Catégorie: Histoire

« Le piano maléfique » de Françoise Grenier Droesch

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2010 Editions Le Manuscrit

Française Langue française – 244 pages

Genre : Fantastique

Note : 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis :

Pendant trois jours, une classe de CM2 et ses accompagnateurs ont disparus. D’après leurs dires, ils auraient été enfermés dans le château du Comte de Nerval, où des phénomènes paranormaux ont lieu. De plus, ils auraient été obligés de l’écouter jouer du Chopin au piano pendant des heures. L’inspecteur Herbert enquête sur cette mystérieuse affaire.

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Lu dans des circonstances peu propices à l’enthousiasme (un séjour à l’hôpital), ce premier roman de Françoise Grenier Droesch, enseignante à la retraite que je ne connaissais jusqu’à présent que par ses nouvelles,  a pourtant réussi l’exploit de me faire oublier plusieurs heures durant ma situation peu réjouissante et à me changer agréablement les idées.

Il faut dire que l’intrigue proposée par Ce piano maléfique est très accrocheuse, prenante. Les personnages sont bien construits et attachants, notamment le héros principal, l’inspecteur Herbert.  Les lieux traversés sont très bien dépeints à la faveur de descriptions soignées et riches en détails qui m’ont permis de découvrir une région de France que je ne connaissais pas ou sinon que de nom.

Quant aux effets horrifiques et sanglants, ils sont bien dosés. Ni trop ni pas assez. Juste ce qu’il faut pour nous faire frissonner de plaisir !

Par ailleurs, le rythme enlevé sur lequel se déroule l’enquête ajoute encore un charme supplémentaire à ce récit sombre et mystérieux. On ne s’ennuie pas une seconde durant notre lecture tant nous sommes curieux de savoir comment l’histoire va se terminer.

Entrecoupée épisodiquement par les monologues intérieurs du personnage principal, Herbert,  (habile procédé utilisé par l’auteure qui nous permet de mieux le découvrir et de nous y attacher) l’intrigue progresse d’une manière logique et nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Une fin satisfaisante qui ne nous laisse pas sur notre faim !

Comme tout premier roman qui se respecte, on notera, certes, ici et là quelques petites maladresses dues à l’inexpérience. Notamment au niveau des dialogues parfois un peu vite expédiés ou confus (on ne comprend pas toujours qui s’exprime ou qui parle à qui).

De légers défauts qui, à mes yeux, ne gâchent en rien le plaisir ressenti à la lecture de ce bon roman que je vous conseille de découvrir. Sous cette belle couverture, à la fois sobre et élégante, orné d’un joli titre intriguant, vous attend une histoire fantastique divertissante à souhait.

Mais… chut !Écoutez ! Entendez-vous Le Piano Maléfique vous jouer sa petite musique envoûtante ? Alors, qu’attendez-vous ? Laissez-vous tenter !

De petites indiscrétions m’ont laissé entendre que Françoise Grenier Droesch songeait à donner une suite à ce premier opus très plaisant. Vivement !

Pour l’acheter :

https://www.facebook.com/Le-piano-mal%C3%A9fique-page-auteur–116958348386776/?fref=ts

Orgueil & Préjugés et Zombies de Seth Grahame-Smith & Jane Austen


2014 Editions Pocket

Française Langue française – 349 pages | Traduit par Laurent Bury – Sortie : 9 Janvier 2014
Temps de lecture : 5 jours

Note **

Synopsis

Pour la famille Bennet, qui compte cinq filles à marier, l’arrivée de deux jeunes et riches célibataires dans le voisinage est une aubaine: enfin, des cœurs à prendre, et des bras supplémentaires pour repousser les zombies qui prolifèrent dans la région ! Mais le sombre Mr Darcy saura-t-il vaincre le mépris d’Elizabeth, et son ardeur au combat ? Les innommables auront-ils raison de l’entraînement des demoiselles Bennet? Les sœurs de Mr Bingley parviendront-elles à le dissuader de déclarer ses sentiments à Jane? Surtout, le chef-d’œuvre de Jane Austen peut-il survivre à une attaque de morts-vivants ?

La sortie de l’adaptation ciné m’a donné envie de lire cette réécriture très décriée sur la blogosphère (et ailleurs) même si, pour être honnête, ni la couverture et encore moins le résumé, ne m’attiraient vraiment.

