Tagué: Dix-neuvième siècle

« Belle Epoque » d’Elizabeth Ross

Editions Robert Laffont (R)

2013 Langue française – 416 pages | Traduit par Madeleine Nasalik

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

« Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d’emblée plus attirante. »

Lorsque Maude Pichon s’enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l’exposition universelle de 1889. Hélas, ses illusions romantiques s’y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d’un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : « On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile. » L’Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d’emblée plus attirante. » Étranglée par la misère, Maude postule…

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Comme de juste, Belle Epoque (paru dans la Collection R) est un roman destiné avant tout à la jeunesse (le cœur de cible de la collection) mais reste sympathique à lire dans l’ensemble. L’immersion historique est trop légère (du moins à mon goût). L’époque n’est que survolée. Le Paris proposé est trop « carte postale ». Les descriptions « bateau » ne sont pas assez détaillées ni vivantes. L’auteure porte un regard de touriste sur la ville-lumière, et se contente presque dirait-on de Wikipédia pour mettre en scène son Paris de carton-pâte. Cela manque d’approfondissements, d’atmosphère, bref, d’âme tout simplement. Dommage.

L’écriture est simple et bourrée de clichés. Je cite un exemple parmi d’autres : « La ville était recouverte d’un manteau de neige » (quelle originalité)…  mais encore une fois, cela reste agréable à lire.

Par contre, Maude est vraiment une héroïne agaçante, voire antipathique. Dès les premières pages du roman, elle montre une prédisposition à l’orgueil et à la suffisance. Très vite, elle se laisse tourner la tête, perd son recul et devient prétentieuse. J’avais beau me dire que sa vanité croissante et sa superficialité étaient à mettre sur le compte de la nature humaine, je ne pouvais m’empêcher de tiquer tout de même. Car son comportement me paraissait subir un changement trop radical (et rapide) pour être crédible. Et plus j’essayais de me mettre à sa place, de me projeter dans sa situation, et plus ses réactions me paraissaient exagérées ou peu crédibles. Son revirement est d’ailleurs tout aussi précipité et bancal. Volonté de l’auteure oblige de terminer sur une note morale et positive. J’ai largement préféré Isabelle à Maude, un beau personnage de jeune fille éprise de liberté et de modernité, luttant contre les conventions. Et bien sûr, la sympathique et délurée Marie-Josée qui m’a beaucoup touchée et amusée.
Paul est un personnage attachant mais qui comme tous les personnages masculins du roman m’a semblé  sans consistance. Une sorte de caricature de l’artiste pauvre et maudit du dix-neuvième siècle, dont il réunit tous les traits récurrents.  Du reste, aucun des protagonistes ne m’a semblé vraiment « habité »dans ce récit. Faute d’avoir été suffisamment travaillés, ils sonnent « creux ». On dirait une rangée de mannequins en vitrine d’un magasin. Presque des esquisses dans un carnet.

Le message véhiculé est fort louable, bien sûr, mais il aurait gagné à être délivré avec plus de profondeur. À lire donc pour la bonne idée de Zola, (rendons à César ….), exploitée plus ou moins correctement par E. Ross, et pour le message que le roman délivre sur le jeu des apparences et les dangers du paraître  au travers de l’histoire de Maude. 

[Challenge de Calypso, session « Sœur »] « Sœurs sorcières, 1 » de Jessica Spotswood

Editions Nathan (2013)

392 pages | Traduit par Rose-Marie Vassallo et Papillon

Temps de lecture : 2 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Cate, Maura et Tess vivent dans une Angleterre imaginaire de début du XXè siècle. À 17 ans, les femmes doivent normalement choisir entre se marier et rejoindre les ordres. Mais en plus d’être femmes, elles sont sorcières. Si quelqu’un le découvre, les Frères les enverront à l’asile ou les feront disparaître, comme toutes les autres.
Depuis la mort de leur mère, Cate vit dans la peur, avec la mission de protéger ses sœurs. Mais ses 17 ans approchent et tout s’accélère : son ami d’enfance la demande en mariage, alors qu’un autre jeune homme fait chavirer son cœur. Et bientôt, Cate doit se rendre à l’évidence : malgré tout ses efforts, le danger se referme sur elle et ses sœurs comme un étau…

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Un sentiment mitigé au début, je m’ennuyais, trouvais l’histoire plate et laborieuse, et ce, malgré un univers trés solide et intéressant qui rappelle Les sorciéres de Salem, La lettre écarlate ou plus proche de nous les communautés religieuses trés repliées sur elles-mêmes et qui vivent selon des régles trés strictes, s’est vite transformé en un grand plaisir de lecture.

