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[Masse critique Babelio] « Zoo City » de Lauren Beukes

Editions Eclipse (2011) (Presses de la Cité)
333 pages | Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Temps de lecture : 3 jours
Note coupdecoeur
Synopsis

Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne
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Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu’ouvrant un livre pour  en lire les vingt premiers chapitres, je n’avais senti d’emblée se profiler le coup de cœur.   
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l’enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF. 
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d’Orwell), ce roman dystopique m’a bluffée ! Tant par l’originalité de son univers,  la profondeur des concepts proposés, que par la  maitrise indéniable de l’auteure, qui tient son histoire d’une main de fer, tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant. 
Jusqu’à présent, je n’avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j’avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m’avait pas plus impressionnée que le roman ne m’avait transcendé.
D’où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.

Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l’univers en nous plongeant aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l’objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.

Celles et ceux qui ont lu l’intégrale de l’excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j’avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d’animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s’arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d’un univers fascinant et tous deux l’utilisent comme un outil d’exploration de l’âme humaine, et de ses travers, afin d’interroger  les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l’idée d’un animal-lié à un être humain en tant qu’âme chez l’un, et en tant qu’incarnation de la culpabilité d’un individu ayant commis un acte répréhensible chez l’autre, L. Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l’habillant de son propos désenchanté, et en le proposant dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu’inattendue, où elle laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l’évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.

Ce qui m’a le plus séduit chez Zinzi, c’est son côté marginale, voire amorale, de  bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d’un sacré punch, Zinzi (qui m’a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. Non seulement, l’intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé mais surtout celui-ci nous tient en haleine au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n’en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m’a ravi plus d’une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d’entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.

Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu’à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.

1) Le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive  (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?). 
Je ne le pense pas, bien au contraire. J’avoue donc sans honte aucune que certains passages m’ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l’on y prend, rassurez-vous. 
2) Le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l’intrigue principale : extraits de mail, de livres, d’articles, et de documents d’archives officiels …
3) L’enquête policière n’est pas d’un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l’accent est surtout mis sur l’univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d’ailleurs. Dès lors, la conduite de l’enquête devient prétexte à explorer un monde étrange,  ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d’interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) Le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s’installe dans les derniers chapitres. Lesquels s’étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. De plus, je n’avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient trouver à s’assembler et à se résoudre dans la conclusion. Et j’ai tremblé pour les personnages principaux jusqu’à la toute fin du roman.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de cœur, mais un coup de cœur tout de même. 
À découvrir et à faire découvrir.

Je remercie donc triplement Babelio. En premier lieu, pour m’avoir accordé une fois de plus leur confiance, deuxièmement pour l’envoi de ce roman SF (que je n’aurai sans doute jamais lu si le sort n’en avait décidé autrement) et enfin pour l’immense plaisir que m’a procuré sa lecture.

 

« Warbreaker » de Brandon Sanderson

Editions Orbit (2012)

547 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note coupdecoeur

Synopsis

Voici l’histoire de deux sœurs, Vivenna et Siri.

L’histoire du Dieu-Roi que l’une d’entre elles doit épouser, et de Chanteflamme, un autre Dieu qui n’aime pas son travail. Celle aussi de Vasher, un immortel qui tente de réparer les erreurs qu’il a jadis commises, et de Saignenuit, sa mystérieuse épée. Dans leur monde, celui qui meurt auréolé de gloire devient un dieu. Il vit dans le panthéon de la cité d’Hallandren, et utilise la magie biochromatique, la magie du Souffle. Un Souffle qu’on ne peut récupérer qu’une fois, sur un individu à la fois.

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Un coup de cœur (malgré quelques longueurs et digressions un peu lourdes).

Je vais être très élogieuse sur ce roman qui m’a coupé le « souffle » avec son univers unique et sa sublime mythologie. Les lecteurs comprendront plus loin de quoi il retourne 😉

Sanderson est l’un des meilleurs auteurs fantasy de ces dernières années. Warbreaker le confirme.

Sa fantasy divertissante et ludique qui s’aventure hors des sentiers battus est un plaisir sans cesse renouvelé.