Les critiques sont assez virulentes envers ce livre. Je le serai un peu moins. Cette réécriture de l’œuvre culte est une pochade, pas très finaude, j’en conviens tout à fait, qui assume sa médiocrité de ton et son mauvais goût et n’a d’autre but que d’amuser. Un texte pour rire qui ne se prend pas au sérieux. Il faut le lire comme tel, et l’on se surprendra à sourire parfois…Car c’est parfois tellement mauvais que c’en est drôle ! Certaines scènes atteignent le comble du ridicule et tous les personnages sont tournés en dérision, au moins une fois au cours de l’intrigue. J’en veux pour preuve le personnage d’Elizabeth Bennet, si éloignée des fondamentaux de l’original, qu’on ne la reconnaît pas du tout. Et ne parlons pas de Lady Catherine de Bourgh, la tueuse émérite de Zombies (!) C’est pour le moins déroutant.

Néanmoins, moi qui m’attendais à détester ce roman, je me suis surprise à trouver cette réécriture assez sympa dans l’ensemble. Pourquoi, vous étonnerez-vous ? Certainement parce que je n’avais aucune attente particulière en le commençant. En fait, je pensais même que ce serait beaucoup plus nul que ça ne l’est en réalité. Certains passages sont amusants, les clins d’œil savoureux. L’humour (potache) naît du décalage entre l’époque victorienne si attachée aux règles de bienséance et le désordre inconvenant qu’y sème ces affreux zombies.
Mais ce qui rachète véritablement ce roman imparfait à mes yeux, c’est son auto-dérision assumée. Il ne se prend pas du tout au sérieux, pas plus que l’auteur. Ce qui rend cette réécriture attachante. On a l’impression de lire un hommage facétieux, irrévérencieux et maladroit.

Pour apprécier ce roman, je crois qu’il faut posséder une bonne dose de recul, de détachement mais SURTOUT énormément de second degré. C’est le meilleur moyen de ne pas être déçue. En ce qui me concerne, bien qu’inconditionnelle de Jane Austen, je ne considère pas cette réécriture comme scandaleuse ou infâmante. J’ai lu des choses bien plus innommables et offensantes envers la littérature (Fifty shades of Grey pour n’en citer qu’un).

On ne peut nier que cette petite farce est divertissante. Un vrai petit plaisir coupable. De plus, sa rédaction part d’une bonne intention : faire connaître l’œuvre aux nouvelles générations.
J’ajouterai que Jane Austen, réputée pour son grand sens de l’humour, aurait sans doute beaucoup ri de cette idée saugrenue de zombies victoriens!

Certes, ça ne vole pas haut, l’auteur se permet de nombreuses libertés avec l’intrigue, et la lecture est un peu ennuyeuse pour qui connaît l’œuvre originale mais, et j’en suis la première surprise : cette histoire de zombies bouffeurs de cervelle m’a permis de me….vider la tête 😉

« La Chambre ardente » de John Dickson Carr

2003 Éditions Le Masque

Française Langue française – 254 pages | Traduit par Maurice Bernard Endrêbe

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Gastro-entérite ou arsenic? Pour en avoir le cœur net, il n’y a qu’une solution : exhumer le corps. Ce qui n’est pas une mince affaire. Car le cercueil de Miles Despard a été descendu dans le caveau familial et pour y accéder, il faut ôter quelques mètres carrés de dallage cimenté, déblayer une couche de terre et de gravier, puis soulever la grande dalle de l’entrée qui pèse bien une demi tonne. Bref, de quoi donner de l’ouvrage à plusieurs hommes armés de leviers, de pies et de pelles. Et pour quel résultat! Dans sa niche, le cercueil de bois tout neuf est vide. Faut-il en conclure qu’ils ne rêvent pas, ceux qui croient voir rôder le vieux Miles, à la nuit tombée?

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John Dickson Carr, que je ne connaissais pas il y a encore un mois, est considéré comme le maître du meurtre en chambre close. J’ai longtemps cru que cette lecture se signalerait à mes yeux en se révélant être un gros coup de cœur… Hélas, ce ne fut finalement pas le cas….

Bien qu’un peu datée (le roman date des années 30), l’écriture de J. Dickson Carr est soignée (si l’on excepte les nombreuses redites) et agréable à lire. Les personnages possèdent assez d’épaisseur pour nous convaincre et le mystère parvient à nous intriguer sans difficulté.

