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« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

 

ISBN : 2355843678
Éditeur : Sonatine (2016)

Langue française – 300 pages – Sortie : Mars 2016

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.
En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Mon avis

Un énorme merci à Sonatine pour leur confiance qui m’honore (et pour tous les superbes thrillers et les nouveaux auteurs découverts grâce à eux au cours des dernières années passées) ainsi qu’à Babelio pour m’avoir proposé ce partenariat privilégié que j’ai beaucoup apprécié.

Pour un premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est déconcertant de maîtrise : maturité de l’écriture, intelligence des dialogues, justesse psychologique, personnages brillamment construits…
Son originalité repose sur le fait que Celeste Ng nous emmène explorer le passé des protagonistes principaux pour mieux découvrir la vérité sur ce qui s’est passé cette fameuse nuit où Lydia a quitté silencieusement la maison. Avec posées en filigrane ces questions obsédantes :  Le désespoir est-il forcément héréditaire ? Jusqu’où doit-on pousser nos enfants à réussir leur scolarité et leur vie ? Où commence le vivre par procuration ? Jusqu’où peut-on se réaliser à travers ses enfants lorsqu’on pense avoir raté sa vie ? Pour quelles conséquences ?
Car au fond, il importe moins dans ce roman de découvrir ce qui est arrivé à la jeune Lydia que les circonstances qui ont formé le drame. C’est pourquoi, même si nous brûlons de découvrir le fin mot du mystère de la mort de la jeune fille (accident, suicide, meurtre ?), le cheminement pour y parvenir est tout aussi passionnant à suivre que la résolution de l’énigme en elle-même. Et ce, d’autant plus que les personnages, sont l’un des points forts principaux du roman.  Des personnages humains donc imparfaits mais très attachants malgré eux et leurs défauts. Ils m’ont tous touché chacun à leur façon, agacés ou déçus parfois. Mais jamais ne m’ont laissé indifférente.
Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est un roman troublant qui interroge et prend á parti son lecteur. Comme pour dire : Voyez qui sont ces gens, voyez ce qu’ils ont affronté et voici ce qu’ils sont devenu. Et vous ? Qu’auriez-vous fait à leur place ?
A sa manière bien particulière, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng se lit comme un véritable page-turner. Certes, ce très bon roman noir ne vous donnera pas forcément envie de passer une nuit blanche pour le terminer mais pour autant, une fois totalement immergé dans l’histoire, vous n’aurez pas envie de le reposer tant l’auteure parvient à nous maintenir en haleine tout du long, nous donnant envie d’en apprendre toujours davantage sur cette famille Lee, en apparence si tranquille.
La famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants, dit-on. Peut-être est-ce vrai ? Du moins est-ce ce que l’on ne peut s’empêcher de penser en tournant la dernière page de ce très bon roman noir qu’est Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng. Une Laura Kasischke (auteure que j’adore) en devenir. En tout cas, c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

[Masse critique Babelio] « Viscères » de Mo Hayder

2015 Éditions Presses de la Cité (Sang d’encre)

Française Langue française – 441 pages – Sortie : 15 Janvier 2015

Temps de lecture : 4 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Il y a quinze ans, deux amoureux ont été retrouvés sauvagement éviscérés dans le bois attenant à la maison de campagne des Anchor-Ferrers. Le principal suspect, qui a avoué les crimes, est depuis sous les verrous. Mais aujourd’hui, alors que Oliver, Matilda et leur fille, Lucia, n’ont pas oublié cette découverte macabre, l’histoire se répète, plongeant la famille dans la terreur.

En grand peintre de l’angoisse, Mo Hayder nous livre une série de tableaux sanglants, dans lesquels le commissaire Jack Caffery, toujours hanté par la disparition de son jeune frère, est plus vulnérable que jamais.

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Merci à Babelio et aux éditions Presses de la cité pour leur confiance.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le titre et la photo de couverture, attirent immanquablement l’œil.

