Tagué: Drogue

[Challenge de Calypso, session « sans » ] « Sans faille » de Valentin Musso

 

2014 Editions Seuil

Française Langue française – 336 pages – Sortie : 6 Mars 2014

Temps de lecture
Note 3étoilesbon
Synopsis
Ils sont cinq. Cinq amis, la trentaine, qui se retrouvent après plusieurs années pour une randonnée dans les Pyrénées, le temps d’un week-end. Leur hôte, c’est Romuald, le gamin des cités à qui tout a réussi, et qui a invité Théo, Dorothée, David et Juliette dans son luxueux chalet. Mais connaît-il la montagne aussi bien qu’il l’a laissé croire? Le groupe s’égare, d’anciennes inimitiés ressurgissent, les secrets de chacun se font jour. Jusqu’au drame. Impensable. Imprévisible? C’est du moins ce qu’il croient, au début…

séparateur

Sur une trame on ne peut plus classique et codifiée de survivor en milieu naturel hostile et un synopsis des plus galvaudé : une sortie en montagne entre 5 amis plus ou plus proches mais que la vie a éloignée  qui tourne au huit-clos paranoïaque, on a déjà lu tellement de livres et visionné de film.
Autant le dire, Sans Faille ne révolutionne en rien le genre du thriller et quand les portables se mettent à ne plus fonctionner, faute de réseau à capter, l’histoire devient carrément téléphonée.

Toutefois, puis-je dire que je n’ai pas aimé ce roman ? Ce serait être malhonnête. Car dans l’ensemble, j’ai passé un moment de lecture plutôt sympa. D’accord, c’est du déjà-vu, mais Valentin Musso est un auteur malin qui sait y faire pour tenir son lecteur en haleine. Ici, il construit son intrigue de telle manière, notamment en multipliant les allers-retours entre passé et présent, que le lecteur fait l’effort. Il s’accroche malgré les nombreuses longueurs. Pourquoi? Mais parce qu’un mystère plane autour des relations passées entre les deux personnages masculins principaux. On devine dès le début qu’un drame s’est produit entre les deux anciens amis.

De ce drame, V. Musso ne nous dit rien ou presque, sinon quelques bribes pour nous hameçonner dans les premières pages. Appâté, pour ne pas dire ferré, le lecteur ne peut faire autrement que de continuer à dérouler la bobine. Car le mystère en question, dont les grandes lignes se dévoilent par à -coups tels des coups de piolet dans la roche, ne trouvera sa justification qu’à une trentaine de pages de la fin. Une fin, par ailleurs, très décevante et confuse que je crains de ne pas avoir saisie.

Remarquablement bien écrit pour un thriller (c’est suffisamment rare pour être signalé. Le genre ne se prête guère à une écriture recherchée), Sans Faille offre un moment d’évasion au lecteur mais s’auto-annihile par une mauvaise fin (que j’essaie encore de comprendre. Si vous l’avez comprise : faites-moi un petit topo dans les commentaires 😉 Merci d’avance !)… Dommage donc, car le lecteur ressort extrêmement frustré de cette histoire !

Du même auteur, j’avais davantage apprécié :

Les Cendres Froides

et surtout

Le Murmure de l’Ogre

 lechallengedecalypspo

[LC] «Love Letters to the Dead» d’Ava Dellaira

2014 Editions Michel Lafon

Langue française – 319 pages – Sortie : 7 Mai 2014
Temps de lecture : 3 jours
Note4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Au commencement, c’était un simple devoir. Ecrire une lettre à un mort.
Laurel a choisi Kurt Cobain, parce que sa grande soeur May l’adorait. Et qu’il est mort jeune, comme May. Très vite, le carnet de Laurel se remplit
de lettres où elle dresse son propre portrait de lycéenne, celui de ses
nouveaux amis, de son premier amour… Mais pour faire son deuil, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente, et faire face à ce qui s’est réellement passé, la nuit où May est décédée. Love letters to the dead est une lettre d’amour à la vie.

séparateur

Prétexte pour Laurel à se raconter, et surtout à raconter sa propre histoire (notamment le drame qui a touché sa famille de plein fouet six mois plus tôt), l’argument principal de ce roman : écrire des lettres à des personnes célèbres décédées, devient très vite une démarche artificielle, un mécanisme assez lourd.
Et pour être franche, je pense même que j’aurais préféré qu’Ava Dellaira s’abstienne d’utiliser cet artifice, pour nous narrer l’histoire de Laurel. Une histoire suffisamment forte et émouvante pour exister par elle-même, sans toutes ces fioritures inutiles.