Avec pour toile de fond la sorcellerie du 17ème siècle  (particulièrement le procès de la Brinvilliers), l’intrigue se déroule de manière assez lente et contemplative, sur une trame classique à la Agatha Christie. L’enquête avance doucement par l’entremise des témoignages des différents protagonistes de l’histoire.  Ce n’est pas, par conséquent, un thriller placé sous haute tension même si certains chapitres se concluent sur de mini-rebondissements qui relancent l’intérêt du lecteur.

Un thriller brillant sur les 3/4 de l’intrigue qui se décrédibilise par une fin ultra-décevante (L’intérêt des meurtres en chambre close ne réside-t-il pas UNIQUEMENT dans la résolution finale de l’énigme ?)

Je ressors très mitigée de cette lecture. Elle m’a tenue en haleine pendant presque deux cent pages avant de me frustrer avec une fin bancale.

En résumé : Un bon policier, bien écrit et prenant, mais dont la fin qui trop hésite entre rationalité pure et surnaturel ne m’a pas convaincue du tout.

Dans le genre du meurtre impossible ou du meurtre en chambre close, un conseil : Préférez Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, bien supérieur à La Chambre ardente.

Attendu que La Chambre ardente semble être considéré comme le meilleur roman de l’auteur, je n’ai pas encore décidé, si j’en lirai un autre….

« Charlotte » de David Fœnkinos

2014 Editions Gallimard (Blanche)

Française Langue française – 224 pages
Temps de lecture: 3 jours

Note 3étoilesbon

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

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Le roman bénéficie d’un début accrocheur.
Les premières vingt pages sont belles, émouvantes et joliment écrites.
Hélas cela ne dure pas et assez vite, le roman retombe comme un soufflé et dans les travers d’une certaine littérature contemporaine qui m’insupporte.
Manque de style,facilité langagière, scènes inutiles, clichés, et surtout, surtout, la mièvrerie rose bonbon de Foenkinos déjà agaçante dans « La Délicatesse ».
Et si en plus, on considére le fait que je n’ai pas réussi a m’attacher aux personnages (ils sont presque tous à baffer et ne pensent qu’à une chose : se suicider! ), même à Charlotte qui m’a plus exaspérée qu’émue, vous comprendrez à quel point je me suis ennuyée pendant cette lecture.
Côté style, tout n’est pas à conspuer.
Il y a quelques belles trouvailles de-ci, de-là.
Surtout, comme je le disais dans le premier quart, ensuite cela retombe dans une certaine banalité.
L’écriture se relâche et devient d’une terrible platitude.
Le retour systématique à la ligne est vraiment pénible.
Elle hache beaucoup trop l’écriture et confère a l’ensemble un style lapidaire, presque télégraphique, fort déplaisant.
Au début, je pensais finir par m’y habituer mais je n’ai jamais réussi.
Je ne vois pas l’intérêt d’avoir écrit ce (très) court roman en pseudo-prosodie sinon à masquer le fait que justement, il soit si court.
Aller à la ligne après chaque phrase permet de gagner de la place et par conséquent d’augmenter artificiellement le nombre de pages.

Quant aux nombreuses incursions de D. Foenkinos en cours d’intrigue : que viennent-elles faire là?
Elles sont un véritable handicap.
Non seulement, elles coupent le rythme d’un récit déjà saccadé mais surtout elles n’apportent strictement rien à l’histoire. Quel intérêt de savoir pour le lecteur où Foenkinos est allé, quels lieux il a visité, quels livres ou expos il a vu pour préparer ce roman ?
À la rigueur, il aurait pu raconter tout cela dans une note de fin.
Pourquoi ne pas faire comme tous les autres et mettre ? Pourquoi s’intégrer ainsi dans la vie de Charlotte, quitte à éclipser son sujet et l’émotion qu’il tend à faire naître ?
Une démarche très nombriliste!

En commençant ce roman, j’étais enthousiaste et pensait beaucoup l’aimer.
En définitive, passé le quart, j’ai commencé à m’ennuyer ferme et à trouver le roman long et le style très plat, ce qui explique mon avis plus que mitigé sur ce roman.
Ça se laisse lire, c’est certain, mais on est très loin du soi-disant grand roman promis !