De l’auteure britannique, Mo Hayder, j’avais lu et adoré Tokyo (un petit bijou, pas loin du chef-d’œuvre). Avant de commencer Viscères, j’avais tenu à me replonger dans l’univers unique de la romancière, histoire de renouer avec son écriture si particulière en me lançant dans une lecture sans cesse repoussée en bas de ma pile à livres, Pig Island (une lecture sympa mais décevante en regard de l’excellent Tokyo).
J’attaquais par conséquent ma lecture de Viscères avec enthousiasme et beaucoup d’attentes.

Le début est déjà un morceau de bravoure à lui seul. De par l’ambiance oppressante qu’il parvint à installer dès les premières pages. Haletant, intrigant, il ferre magistralement le lecteur, et lui donne envie de poursuivre sa lecture d’une seule traite.

L’ambiance est d’ailleurs l’un des points névralgiques de Viscères. Elle est très réussie, à la fois angoissante et mystérieuse.

Comme toujours chez Mo Hayder, un soin très particulier est apporté à la construction de l’intrigue. Cette construction par paliers, ce crescendo narratif, c’est  la marque de fabrique de l’auteur britannique. Ça et l’extrême originalité de ses scénarios toujours machiavéliques, souvent loin des sentiers battus.

En outre, l’alternance des points de vue des différents personnages, de l’inspecteur Caffery (qui me devient de plus en plus sympathique) aux victimes en passant par les criminels, apportent indéniablement une dimension supplémentaire au récit.

L’identification aux personnages s’opère sans difficulté, l’auteure sait comment nous les rendre proches, et quoiqu’ils ne soient pas les personnages les plus attachants qui soient, le lecteur ne pourra que se sentir concerné par leur sort peu enviable. C’est donc en toute logique que j’ai bien souvent eu peur pour eux, peur de ce qu’on allait leur infliger.

Le synopsis, s’il n’est pas cent pour cent neuf, possède somme toute une certaine originalité.
En plus de la trame principale, d’autres sous-intrigues parallèles a priori sans ramifications entre elles (du moins le croit-on), sous-tendent l’ensemble du récit. On est d’ailleurs impatient de parvenir à l’épilogue de Viscères pour découvrir par quel habile tour de passe-passe, l’auteure réussira à tisser les différents fils narratifs entre eux pour amener sa conclusion.

Et c’est peut-être là où le bât blesse un peu : les ficelles qui font avancer l’histoire sont tout de même un peu « grosses » pour être totalement crédibles. Le hasard fait trop bien les choses et les rencontres « fortuites’ de l’inspecteur Caffery avec des témoins-clés de l’affaire, juste au moment où son enquête se met à piétiner paraissent tombées un peu trop à point nommé.  J’ai eu une sensation d’artificialité.

Chose rare dans les thrillers d’ordinaire, les méchants ont une vraie épaisseur et Mo Hayder nous donne le temps (et l’opportunité) d’apprendre à les découvrir, à les connaître (notamment leur passé, leurs motivations et leurs personnalités) en nous livrant accès à leurs esprits et à leurs pensées. Par ailleurs, grâce à un subtil basculement de point de vue, opéré par Mo Hayder  à la moitié du roman, nous quittons la compagnie des victimes pour celle des coupables, sans que l’intrigue n’en perde pour autant en intérêt. C’est un beau tour de force !
Pour conclure, je dirais que ce qui est passionnant dans Viscères, c’est que rien ni personne n’est réellement ce qu’il semble être de prime abord, ce qui nous offre de belles surprises et une conclusion inattendue.

Dans l’ensemble, je n’ai pas été déçue, c’est du très bon Mo Hayder et j’ai retrouvé dans Viscères, tout ce qui me séduit chez cette romancière. L’écriture nerveuse, précise et organique, l’originalité des intrigues, le soin apporté à la construction scénaristique (ici avec un ingénieux glissement de focale parfaitement exécuté), les rebondissements inattendus….

En résumé, Viscères a su me tenir en haleine, en dépit de quelques petites longueurs, et même s’il ne m’a pas coupé le souffle comme Tokyo, j’ai éprouvé des émotions fortes pendant ma lecture.

Je ne sais pas s’il deviendra un classique du suspense comme l’on dit certains critiques américains mais le fait est que l’on passe un très bon moment de lecture en sa compagnie…. Je recommande sa lecture aux amateurs de frissons comme aux aficionados des romans à tiroir où le jeu des apparences est érigé au rang d’art majeur.

