Catégorie: Fantastique

« Le piano maléfique » de Françoise Grenier Droesch

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2010 Editions Le Manuscrit

Française Langue française – 244 pages

Genre : Fantastique

Note : 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis :

Pendant trois jours, une classe de CM2 et ses accompagnateurs ont disparus. D’après leurs dires, ils auraient été enfermés dans le château du Comte de Nerval, où des phénomènes paranormaux ont lieu. De plus, ils auraient été obligés de l’écouter jouer du Chopin au piano pendant des heures. L’inspecteur Herbert enquête sur cette mystérieuse affaire.

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Lu dans des circonstances peu propices à l’enthousiasme (un séjour à l’hôpital), ce premier roman de Françoise Grenier Droesch, enseignante à la retraite que je ne connaissais jusqu’à présent que par ses nouvelles,  a pourtant réussi l’exploit de me faire oublier plusieurs heures durant ma situation peu réjouissante et à me changer agréablement les idées.

Il faut dire que l’intrigue proposée par Ce piano maléfique est très accrocheuse, prenante. Les personnages sont bien construits et attachants, notamment le héros principal, l’inspecteur Herbert.  Les lieux traversés sont très bien dépeints à la faveur de descriptions soignées et riches en détails qui m’ont permis de découvrir une région de France que je ne connaissais pas ou sinon que de nom.

Quant aux effets horrifiques et sanglants, ils sont bien dosés. Ni trop ni pas assez. Juste ce qu’il faut pour nous faire frissonner de plaisir !

Par ailleurs, le rythme enlevé sur lequel se déroule l’enquête ajoute encore un charme supplémentaire à ce récit sombre et mystérieux. On ne s’ennuie pas une seconde durant notre lecture tant nous sommes curieux de savoir comment l’histoire va se terminer.

Entrecoupée épisodiquement par les monologues intérieurs du personnage principal, Herbert,  (habile procédé utilisé par l’auteure qui nous permet de mieux le découvrir et de nous y attacher) l’intrigue progresse d’une manière logique et nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Une fin satisfaisante qui ne nous laisse pas sur notre faim !

Comme tout premier roman qui se respecte, on notera, certes, ici et là quelques petites maladresses dues à l’inexpérience. Notamment au niveau des dialogues parfois un peu vite expédiés ou confus (on ne comprend pas toujours qui s’exprime ou qui parle à qui).

De légers défauts qui, à mes yeux, ne gâchent en rien le plaisir ressenti à la lecture de ce bon roman que je vous conseille de découvrir. Sous cette belle couverture, à la fois sobre et élégante, orné d’un joli titre intriguant, vous attend une histoire fantastique divertissante à souhait.

Mais… chut !Écoutez ! Entendez-vous Le Piano Maléfique vous jouer sa petite musique envoûtante ? Alors, qu’attendez-vous ? Laissez-vous tenter !

De petites indiscrétions m’ont laissé entendre que Françoise Grenier Droesch songeait à donner une suite à ce premier opus très plaisant. Vivement !

Pour l’acheter :

https://www.facebook.com/Le-piano-mal%C3%A9fique-page-auteur–116958348386776/?fref=ts

« La Chambre ardente » de John Dickson Carr

2003 Éditions Le Masque

Française Langue française – 254 pages | Traduit par Maurice Bernard Endrêbe

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Gastro-entérite ou arsenic? Pour en avoir le cœur net, il n’y a qu’une solution : exhumer le corps. Ce qui n’est pas une mince affaire. Car le cercueil de Miles Despard a été descendu dans le caveau familial et pour y accéder, il faut ôter quelques mètres carrés de dallage cimenté, déblayer une couche de terre et de gravier, puis soulever la grande dalle de l’entrée qui pèse bien une demi tonne. Bref, de quoi donner de l’ouvrage à plusieurs hommes armés de leviers, de pies et de pelles. Et pour quel résultat! Dans sa niche, le cercueil de bois tout neuf est vide. Faut-il en conclure qu’ils ne rêvent pas, ceux qui croient voir rôder le vieux Miles, à la nuit tombée?