« Le roi disait que j’étais diable » de Clara Dupont-Monod


Éditions Grasset
240 p.
Date de parution : 20 août 2014
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…
Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII.
Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible.
Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.

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Passionnée par la figure fascinante d’Aliénor d’Aquitaine depuis l’adolescence, Le roi disait que j’étais diable est le roman de la rentrée littéraire 2014 qui m’attirait le plus parmi l’offre plus que pléthorique de cette année.

Je ne connaissais pas Clara Dupont-Monod, journaliste et écrivain, dont le roi disait que j’étais diable est le sixième livre.
Je ne regrette pas de l’avoir découverte en acquérant son nouveau roman dès sa sortie.

Court mais dense, ce roman historique légèrement romancée, m’a véritablement emportée et j’ai passé quatre heures de pur délice en sa ô combien merveilleuse compagnie.
Je le claironne tel ces sonneurs de cors de jadis, Clara Dupond-Monod gagne à être lue et mérite d’être connue.
Dans ce récit à deux voix, Clara Dupont-Monod se concentre sur une période de la vie (longue et mouvementée) d’Aliénor d’Aquitaine (de 1137 à 1151, depuis son mariage avec Louis VII, en passant par leurs quinze ans de vie commune, et jusqu’à sa rencontre avec Henri de Plantagenêt, le futur roi d’Angleterre.

Habituellement, peu friande de l’utilisation du présent narratif, j’avoue que son usage ici ne m’a pas gênée, bien au contraire, la plume de C. Dupond-Monod m’a conquise. Rythmée, ciselée et poétique, elle déborde de couleurs, de parfums, de sons et de sensations. En un mot : d’intensité. Les rappels historiques sont présents sans être lourds. Les références biographiques et chronologiques distillées avec subtilité.
Sur un fond historique bien documenté, Clara Dupont-Monod entremêle alternativement les voix et les pensées secrètes d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII tissant le portrait intime de deux êtres trop dissemblables pour réussir à s’aimer mais qui devront pourtant remiser leurs différences pour parvenir à gouverner le royaume de France au cours d’une union bancale qui durera quinze ans.
Certes, on pourra reprocher à C. Dupond-Monod d’appliquer un traitement d’analyse psychologique par trop moderne aux protagonistes, figures historiques du XIIe siècle, cependant, cette méthode qui pourrait apparaître comme anachronique ne m’a pas choquée.

La première partie, statique et discursive, pourra frustrer les amateurs d’action à tout-va mais l’auteure se rattrape bien dans la seconde moitié en intégrant de bonnes scènes de batailles au moment de sa reconstitution des croisades en Orient, avant d’opérer un retour au calme dans les dernières pages, en confiant la narration à une tierce personne, l’oncle d’Aliénor en l’occurrence, dont le regard extérieur apporte une plus-value certaine au récit.

Davantage qu’un roman historique, ce roman dresse le portrait intime d’un couple en crise, victimes de leurs différences irréconciliables, de leurs contradictions, et de leurs idéaux incompatibles.
Le couple et ses problèmes relationnels, sujet intemporel s’il en est.
Tout le talent de C. Dupont-Monod s’exprime également dans la manière dont, en partant d’un moment précis de notre histoire de France superbement ancré dans son contexte, elle parvient à offrir aux lecteurs un récit empli d’humanité qui tend à l’universel.

Du même auteur on m’a chaudement recommandé La passion selon Juette, récit d’une jeune fille en pleine guerre cathare au XIIe siècle. Et je crois bien que je vais me laisser tenter…

[Challenge de Calypso, session Je], « Quand j’étais Jane Eyre » de Sheila Kohler

 

2013 Editions 10/18
Langue française – 236 pages | Traduit par Michèle Hechter
Temps de lecture : Une journée
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Dans le calme et la pénombre, au chevet de son père qui vient de se faire opérer des yeux, Charlotte Brontë écrit, se remémore sa vie, la transfigure. Elle devient Jane Eyre dans la rage et la fièvre, et prend toutes les revanches : sur ce père, pasteur rigide, désormais à sa merci, sur les souffrances de son enfance marquée par la mort de sa mère et de deux sœurs aînées, sur sa passion malheureuse pour un professeur de français à Bruxelles, sur son désespoir face à son frère rongé par l’alcool et la drogue, sur le refus des éditeurs qui retournent systématiquement aux trois sœurs Brontë leurs premiers romans, envoyés sous pseudonyme.