Ses mythologies sont travaillées, maitrisées, originales, bref : grandioses !  Ce monsieur déborde littéralement d’imagination. J’en veux pour preuve l’idée de génie sur laquelle repose Warbreaker, à savoir la magie chromatique s’exerçant au travers du SOUFFLE et pouvant redonner vie aux morts et vie aux objets rien qu’en puisant dans la force des couleurs (on pourra penser à la mythologie mise en place par Mathieu Gaborit dans son roman Chronique du soupir que j’avais adoré). Une grandiose idée en elle-même mais ce qui me ravit, c’est que le traitement est parfaitement à la hauteur des ambitions suscitées par le sujet du roman. Le fond, la forme et l’originalité sont au diapason l’un de l’autre.

La manière dont Brandon Sanderson construit ses univers, au niveau social, politique et religieux, est stupéfiante tant ces sociétés imaginaires fourmillent de poésie et de magie ainsi que d’un luxe de détails savoureux à souhait.

Les personnages sont charismatiques en diable. Je suis tombée sous le charme de Chanteflamme, le dieu rappelé d’entre les morts, un magnifique personnage à la fois drôle, touchant et profond comme on en rencontre rarement mais aussi de Vasher, qui forme un duo très comique avec Saignenuit, son épée très bavarde. Le Dieu-Roi m’a fait passer par diverses émotions lui aussi. A commencer par la crainte mais aussi l’impatience de mieux le découvrir. Sans oublier la bande de mercenaires qui aide Vivenna à mettre son plan en action et qui sont très folkloriques dans leur genre eux aussi. Les personnages féminins sont tout aussi passionnants à suivre et à voir évoluer tout au long du récit. Si au départ, ma tendresse allait vers Siri, la sœur cadette, le personnage de Vivenna m’agaçant beaucoup, j’ai changé d’avis en cours de lecture pour finir par m’attacher davantage à elle qu’à Siri. Que dire à part que tous les personnages sont si formidablement complexes et dotés d’une telle profondeur qu’on ne cesse de s’interroger sur eux et de changer constamment d’opinion à leur égard. Ils ne sont pratiquement jamais ce qu’ils semblent être et le lecteur va de surprise en surprise. L’auteur prend un malin plaisir à construire son intrigue sur un tombereau de faux-semblants.

La fin ne m’inspire qu’un seul mot : EPIQUE !  Révélations, trahisons, combats, tortures, débauche de magie… L’auteur a su me surprendre avec brio. Et quel plaisir d’obtenir des réponses satisfaisantes à toutes ses questions.

En dernier lieu, j’ajouterai que le fait que le roman soit un one-shot contribue également à sa réussite et à l’efficacité de l’intrigue, en minimisant les défauts inhérents aux premiers tomes de saga fantasy tout en réduisant les longueurs qu’on peut parfois avoir à subir dans Fils-des-Brumes par exemple. Grâce à cela nous n’avons pas la désagréable sensation que l’auteur « en garde sous le coude » pour les prochains tomes.

Vous l’aurez compris, je suis conquise. 

« Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë (Réactualisation)

Editions Folio (Classique) (2005)

469 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note coupdecoeur

Synopsis

Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l’ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s’approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu’au jour où la fille de  Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.

Ce roman anglais, le plus célèbre du XIXe siècle à nos jours, a été écrit par une jeune fille qui vivait avec ses soeurs au milieu des landes de bruyère. Elle ne connut jamais cette passion violente ni cette haine destructrice. Elle imagina tout, même le fantôme de la femme aimée revenant tourmenter l’orgueilleux qui l’a tuée.

Une noirceur impressionnante se dégage des pages de ce chef-d’oeuvre intemporel de la littérature anglaise du XIXéme siècle. L’ouvrage ne fait pas dans la demi-mesure, soit il ennuie, soit il fascine. Certains diront que ce roman doit être lu à l’adolescence pour fasciner, ce n’est pas vrai. Je ne suis plus une adolescente depuis longtemps et pourtant ce livre m’a emporté.

L’atmosphère victorienne et la vie rurale anglaise du XIXième y sont somptueusement restituées par une écriture soignée, belle et ample qui nous fait cheminer sur des landes désertes, déambuler dans de grandes demeures sombres où l’on arrange les mariages et rumine les vengeances.  La folie, la violence sont presque des personnages à part entière dans ce roman où il est quasiment impossible de ressentir un quelconque attachement pour les personnages, d’une complexité et d’une densité psychologique proprement phénoménales, que cette folie guette pour les emporter. La maladie n’émeut pas, la dépression non plus, la passion n’élève pas, elle rabaisse, même les plus beaux sentiments s’avilissent, tous les élans du coeur et de l’âme y sont corrompus.

