navire jumeau de l’expédition attaque l’Empyrée pour enlever toutes les jeunes filles, plus le temps de s’interroger. Waverly et ses amies doivent survivre dans un milieu hostile aux pratiques très différentes des leurs.

Wouch ! J’ai adoré ce roman. D’habitude, je n’aime pas spécialement les romans SF mais Glow est une réussite totale.

La première idée de génie de l’auteure est d’avoir agencé son monde dystopique au cœur du cosmos. Répartissant deux groupes de colonisateurs dans des vaisseaux spatiaux censément alliés dans leur mission mais gangrénés par la jalousie et la haine. Ces engins mandatés par le gouvernement terrien pour faire route vers une nouvelle planète où implanter les générations humaines futures après que leurs ancêtres aient rendu notre bonne vieille terre, inhabitable pour cause de pollution. Rapidement, et pour des raisons troubles que l’on découvre au fil de la lecture, les flottes deviennent rivales et dès lors, vont se livrer une lutte sans merci où tous les coups sont permis. Autant dire que l’univers proposé tranche totalement avec les mondes dystopiques auxquels nous sommes habitués depuis quelques temps. 

Cette opposition à distance entre les deux vaisseaux ennemis débouche alors sur un huit-clos spatial haletant où s’affrontent deux communautés mais davantage encore deux conceptions opposées de l’existence et deux croyances rivales.

La narration nous permet d’avoir un œil dans chaque vaisseau à la fois. Le lecteur ne rate rien de ce qui se passe à bord de ces engins en plein bras de fer interstellaire. Il était si impensable pour moi de refermer le livre sans savoir ce qui allait se passer dans la partie suivante que je l’ai lu en quatre petites heures à peine. Ce roman se lit à la vitesse de la lumière grâce à son écriture vive comme une étoile filante et à son intrigue aussi brillante que le firmament.

Remarquable par l’intelligence de son propos, Glow possède une rare profondeur pour un roman destiné à la jeunesse. Il ouvre de multiples pistes de réflexions à son lecteur. Ainsi sont passées au crible  la responsabilité des hommes dans le déclin de la planète, la religion, le fanatisme et les dérives sectaires, la noirceur de l’âme humaine rongée par l’ambition et recherchant sans cesse le pouvoir. Terrifiant de voir à quelle vitesse, un individu peut devenir un tyran pour peu qu’on lui en laisse la possibilité. J’ai trouvé un petit côté Sa Majesté des mouches à ce récit. Quand les adultes ne sont pas là, les enfants révèlent des facettes inquiétantes de leur personnalité.

La psychologie des protagonistes est une chose qui est beaucoup mise en avant dans l’intrigue. Intelligemment, AK Ryan se refuse à figer ses personnages dans un courant de pensée quelconque et les fait évoluer de manière surprenante de bout en bout du roman. Rejetant tout manichéisme, l’auteure engendre des personnages très contrastés. Balloté d’une indignation à l’autre, face aux motivations égoïstes de chacun, le lecteur ne sait plus pour qui prendre parti au fur et à mesure qu’il avance dans le récit. Les personnages principaux, en particulier masculins, sont d’une grande complexité et difficilement appréciables. Plus sympathique, Waverly est une héroïne comme je les aime. C’est une battante, une fonceuse, elle a du caractère et le montre. Parmi les personnages secondaires, on trouvera aussi quelques personnalités intéressantes qu’il sera bon de voir évoluer dans les prochains tomes.   

Pour faire court, disons que l’on est loin d’un antagonisme simpliste : les bons contre les méchants. La morale de Glow est très nuancée, ni blanche, ni noire, elle est réaliste et assez pessimiste quant à l’humanité et ses vicissitudes. Glow nous met le nez dans le nauséabond de la nature humaine.

Ce roman très immersif nous fait vivre une expérience ethnologique fascinante car au final, en usant d’un microcosme, AK Ryan nous met face au reflet à peine déformé de notre société. C’est sur notre propre monde actuel et ses dérives que l’auteure nous fait poser un regard critique. Et ça, c’est très fort !