L’intrigue, dense en enjeux, est maîtrisée de part en part (quelques raccourcis maladroits peut-être deux ou trois fois) et à partir de la moitié du roman, se complexifie et devient haletante.

J’ai aimé suivre Cate dans sa quête de réponses, ses avenirs rêvés, ses doutes, ses peurs, ses révoltes. Elle m’a parfois fait songer à Liz Bennett. Tess, la plus jeune des soeurs, la plus sage et sérieuse, m’a beaucoup plu. En revanche,Maura m’a exaspérée. J’ai eu envie de la gifler tout du long, surtout à la fin.

Une conclusion qui reste d’ailleurs trés ouverte. Jusqu’à la derniére page, on ne sait pas quelle décision prendra Cate, si dévouée à ses soeurs, qu’elle s’en oublie elle-même. Qu’elle est prête à tout pour les protéger des chasseurs de sorciéres, les insupportables Fréres de l’ordre, une flopée de misogynes hypocrites qui m’ont donnés des envies de meurtre.

Ce premier tome est réussi en ce sens, qu’outre d’être joliment écrit, la plume est trés fluide et agréable, il propose des descriptions bucoliques, le roman m’a procuré un faisceau trés étendu d’émotions diverses, peur, colére, espoir, haine…et m’a vraiment fait vibrer dans sa derniére partie. Et que dire de l’adorable Finn qui m’a fait craquer avec sa gentillesse et son humour ? Paul, bien qu’un peu trop rouleur de mécaniques est un personnage plûtot sympathique lui aussi. Les personnages sont bien campés dans leur ensemble. Des premiers rôles aux plus confidentiels, ils nous aident à pénètrer dans l’histoire, qu’on s’y attache ou qu’on les déteste.

Un trés bon livre jeunesse, loin des clichés et de la guimauve auxquels je m’attendais.

« Eclair d’été » de Tamara McKinley

Editions L’Archipel (2009)

370 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Orpheline à douze ans, Miriam a toujours su faire face à l’adversité. Quand elle découvre, à l’aube de son soixante-quinzième anniversaire, qu’elle a été spoliée de son héritage, elle n’hésite pas. Un nouveau combat l’attend. Sans doute le plus important de son existence : rétablir l’honneur de son père et récupérer son bien pour le transmettre aux siens. Cette quête de vérité et de justice sera pour Miriam l’occasion d’emprunter les chemins du souvenir. Un voyage qui la mènera de l’Irlande sinistrée des années 1890 à l’Australie de la première moitié du XXe siècle, monde âpre, sauvage, mais empli d’espoir pour nombre de pionniers venus y chercher fortune.

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Je découvre Tamara McKinley avec ce roman. Mon choix s’est porté vers cette auteure australienne motivée par un bon bouche-à-oreilles (les critiques sont presque toutes positives à l’endroit de T. McKinley) mais aussi par la comparaison avec Kate Morton qui revient dans plusieurs commentaires de la blogosphère. Et comme j’aime beaucoup la plume de K.Morton…

Au départ, l’affaire était mal engagée. En effet, le début du roman m’a semblé plat et bourré de clichés (le lord protestant qui tombe amoureux de la petite servante catholique, le fils deshérité, la fuite des amants…),  j’avais l’impression de lire un Harlequin historique. Ce n’est qu’après presque une centaine de pages que j’ai réussi à accrocher (l’arrivée en Australie) mais avant cela je me suis ennuyée. Si après lecture, j’ai trouvé ce roman moins bon qu’un roman de Kate Morton, notamment au niveau de la qualité de l’écriture et l’atmosphère rendue, Eclair d’été fut une découverte charmante. D’ailleurs, j’ai envie de lire d’autres T. McKinley pour avoir d’autres points de comparaisons. Il est difficile de juger un auteur sur un seul livre. D’autant que ce n’est pas son meilleur apparemment. Ce dernier semble être La dernière valse de Mathilda.

Au bout du compte, j’ai passé un bon moment de lecture malgré le fait que le roman me parait moins abouti qu’il pourrait l’être. Certaines choses sont trop survolées ou trop clichées. De même que la psychologie des personnages est traitée de manière superficielle.