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Hormis les faits les plus connus, le pastorat de leur père, leur passé de gouvernante, leurs amours malheureuses (…), je connaissais très peu de choses sur la vie des dames Brontë,(une existence bien triste, en vérité), et ce, bien que j’aime énormément leurs œuvres respectives.
Dans Quand j’étais Jane Eyre, Sheila Kohler évite habilement le piège de l’hagiographie. Elle fait le pari (réussi) de noircir/assombrir la personnalité de ses héroïnes. Toutes brillantes et talentueuses qu’elles soient, S. Kohler n’hésite pas à accentuer les défauts et les traits de caractère les moins flatteurs des trois sœurs. Mais également de leur entourage (j’ai été très surprise par la froideur indifférente du pater familias, lequel n’a d’yeux que pour son fils chéri, et méprise ses filles !).
L’audace de S. Kohler a pour conséquence principale de nous montrer Charlotte (de même qu’Emily et Anne) sous un jour plutôt inédit et pas toujours très sympathique, tant elles semblent parfois froides et hautaines. De plus, derrière la saine émulation qui existe entre les trois sœurs, l’on sent clairement poindre une sorte de jalousie rentrée, un rien d’hypocrisie voire de mesquinerie déguisée. Néanmoins, les demoiselles Brontë se révèlent touchantes, et le lecteur ne pourra que s’attacher à elles et se laisser émouvoir par leur triste destin.
Charlotte et sa Jane Eyre sont, certes, les piliers centraux de ce roman (nous avons le privilège de pénétrer l’intimité du personnage, et d’assister d’une certaine façon à la rédaction de Jane Eyre (un fantasme pour la lectrice que je suis) qu’elle conçoit avant tout comme une vengeance envers une société qu’elle juge injuste). Pour autant, Emily et Anne ne sont pas écartées de l’intrigue. Elles sont notamment très présentes dans la seconde partie du roman. Nous apprenons également à mieux les connaitre, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs grandes œuvres ont été rédigées (Les Hauts de Hurle-Vent, Agnès Grey…).
C’est là sans doute, l’aspect le plus passionnant du livre. Pour qui aime les romans de la sororité Brontë, l’on ne peut que se régaler. Tout en restant, bien entendu, consciente que Quand j’étais Jane Eyre, s’il s’inspire des biographies les plus réputées des sœurs Brontë, ne se cache pas d’être un exercice fictionnel.

Pour en revenir à l’écriture de Sheila Kohler, je l’ai trouvée vraiment très agréable, fluide, poétique.
Deux petits bémols, cependant : À mes yeux, le roman manque beaucoup de linéarité. L’histoire de Charlotte, de ses sœurs, de son père et de son frère, racontée dans le désordre en fonction des péripéties de Jane Eyre, est narrée de manière un peu trop éclatée. Les époques et les lieux se télescopent allègrement et les allers-retours entre réalité, fiction et intertextualité ne sont pas toujours maîtrisés. Tout cela complexifie la lecture et occasionne quelques petites longueurs. Cependant, ce qui m’a vraiment déçue, reste la façon maladroite, pour ne pas dire grossière, dont Sheila Kohler jette des ponts entre la vie des Brontë et leurs œuvres. Les passerelles sont souvent construites de manière artificielle. Certains rapprochements réalité/œuvre apparaissent purement forcés, comme imbriqué au chausse-pied.

En somme, Quand j’étais Jane Eyre possède quelques défauts, mais reste un très bon roman que j’ai pris énormément de plaisir à dévorer (lu d’un souffle en une journée), et ce, grâce aux personnages de Charlotte, Emily et Anne, et au style élégant de Sheila Kohler.

Les Brontë sont une sororité passionnante à connaitre !