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John Dickson Carr, que je ne connaissais pas il y a encore un mois, est considéré comme le maître du meurtre en chambre close. J’ai longtemps cru que cette lecture se signalerait à mes yeux en se révélant être un gros coup de cœur… Hélas, ce ne fut finalement pas le cas….

Bien qu’un peu datée (le roman date des années 30), l’écriture de J. Dickson Carr est soignée (si l’on excepte les nombreuses redites) et agréable à lire. Les personnages possèdent assez d’épaisseur pour nous convaincre et le mystère parvient à nous intriguer sans difficulté.

Avec pour toile de fond la sorcellerie du 17ème siècle  (particulièrement le procès de la Brinvilliers), l’intrigue se déroule de manière assez lente et contemplative, sur une trame classique à la Agatha Christie. L’enquête avance doucement par l’entremise des témoignages des différents protagonistes de l’histoire.  Ce n’est pas, par conséquent, un thriller placé sous haute tension même si certains chapitres se concluent sur de mini-rebondissements qui relancent l’intérêt du lecteur.

Un thriller brillant sur les 3/4 de l’intrigue qui se décrédibilise par une fin ultra-décevante (L’intérêt des meurtres en chambre close ne réside-t-il pas UNIQUEMENT dans la résolution finale de l’énigme ?)

Je ressors très mitigée de cette lecture. Elle m’a tenue en haleine pendant presque deux cent pages avant de me frustrer avec une fin bancale.

En résumé : Un bon policier, bien écrit et prenant, mais dont la fin qui trop hésite entre rationalité pure et surnaturel ne m’a pas convaincue du tout.

Dans le genre du meurtre impossible ou du meurtre en chambre close, un conseil : Préférez Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, bien supérieur à La Chambre ardente.

Attendu que La Chambre ardente semble être considéré comme le meilleur roman de l’auteur, je n’ai pas encore décidé, si j’en lirai un autre….

« Bird Box » de Josh Malerman

2014 Éditions Calmann-Lévy
Langue française – 372 pages
Temps de lecture : 1 nuit
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme. Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.

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J’ai dévoré ce roman en une nuit (blanche). Une fois commencé, impossible de le lâcher.
Le prologue annonce d’emblée la couleur : noire!  On entre dans ce roman par un trou de souris, les premières pages sont déroutantes, on ne sait pas ce qui se passe, ni quels sont les enjeux en cours. On ne comprend que petit à petit. La tension monte lentement mais sûrement pour culminer dans les avant-derniers chapitres magistralement anxiogènes (la scène dans le bar, l’éprouvante scène de l’accouchement : terrible! ).

Originale, son intrigue principale nous tient en haleine de bout en bout et nous offre de sacrées scènes flippantes. J’ai trouvé le mode de narration très malin : en nous dévoilant les grands axes de l’intrigue de manière éclatée en les entrecoupant avec la fuite de Marjorie et de ses enfants.
J’ai adoré le personnage de Marjorie. Quelle femme!  Une héroïne, une vraie. Une dure, une pure comme je les aime. Sa dureté pourra en rebuter certain(e)s, personnellement, j’ai adoré suivre son évolution. Son passage de jeune fille centrée sur elle-même à femme concernée par les autres puis sa transformation en mère courage-tigresse, prête à tout pour sauver ses enfants.

La seule petite critique que je pourrai formuler concernerait la fin que j’ai trouvé un peu rapide et simpliste mais rien de bien grave, et cela n’atténue en rien le plaisir pris dans ma lecture. Un plaisir ÉNORME!
Si vous avez peur du noir, abstenez-vous de le lire. En revanche, si vous voulez passer un très bon moment de lecture, vous laissez happer par une histoire fantastique prenante et bien pensée : Bird Box est fait pour vous!
Je le recommande chaudement.

« Les Contes de l’ombre » de Collectif

2013 Editions Lune Ecarlate

Française Langue française – Format : ePub
Temps de lecture : 2 jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis
10 nouvelles dignes des contes noirs du XIXe siècle chers à Edgar Poe.

Des histoires qui vous feront frissonner, des histoires qui vous rappelleront l’enfant que vous étiez il y a encore quelques années, l’être inquiet qui regardait sous son lit de crainte de trouver un monstre. Des contes où les ombres abritent vos peurs les plus profondes.