En ce qui concerne la période historique évoquée (l’Irlande au début du XIXième siècle et l’établissement des premiers colons en Australie), j’aurai aimé qu’elle soit un peu plus approfondie et détaillée pour me sentir davantage dans « l’ambiance », comme le fait si bien Kate Morton lorsqu’elle nous emmène dans le passé.

 Eclair d’été manque un peu de souffle romanesque, sans doute à cause de l’entremêlement continuel entre présent et passé, un panachage temporel, qui hâche l’intrigue en nous laissant sur notre faim. A chaque amorçe de rebondissement, hop ! on revient dans le présent. Les passages que j’ai le plus appréciés sont bien évidemment ceux situés dans le passé de Kate et de Miriam. Mes personnages chouchous auront été Mim, Fiona et Jack. Même si j’ai trouvé la matriarche un peu trop dure envers les siens parfois, aprés tout ce qu’elle a enduré de drames dans sa vie, on peut comprendre son caractére affirmé !

Bref, un roman agréable à lire qui sait ménager l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin et le dévoilement des secrets de famille. 

« Sanditon » de Jane Austen

Editions Le Livre de Poche (Biblio) (2012)

403 pages

Temps de lecture : une dizaine de jours 

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

En ce début du XIXe siècle où la bonne société anglaise découvre les bienfaits des bains de mer, les Parker se sont mis en tête de faire de la paisible bourgade de Sanditon une station balnéaire à la mode. Invitée dans leur magnifique villa, la jeune Charlotte Heywood va découvrir un monde où, en dépit des apparences « très comme il faut », se déchaînent les intrigues et les passions. Autour de la tyrannique lady Denham et de sa pupille Clara gravitent les demoiselles Beaufort, le ténébreux Henry Brudenall et l’étincelant Sidney Parker, peut-être le véritable meneur de jeu d’une folle ronde des sentiments. Observatrice avisée, Charlotte saura-t-elle demeurer spectatrice ? Le cœur ne va-t-il pas bouleverser les plans de la raison ? À sa mort en 1817, Jane Austen laissait cette œuvre inachevée. Une romancière d’aujourd’hui a relevé le défi de lui donner un prolongement. Un exercice mené à bien dans la plus remarquable fidélité, avec autant de tact que de brio.

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J’ai terriblement honte de l’avouer mais les onze premiers chapitres de Sanditon, ceux-là même écrit par Jane Austen avant son décès prématuré, m’ont paru longs comme un jour sans pain. Je m’ennuyais ferme face à ces palabres incessants autour d’une station balnéaire de la province anglaise. Ce n’est que passée la grosse moitié du roman, au moment où s’amorcent les histoires d’amour entre les différents personnages, que j’ai commencé à accrocher à l’histoire, qui, pour le coup, prend presque des allures de vaudeville ou de comédie ballet digne du Tartuffe de Molière.

Le cadre de l’histoire, une station balnéaire qui tente d’attirer la clientèle et de devenir à la page, est original et se prête assez bien aux péripéties amoureuses de l’intrigue. J’ai beaucoup aimé assister aux bains des dames de l’époque, que de préparatifs et de matériel dont une cabine tirée par un cheval, pour seulement quinze minutes de barbotage ! A l’époque se baigner était bien compliqué et nécessitait bon nombre de complications !

L’évolution subtile du personnage de Charlotte, un personnage qui restera étiqueté comme « peu sympathique » dans ma mémoire, je le crains, fut aussi une bonne surprise pour la lectrice que je suis. Toujours prompte à juger les autres voire à les regarder de haut, la narratrice manque indubitablement de chaleur humaine et il est bien difficile d’entrer en résonnance avec elle. Elle m’a souvent fait penser à Emma. Cependant, il est indéniable que c’est le regard tantôt amusé, ironique, moqueur ou complice que la raisonnable Charlotte pose sur tous les personnages de l’histoire et sur leurs incessants chassés-croisés qui donne sa saveur piquante et son humour grinçant au récit. Dés lors sa distance m’apparait comme nécessaire au bon déroulement d’une intrigue qui se plait à mettre à mal ses principaux protagonistes. Il faut dire que Sanditon abrite une galerie de personnages tous plus ridicules les uns que les autres ou presque mais chacun à leur manière. La plupart sont bourrés de défauts que les deux auteures se plaisent à exagérer pour notre plus grand plaisir, vaniteux, hâbleurs, paresseux, désoeuvrés, hypocondriaques, mêle-tout et j’en passe ! Les personnages de Sanditon sont loin d’être des êtres parfaits, bien au contraire. Même Charlotte et Sidney, qui compose le couple principal, ont bien des défauts. Birn qu’il ne vaille pas un Darcy, Sydney est un héros assez charmant et intéressant à suivre dans le récit, d’autant qu’on se pose beaucoup de questions sur lui et sur ses motivations jusqu’à un stade avancé de l’intrigue. J’ai aussi beaucoup apprécié la présence de ses deux meilleurs amis dans l’histoire. Et je dois dire que l’imbuvable Lord Edward m’a beaucoup divertit par sa sottise. De même que l’avare et acariâtre Lady Denham ou les malades imaginaires, c’est-à-dire les frères et sœurs Parker.