[Masse critique Babelio 2014 ]« Le complot Médicis » de Susana Fortes

 

Éditions Héloïse d’Ormesson (2014)  

Temps de lecture : Une semaine

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Synopsis

26 avril 1478. Lorenzo de Médicis dit Laurent le Magnifique – homme fort de la république et grand mécène de la renaissance italienne – réchappe de peu à l’assassinat qui le vise, lui et sa famille, dans la cathédrale de Florence lors de « La Conjuration des Pazzi ». Cet événement, qui marque profondément les florentins, inspire les artistes de l’époque – Léonard de Vinci, Botticelli, Verrocchio. Cependant, seul le peintre Pierpaolo Masoni semble avoir saisi la nature véritable du crime. De nos jours. Ana Sotomayor, étudiante en art, se rend à Florence pour ses recherches sur La Madone de Nivole de Masoni. Elle découvre alors ses manuscrits et se prend de passion pour cette sombre affaire de meurtre. Que s’est-il passé à Florence ce jour-là? Qui était dans la confidence de cette trahison ? Et surtout, qui est le « troisième homme », fomenteur du complot contre les Médicis ? Cependant, Ana est loin de se douter qu’en se lançant dans cette enquête, elle va devenir la cible d’une police parallèle et des hommes de main du Vatican. Le roman, qui oscille habilement entre histoire de l’art et polar, jette des ponts entre la fastueuse période de la renaissance italienne et le monde contemporain. Une investigation haletante et fascinante sur la piste de La Conjuration des Pazzi qui entraîne le lecteur au coeur du Quattrocento.

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Mille merci aux Éditions Héloïse d’Ormesson et à Babelio pour leur confiance.

Un postulat de départ prometteur qui se pose en ces termes : est-il possible de résoudre un crime vieux de cinq cent ans rien qu’en étudiant un tableau à la sulfureuse réputation (on se rappellera que cette possibilité était déjà présente dans le Da Vinci Code mais pour des enjeux différents) ?
Idée originale et passionnante, s’il en est !

L’histoire débute quelques mois avant la tentative de coup d’état sur les Médicis (La fameuse conjuration des Pazzi) et le roman alterne entre les passages qui se situent à l’époque moderne où l’héroïne Ana Sotomayor, jeune étudiante espagnole en histoire de l’art, poursuit ses investigations sur les traces des commanditaires de l’attentat contre les
Médicis, et ceux qui se déroulent à l’époque des faits : le Florence de 1478. Précisons, que j’ai préféré très largement ces derniers.  Florence y est
merveilleusement restituée dans ses couleurs, ses parfums, ses lumières, ses mœurs, ses rivalités politiques….par les yeux et la voix de Luca di Credi, jeune apprenti de Masoni.
J’ai adoré pénétrer telle une petite souris dans l’atelier des artistes du Quattrocento.
Par comparaison, les passages avec Ana paraissent assez fades, et surtout trop bavards. Une impression accentuée par le fait qu’Ana n’est pas une héroïne très attachante. Elle est froide, prétentieuse, pédante. Elle m’a souvent agacée.
Dans les chapitres qui la concernent, j’ai souvent eu l’impression de faire du sur-place. L’enquête avance lentement, voire laborieusement, phagocytée par les digressions de l’auteure, les pensées intimes, les souvenirs et les monologues intérieurs d’Ana (dont on se fiche d’une force, mais d’une force!).
L’écriture de S. Cortes est fort plaisante à lire, malgré la volonté perpétuelle de l’auteure d’étaler son savoir à tout prix, ce qui donne un résultat souvent artificiel et des coq-à-l’âne parfois cocasses.
L’on devine à chaque page, la volonté qui anime S.Cortes de caser à tout prix ses connaissances sur Florence. À la longue, cela devient un peu lourd. Je l’imaginais, penchée sur son énorme pile de fiche de notes, en train de se dire : « Bon, comment je vais réussir à glisser cette anecdote ou ce vers de poésie dans mon récit ? ».

En résumé, un roman policier historique sympathique mais lent et surtout assez bavard. L’intrigue est intéressante, le dépaysement temporel assuré. Cependant, le suspense n’est pas au rendez-vous.
Ne vous attendez surtout pas à un polar palpitant, vous seriez déçu. En revanche, l’érudition de l’auteure, bien qu’exprimée de manière maladroite, (car elle ralentit beaucoup l’action et le rythme du récit), nous permet d’apprendre beaucoup de choses sur le Quattrocento.

À réserver en priorité aux amoureux de l’histoire, et de la première Renaissance italienne en particulier, mais pas uniquement car la lecture du Complot Médicis reste agréable, notamment grâce à l’époque passionnante que S. Cortes met en scène et en perspective, même pour les plus néophytes d’entre nous, dont je fais partie.