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Pour cette lecture, je me contenterais d’un mot sur chaque nouvelle et de vous livrer mon top 3 car j’ai trouvé ce recueil très inégal ; beaucoup de textes très moyens mais quelques histoires sympas tout de même.

10 nouvelles dignes des contes noirs du XIXe siècle chers à Edgar Poe.

L’accroche est ambitieuse, la référence à Edgar Poe, audacieuse. Beaucoup trop. Car ces contes de l’ombre sont très loin de pouvoir prétendre rivaliser avec les maîtres de l’horreur de l’époque. Disons-le tout de suite.

Des histoires qui vous feront frissonner, des histoires qui vous rappelleront l’enfant que vous étiez il y a encore quelques années, l’être inquiet qui regardait sous son lit de crainte de trouver un monstre. Des contes où les ombres abritent vos peurs les plus profondes.

Là encore, le résumé prometteur est contredit par la réalité du recueil. Je n’ai pas eu peur ni frissonné une seule fois durant ma lecture. Vous me trouverez sans doute parfois un peu sévère sans doute mais la référence à Edgar Allan Poe m’a beaucoup agacée. Je trouve cela assez présomptueux de se réclamer des grands auteurs de contes noirs du XIXème. Même si je sais que cela fait partie du jeu de l’argument marketing. Mais quand même…On ne touche pas au « Maitre » 😉

Trois-quatre nouvelles sympas à lire sur un total de dix, ça fait une moyenne honorable.

– « Amor in Sempiternum » de Nicolas Saintier

Joliment écrit mais un peu trop romantique à mon goût. Néanmoins, l’ambiance gothique est plutôt bien construite.

– « La Comptine » de Xian Moriarty

Je n’ai pas du tout accroché. Une nouvelle bien brouillonne, bancale avec beaucoup de descriptions inutiles et de longueurs répétitives et tout ça pour une fin très clichée.

– « La plume Noire » de Nicolas Kempf

Ma nouvelle préférée d’entre toutes et la plus réussie pour moi. Une excellente histoire, très bien écrite de surcroît, ce qui ne gâche rien.

– « Le cysgodion » de Gaëlle Dupille

Une nouvelle beaucoup trop longue qui part dans tous les sens, l’intérêt du lecteur peine à être retenu car passé l’entame mystérieuse du récit, le suspense se dilue dans les répétitions et les scènes inutiles. Dommage, l’idée était bonne, son traitement beaucoup moins. Plus courte, plus nerveuse, je pense que la nouvelle aurait été vraiment flippante. Là, je l’ai hélas trouvé plate et trop jeunesse. Une sorte de Chair de Poule de RL Stine, version courte.

– « Le pyramidion » de Frédéric Bouix
Même remarque que pour la nouvelle précédente. Trop long, beaucoup trop long. Une bonne idée narrative (faire raconter l’histoire par le biais d’e-mail échangés entre deux amies d’école) gâchée par un traitement poussif et une histoire dont on désespère de voir le bout. Et, le plus décevant: un happy end de bien mauvais aloi. Sans être sadique, (quoique…), je trouve que tout s’arrange de trop heureuse manière!

– « Le Sauveur » de Catherine Loiseau

Rien que du très classique dans cette nouvelle. Nous somme en terrain connu car le sujet principal de l’intrigue a bien souvent été usité ailleurs. Néanmoins, c’est plutôt bien écrit, l’ambiance du Paris du XIXème siècle est soignée. Une nouvelle qui sans être passionnante ou ébouriffante, n’ennuie pas et se lit agréablement.

« Aliénation » de Fanny Rieubon
Un début intrigant qui part vite en cacahouètes! Cette nouvelle est construite en deux parties : et c’est là que le bât blesse. Car si la première enquête, une traque au fantôme dans une université anglaise très chic est assez sympa dans l’ensemble, la seconde aventure du duo d’amis, ruine cette bonne impression initiale. Pourquoi cette double couche ? La nouvelle aurait très bien pu se clore sur la résolution de cette première énigme. La suite selon moi inutile, je n’ai pas compris ce qu’elle faisait là, était dispensable ou aurait pu faire l’objet d’une autre nouvelle indépendante avec d’autres personnages. Car au final, l’ajout de cet épisode est fortement préjudiciable à l’ensemble. Au point que cette nouvelle se révèle finalement too much. Elle est trop tout pour moi : trop longue, trop diluée, trop clichée, trop déjà-lu et la fin aux effets trop appuyés et démonstratifs en devient, de fait, grotesque.