Tout ceci constitue un échantillon sociétal haut en couleur qui donne tout son sel au récit.

Le dénouement m’a réellement surprise car j’étais loin d’avoir deviné la vérité. Comme toujours, la trame narrative emmêle habilement les relations humaines et amoureuses en opposant bien des obstacles aux élans du cœur et aux relations sentimentales. Rien n’est jamais simple pour les amants chez Jane Austen : rivalité, empêchement social, respect des convenances… c’est ce qu’on retrouve ici encore une fois pour notre plaisir. La ligne de démarcation entre la rédaction de Jane Austen (les onze premiers chapitres) et celle de sa successeuse est invisible et le style est suffisamment homogène pour se lire agréablement.

Si je ne suis pas entièrement conquise par Sanditon c’est parce que le roman met beaucoup de temps à démarrer, la mise en place des personnages est très longue et il s’attarde trop sur les affaires de peu d’importance de la bonne société de l’époque, la seconde moitié (bien que rédigée par une autre dame que Jane Austen) m’aura tout de même relativement convaincue de poursuivre ma lecture et j’y aurai pris un plaisir mesuré mais réel.  

« Orgueil et Préjugés » de Jane Austen (Réactualisation)

Editions GF-Flammarion
Publié en 2010 ~ Langue : Française ~ 430 pages
Traduit par Laurent Bury

Année de parution française : 1821
Année de parution originale : 1813
Titre VO : Pride and Prejudice

Genre : Classique

Temps de lecture : 2 jours

Note 

Synopsis

Orgueil et préjugés est le plus connu des six romans achevés de Jane Austen. Son histoire, sa question, est en apparence celle d’un mariage: l’héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennett qui n’est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy ? Si oui, en sera-t-elle aimée ? Si oui encore, l’épousera-t-elle ? Mais il apparaît clairement qu’il n’y a en fait qu’un héros qui est l’héroïne, et que c’est par elle, en elle et pour elle que tout se passe.

Lu plusieurs fois mais jamais chroniqué par manque de temps, Orgueil et préjugés demeure un de mes livres favoris, THE livre, celui qu’on relit encore et encore sans se lasser, lorsqu’on a un petit coup de blues, un manque d’énergie ou tout simplement pour le plaisir, blottie au coin du feu, une tasse de Earl Grey à la main.

L’un de mes rituels est d’ailleurs de m’accorder le plaisir de relire ce roman chaque année pendant les vacances de Noël. Un régal absolu.

Connu également sous le titre Les cinq filles de Mrs Bennett, ce sommet de romantisme et d’humour n’abdique  jamais en rien son intelligence ni la finesse de sa manière d’aborder les sentiments de ses personnages au profit d’une mièvrerie démonstrative et sirupeuse devant lesquelles tant d’autres romans d’amour ont la faiblesse de céder. Ce qui ne l’empêche pas d’être magnifiquement romanesque.

Jamais fleur bleue ni gnangnan, ce roman évite brillamment les pièges du sentimentalisme facile et propose l’un des plus beaux portraits de femme de la littérature mondiale.

Forte, intelligente, cultivée et revendiquant son indépendance, pas forcement la plus jolie ni la plus coquette encore moins la plus diplomate des jeunes femmes, Elisabeth Bennett est l’un de mes personnages féminins préférés de la littérature de même que le couple mythique qu’elle forme avec Mr Darcy. Elisabeth est l’anti-thèse absolue et réjouissante de toutes les oies blanches et toutes les ravissantes idiotes qui pullulent dans la plupart des romans sentimentaux. Et le couple Elisabeth/Darcy est d’autant plus beau et délicieux à voir évoluer qu’ils n’ont pas grand-chose en commun au premier abord et qu’ils sont loin de nourrir de tendres sentiments l’un envers l’autre au premier regard.  Bien au contraire et c’est l’évolution de leur relation qui est passionnante à suivre dans ce roman. Ce n’est pas ici la finalité qui compte (car on sait comment cela va finir) mais le chemin pour y parvenir.