[Masse critique Babelio]« La Grâce des brigands » de Véronique Ovaldé

 

 

2014 Editions Points

Française Langue française – 273 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Quand Maria Cristina Väätonen reçoit un appel téléphonique de sa mère, dont elle est sans nouvelles depuis des années, l’ordre qu’elle avait cru installer dans sa vie s’en trouve bouleversé.

Celle-ci lui demande instamment de venir chercher pour l’adopter Peeleete, le fils de sa sœur. Nous sommes en juin 1989, Maria Cristina vit avec son amie Joanne à Santa Monica (Los Angeles).

Cela fait vingt ans qu’elle a quitté Lapérouse, et son univers archaïque pour la lumière de la ville et l’esprit libertaire de la Californie des années 70. Elle n’est plus la jeune fille contrainte de résister au silence taciturne d’un père, à la folie d’une mère et à la jalousie d’une sœur.

Elle n’est plus non plus l’amante de Rafael Claramunt, un écrivain/mentor qu’elle voit de temps à autre et qui est toujours escorté par un homme au nom d’emprunt, Judy Garland.

Encouragée par le succès de son premier roman, elle est déterminée à placer l’écriture au coeur de son existence, être une écrivaine et une femme libre. Quitte à composer avec la grâce des brigands.

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Je remercie Babelio et les Éditions Points pour m’avoir permise de découvrir Véronique Ovaldé, un auteur que je souhaitais découvrir depuis un petit moment.

 

Première fois que je lis Véronique Ovaldé et force m’est d’avouer que la rencontre fut en demi-teinte. 

Pour commencer, le contact ne s’est pas établi de manière très évidente entre  V. Ovaldé et moi-même. C’est le moins que l’on puisse dire. J’ai éprouvé de grandes difficultés à « entrer » dans l’histoire. Pour plusieurs raisons. Primo,  l’héroïne n’est pas d’un abord très facile ni très sympathique lorsqu’elle nous est présentée dans les premières pages (du reste, aucun protagoniste de l’histoire ne m’a semblé l’être, en tout cas aucun ne m’a donné envie de lui asséner de grandes tapes amicales dans le dos). Secundo, la construction du roman est complexe. L’histoire navigue entre présent et passé, en utilisant énormément les allers-retours. Il faut vraiment être attentive, sinon on se perd très vite. Tertio, ce roman étant avant tout un portrait de femme ayant gagné sa liberté,  grâce à sa passion pour les livres et son talent de plume, et le récit de sa reconstruction, de sa libération pourrait-on dire, d’un milieu familial compliqué et étouffant, son atmosphère est lourde, très pesante et sombre. En un mot : déprimante.

Pour ce qui est du plaisir pris pendant cette lecture, j’avoue qu’il fut assez restreint. Et pour cause : des pans entiers de l’intrigue m’ont laissé perplexe voire complètement indifférente. Pire, le rythme du roman est si lent (mou ?), que lorsque je le reposais pour une raison ou une autre, je n’avais aucune envie de le reprendre ensuite, tant je m’ennuyais à le lire et tant mon envie était forte de lire autre chose. C’est dommage mais c’est ainsi.

ATTENTION, il y a tout de même du positif. L’écriture, surtout. Belle, atypique, nourrie de fulgurances poétiques, mises en valeur par des chapitres courts (parfois une seule page !)

Ne vous y trompez pas : La Grâce des Brigands est loin d’être un mauvais roman. C’est simplement qu’il ne m’a pas captivée, voilà tout. Il n’était pas fait pour moi. Ce sont des choses qui arrive. Cela justifie ma lecture en dents de scie.

Cependant, si je n’ai adhéré ni à l’intrigue ni aux personnages, je tiens de nouveau à souligner la qualité de l’écriture de Véronique Ovaldé.  Après c’est une question de goût, et disons que je ne suis pas très amatrice de ce genre de roman statique, contemplatif et bavard. Sans être une adepte du rebondissement à tout-va, j’ai tout de même besoin d’un minimum d’action lors d’une lecture.

