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[Masse Critique Babelio] « L’an prochain à Grenade » de Gérard de Cortanze

Éditeur : Albin Michel (2014) 
Temps de lecture : Six jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis

Grenade, 31 décembre 1066 : 5000 Juifs sont massacrés en une nuit par une foule musulmane en furie. Parmi les morts, Samuel Ibn Kaprun, chef des armées du vizir, premier ministre, receveur des impôts, pourvoyeur d’esclaves, grand poète et… Juif. Echappent à la tuerie, sa jeune fille Gâlâh et Halim, son amant musulman vite assassiné par les brigades intégristes. Mémoire vivante de son peuple, Gâlâh traverse les siècles. On la retrouve à Séville, à Lisbonne, à Oran, à Constantinople, à Venise, à Treblinka, à Sarajevo, à New-York, à Grenade à nouveau, bien des siècles plus tard, à Paris enfin, devant une école juive, un matin de septembre 2012, où l’attend un tueur prénommé Iblis, nom qui dans le Coran désigne le Diable. L’An prochain à Grenade est un roman d’amour, qui raconte l’idylle entre une jeune femme juive et un poète musulman. Un roman épique, où résonnent les guerres, les pogroms, les soulèvements populaires. Un roman littéraire, qui par son souffle, s’inscrit dans la lignée du Dernier des Justes et de la Mémoire d’Abraham. Un roman politique, car la nuit noire de 1066 résonne d’une façon étrangement actuelle. Un conte philosophique enfin, qui débouche sur une interrogation essentielle : pourquoi l’antisémitisme, pourquoi l’intolérance, pourquoi la haine ? Ce livre fort donne à lire une indispensable méditation sur l’extrême difficulté (impossibilité ?) à faire cohabiter les croyances religieuses, sur le désenchantement d’un monde où les mots de fraternité et de tolérance ont perdu tout sens. Quelle histoire, sinon celle subie par la jeune Gâlâh – mémoire vivante du peuple juif – résume à ce point la noirceur de l’humanité ?

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L’an prochain à Grenade propose une accumulation rébarbative de données historiques,  incessantes énumérations de dates, de noms, de lieux, et de décomptes de morts, sans doute récoltées au prix de recherches poussées, ( je ne nie pas le travail documentaire préparatoire de l’auteur), mais qui souffrent, selon moi, de ne jamais être mis en perspective ou assimilées au sein de l’intrigue. Ce qui est regrettable, car la démarche littéraire de l’auteur en devient artificielle et dénuée de profondeur. Résultat : davantage qu’un roman, j’ai eu l’impression de lire des pages  Wikipédia ou une longue et ennuyeuse prise de notes.

Alors, oui, ce roman est sans doute instructif, mais il laisse le lecteur sur le carreau, incapable de s’émouvoir de ces destinées tragiques, certes, mais narrées de manière trop clinique. Il est d’autant plus difficile de s’attacher aux personnages qu’ils restent souvent en marge des événements, en tant que simples spectateurs des horreurs commises au nom de la religion, toujours dans la fuite, jamais dans l’action.

De plus, l’auteur privilégiant les faits historiques, au détriment des personnages, ceux-ci apparaissent peu travaillés, sorte d’ombres chinoises qui s’agitent derrière l’écran de fumée que se contente d’être l’intrigue du roman, marionnettes érigées en cautions historiques, dont l’auteur tire les ficelles lorsque cela sert son propos ou sa démonstration.

Le style est au diapason et oscille entre descriptions poétiques et écriture factuelle. Combien de phrases qui commencent par Mais, Tandis, Et… ? Trop de coordinations qui, certes, apportent du rythme en favorisant les phrases courtes, mais accentuent cet aspect administratif du texte. Combien de fois, au cours de ma lecture, me suis-je sentie ainsi noyée sous la masse d’informations dispensées ? Quasiment à chaque page. Ce qui entre nous nuit beaucoup au plaisir de lecture. Autant dire que j’ai failli abandonner la lecture de ce pensum à plusieurs reprises.

Bref, l’auteur aurait peut être gagné à vulgariser, quelque peu, son propos. Rare sera le lecteur, je pense, à posséder le bagage théologique nécessaire a la
bonne compréhension du récit.

Á mes yeux, une lecture roborative qui, hélas, tourne vite à l’indigeste.