J’ai beau chercher, je ne trouve aucun reproche à faire à ce premier tome, tout m’a plu et transporté. J’adhère à cent pour cent. C’est un gros coup de cœur

Je remercie infiniment Karline pour avoir organiser le concours qui m’a permis de remporter ce roman génial et les Editions du Masque (MsK) pour l’avoir soutenu dans sa démarche.

Vivement la suite !

« Never Sky » de Veronica Rossi

Editions Nathan
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 384 pages
Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2012
Titre VO : Under the Never Sky
Genre : JeunesseScience-Fiction
Temps de lecture : 2 jours
Note 
Synopsis
Les mondes les ont tenus séparés.
Le destin les a réunis.
Aria a vécu toute sa vie dans le dôme de protection de la Contemplation. Son monde entier a été confiné à ces lieux, elle n’a jamais pensé à rêver de ce qui se trouve au-delà de ces portes. Alors, quand sa mère disparait, Aria sait que ses chances de survivre dans ce désert à l’extérieur assez longtemps pour la retrouver sont minces. Aria rencontre ensuite un étranger nommé Perry qui est aussi à la recherche de quelqu’un. C’est aussi un sauvage mais il pourrait être son meilleur espoir de rester en vie. S’ils peuvent survivre, ils sont le meilleur espoir de l’un l’autre pour trouver des réponses.

Sur ma petite échelle dystopique personnelle, Never sky se place entre Divergent et Legend. C’est un excellent roman et j’ai passé un trés bon moment en le  lisant. Mais il y a quelques bémols à mon enthousiasme.

Fort d’un univers plus qu’original, à l’instar de Legend de Marie Lu, Never Sky décline des personnages solides mais se contente d’offrir une intrigue des plus basiques ayant pour moteur l’antagonisme entre deux mondes et deux personnages que tout oppose. Des ennemis qui commenceront par se détester au nom des préjugés qu’on leur a inculqués l’un envers l’autre avant de s’allier puis d’éprouver des sentiments l’un pour l’autre. La trame est classique. Legend usait du même procédé et d’ailleurs, moins rapide, le rapprochement entre Peregrine et Aria, parait peut-être plus crédible que celui qui s’opère dans le roman de Marie Lu.

Cependant, Peregrine et Aria sont beaucoup moins attachants que June et Day. Aria m’a même fortement agacée. Je l’ai trouvé idiote et égoïste, souvent injuste envers les autres. Peregrine est un personnage sympathique mais moins touchant que Day pour moi. J’ai trouvé le jeune homme un peu froid.

Si je devais mettre l’accent sur ce qui m’a empêché d’avoir un coup de cœur pour ce roman dystopique, pourtant excellent, je pointerai du doigt deux choses : 1) les problèmes de rythme dans le récit, certains passages sont un peu lents et je me suis parfois un peu ennuyée. 2) mon incapacité à ressentir pleinement les émotions des personnages ou même à m’angoisser pour eux (au contraire de Legend ou j’avais vraiment le ventre noué pour Day). Même lors de la rencontre avec les terribles Faucheux, je ne me suis pas senti inquiète pour les héros. Peut-être parce que Peregrine est présenté dès le départ comme un être fort et un combattant redoutable au contraire de Day qui n’est qu’un gamin espiègle de 15 ans ? Sans doute aussi parce que très vite, on comprend que les faiblesses de Peregrine ne sont pas d’ordre physique mais psychologique ? Je ne sais pas en fait mais je n’ai pas vraiment eu peur pour lui.

J’ai aimé l’aspect « féodal » des castes de « sauvages », les humains restés dans le monde extérieur et qui se sont organisés en tribus pour survivre et retrouver un semblant de société et ce, malgré les dangers de l’Ether (une belle trouvaille, ces orages d’Ether) responsable de mutations génétiques chez les nouvelles générations détentrices des Sens (des sens perfectionnés au point d’en devenir surhumains) : Odfiles, Aufiles et Vigiles. 