Livrant une peinture sociale des plus féroces et réalistes de l’époque en égratignant les conventions et en dénonçant la rigidité de la société anglaise ainsi que la course aux beaux partis, Jane Austen signe un chef-d’oeuvre d’intelligence et de bon goût qui met également en scène une galerie de personnage du meilleur aloi, de l’écervelée Lydia à  la frivole Kitty, en passant par la sage Jane, l’intriguante Caroline Bingley, la vieille rombière de Lady Catherine de Bourgh et la minaudière, dont un couple presque aussi mythique qu’Elisabeth et Darcy, les Bennett, parents de Liz, constitue le couple le plus mal assorti qui soit mais aussi le plus hilarant, entre l’hystérie maritale de l’épouse et la froide ironie détachée de son époux, le lecteur s’amuse follement.

La peinture que Jane Austen fait des personnages masculins du roman est tout aussi réussie. Le contraste entre Darcy plutôt réservé et son meilleur ami Charles Bingley, insouciant, joyeux et romantique, brillamment mis en mots dresse deux portraits d’hommes diamétralement opposés mais tout deux bougrement attachants. Sans oublier le clergyman falot et obséquieux, le cher Mr. Collins ou bien encore George Wickham, le soldat enjôleur et arriviste…etc…

J’ai beaucoup lu Jane Austen mais Orgueil & Préjugés est à mon avis son chef-d’oeuvre absolu. En tout cas, c’est celui que je préfère et de loin.

 Au cinéma

 Côté adaptation cinématographique, le roman a souvent été porté à l’écran. C’est même le roman d’Austen qui a le plus souvent connu l’hommage de la pellicule, dont la première fois en 1940 par Robert. Z. Leonard. L’adaptation que j’apprécie le plus (en dehors de l’adaptation réalisée par la BBC avec Mister Colin Firth) est celle de Joe Wright réalisée en 2005 avec la jolie Keira Knightley qui y incarne avec naturel et fraîcheur une délicieuse Elisabeth Bennett et Matthew Macfadyen qui compose un très bon Darcy.

[LC] « Raison et Sentiments » de Jane Austen (Réactualisation)

Editions 10/18 (Domaine étranger)
Publié en 1999 ~ Langue : Française ~ 382 pages
Année de parution française : 1815
Année de parution originale : 1811
Titre VO : Sense and SensibilityGenre : RomanceClassique

Temps de lecture : 3 jours
Note 
Synopsis 
Raison et sentiments sont joués par deux sueurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l’imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

Ce premier roman de J. Austen est incontestablement  inférieur au divin « Orgueil & Préjugés ».

 

Il est beaucoup question d’argent, de convenances, et bien sûr d’amour dans ce roman qui illustre à merveille la mesquinerie  et l’hypocrisie ordinaires ayant cours dans la bonne socièté du 19ièmesiècle.

 

La plume de Jane Austen, si elle s’embarrasse parfois de phrases un peu alambiquées, demeure délicieusement ironique et vitriolée lorsqu’elle égratigne son milieu, ses contemporains et leurs mœurs.

 

Critique de la passion, éloge de la raison, Jane Austen met en concurrence deux sœurs, deux caractères et surtout deux façons différentes d’aimer d’où le titre. L’intrigue traite presque exclusivement de tourments amoureux, chacune des sœurs éprouvant les affres de l’amour déçu, mais aussi comme à l’accoutumée des obstacles sociaux et financiers qui forment les noirs cortèges des amours Austeniennes. Comme d’habitude, elle avance à coups de malentendus et à grands renforts de quiproquos (parfois comiques) qui trouvent explication à la toute fin du roman.

 

Elinor, pour attachante qu’elle soit (beaucoup plus que sa sœur Marianne, très agaçante mais qui deviendra plus sympathique en gagnant sagesse et raison au fil des pages), est un personnage moins réussi que Liz Bennett à mes yeux. En ce sens où elle suscite moins l’empathie et l’identification qu’Elizabeth. Là où Liz est lucide et sincère, Elinor me semble parfois un peu hypocrite et méprisante (moins qu’Emma tout de même dans le roman éponyme). Edward est un personnage masculin touchant bien qu’un peu tiède (on le voit bizarrement assez peu, il est plus présent dans les pensées des autres protagonistes, que dans l’action du roman), l’inconstant et beau Willoughby est un homme que l’on adorera détester mais le personnage masculin le plus réussi et émouvant est sans conteste le colonel Brandon (bien plus charismatique et profond qu’Edward et Willoughby réunis !).