– « L’Ankou » de Yan Pernel

Ma seconde nouvelle préférée du recueil. Une écriture maitrisée. Un style agréable. Un personnage de shérif, certes caricatural, mais nanti d’une certaine étoffe, d’une certaine profondeur. Quel dommage que l’intrigue ne soit pas plus surprenante et que la chute soit aussi invraisemblable. Pour mou, la fin trop tirée par les cheveux ne fonctionne pas et se devine aisément ! Une nouvelle tout à fait honorable.

– « Le Bruit » de Béatrice Ruffié Lacas

J’ai terminé cette nouvelle, comment dire…dubitative. Elle m’a laissé assez indifférente. Je suis restée extérieure à l’histoire. Une chute inattendue, certes mais qui tombe comme un cheveu sur le ketchup ! Elle ne me laissera que peu de souvenirs.

– « Le Beau Mariage » de Henri Bé
Cette nouvelle figure troisième dans mon top. Certes, elle est prévisible. J’avais notamment deviné la chute dès les premières pages mais une exécution sympathique et une écriture fluide et agréable, font de cette histoire, une lecture plaisante.

En conclusion :

Mon top 3

« La plume Noire » de Nicolas Kempf

« L’Ankou » de Yan Pernel

« Le Beau Mariage » de Henri Bé

Somme toute, les sujets sont peu originaux, les intrigues déjà lues ailleurs, les ficelles grosses et apparentes, les clichés abondants et les chutes, bien peu surprenantes.
Néanmoins, malgré ses défauts et ses maladresses, Les Contes de l’ombre, est un recueil qui, dans l’ensemble, se lit rapidement et sans déplaisir trop prononcé.

[Challenge de Calypso, session « cœur»], « Chroniques des Féals, Cœur de Phénix » de Mathieu Gaborit


2003 Éditions J’ai Lu (Fantasy)

Française Langue française – 282 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Qui ne connaît pas la Tour Écarlate ? Ce donjon de pierre rouge qui domine le village de Sédénie, au cœur de l’Empire de Grif’. Ici on ose à peine murmurer son nom… Le mystère et la magie qui entourent ces lieux imposent une crainte respectueuse à la population. Ceux qui vivent à l’intérieur ne se montrent jamais. Au plus fort de l’hiver, lorsque la neige a barré l’unique route menant au delà des montagnes, les anciens content les légendes liées à cette tour couleur de sang. Ils évoquent la vision fugitive de silhouettes encapuchonnées dont le regard étincelle comme des rubis. Ils parlent aussi du vol majestueux de créatures de feu qui prennent leur essor depuis le couronnement de la tour. Mais aucun d’entre eux ne connaît la vérité, aucun d’entre eux ne peut l’imaginer… Qui sont ces sages de la guilde qui sont chargés, depuis l’aube des temps, de garder un terrible secret ? Qui sont les phéniciers ? Pourquoi se cachent-ils derrière les murs de cette tour, adeptes mystérieux consacrant leur vie aux fabuleux Phénix ? Januel est l’un de ces disciples. Son talent remarquable lui vaut d’être choisi pour faire renaître le Phénix de l’empereur de Grif’. Cette Renaissance doit sceller l’alliance de l’empire avec les autres pays. Une guerre se prépare. Leur ennemi : la Charogne, le royaume des morts. Mais un événement inattendu va changer la cérémonie en drame et jeter Januel sur le chemin d’une fantastique aventure…

 

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Une très bonne mythologie qui mêle adroitement les légendes et leurs incarnations : phénix, griffons, dragons, licornes, sirène…, un personnage central sympathique, quoique pas forcément très attachant, des compagnons de route intéressants mais parfois trop vite sacrifiés sur l’autel de l’action, un parcours initiatique classique pour le genre, des luttes de pouvoirs, un climat politique trouble, des adversaires monstrueux issus d’un monde parallèle, mais une exécution moyenne, une mise en œuvre paresseuse et au final, un premier tome assez mou et longuet. Certains aspects de l’histoire sont convenus, déjà-vu et prévisibles mais l’originalité de la mythologie des Féals sauve l’ensemble de l’ennui.