L’astucieuse double narration Loockwood/Mrs Dean alterne efficacement les points de vue et les ressentis de chacun ce qui donne encore plus d’épaisseur au récit en favorisant les sauts temporels car si l’histoire se déroule de 1801 à 1802, nous assistons grâce à Mrs Dean à l’arrivée d’Heathcliff, 40 ans plus tôt.

Certes, cette histoire manque désespérément de chaleur et peut être perçue comme déprimante, certes, oui, certains passages descriptifs sont longuets et ennuyeux, certes le rythme est lent (à mon sens le terme « envoûtant » conviendrait mieux pour le qualifier) mais c’est  parce que l’histoire ne s’offre pas au lecteur, il faut l’aller chercher aux tréfonds des personnages autant qu’à l’intérieur de soi puisque les violents sentiments qui animent ce classique, passion, haine, vengeance bouillonnent à l’intérieur de chacun de nous et c’est là la grande force de ce roman et le grand talent d’Emily Brontë, de nous mettre face à nous-mêmes, face à ceux et celles que peut-être nous aurions pu devenir un jour en de semblables circonstances. Les Hauts de Hurle-Vent parle tout simplement de l’inhumaine humanité qui est parfois la nôtre et n’est-ce pas ceci qui est le plus dérangeant ici ?

Un coup de coeur que cette relecture a confirmé.

« Brokeback Mountain » d’Annie Proulx

Editions Grasset (2005)

94 pages

Temps de lecture : 35 minutes

Note  

Synopsis 

Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis del Mar et jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n’ont pas vingt ans. Ils se croisent le temps d’un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l’espace, ni les non-dits, ni la société n’auront raison de cet amour – que seule brisera la mort. Le récit déchirant d’une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l’écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine. Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain qui a obtenu le Lion d’or 2005 à la Mostra de Venise, c’est  » une grande histoire d’amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres « .

C’est l’histoire d’un amour caché. Un amour d’autant plus beau qu’il ne tombe jamais dans le sentimentalisme ni la caricature. Un amour d’autant plus fort et poignant qu’il est ancré dans une réalité sociale et économique difficile où l’hermétisme des mentalités est roi. Un amour ardent qui n’a nul besoin de paroles pour s’en nourrir. L’attachement entre les personnages (mutiques) du roman s’exprime avant tout par des regards complices et des gestes passionnés et brutaux. 

Je ressors bouleversée de cette lecture, eblouie par l’écriture d’Annie Proulx à la fois directe voire crue, poétique et sauvage mais jamais vulgaire n’en déplaise à certains détracteurs.

La retenue dont elle fait preuve pour illustrer les sentiments violents de ses personnages tout autant que la vérité avec laquelle elle décrit les ébats des deux amants sont admirables. La passion qui unit Jack et Ennis est montrée sans fards et sans pudibonderie inutile dans un langage de tous les jours. 

Un roman  trés marquant qui m’aura profondément touché et émue. Je l’ai achevé d’un souffle, la gorge nouée, le ventre retourné et les yeux humides, pestant contre la bêtise des hommes et leur stupide intolérance. 

L’adaptation cinématographique sortie il y a quelques années est tout aussi excellente et se montre pour une fois à la hauteur de la puissance émotionnelle de l’oeuvre originale.  Un gros coup de coeur.

[Le Choix du Chapelier Fou : Spécial PAL] [3] Novembre : « Thursday Next, 2, Délivrez-moi ! » de Jasper Fforde

 

Pour cette troisième édition du challenge (deuxième en ce qui me concerne)

Le Chapelier Fou m’a gentiment choisi : 

« Thursday Next, 2, Délivrez-moi » de Jasper Fforde

Rappel des règles

 

Sur une superbe idée d’Arcaalea mise en œuvre sur son blog Ephémère qui s’inspire du rendez-vous « Random Reads » initié par I’m Loving Books, et découverte sur le blog Autour du livre.