« Le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock

2012 Editions Albin Michel (Terres d’Amérique)
Langue française – 370 pages | Traduit par Christophe Mercier
Temps de lecture : 2 jours
Note 
1étoile passez votre chemin

Synopsis

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

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J’ai hésité à lire ce roman. Un abandon de lecture dans mon entourage proche m’en ayant dissuadé longtemps et puis, intriguée par les critiques positives tout autant qu’unanimes, j’ai cédé à ma curiosité en me disant : « Et si je passais vraiment à côté de quelque chose ? ».

Au final, ce que j’aurais mieux fait de passer, c’est mon chemin.
Ce roman est immonde.

Sous prétexte de faire la critique des USA des années 50-60, et d’en dénoncer les nombreux travers : racisme, homophobie, puritanisme, sexisme, patriotisme exacerbé, fascination pour les armes,… (ce qui a déjà été fait ailleurs, et avec bien plus de talent et de finesse), Pollock nous livre avec Le diable, tout le temps l’un des romans les plus sordide, obscène, vulgaire et misogyne qu’il m’eut été donné de lire depuis longtemps !

Dans ce roman, il n’y a pas d’histoire à proprement parler : il s’agit davantage de chroniques mettant en scènes divers « péquenauds », je cite l’auteur, alcooliques, crasseux, illettrés, obsédés sexuels, pervers, et fanatiques religieux, issus de l’amérique dite « profonde », tous plus ou moins consanguins les uns des autres, et qui se croisent au fil de leurs pérégrinations (parfois meurtrières) à travers la région et ses environs.

Ce qui est déplorable dans ce roman, c’est que Pollock n’analyse rien, il ne fait que dresser son sinistre inventaire des horreurs commises en pensées comme en actes de ses personnages. J’aurais souhaité que, plutôt que de faire une sorte de catalogue macabre et complaisant de l’horreur, l’auteur intellectualise un minimum les faits et son propos, afin d’ouvrir des pistes de réflexions à ses lecteurs.
Ce manque d’implication, cette distanciation prononcée vis-à-vis de son récit et surtout le manque cruel de second degré est vraiment dommageable, car en pratiquant une telle neutralité dans sa narration, il semble cautionner les ignominies qu’il décrit de long en large, et au-delà, se complaire dans la violence et la vulgarité gratuite, sans que cela ne débouche chez lui (ou chez le lecteur) sur une quelconque ébauche de réflexion. Ce qui m’a profondément dérangé, je l’avoue.

Quant au « style », s’il est fluide à lire, il est aussi assez pauvre et grossier « en diable ». À un certain moment, j’ai cessé de compter les insanités tant ce roman en est truffé.

La fin est moralisatrice, comme il se doit, Amérique bien-pensante oblige, une conclusion où les méchants doivent être châtiés et où le « œil pour œil », l’auto-défense, est cité, (voire prôné en exemple, à la Charles Bronson, vous voyez, époque « Le justicier » et où le cow-boy à la gâchette vengeresse, part façon « lonesome cow-boy » vers le soleil couchant).

Pour moi ce roman est vide de sens, de signifiant comme de signifié, et sa démarche me parait purement sensationnaliste et racoleuse, rien de plus. Et croyez-moi entre les pédophiles, les zoophiles, et les femmes traitées comme de la viande, (et j’en passe !), j’ai eu largement mon content d’insanités pour l’année.

Bref, à mes yeux un roman de gare. Sur des sujets similaires, je vous conseille de lire ou de (relire) le chef-d’œuvre de Truman Capote : De sang-froid ou l’excellent Seul le silence d’Ellory.

[LC] « La Conjuration primitive » de Maxime Chattam

Editions Albin Michel (2013)

462 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

Une véritable épidémie de meurtres ravage la France.
Plus que des rituels, les scènes de crimes sont un langage.
Et les morts semblent se répondre d’un endroit à l’autre.
Plusieurs tueurs sont-ils à l’œuvre ? Se connaissent-ils ?
Et si c’était un jeu ?
Mais très vite, l’Hexagone ne leur suffit plus : l’Europe entière devient l’enjeu de leur
monstrueuse compétition.
Pour essayer de mettre fin à cette escalade dans l’horreur, une brigade de gendarmerie pas
tout à fait comme les autres et un célèbre profiler, appelé en renfort pour tenter de
comprendre.
De Paris à Québec en passant par la Pologne et l’Écosse, Maxime Chattam nous plonge dans
cette terrifiante Conjuration primitive, qui explore les pires déviances de la nature humaine.