Mathieu Gaborit possède un style plaisant, le roman est plutôt bien écrit dans l’ensemble si l’on excepte certains flottements narratifs, les nombreuses répétitions (un même mot peut revenir 3 fois dans une seule phrase !), l’abus de descriptions et le fait que celles-ci se ressemblent toutes un peu (j’ai failli faire une indigestion du mot « coudées » !, tant il revient fréquemment!).

Tous les ingrédients fantasy sont réunis pour que cela fonctionne, hélas, la recette manque un peu de saveur, une pincée d’audace , et un soupçon d’inattendu, auraient certainement fait davantage exploser le chaudron magique !

Un ressenti en demi-teinte, donc. Mais je lirai sans doute la suite. Cependant, je n’en ferai pas une priorité, la fin de ce tome ne proposant guère de suspense insoutenable, je ne me jetterai pas sur le tome 2.

« Fantômes » de Joe Hill

2014 Editions J’ai Lu

Française Langue française – 414 pages | Traduit par Valérie Rosier – Sortie : 8 Janvier 2014
Temps de lecture : 6 jours
Note
Synopsis
Imogene est jeune et belle. Elle embrasse comme une star et connaît l’histoire du cinéma sur le bout des doigts. Elle est morte et attend Alec Sheldon, dans la salle de projection le Rosebud, un certain après-midi de 1945… Arthur Roth est un gosse solitaire qui a de grandes idées et le don de s’attirer des ennuis. Il n’est pas facile de se faire des amis quand on est le seul garçon en plastique gonflable de la ville… Francis est malheureux. Autrefois humain, c’est aujourd’hui une sauterelle géante de deux mètres cinquante, et quand ils l’entendront striduler, tous les habitants de Calliphora se mettront à trembler… John Finney est enfermé dans un sous-sol taché du sang des autres enfants martyrs qui l’y ont précédé. Dans ce sous-sol se trouve aussi un téléphone ancien modèle débranché depuis longtemps. Pourtant, la nuit, il se met à sonner… Qui est à l’appareil? Le passé n’est pas mort. Il est encore à venir… En deux livres et de nombreux prix, Joe Hill s’est très vite imposé comme un des grands maîtres du fantastique. Avec Fantômes, il a connu un beau succès aussi bien auprès des critiques que des lecteurs.

Dans l’ensemble, ce recueil de nouvelles me laisse une impression mitigée. Je l’ai trouvé assez moyen. Pas mauvais, mais loin de l’excellence promise par la préface. Sur les 15 textes proposés, seules quatre m’ont vraiment plu : La belle au ciné hantant qui a beaucoup de charme et constitue un bel hommage au cinéma américain, Les
Fils d’Abraham, La Souricière (malgré une fin ouverte frustrante), Le
masque de papa (une bonne atmosphère étrange) mais une seule m’a vraiment
embarquée : Le téléphone noir.
J’ai détesté Dernier Cri, atrocement vulgaire et gratuitement sordide. Stridulations, trop scatologique à mon appréciation.
Pop Art n’est pas un ratage complet mais elle manque cruellement de vraisemblance. Je n’y ai pas cru une seconde ! Un garçon en plastique dénué d’organes internes comme de cerveau mais qui parle, marche et respire !? Le fantastique doit tout de même être un minimum crédible.
Certaines comme La cape ou Mieux qu’à la maison m’ont mortellement ennuyée. Je n’ai pas compris les intentions de Joe Hill.
Dernier souffle part d’une bonne idée mal exploitée. Bois Mort qui fait 2 pages n’a aucun intérêt. Le reste est dispensable, plat, bavard, long, comme Un petit déjeuner ou Escamotage.
Les nouvelles de Joe Hill se caractérisent avant tout par
deux constantes principales : leur longueur (parfois pas loin de 40 pages! ) et la
mauvaise habitude de l’auteur de bâcler la fin. En la laissant trop
ouverte, et que le lecteur se débrouille!, ou en optant pour du trop
convenu. Il y a aussi la tendance de l’auteur à la digression inutile et
aux longueurs intempestives. Descriptions à foison, dialogues sans intérêt
pour l’intrigue et remplissage pour augmenter les pages.
Si je devais caricaturer, je dirais que Joe Hill semble avoir deux passions
dans la vie : les flatulences et le base-ball. En tout cas, il nous en parle à chaque nouvelle ou presque ! Quant au style, s’il est plutôt enlevé, il n’est pas assez bon pour rattraper les faiblesses du recueil.