« Tes mots sur mes lèvres » de Katja Millay

2014 Editions Fleuve Noir (Territoires)
Langue française – 501 pages | Traduit par Juliette Lê
Temps de lecture : 4 jours
Note 3étoilesbon
Synopsis

Ancienne pianiste prodige, Nastya Kashnikov désire aujourd’hui deux choses : traverser sa période de lycée sans que personne n’apprenne rien de son passé, et faire payer le garçon qui lui a tout pris – son identité, son âme, sa volonté de vivre.

L’histoire de Josh Bennett n’est un secret pour personne. Chaque être qu’il a un jour aimé lui a été pris, jusqu’à ce qu’à 17 ans, il ne lui reste personne. Désormais, il veut qu’on le laisse seul, et les gens le font car quand votre nom est synonyme de mort, tout le monde est enclin à vous laisser votre espace.

Tous… sauf Nastya, cette mystérieuse nouvelle fille à l’école qui a commencé à venir le voir et ne veut plus s’en aller, s’insinuant dans chaque aspect de sa vie. Mais plus il apprend à la connaître, plus elle devient une énigme. Alors que leur relation s’intensifie et que des questions sans réponses s’accumulent, il commence à se demander s’il apprendra un jour les secrets qu’elle cache… ou même s’il le souhaite réellement.

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Je lis très peu de romance car je n’aime pas cela en règle générale, (à l’exception d’une romance historique de temps en temps et encore plus que rarement !), et je pensais trouver mon bonheur de lectrice en commençant celle-ci . Une impression confirmée par le gros quart du roman. La relation entre Nastya et Josh me semblait prometteuse, elle sonnait réaliste, loin de toute guimauve excessive.
Et puis paf! Tout est retombé comme un soufflé au fromage dans le four. Oui, j’ai vite déchanté. Déjà en prenant conscience, une fois la centaine de pages dépassée, du fait que ce roman tournait en rond. Alors, déjà que l’intrigue en elle-même ne déborde pas d’une folle imagination et n’est pas renversante de suspense, imaginez qu’en plus ( ! ), il se passe pratiquement toujours la même chose dans ce roman long et répétitif.

Le personnage de Josh (heureusement qu’il est présent dans l’histoire !) est celui auquel je me suis davantage identifié. C’est un jeune homme touchant qui vit ses chagrins de manière très pudique, et il fut pour moi la seule raison (valable) d’aller au bout de cette lecture en demi-teinte.

Nastya m’a vraiment beaucoup agacée tout au long de ma lecture. Du moins jusqu’aux derniers chapitres où cela s’arrange (un peu). Mais sa façon de prendre les gens de haut et sa conduite victimaire m’ont gâché une bonne partie de ma lecture. Certes, elle a vécu un cauchemar  qui a brisé son rêve de devenir une pianiste émérite, et en reste traumatisée. Mais est-ce une raison pour envoyer paître jusqu’à ses propres parents ? N’est-ce pas un peu excessif comme comportement d’aller jusqu’à refuser d’envoyer un texto de temps en temps à sa mère pour la rassurer ? Oui, je comprends qu’il lui soit difficile de se reconstruire après ce drame. Oui, c’est difficile de s’en relever. Mais elle est en VIE. Elle a eu la chance de s’en sortir. Pourquoi alors ne pas prendre un nouveau départ ? Profiter encore plus de la vie. Non, mieux vaut s’apitoyer sur son sort. Étrangement, je n’ai cessé de la comparer à Hazel, l’héroïne de Nos Étoiles contraires de John Green. Et je peux vous dire que la comparaison tourne au désavantage de « Nastya ». Dans une situation tout aussi dramatique (voire plus) Hazel a 100 000 mille fois plus de classe, de courage, de sagesse, de force de caractère et de volonté que Nastya/Emilia.