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Un thriller haletant et original, tant dans sa forme narrative assez inédite, que dans son fond fictionnel. Les mises à morts sont plus atroces et inventives les unes que les autres. De plus, des questions intéressantes sur la folie et la perversion sont soulevées avec intelligence. M. Chattam propose une réflexion pertinente sur la nature humaine et ses déviances. 

Entre deux grimaces de dêgout (bien légitimes, croyez-moi), ce diable de Chattam m’a donné mal au ventre et des palpitations. J’étais dedans, je baignais dans l’horreur absolue avec les personnages du roman et j’avais peur pour eux (et presque pour moi).

Quelle angoisse ! Un thriller à ne pas lire seul(e) chez soi car il a tendance à nous rendre quelque peu parano. Au moindre bruit suspect dans le silence de la nuit, on commence à stresser et à s’imaginer qu’un serial killer assoifé de sang est derrière la porte de la chambre !

Le final digne d’un des meilleurs Survivor cinématographique est trés angoissant et immersif. 

Il y a du Silence des agneaux et du Massacre à la tronçonneuse dans ce thriller impossible à refermer avant la derniére ligne.

Maxime Chattam est à l’apogée de son art et de ses ténèbres. Quant au lecteur, il est au paroxysme du plaisir (sadique).

Une plongée très réussie au coeur de l’horreur et des ténèbres de chacun d’entre nous. L’un des meilleurs thrillers de M. Chattam avec le génial In Tenebris. Assurément aussi l’un des thrillers de 2013.

A lire absolument si vous êtes un adepte du genre et de maître Chattam.

« Graffiti Moon » de Cath Crowley

Editions Albin Michel (Wiz) (2013)

297 pages

Temps de lecture : Une journée

Note cinqétoilesexcellent

Synopsis

L’Ombre et le Poète, deux mystérieux garçons, peignent la nuit des graffs sur les murs de la ville. Lucy, 17 ans, est si fascinée par l’Ombre qu’elle s’en croit amoureuse. Un soir, elle décide de partir à sa recherche. Un ami, Ed, se propose de l’accompagner dans sa balade nocturne. Lucy accepte à contrecœur car au cours de leur seul et unique rendez-vous, elle lui avait cassé le nez accidentellement et, depuis, elle l’évite comme la peste. Entre disputes, éclats de rire, discussions passionnées, bagarres et fuite à vélo, Lucy va vivre une nuit mouvementée… sans savoir que Ed et l’Ombre ne font qu’un. La naissance de l’amour chez deux êtres que tout oppose.

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Je ne m’attendais à rien de particulier en ouvrant Graffiti Moon, sinon à une énième variation autour des tourments de l’adolescence, un peu cliché et très guimauve. Mais je me trompais du tout au tout. Certes, il ne révolutionnera pas le genre mais pourtant quel joli livre !

Grâce à l’originalité de l’angle choisi pour narrer son histoire, des discussions autour de la vie, de l’art urbain et de la poésie, Cath Crowley parvient à s’affranchir des éternels poncifs des romances destinées à la jeunesse et délivre un portrait juste et touchant d’une l’adolescence en manque de repères, à mille lieux des niaiseries habituelles.

L’amour prend ici des allures de quête identitaire, de parcours initiatique, d’œuvre d’art. L’amour devient un idéal à atteindre, un bol d’air pour des personnages qui s’asphyxient dans leurs rêves et leurs désirs.

Le fait que toute l’intrigue se déroule en l’espace d’une nuit donne un sentiment d’urgence au récit ainsi qu’une atmosphère irréelle, comme une sorte de road-movie onirique. J’ai aimé l’utilisation de ce procédé narratif.

Un peu bavard, non-exempt de longueurs, à trop rechercher la poésie ou la métaphore, l’auteure donne parfois une sensation de vacuité à certains passages de son roman, Graffiti Moon n’en reste pas moins agréablement écrit. Il brille surtout par la qualité de ses dialogues souvent piquants. 

Je dois dire que les personnages sont sans doute ce qui m’a le plus séduit dans cette histoire. Surtout Ed et Lucy. Mais les seconds rôles sont également très bien campés et possèdent tous un sympathique grain de folie qui les rend drôles et attachants. Les dialogues sont souvent si décalés qu’ils en deviennent hilarants (enfin à mes yeux ils le furent). Quelques situations sont vraiment très cocasses et j’ai beaucoup ri. 