« Sur les ailes du cauchemar » de Lisa Tuttle.

1995 Éditions Denoël (Présence du fantastique)

Langue française – 304 pages | Traduit par Nathalie Serval
Temps de lecture 6 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis
Une jeune femme jalouse entraîne sa rivale dans une mortelle chevauchée sur les ailes du cauchemar… Une autre voit son présent envahi par les images de ce qu’aurait été sa vie si elle avait fait d’autres choix… Celle-ci joue les fantômes pour des spirites du passé… Celle-là accède à un autre monde où le lézard est l’objet des convoitises féminines et l’attribut du pouvoir des hommes… Quant à Fay, elle collectionne ce que ses amants lui ont laissé d’eux-mêmes pour se construire un compagnon idéal…
En treize nouvelles, un voyage à travers la femme, ses fantasmes, ses regrets, ses désirs. Une randonnée qui prend volontiers les allures d’une vertigineuse descente aux enfers.

 

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Et oui, vous ne rêvez point ! Lisa Tuttle à les honneurs de mon blog une seconde fois en moins d’un mois mais que voulez-vous: essayer Lisa Tuttle, c’est l’adopter.
À l’origine, je voulais acquérir Les Chambres inquiètes. Hélas, ce recueil n’existe plus qu’en occasion à des prix assez prohibitifs ! Du coup, j’attendrai la sortie poche. En farfouillant sur le net, j’ai alors déniché cet autre recueil de nouvelles traduites en français par Nathalie Serval. Pas moins de treize nouvelles à découvrir ! Une fois encore, l’édition originale est épuisée et ne demeure que des exemplaires d’occasion. Qu’à cela ne tienne ! Le prix est raisonnable, le livre visiblement en bon état. Je clique, j’achète, je paye et j’attends. Impatiemment. Le colis m’arrive quelques jours plus tôt. Le bouquin est en excellent état. Comme neuf.
Me voilà installée dès le soir même sous la lumière bienveillante de ma lampe de chevet, mon paquet de bonbons crocodiles piquants à portée de main (ou de doigts, c’est comme on veut), c’est parti ! Le coeur battant, je tourne la première page…