 – Avoir une liste de votre PAL (Pile à Lire)

– Tirer au sort un livre dans cette liste, de la manière qui vous plaît le plus (pour ma part, j’utilise le logiciel « The Hat »)

Sachez qu’il vous est possible de ne sélectionner que votre PAL prioritaire, vous êtes totalement libres de faire ce que vous voulez ^^

 

 

Editions 10/18 (Domaine étranger) (2006)

444 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note 

Synopsis 

Thursday Next, détective littéraire et agent des OpSpecs, bénéficie d’un repos bien mérité après être rentrée dans l’intrigue du roman Jane Eyre grâce au portail de la prose et en avoir sauvé l’héroïne. Elle a aussi retrouvé l’homme de ses rêves, Landen, et comme un bonheur n’arrive jamais seul, la voilà enceinte ! Seulement, la corporation Goliath ne l’entend pas de cette oreille, et pour la contraindre à libérer le criminel qu’elle a enfermé dans un poème de Poe, le groupe tout-puissant fait éradiquer son mari de la réalité – il serait mort dans un accident de voiture à l’âge de deux ans !
Seule Thursday se souvient que Landen a un jour existé… Mais maintenant que le portail de la prose a disparu, la jeune femme va devoir subir un entraînement spécial à la jurifiction – la police interne des livres – avant de pouvoir reprendre ses voyages à l’intérieur des chefs-d’oeuvre de la littérature.

 

Tout comme pour le premier tome, L’Affaire Jane Eyre, Délivrez-moi ! est un gros coup de cœur.

J’adore cette saga et la recommande à tous les amateurs d’uchonie brillante et déjantée. Personnes hermétiques à l’humour anglais à la Monty Python s’abstenir. Thursday Next, pour être savouré à sa juste valeur, exige que l’on abandonne son esprit cartésien et son sérieux au vestiaire avant d’entrer dans l’univers délicieusement nawak du talentueux Jasper Fforde sinon la magie n’opérera pas. 

L’idée de pouvoir voyager dans les livres me fait rêver ! Le pouvoir que possède Thursday Next me fait baver d’envie. Comme j’aimerai être à sa place …et intégrer la Jurifiction (soupir de désespoir) ! 

De fait, j’ai trouvé cette suite encore plus inventive et loufoque. Encore plus rythmée et hilarante également. Entre l’utilisation inédite des notes de bas de pages du roman, les personnages des grands classiques qui sautent de livres en livres, la fiction qui se mélange à la réalité et toutes les autres idéés délirantes de Jasper Fforde autour de la littérature, on ne s’ennuie pas une seconde.

De Dickens à Kafka en passant par Jane Austen, on s’amuse à voir Marianne Dashwood réclamer des Menthos et des collants et conduire un bi-plan autant que d’assister à l’apprentissage de Thursday Next au sein de la Jurifiction. Surtout que notre pauvre agent n’est guére épargnée par les soucis personnels mais aussi professionnels dans cette suite très réussie.

Les romans de Jasper Fforde sont magiques ! Pourquoi ? Parce que ce sont des livres qui donnent envie de lire ! L’intertextualité est mise en place si brillamment qu’elle  jette astucieusement des ponts entre les romans évoqués avec drôlerie et gourmandise, si bien que le lecteur ne peut avoir qu’une seule envie : traverser ces passerelles et partir à la découverte de nouvelles joies littéraires.

Ainsi, Jasper Fforde m’a donné follement envie de découvrir Les Grandes espérances de Charles Dickens, il en parle si bien dans cette seconde aventure qu’à l’image de Thursday, on veut partir à la rencontre des personnages du célèbre roman. 

Encore un régal que ce deuxième tome de la série, entre SF, humour, polar, espionnage et amour de la littérature.

[LC + relecture] « Jane Eyre » de Charlotte Brontë

Editions Le Livre de Poche (Les Classiques de Poche) (2009)

539 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note 

Synopsis

Jane Eyre est orpheline. Jusqu’à l’âge de 10 ans elle est hébergée (plus qu’élevée) par une tante. Elle et ses enfants maltraite Jane qui est finalement envoyée dans un pensionnat pour orphelins miteux. Jane y étudie pendant 6 ans puis y reste 2 ans comme enseignante. Quand les gens qu’elle aimait quittent l’école Jane décide de partir aussi. Elle trouve une place comme gouvernante d’une jeune fille française, pupille d’un certain M. Rochester. 