C’est vrai aussi que l’ensemble est sans surprise notable et que dès le départ la fin est prévisible mais cela ne change en rien le fait que ce petit roman est une bouffée de fraicheur et de poésie qui traite de l’adolescence avec pertinence et originalité.  

 

« Kaïken » de JC Grangé

Editions Albin Michel
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 480 pages
Année de parution originale : 2012
Genre : Thriller
Temps de lecture ; 4 jours qui m’ont semblé une éternité de cauchemar
Note 
Synopsis 
« Il ferma les yeux.
Il était la Loi.
Il était la Justice.
Il était le Glaive et la Sentence… »Le dernier samouraï est un flic français, Olivier Passan.
Il a deux obsessions : la traque de « l’Accoucheur », un monstre insaisissable ;
Et le Japon, ses rites, ses codes, sa culture.
Il croyait tout savoir de l’âme nippone.
Erreur.

Attention GROS SPOILERS sur le contenu du livre donc si vous comptez le lire, ne lisez pas mes phrases en rouge.

A l’origine, je n’avais pas prévu de rédiger ce billet sachant par avance qu’il allait être très mauvais. Mais à la demande de ma copine Cajou (Oui, je dénonce, NA !), qui se sentait un peu seule avec son avis négatif face aux billets dithyrambiques des autres bloggeurs, je m’y colle,  comme ça maintenant ce sera Cajou et reveline contre le monde entier (ou du moins contre la blogosphère) car nous comptons parmi les rares lectrices à ne pas avoir aimé le dernier Grangé. Son billet est plus indulgent que le mien. Je vous le dis tout à trac, j’ai trouvé « Kaïken » profondément ridicule, si j’osai je dirai même pathétique. En un mot comme en « sang », j’ai détesté … et je me suis forcé à le lire….parvenue au terme du roman, j’en pouvais plus, j’étais à deux doigts de craquer et de jeter le livre par la fenêtre.

En guise de rappel, je n’avais déjà pas apprécié le gros pétard mouillé que l’auteur avait sorti l’an dernier « Le Passager » à l’époque, certains m’étaient déjà tombé dessus en me reprochant mes critiques acerbes. Cette fois, vu la teneur de mon billet, je m’attends à recevoir des tomates pourries sur le coin du nez…

« Kaïken » c’est d’abord deux pseudos-intrigues qui s’entrecroisent sans finesse ni logique. Je ne sais d’ailleurs pas laquelle des deux est la plus risible et stupide ? Celle de « l’accoucheur », un meurtrier qui tue les femmes enceintes en les éventrant pour voler leur bébé afin de les brûler vifs (là déjà c’est quelque chose, hein ?) mais le comble du comble, c’est lorsque que l’auteur qui, par ailleurs a la gentillesse de nous faire gagner du temps en nous révélant l’identité et le nom du tueur dés le début (ah ! quel suspense mes aïeux !) nous « dévoile » le mobile (hautement improbable) du psychopathe. Oui, car si ce pauvre homme éviscère les futures mamans et assassinent leurs fœtus dans des tortures effroyables, tenez-vous bien (roulement de tambour) c’est bien sûr parce qu’il est HERMAPHRODITE et qui le vit pas très bien (doux euphémisme) et qu’il se venge sur de pauvres innocents croyant à sa renaissance tel le phénix (oui, arrivé à ce stade, on bascule dans un gros délire mystico-mythologique à hurler …de rire). C’est vrai qu’il cumule le pauvre, c’est vrai quoi ! Hermaphrodite ET psychopathe à la fois, y’en a vraiment qu’on pas de bol quand même. A moins que tous les hermaphrodites soient des psychopathes en puissance, mais bon j’ai du mal à y croire quand même (si j’étais hermaphrodite, une situation peu évidente que les personnes touchées affrontent avec courage et dignité, je me sentirai insultée par ce raccourci ignoble). En découvrant ça, j’ai eu envie de me taper la tête contre un mur (à ce moment-là, j’ai su, oui, j’ai su que Grangé se foutait de ma gueule).  La deuxième intrigue est tout aussi gratinée : une femme en kimono de soie et au katana s’introduit dans le domicile pourtant hyper-surveillé du policier en charge de l’enquête pour saigner ses gosses avec des seringues (sans les réveiller, c’est très fortiche quand même), éviscérer un pauvre chien qui ne demandait rien à personne avant de se prendre pour un samouraï en faisant rouler les têtes comme des pastèques.