Si j’ai beaucoup aimé Lauren, j’ai éprouvé des difficultés avec les personnages d’Hannah et de Natalie. Elles représentent l’archétype de la gamine délurée, dévergondée et superficielle que l’on retrouve, en règle générale, dans les romans jeunesse. Joints, beuveries, coucheries à seulement quinze ans ! Elles m’ont parfois agacée et je trouve qu’elles sont caricaturales. Je n’aimais pas que Laurel soit à ce point sensible à leur mauvaise influence et leur obéisse comme un bon petit chien, alors qu’elles l’entraine sur une pente dangereuse.

L’aspect : « l’émancipation s’obtient par les clopes, l’alcool, le sexe et la drogue et pour être considérée comme cool et être populaire, il faut se comporter comme une fille légère » m’a dérangé. C’est tout de même un roman jeunesse !

Le culte de Laurel pour May est assez incompréhensible (et énervant). J’aurais aimé que Laurel se rebiffe, fasse preuve de plus de caractère. Je la trouve trop passive et trop faible. Elle pleure un peu trop à mon goût, j’avais envie de la voir se rebeller, agir, faire quelque chose car pour moi le personnage subit trop !
Cela m’a agacé. Au delà de cela, Laurel est une jeune héroïne qui a su vraiment me toucher, par ses mots, par sa vie.

L’écriture en elle-même n’est pas extraordinaire, elle est même plutôt  quelconque, en vérité. Néanmoins, et c’est une chose à laquelle je ne m’attendais pas en ouvrant ce roman, il n’est pas rare de tomber au détour d’une phrase banale sur un véritable petit morceau de poésie pure, une perle qui vous décoche une flèche émotionnelle  en plein coeur.

J’ai connu un petit passage à vide aux alentours des 150 pages, je trouvais que cela tournait en rond, Laurel, ses copines, le lycée, les fêtes, Sky. Mais ensuite cela repart à la hausse et je n’ai plus réussi à refermer le bouquin jusqu’à la fin.

Certes, ce roman n’a rien de follement original ni de révolutionnaire, mais il possède un je ne sais quoi qui a su me toucher, un charme, une indéniable justesse, une simplicité, bref : cette humanité, qui rend certaines œuvres universelles, et les romans, attachants.

« Back Up » de Paul Colize

2013 Editions Folio (Policier)

Langue française – 496 pages

Temps de lecture : 4 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Bruxelles, 2010  Un sans-papier est renversé par une voiture devant la gare du Midi. Il est transporté dans un état grave à la clinique où l’on diagnostique un coma particulier, mieux connu sous le nom de Locked I Syndrom. L’homme ne peut communiquer que par le mouvement des paupières. La police tente de l’identifier, sans succès. Il est conduit dans un centre de réadaptation où l’un des kinés parviendra peu à peu à entrer en contact avec lui.  Berlin, 1967  Quatre musiciens anglais faisant partie d’un groupe de rock, Pearl Harbor, trouvent la mort dans des conditions et des lieux différents. La police ne trouve ni lien ni élément suspect et conclut à des morts naturelles. Les familles des victimes se tournent vers les médias. Un journaliste irlandais, intrigué par l’affaire, accepte de mener des investigations. X Midi, l’inconnu de la gare de Bruxelles, se souvient. Son enfance dans un Bruxelles qui « Bruxelles » encore, sa découverte avec sa mère des premiers Chuck Berry et d’Elvis Presley, son adolescence difficile à l’heure de l’euphorie consumériste des sixties. Appelé sous les drapeaux, il fuit à Paris, devient batteur, toxico et vit comme un beatnik entre la France, Londres et Berlin. Petit à petit le destin du marginal s’enfonce dans un monde de violence et de délires stupéfiants, jusqu’au jour où il est appelé pour remplacer au pied-levé le batteur du groupe Pearl Harbor pour une session d’enregistrement, un titre, un seul, qui ne sera jamais commercialisé et pour cause.

séparateur

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman de Paul Colize. Quel plaisir de plonger dans la folle histoire du Rock n’Roll, d’en revisiter les grands classiques et de hanter les coulisses des concerts des groupes les plus mythiques des décennies 60-70 !