Parmi les personnages secondaires, on remarquera l’amusante Mrs Jennings, curieuse invétérée à l’amitié envahissante, mais au fond très gentille et généreuse, l’hilarant pingre maladif, John Dashwood, qui se laisse dominer par sa femme sans s’en apercevoir tout en se donnant des airs supèrieurs,  on trouvera également l’acariâtre belle-mère qui ne rêve que d’une bru richissime et l’habituel essaim de pestes et de rivales des héroïnes, sources de leurs maux.

 

Hélas, le rythme du roman est branché sur courant alternatif, des moments forts certes mais aussi beaucoup de temps faibles où l’on s’ennuie. Le roman traîne un peu en longueur en s’attardant sur des considérations psychologiques portant sur les soeurs Dashwood ou sur les discussions interminables entre les personnages.

 

Pour peu qu’on ait déjà lu Jane Austen, on se trouvera en terrain connu et rassuré par le schéma habituel de la grande dame dans la construction de son roman. Peu de surprises donc et pas de révélations fracassantes mais c’est toujours un plaisir que de se (re) plonger dans l’univers si plein de finesse, d’ironie et de romantisme de Jane Austen.

Les chroniques des autres participants :  Cynthia, Soukee,FrankieMélusine

« La Mort s’invite à Pemberley » de PD James

Editions Fayard

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 380 pages

Temps de lecture : 2 jours

Plaisir de lecture  Très bon mais…

Synopsis

Rien ne semble devoir troubler l’existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maîtresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins ; sa sour préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là ; et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l’imposante bibliothèque du château. 
Mais cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d’automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune sour d’Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s’invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes.

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C’est surtout en tant que « suite » d’Orgueil et Préjugés que ce roman marque incontestablement des points. Il y a pour le lecteur amateur de Jane Austen, le plaisir immense de retrouver des personnages adorés ou honnis dont PD James a su capter à merveille la personnalité, le caractère et les aspirations. Aucune fausse note dans le traitement des personnages créés par Jane Austen n’est à déplorer. Même lorsque PD James réinterprète certains faits ou actions d’Orgueil et Préjugés, même lorsqu’elle extrapole sur certains événements ou fait évoluer le caractère de certains protagonistes (le colonel Fitzwilliam en particulier) de manière surprenante et osée, ou confére plus de mâturité à Elizabeth et Darcy, elle reste dans le ton austenien et dans la vérité de l’histoire. Nulle incohérence, nulle trahison de l’œuvre originelle n’est commise. Du grand art assurément Mrs. PD James.

Je découvre l’écriture de la grande dame du polar britannique (que d’aucuns comparent à Agatha Christie) avec ce titre. Une écriture solide et mâture qui sait se montrer à la hauteur du style austenien, notamment dans les dialogues et la descriptions des paysages de Pemberley. Ce qui est heureux, car, hélas, PD James abuse un peu de ces descriptions pour meubler une intrigue policière qui n’a vraiment rien de sensationnelle. C’est là où vraiment le bât blesse, tant l’enquête policière et la quête du meurtrier semblent être des prétextes à s’emparer de la matière austeniene et à faire évoluer les personnages de Darcy, Liz, Jane, Lydia et les autres.

PD James se fait visiblement plaisir avec ces « jouets » précieux de la littérature victorienne, qui pourrait l’en blâmer ? Pas moi, en tout cas, car même si je déplore vivement les (trop nombreuses) longueurs du roman et le manque d’originalité de l’intrigue policière, je dois confesser que ce fut, pour moi, fan de Jane Austen, un grand bonheur de retrouver l’univers de Pride & Prejudice et les personnages auxquelles je suis fortement attachée. Oui, il est jouissif de voir notre Liz et notre Darcy plus amoureux que jamais, en train de roucouler entourés de leurs enfants et de voir évoluer Liz dans son rôle de maitresse de Pemberley… et bien d’autres bonheurs encore.  

Un roman policier à réserver avant tout aux fans d’Orgueil & Préjugés. Les amateurs de polar à rebondissements risquant de trouver le temps long malgré les révélations finales inattendues. 

En conclusion, merci PD James d’avoir donné une si bonne suite aux aventures de Darcy et Liz car tout fan qui se respecte sera resté un peu sur sa faim certainement à la fin d’Orgueil & Préjugés.