L’auteur affectionne les personnages borderline. Le flic qu’il met en scène n’échappe pas à la règle. Sauf qu’il est tellement « ripou » et violent qu’il n’en est absolument pas crédible. Lui et son épouse japonaise sont des poncifs sur pattes. Lui, est, bien évidemment, un policier au langage ordurier, sans aucune limite morale, accro à la bibine et qui, en échange de sa protection, aime se faire faire des gâteries par des prostituées qu’il traite comme des bouts de viande (oui, car il respecte bien trop son épouse japonaise pour la toucher), vaut mieux se défouler sur des putes, c’est sûr c’est mieux, (quel charmant garçon !). Sa femme est forcément un glaçon sans émotions, ben oui évidemment, on sait tous que toutes les japonaises sont des robots dépourvus de sentiments ou de compassion… Bref, vous l’aurez compris, dans ce couple, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre… J’avais rarement rencontré des personnages aussi antipathiques.

Quant au soi-disant fil rouge du roman, le Japon, auquel Grangé dit vouloir rendre hommage, c’est pour moi là encore complètement raté. Puisque l’auteur se contente de dresser un catalogue des pires clichés sur le pays du soleil levant sans apporter une once de l’âme de ce pays passionnant. Et croyez-moi tout y passe (le pire étant la fin) au point que c’est un Japon totalement désincarné qui s’offre à nos yeux.

Je vais conclure en disant que ce thriller est juste un gros n’importe quoi et un foutage de gueule avéré vu le prix dudit bouquin …

Tout comme pour Cajou : Grangé, c’est fini pour moi. 

« Les Morsures du passé » de Lisa Gardner

Editions Albin Michel (Spécial Suspense)
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 438 pages
Traduit par Cécile Deniard
Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2010
Titre VO : Live to tell
Genre : ThrillerPolicier
Temps de lecture : 4 jours
Note 
Synopsis 
Il sait tout de vous. Même où vous irez vous cacher en premier … Dans la pièce, cinq corps. Ceux des membres d’une même famille. Une balle dans la tête, le père respire encore faiblement. De toute évidence, cet homme couvert de dettes a décidé d’assassiner les siens avant de se donner la mort. Appelée sur les lieux, l’inspectrice DD Warren est immédiatement convaincue que l’affaire est loin d’être close : sur la table du dîner, six couverts avaient été dressés …

D’abord parlons des atouts de ce thriller qui m’a permis de faire connaissance avec Lisa Gardner que je n’avais jamais lu auparavant :

un basculement en huit-clos intéressant vers le milieu du roman

l’utilisation d’un environnement médical peu utilisé en littérature : une unité de soins d’urgence pédopsychiatrique qui donne une aura très réaliste au thriller avec la présentation de pathologies psychiatriques infantiles assez terrifiantes

trois narratrices qui se succédent pour nous conter leurs histoires, trois portraits de femmes différentes les unes des autres mais une femme flic peu attachante et plutôt agacante

Passons aux points faibles à présent :

une enquête menée de manière paresseuse 

des problèmes de rythme 

un ésotérisme de comptoir qui rend l’ensemble too much. Je n’ai pas aimé la direction ésotérique que l’auteure donne à son intrigue vers le quart du livre  et qui occasionne pas mal de longueurs dans plusieurs chapitres. Et surtout lorsque l’explication finale se retrouve entachée d’un ésotérisme de bazar qui la décrédibilise.

un dénouement prévisible et sans surprises. On a très vite des soupçons quant à l’identité du coupable qui sont vite confirmés à mesure qu’on avance dans le récit, dès lors le plus difficile reste de deviner les motivations dudit coupable. Là, c’est autrement plus compliqué. Car ses raisons d’agir restent floues jusqu’au dénouement.

En bref, un contexte passionnant mais une enquête au déroulement paresseux et au dénouement prévisible.

Pas le thriller du siècle  c’est certain mais un ouvrage assez soigné effectué sans génie par un artisan consciencieux qui se laisse lire sans trop de déplaisir. Dans un registe un peu similaire, on préférera l’excellent Les Lieux sombres de Gillian Flynn.