Back up est un roman inclassable, une œuvre hybride et iconoclaste, à mi-chemin entre l’essai, le thriller et le livre de souvenirs, et qui retrace plusieurs décennies d’histoire avec un grand H comme avec un petit, lorsqu’il évoque l’émergence de la pop culture underground en Europe, et cerise sur le micro, on y apprend également beaucoup de choses sur le rock, Back up fourmillant d’anecdotes passionnantes.

Back up est un thriller qui sent la sueur, le sang, la pisse et le vomi. Une drôle d’épopée dégoulinante de riffs endiablés et de décibels à faire saigner les tympans, qui offre une évocation sensorielle et organique de trente années de folie créative. L’atmosphère sex, drugs et rock n’Roll des années 60/70 ‘s est très bien restituée. L’auteur s’est manifestement beaucoup documenté. L’enquête sur les morts suspectes des membres d’un groupe de rock anglais des années 60 et le mystère qui entoure un étrange enregistrement effectué juste avant leurs disparitions successives est vraiment attractive et le fait qu’elle se déroule en parallèle  avec la narration des souvenirs d’adolescence du personnage central, (victime d’un Locked in syndrom), donne envie au lecteur de tourner les pages jusqu’à la fin. 

Par un curieux tour de force, Paul Colize parvient à nous rendre attachants des personnages qui sont loin de l’être pourtant. Les protagonistes de Back up sont à mille lieux d’être des enfants de chœur,  à commencer par (l’anti) héros autour duquel tourne toute l’histoire du livre, et pourtant, curieusement, on prend plaisir à les suivre dans leurs pérégrinations psychédéliques.

Bref, réfractaires au rock, aux hippies ou puritains, s’abstenir. Ce sera ma seule réserve concernant ce roman : Pourquoi des scènes sexuelles aussi explicites ? Aussi crues et détaillées ? Cela participe de l’époque, certes, mais certains passages sont un peu trop « hardcore » à mon goût, je pense notamment à la scène dans la cabine de la piscine qui m’a semblé « gratuite », en ceci qu’elle ne me semble pas indispensable dans le développement de l’intrigue. D’ailleurs, l’auteur n’y fait pratiquement plus allusion par la suite.

En dehors de cette remarque, Back up est un roman très prenant, difficile à abandonner pour aller  dormir. Si vous cherchez un thriller original et détonnant, n’hésitez plus, lisez-le 😉

[Masse critique Babelio] « Zoo City » de Lauren Beukes

Editions Eclipse (2011) (Presses de la Cité)
333 pages | Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Temps de lecture : 3 jours
Note coupdecoeur
Synopsis

Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne
.

séparateur

Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu’ouvrant un livre pour  en lire les vingt premiers chapitres, je n’avais senti d’emblée se profiler le coup de cœur.   
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l’enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF. 
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d’Orwell), ce roman dystopique m’a bluffée ! Tant par l’originalité de son univers,  la profondeur des concepts proposés, que par la  maitrise indéniable de l’auteure, qui tient son histoire d’une main de fer, tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant. 
Jusqu’à présent, je n’avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j’avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m’avait pas plus impressionnée que le roman ne m’avait transcendé.
D’où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.

Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l’univers en nous plongeant aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l’objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.

Celles et ceux qui ont lu l’intégrale de l’excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j’avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d’animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s’arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d’un univers fascinant et tous deux l’utilisent comme un outil d’exploration de l’âme humaine, et de ses travers, afin d’interroger  les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l’idée d’un animal-lié à un être humain en tant qu’âme chez l’un, et en tant qu’incarnation de la culpabilité d’un individu ayant commis un acte répréhensible chez l’autre, L. Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l’habillant de son propos désenchanté, et en le proposant dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu’inattendue, où elle laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l’évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.