Lu et adoré il y a plus de deux ans, je m’aperçois que, curieusement, je ne l’avais pas chroniqué. Je profite donc de cette  relecture sous forme de lecture commune pour vous livrer mon avis sur ce roman :

Par où commencer ? Comment parler de ce trés grand roman victorien sans trop en dévoiler ? 

Sachez tout d’abord que ma relecture de Jane Eyre n’a fait que confirmer mon coup de coeur passé. J’ai pris autant de plaisir à le découvrir qu’à le relire. 

L’histoire d’amour, cette passion entre Jane et Mr. Rochester, est l’une des plus belles de la littérature anglaise. L’une des plus complexe, profonde et surprenante aussi.

Faisant fi des miévreries, Charlotte Brontë nous donne à voir le choc de deux fortes personnalités qui s’affrontent et orchestre avec brio la romance inattendue entre un homme d’âge mûr sombre et taciturne en lutte constante contre lui-même, en butte à des désirs charnels qu’il méprise et en quête de rédemption pour ses fautes passées, avec une jeune orpheline innocente, intelligente bien qu’un peu naïve, mais trés intuitive de 18 ans. De discussions en joutes verbales, ces deux êtres que rien ne destinait l’un à l’autre, vont pourtant s’apprivoiser et peu à peu apprendre à s’aimer avant que les conventions sociales ne s’en mêlent.

Vous verrez que Charlotte Brontë ne ménage en rien ses personnages, multipliant les obstacles sur leur chemin, les affres du destin et ne leur épargnant point la souffrance et la cruauté de l’existence. Ce qui rend l’histoire trés crédible. Jane Eyre n’est pas un conte de fées. 

J’en veux pour preuve l’atmosphère trés sombre du roman presque aux lisières du fantastique parfois. Thornfield est une demeure étrange qu’on pourrait croire maudite, une sorte de château gothique où se produisent des événements noctutnes inquiétants.

Ce qui est également saisissant dans ce roman, outre la pertinence dans l’analyse des comportements humains et dans les rapports entre les êtres, c’est le climat peu orthodoxe, assez noir et équivoque qui s’en dégage. La passion entre Jane et Rochester n’est pas désincarnée. Elle se manifeste aussi par une attirance charnelle partagée dont la représentaation est inhabituelle pour l’époque

Bien sûr, on pourra penser que peut-être le roman est un peu long, surtout au début lorsque Jane narre son enfance et sa jeunesse dans sa triste pension pour orphelines. Peut-être se dira-t-on aussi que Charlotte Brontë abuse des descriptions mais sa plume est si belle et si agréable à lire qu’on lui pardonne volontiers ses digressions sur le charme de la campagne anglaise.

Il y aurait tant d’autres choses à dire sur cette oeuvre magnifique mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous-même.

Jane Eyre est à mes yeux un roman quasi-parfait à découvrir sans tarder, à lire, relire et relire encore tant il nous transporte à la fois dans la merveilleuse campagne anglaise, cadre somptueux d’un amour qui ne l’est pas moins, mais nous fait entrer également avec talent dans les paysages psychiques des personnages inoubliables que sont Jane et Edward.

Un de mes classiques préférés ! 

« Mission Nouvelle Terre, Glow, 1 » d’Amy Kathleen Ryan

Editions du Masque (MsK)

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 388 pages
Traduit par Alice Delarbre

Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2011
Titre VO : Sky Chasers series, book 1 : Glow

Genre : JeunesseScience-Fiction

Temps de lecture : 4 h

Note 

Synopsis

Alors qu’elle vient de fêter son 15ème anniversaire, Waverly n’a connu qu’un seul foyer, l’Empyrée, une navette spatiale à destination de la Nouvelle Terre.
Sa mission : mettre au monde les enfants qui peupleront la planète. Tous la destinent à Kieran, son ami d’enfance et le futur capitaine du vaisseau. Pourtant Waverly aspire à une autre vie et les silences de son ami Seth l’attirent davantage que les exploits de Kieran.
Lorsque le navire jumeau de l’expédition attaque l’Empyrée pour enlever toutes les jeunes filles, plus le temps de s’interroger. Waverly et ses amies doivent survivre dans un milieu hostile aux pratiques très différentes des leurs.