En résumé, j’ai ressenti envers ce roman une euphorie intermittente, tantôt captivée, parfois ennuyée. J’ai adoré les premiers chapitres. Le fait d’être plongée sans ménagement dans ce futur technologique où certains survivants vivent dans des capsules, passent le temps dans des mondes virtuels à vivre des émotions générées par des ordinateurs. J’ai apprécié la rencontre entre Perry et Aria. Mais ensuite nous entrons dans ce que j’appellerai le ventre mou du récit qui dure tout le temps du trajet pour rejoindre Marron. Et pourtant ce sont des moments nécessaires puisqu’ils permettent à nos deux personnages de faire plus ample connaissance et de faire évoluer leurs préjugés et leur relation. Lorsqu’Aria raconte sa vie sur Rêverie à Peregrine, c’est le lecteur qui en profite également en apprenant le fonctionnement de l’existence des sédentaires. Mais je n’ai pu m’empêcher de trouver ces passages (fondamentaux) longuets. D’autant, qu’assez vite, on voit venir certaines choses. Mais de nouveau, la jubilation est revenue dans la deuxième partie du livre et ne m’a quitté jusqu’à la fin.


« Legend, 1 » de Marie Lu

Editions Castelmore
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 285 pages
Traduit par Olivier Debernard
Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2011
Titre VO : Legend, book 1
Genre : JeunesseScience-Fiction
Temps de lecture : 5 heures
Note 
Synopsis
June est un prodige. À quinze ans, elle fait partie de l’élite de son pays. Brillante et patriote, son avenir est assuré dans les hauts rangs de l’armée. Day est le criminel le plus recherché du territoire. Originaire des quartiers pauvres, il sévit depuis des années sans que les autorités parviennent à l’arrêter. Issus de deux mondes complètement opposés, June et Day n’ont aucune raison de se rencontrer… jusqu’au jour où le frère de June est assassiné. Persuadée que Day est responsable de ce crime, June va le traquer… Mais est-elle prête à découvrir la vérité ?

Il est des livres qui peuvent se passer d’esbroufe ou d’artifices tout simplement parce que leur histoire et leurs personnages sont réussis et qu’ils savent procurer des émotions fortes sans avoir besoin de  jeter de poudre aux yeux du lecteur, Legend fait partie de cette catégorie.

Avec des ingrédients simples mais très bien dosés et maitrisés, à savoir une bonne intrigue, des personnages complexes et attachants et une écriture sobre et efficace, Marie Lu nous offre un très bon roman jeunesse. Et, sadique, se paie le luxe de jouer avec nos nerfs plus d’une fois. Ah ! comme j’ai pu frémir d’angoisse pour les héros, comme j’ai pu être indigné par le fonctionnement barbare de cette société totalitaire futuriste !  et comme j’ai pu adorer Day dés les premières lignes du roman ! Ce gamin est très touchant et ce qui ne gâche rien, bourré d’intelligence et de charme. Les relations qu’il entretient (à distance) avec sa famille sont très émouvantes. J’ai eu un peu plus de mal à m’attacher à June.  Mais j’ai apprécié qu’elle se remette en question et sa volonté de découvrir la vérité. Elle évolue de manière intéressante et le personnage m’a finalement séduit dans la deuxième partie.

L’univers dystopique n’est pas d’une folle originalité mais suffisamment bien construit pour retenir l’attention pleine et entière du lecteur malgré un très léger sentiment de prévisibilité.

Legend  est si prenant que je ne l’ai pas lâché du début à la fin. Un dénouement qui laisse d’ailleurs plein de questions ouvertes et donne irrésistiblement envie de lire très vite la suite !

Merci à Castelmore pour cette petite pépite.

L’avis de Cajou qui a aimé malgré des petites réticences.