Ce qui m’a le plus séduit chez Zinzi, c’est son côté marginale, voire amorale, de  bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d’un sacré punch, Zinzi (qui m’a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. Non seulement, l’intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé mais surtout celui-ci nous tient en haleine au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n’en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m’a ravi plus d’une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d’entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.

Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu’à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.

1) Le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive  (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?). 
Je ne le pense pas, bien au contraire. J’avoue donc sans honte aucune que certains passages m’ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l’on y prend, rassurez-vous. 
2) Le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l’intrigue principale : extraits de mail, de livres, d’articles, et de documents d’archives officiels …
3) L’enquête policière n’est pas d’un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l’accent est surtout mis sur l’univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d’ailleurs. Dès lors, la conduite de l’enquête devient prétexte à explorer un monde étrange,  ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d’interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) Le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s’installe dans les derniers chapitres. Lesquels s’étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. De plus, je n’avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient trouver à s’assembler et à se résoudre dans la conclusion. Et j’ai tremblé pour les personnages principaux jusqu’à la toute fin du roman.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de cœur, mais un coup de cœur tout de même. 
À découvrir et à faire découvrir.

Je remercie donc triplement Babelio. En premier lieu, pour m’avoir accordé une fois de plus leur confiance, deuxièmement pour l’envoi de ce roman SF (que je n’aurai sans doute jamais lu si le sort n’en avait décidé autrement) et enfin pour l’immense plaisir que m’a procuré sa lecture.

 

« Le Monde de Charlie » de Stephen Chbosky

Editions Sarbacane (Exprim’) (2012)

256 pages

Temps de lecture : une soirée

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Au lycée,où il vient d’entrer, on trouve Charlie bizarre. Trop sensible, pas « raccord ». Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige ; pour les autres c’est juste un « freak ». En attendant, il reste en marge, jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. La musique, le sexe, les fêtes : le voilà entré dans la danse…et tout s’accélère.

séparateur

Ayant vu récemment l’adaptation cinématographique réalisée par son auteur himself, j’ai eu envie de découvrir le roman pour comparer les deux œuvres.

Le long-métrage m’avait paru être un joli petit film empli de profondeur et d’émotion malgré quelques longueurs. C’était surtout l’interprétation magistrale de son trio de jeunes comédiens qui avait emporté mon adhésion.

L’intérêt du Monde de Charlie repose avant toute chose sur ses personnages. Le reste n’est que chroniques de la vie quotidienne d’un lycéen pas comme les autres, décalé, « pas raccord », avec ses petites joies et ses grosses peines et racontées de manière très simple, sensible et drôle. Drôle grâce à la candeur du personnage principal, Charlie, plutôt naïf pour son âge. L’on comprendra pourquoi au fil de l’histoire. Sa vision décalée du monde qui l’entoure rend le livre très amusant et touchant.

J’ai beaucoup aimé faire un bout de chemin avec Charlie et ses amis, Patrick – j’ai adoré ce personnage – , Sam et les autres. Mais contrairement à la plupart des lecteurs de ce livre culte aux USA, ce ne sera pas un coup de cœur pour moi. Le roman s’essouffle à partir de la troisième partie et le style épistolaire choisi par montre ses limites (Charlie adresse des lettres à une personne dont on ne sait rien et qui peut être assimilé à chaque lecteur qui lira ce livre). Les deux derniers segments tirent un peu en longueur et je me suis un peu ennuyée à les lire. Cependant, cela reste une belle découverte. 

 

« Version Bêta, 1 » de Rachel Cohn

Editions Robert Laffont (R) (2012)

424 pages | Traduit par Alice Delarbre

Temps de lecture : 2 jours

Note 1étoile passez votre chemin

Synopsis

Née à seize ans, Elysia a été créée en laboratoire. Elle est une version BETA, un sublime modèle expérimental de clone adolescent, une parfaite coquille vide sans âme.
La mission d Elysia : servir les habitants de Demesne, une île paradisiaque réservée aux plus grandes fortunes de la planète. Les paysages enchanteurs y ont été entièrement façonnés pour atteindre la perfection tropicale. L’air même y agit tel un euphorisant, contre lequel seuls les serviteurs de l’île sont immunisés.
Mais lorsqu elle est achetée par un couple, Elysia découvre bientôt que ce petit monde sans contraintes a corrompu les milliardaires. Et quand elle devient objet de désir, elle soupçonne que les versions BETA ne sont pas si parfaites : conçue pour être insensible, Elysia commence en effet à éprouver des émotions violentes. Colère, solitude, terreur… amour.
Si quelqu’un s’aperçoit de son défaut, elle risque pire que la mort : l’oubli de sa passion naissante pour un jeune officier…
séparateur