Je sais…je sais, vous allez me dire que son attitude hautaine et méprisante est un acte délibéré chez le personnage, que cette attitude est une forme de carapace contre le monde, une protection derrière laquelle elle se réfugie, afin de renvoyer une fausse image d’elle-même et avoir enfin la paix qu’elle désire. J’ai compris tout cela. Oui, n’empêche qu’elle est énervante à prendre ses grands airs et à se comporter en monomaniaque égoïste avec les gens qui l’entoure.
Certes, elle ne peut plus jouer de piano, mais elle pourrait faire tant d’autres choses, dénicher de nouvelles passions ? Eh, bien non.
J’ai souvent eu l’impression que le personnage rendait tout le monde responsable de son drame, alors que ce n’est la faute de personne, sinon à la malchance !

Il m’est même arrivé à certains moments de ne plus la supporter. Elle me sortait par les yeux. Non seulement, je ne la comprenais plus du tout, ni elle ni son comportement, mais encore moins ses réactions et ses sautes d’humeur incessantes. Je la trouvais si obtuse, si idiote, que j’avais parfois envie de la secouer comme un prunier pour lui apprendre à se respecter un minimum et à se remuer un peu. Je veux dire l’auto-apitoiement, ça va bien 5 minutes mais sur 500 pages, c’est saoûlant. D’autant que l’intrigue est fortement répétitive. Chaque journée du livre est presque identique à la veille. Il ne se passe rien. Le tout est d’un routinier : lycée, menuiserie, faire des cookies, aller à des fêtes et finir bourrés au point d’en vomir ^^

De plus, soyons honnêtes : ce qui tient surtout en haleine ici, plus que l’évolution de la relation (prévisible) entre Nastya et Josh, c’est davantage d’apprendre ce qui est arrivé à Nastya deux ans plus tôt, et si possible avec des détails. Ce roman réveille chez le lecteur une fibre voyeuriste assez déplaisante, en définitive.

Quant au style, il est simple, accessible, mais j’ai fait une overdose de mots crus et d’obscénités au fil de ma lecture. En outre, j’ai trouvé que Katja Millay proposait une vision plutôt caricaturale de la jeunesse middle-class américaine : baiser avec tout ce qui bouge, se bourrer la gueule et fumer des joints, voilà en grande partie les occupations favorites des adolescents qu’elle met en scène. Ça ne vole pas très haut d’un point de vue intellectuel, hein!
Enfin, comme on dit il faut bien que jeunesse se passe …

Un livre dont j’attendais bien autre chose, et qui ne m’aura ni bouleversée ni renversée dans les pâquerettes. Pire, avec le recul, je me rends même compte que j’ai passé un moment de lecture à peine divertissant. Même si, j’ai (parfois) esquissé un sourire en assistant à quelques-uns des duels verbaux entre Nastya et Josh (notamment lors de la scéne des voeux au centre commercial).

Bref, si cette romance contemporaine n’est pas indigne pour autant, (j’ai lu bien pire en ce registre), cela reste une « petite » lecture. Ni mauvaise, ni excellente, moyenne, disons. J’ajouterai en conclusion, que j’avais davantage apprécié Nos Étoiles contraires.

 

[Challenge de Calypso] « Session 20, Amour », « La poursuite de l’amour » de Nancy Mitford

Editions 10/18 (Domaine étranger) (2006)

253 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Deux jeunes femmes à la poursuite de l’amour, tel est le sujet définitivement intemporel de ce roman. Elles sont cousines germaines et s’aiment tendrement. Autant Fanny se montre prudente et raisonnable dans cette quête, autant Linda, romanesque et sans frein, risque son va-tout chaque fois qu’elle s’éprend d’un homme ! La morale de l’histoire est tirée par Lord Merlin pour qui l’on se trompe toujours quand on est jeune : « L’amour, c’est pour les grandes personnes. » Avec ses excentriques, ses belles, ses châteaux et sa campagne – bref tout ce qui fait le charme pas toujours discret mais éternel, de la verte Albion -, l’inoubliable fresque des Radlett et des Montdore compte au rang des joyaux de l’humour anglais.

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Un roman qui me faisait de l’oeil depuis longtemps du fond de ma PAL et que le challenge m’aura donné une belle raison de lire.