Wouch ! J’ai adoré ce roman. D’habitude, je n’aime pas spécialement les romans SF mais Glow est une réussite totale.

La première idée de génie de l’auteure est d’avoir agencé son monde dystopique au cœur du cosmos. Répartissant deux groupes de colonisateurs dans des vaisseaux spatiaux censément alliés dans leur mission mais gangrénés par la jalousie et la haine. Ces engins mandatés par le gouvernement terrien pour faire route vers une nouvelle planète où implanter les générations humaines futures après que leurs ancêtres aient rendu notre bonne vieille terre, inhabitable pour cause de pollution. Rapidement, et pour des raisons troubles que l’on découvre au fil de la lecture, les flottes deviennent rivales et dès lors, vont se livrer une lutte sans merci où tous les coups sont permis. Autant dire que l’univers proposé tranche totalement avec les mondes dystopiques auxquels nous sommes habitués depuis quelques temps. 

Cette opposition à distance entre les deux vaisseaux ennemis débouche alors sur un huit-clos spatial haletant où s’affrontent deux communautés mais davantage encore deux conceptions opposées de l’existence et deux croyances rivales.

La narration nous permet d’avoir un œil dans chaque vaisseau à la fois. Le lecteur ne rate rien de ce qui se passe à bord de ces engins en plein bras de fer interstellaire. Il était si impensable pour moi de refermer le livre sans savoir ce qui allait se passer dans la partie suivante que je l’ai lu en quatre petites heures à peine. Ce roman se lit à la vitesse de la lumière grâce à son écriture vive comme une étoile filante et à son intrigue aussi brillante que le firmament.

Remarquable par l’intelligence de son propos, Glow possède une rare profondeur pour un roman destiné à la jeunesse. Il ouvre de multiples pistes de réflexions à son lecteur. Ainsi sont passées au crible  la responsabilité des hommes dans le déclin de la planète, la religion, le fanatisme et les dérives sectaires, la noirceur de l’âme humaine rongée par l’ambition et recherchant sans cesse le pouvoir. Terrifiant de voir à quelle vitesse, un individu peut devenir un tyran pour peu qu’on lui en laisse la possibilité. J’ai trouvé un petit côté Sa Majesté des mouches à ce récit. Quand les adultes ne sont pas là, les enfants révèlent des facettes inquiétantes de leur personnalité.

La psychologie des protagonistes est une chose qui est beaucoup mise en avant dans l’intrigue. Intelligemment, AK Ryan se refuse à figer ses personnages dans un courant de pensée quelconque et les fait évoluer de manière surprenante de bout en bout du roman. Rejetant tout manichéisme, l’auteure engendre des personnages très contrastés. Balloté d’une indignation à l’autre, face aux motivations égoïstes de chacun, le lecteur ne sait plus pour qui prendre parti au fur et à mesure qu’il avance dans le récit. Les personnages principaux, en particulier masculins, sont d’une grande complexité et difficilement appréciables. Plus sympathique, Waverly est une héroïne comme je les aime. C’est une battante, une fonceuse, elle a du caractère et le montre. Parmi les personnages secondaires, on trouvera aussi quelques personnalités intéressantes qu’il sera bon de voir évoluer dans les prochains tomes.   

Pour faire court, disons que l’on est loin d’un antagonisme simpliste : les bons contre les méchants. La morale de Glow est très nuancée, ni blanche, ni noire, elle est réaliste et assez pessimiste quant à l’humanité et ses vicissitudes. Glow nous met le nez dans le nauséabond de la nature humaine.

Ce roman très immersif nous fait vivre une expérience ethnologique fascinante car au final, en usant d’un microcosme, AK Ryan nous met face au reflet à peine déformé de notre société. C’est sur notre propre monde actuel et ses dérives que l’auteure nous fait poser un regard critique. Et ça, c’est très fort !

J’ai beau chercher, je ne trouve aucun reproche à faire à ce premier tome, tout m’a plu et transporté. J’adhère à cent pour cent. C’est un gros coup de cœur

Je remercie infiniment Karline pour avoir organiser le concours qui m’a permis de remporter ce roman génial et les Editions du Masque (MsK) pour l’avoir soutenu dans sa démarche.

Vivement la suite !