Sans doute le plus mauvais des romans publiés dans la Collection R. Jusqu’à présent, je pensais que c’était Glitch, déjà pas très fameux, mais je me trompais, Version Bêta est encore pire.

Un mauvais mélange de tous les ingrédients qui fonctionnent dans les autres romans destinés à la jeunesse, et qui forment ici un indigeste agglomérat.  Le concept de la puce défectueuse ou du conflit de personnalités pour prendre le contrôle du corps du personnage a déjà été montré dix fois ailleurs. On le retrouve dans Starters,  Glitch, et même dans une autre mesure dans Les Ames Vagabondes de S. Meyer !

Le style est d’une pauvreté rare. Le ton enfantin ne colle absolument pas avec le contenu tendancieux du livre qui parle d’esclavage, de drogue, de sexe et de viol.

Les personnages sont froids, distants, superficiels bref : antipathiques. Elysia est si cruche que je l’ai très vite prise en grippe.

L’auteure tente de construire une histoire mais passe en réalité son temps entre emprunts aux autres romans, survol de sa propre mythologie tirée par les cheveux et pirouettes narratives quand elle ne sait pas expliquer une des caractéristiques de son intrigue.

Parce que entre l’appareil qui clone un mort en un claquement de doigt, l’extraction de l’âme du défunt presque comme on extrait un noyau d’une olive dont nous ne saurons rien de précis, et les fonctionnalités absurdes des clones, leurs papilles peuvent différencier les goûts mais pas prendre de plaisir en mangeant, OK, un coup les clones ressentent la peur et quelques pages plus tard plus du tout, pour se sentir vivants les clones doivent se droguer (beau message) euh, pourquoi ? Ben, on sait pas c’est comme ça … et tout est du même acabit, Rachel Cohn n’explique rien de sa mythologie. Une mythologie qu’elle se contente de poser en trois phrases.  

Alors Ok, c’est de la dystopie, Ok, l’histoire se passe dans un futur indéterminé mais un soupçon de vraisemblance et de crédibilité scientifique n’a jamais tué personne ! Par rapport à d’autres univers travaillés et maitrisés comme Never Sky ou Legend c’est quand même très fourre-tout et farfelu

 Hormis dans les cent dernières pages, il ne se passe absolument rien d’intéressant et encore la fin est prévisible à pleurer. Les révélations tombent à l’eau car le lecteur devine tout très à l’avance. A mes yeux : une catastrophe.

 

[Partenariat Price Minister] « Une place à prendre » de JK Rowling

Editions Grasset (2012)

680 pages

Titre original : The Casual Vacancy (2012)

Temps de lecture : 4 jours

Note  (16/20)

Synopsis

Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable.

Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie.

Quel drôle de roman que celui -ci ! A la fois pétri de qualités mais aussi de longueurs. 

Une Place à Prendre illustre à merveille la petitesse d’esprit, la mesquinerie, l’hypocrisie et les pires bassesses dont l’espèce humaine est capable.

JK Rowling pose sa bombe à retardement dans une paroisse de la campagne anglaise qu’elle peuple d’une galerie de personnages ultra-réalistes jouant sur toute la gamme des travers humains. Puis elle attend de voir ce qui va se passer. La mort d’un citoyen apprécié du village sert alors de catalyseur voire de détonateur pour faire exploser en mille fragments les apparences de respectabilité cette bourgade bien-pensante jusqu’au drame inévitable qu’on senr palpiter un peu plus fort à mesure qu’on tourne les pages.

Le résultat de l’expérience offre une chronique de mœurs d’une férocité réjouissante mais aussi pleine de justesse et de pertinence qui pose de bonnes questions sur la société d’aujourd’hui. 