Si Jane Austen avait connu les folles années 30, nul doute qu’elle aurait pu nous écrire un roman de cet acabit, à la fois caustique, truculent, acerbe et empli d’ironie. Car au travers des péripéties amoureuses de Linda, une éternelle midinette en quête du grand amour, et racontée par une narratrice raisonnable qui prend du recul sur les choses de l’amour, la drôlerie des situations naissant de ce décalage entre l’héroïne romanesque et emportée par ses rêves et celle, sérieuse et dépassionnée, qui l’observe tel un entomologiste examinant froidement un insecte étrange, c’est la montée du nazisme observée d’angleterre et les débuts du communisme auxquels nous assistons.

Pénalisé par de nombreuses longueurs, notamment dans sa premiére moitié, le roman souffre d’un gros probléme de rythme et seule la seconde partie se lit d’une traite.

L’intrigue bâtie sur un jeu d’oppositions qui créent la cocasserie du roman est parfois un peu plate et trop bavarde.

Grosse déception en revanche avec la fin que j’ai trouvé bâclée comme c’est pas permis, j’oserai même dire « torchée » en 3 ou 4 lignes ! Frustration assurée !Bref, un roman sympathique et charmant mais dont le sujet aurait mérité un meilleur traitement. Dommage.

« Esprit d’hiver » de Laura Kasischke

Editions Christian Bourgois (2013)
276 pages
Temps de lecture : 2 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzards s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

séparateurUne belle découverte.

Une plume, un style visuel et poétique (des redites comme une litanie, scandées comme des mantras), des fulgurances et des trouvailles, parfois aussi des longueurs (hélas), mais un univers déroutant, onirique, organique et angoissant, qui happe, bouscule et tient en haleine (difficile de reposer ce roman entre deux paliers de lecture).
L’auteure a un vrai talent pour susciter le malaise chez le lecteur, fouiller la psychologie des personnages jusqu’a l’os et l’âme, et brouiller les frontiéres entre le réel et le fantastique, un fantastique du réel qui fait irruption dans le quotidien et la banalité de celui-ci.

Mon premier roman de l’auteure mais certainement pas le dernier.

Et quelle fin ! Elle claque comme un élastique dans la tête, gifle et étourdit car on ne la devine que trés tard.

L’écho de ce roman demeurera longtemps en moi. J’ai adoré cette fébrilité latente dans laquelle il m’a plongé, et que j’espére retrouver en lisant les autres romans de l’auteure.

[LC] « Le Club Jane Austen » de Karen Joy Fowler

Editions Folio (2007)

374 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

En ce début de XXe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d’autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l’œuvre de Jane Austen. S’ensuit une sublime chronique sur l’air du temps où la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l’éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d’épreuves, de séductions et de jeux entre l’impossible et le possible que seul peut dénouer l’amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n’est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.

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Un avertissement pour commencer : il convient absolument de connaitre les romans de Jane Austen et, si possible, de les avoir lus, avant d’entamer cet ouvrage.
Et ce pour deux raisons essentielles : d’abord, pour la bonne compréhension des passages consacrés à Jane Austen et à l’analyse de ses œuvres, ensuite, afin de ne pas vous spoiler vous-même.
En effet, l’auteure part du postulat que le lecteur a lu les romans évoqués. De ce fait, les intrigues de Miss Austen sont disséquées et les fins révélées  en détails.
Ma premiére déception fut de constater que les œuvres mythiques de notre chére Jane Austen ne sont que prétextes à exposer la vie (peu palpitante, avouons-le) des protagonistes du roman, et à opérer des rapprochements parfois hasardeux (ou douteux) entre les chagrins et les bonheurs de ces derniers, de l’enfance à l’âge adulte, en passant par les premiers émois, et les intrigues susdites de Jane Austen. Des tranches de vie pris en sandwich entre deux réunions du club. Et pourtant, le peu d’analyse que comporte le roman sur les classiques d’Austen sont pertinentes et apportent un regard original sur les intrigues et les personnages. 
Hélas, ces discussions autour des six romans (un par partie) sont perdues dans la masse des (longs) portraits des membres de ce fameux club.
Ma seconde déception tient aux longueurs et ma troisiéme enfin, à la traduction française que j’ai trouvé étrange. Pour tout dire, je n’ai même pas compris certaines phrases.