L’intrigue en elle-même n’a, et l’on s’en aperçoit dès le départ, pas de quoi tenir sur presque 700 pages et c’est le plus gros défaut du livre car pour ce qui est du reste, c’est d’un trés bon niveau tant dans l’écriture qu’en ce qui concerne la profondeur des personnages et des émotions qu’ils suscitent chez le lecteur. 

La plume de JK se charge de distiller sarcasmes et ironie par petites touches subtiles. Aucun doute, l’auteure possède l’art des petites phrases qui font mouche.

Le style est surprenant. Cru, incisif, intelligent, libérateur. Il se révèle très agréable à lire grâce à sa fluidité. En ce qui concerne les descriptions de Pagford, on notera toujours et encore le souci du détail qui est celui de JK Rowling. Après, il est certain que ce roman aurait pu facilement faire 200 pages de moins sans que cela nuise à l’histoire qui est somme toute assez sommaire, surtout au vu des redites qui sont présentes parfois. L’intrigue, contemplative, peine à tenir sur la distance, si bien que même l’ironie de l’auteure semble s’estomper au fil des chapitres. Et si je l’ai dévoré en quatre jours, je ne vous cache pas que j’ai connu quelques passages à vide. Notamment, entre les pages 300 et 400 du roman. 

Mais dans l’ensemble mon ressenti reste trés positif pour plusieurs raisons. D’abord, le changement de cap de JK Rowling me plait. Elle prouve avec ce livre qu’elle sait écrire autre chose que de la littérature jeunesse. Son style est bel et bien là, fluidité, descriptions visuelles vivantes, humour grinçant et densité des personnages. Pas d’inquiétude, JK est toujours une aussi bonne conteuse. Et cerise sur le pudding, en plus elle se lâche ! ce qui peut surprendre, moi-même je ne m’attendais pas à un tel déluge de gros mots, de scénes trés crues et de pornographie (hum, hum…). Cela change d’Harry Potter et ma foi ça fait du bien de voir JK Rowling se Carol Joyce Oates (iser). Car, tout au long de ma lecture, je n’ai eu de cesse de penser à cette romancière américaine trés talentueuse que j’aime beaucoup. J’ai trouvé bon nombre de ressemblances dans le style et le traitement de l’histoire entre ces deux auteures qui, pourtant, à la base semblent trés éloignées l’une de l’autre. Et pourtant, Une Place à Prendre m’a fait songer par son ton résolument réaliste, sa volonté d’ausculter un pays au travers de ses idéologies et ses moeurs et de fouiller en profondeur dans les têtes des personnages à la manière de procéder de Joyce Carol Oates.

Les personnages sont soignés. Alternativement, repoussants, touchants ou attachants. Même les personnages les plus antipathiques ont des failles. Je me suis ainsi surprise à aimer un personnage que je détestais dans la première partie du roman ou à l’inverse à prendre en grippe un personnage que je trouvais sympathique au départ. Il y a aussi des personnages contrastés, pourvu d’une dualité intéressante. Aucun être humain ne saurait être tout noir ou tout blanc, nous avons tous des bons et des mauvais côtés et c’est avec lucidité que JK illustre cet état de fait. Les personnages d’Une Place à Prendre sont des êtres mouvants, en perpétuel changement, comme de la glaise avec laquelle l’auteure fabrique des êtres empli de profondeur et de complexité.

La fin, très émouvante, tout comme pour moi, vous plombera sans doute le moral. Mais c’est sans aucun doute le dénouement qu’il convenait de donner à ce roman profond où l’on sent sourdre un désenchantement très perceptible quant à notre monde actuel. 

Vous l’aurez compris, hormis le fait qu’il soit trop long et comporte en conséquence plusieurs passages ennuyeux et bavards, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce roman qui s’avère bon et qui m’a fait passer un trés agréable moment de lecture.

La fiche du livre sur PriceMinister

Je remercie le site PriceMinister.com pour m’avoir donné la chance de participer pour la première fois à ces MATCHS DE LA RENTREE LITTERAIRE et plus particulièrement Oliver pour sa gentillesse et sa disponibilité. Merci infiniment pour l’envoi de ce livre qui m’a beaucoup plu. 

J’espère pouvoir renouveler l’expérience l’année prochaine.