1 – Sur les ailes du cauchemar (Riding the Nightmare), pages 7 à 35, trad. Nathalie SERVAL
Où s’exprime tout le talent de L. Tuttle pour faire basculer le quotidien le plus banal vers le fantastique le plus cauchemardesque. Avec une fin très ouverte qui offre plusieurs interprétations possibles au lecteur.
2 – Sans regrets (No Regrets), pages 37 à 72, trad. Nathalie SERVAL
Certes, l’idée de base de la nouvelle est bonne et émouvante mais j’ai trouvé sa mise en mots un peu laborieuse. Néanmoins, le traitement qu’en fait Lisa Tuttle ne manque pas d’intérêt ni de profondeur psychologique. Ce que je reproche à ce texte est avant tout son côté « verbeux ». Peu d’action pour beaucoup de longs dialogues.
3 – Affaire de peau (Skin Deep), pages 73 à 97, trad. Nathalie SERVAL
Je suis passée complètement à côté de cette nouvelle. Je n’ai ni compris la démarche de L.Tuttle, ni l’intérêt présenté par ce texte. Je m’interroge encore sur des pans entiers de l’histoire, dont je n’ai pas vu la moindre utilité dans cette nouvelle. Des personnages qui disparaissent au bout de quelques pages, des dialogues qui ne font en rien avancer l’intrigue… Alors, certes, l’ambiance (réussie) est étrange à souhait, mais le tout donne une sensation de « remplissage » de pages, et la fin (trop ouverte à mon goût) est mal amenée, ce qui la rend invraisemblable.
4 – Le Champ de pierres (Where the Stones Grow), pages 99 à 117, trad. Nathalie SERVAL
Tout comme pour Affaire de peau, une nouvelle très faible, et qui ne présente que peu de vraisemblance et d’intérêt. Des menhirs tueurs ? J’aime bien le côté décalé de L. Tuttle mais cela doit rester un minimum crédible tout de même !
5 – Le Cabinet des esprits (The Spirit Cabinet), pages 119 à 135, trad. Nathalie SERVAL
Une bonne idée, une belle ambiance, la jolie plume de L. Tuttle, mais une nouvelle qui m’a un peu laissé sur ma faim, tant j’ai trouvé la fin bâclée. Sur la base de cette histoire et avec son talent, l’auteure aurait pu faire beaucoup mieux ! Quel dommage !
6 – Lézard du désir (Lizard Lust), pages 137 à 159, trad. Nathalie SERVAL
L’une des nouvelles les plus étranges et dérangeantes du recueil. De façon très curieuse, c’est plusieurs jours après l’avoir terminé que je me suis aperçue que j’avais aimé cette nouvelle, et à quel point celle-ci m’avait marquée ! Pendant ma lecture, déstabilisée par le sujet et la construction en « temporalité croisée », où passé et présent s’entrelacent, je restai dubitative…Mais à la relecture, il m’est apparu que cette nouvelle était juste excellente. Un petit bijou d’étrangeté où L. Tuttle met en scène ses propres fantasmes en prenant pour support le thème du monde parallèle. Troublant…
7 – La Colonisation d’Edwin Beal (The Colonization of Edward Beal), pages 161 à 173, trad. Nathalie SERVAL
Une nouvelle mineure dans œuvre de L. Tuttle.
Mais elle est bien écrite et très drôle.
8 – Des maris (Husbands), pages 175 à 191, trad. Nathalie SERVAL
Je n’ai pas tout compris je pense. Cette nouvelle est un peu tordue. Et le thème abordé: la disparition des hommes conduit les femmes à la zoophilie (!), m’a plus déroutée que dérangée. Assez bavarde, les personnages de ce texte se lancent dans de grandes discussions philosophiques ou sociologiques. Je me suis ennuyée.
9 – Le Cœur d’une mère – une Véridique histoire d’ours (A Mother’s Heart : A True Bear Story), pages 193 à 201, trad. Nathalie SERVAL
Un petit conte sympa mais qui souffre d’un manque flagrant de profondeur. Cette nouvelle détonne dans le recueil, où elle apparaît bâclée.
10 – L’Autre chambre (The Other Room), pages 203 à 218, trad. Nathalie SERVAL
Très bonne histoire formidablement écrite, baignant dans une atmosphère gothique et sombre réussie, un peu à la manière de Poe. Je l’ai dévoré.
11 – Un bout de corde (A Piece of Rope), pages 219 à 237, trad. Nathalie SERVAL
Encore une très bonne nouvelle, variation intéressante sur le thème mille fois rebattu de la sorcière. J’ai aimé l’atmosphère quasi onirique et envoûtante de cette histoire.
12 – En pièces détachées (Bits and Pieces), pages 239 à 263, trad. Nathalie SERVAL
Sur un postulat totalement incongru, une femme qui retrouve des parties du corps de ses amants de passage dans son lit, et qui chez tout autre auteur moins talentueux que L. Tuttle paraitrait sans doute complètement ridicule, cette nouvelle nous offre une intrigue passionnante et originale à laquelle on adhère à cent pour cent dès les premiers paragraphes. Très ouverte, cette nouvelle laisse le lecteur libre de son interprétation. D’où viennent ces morceaux de corps ? Sont-ils réels ? Cette femme est-elle folle ? À vous de vous faire votre propre opinion !
13 – Souvenirs du corps (Memories of the Body), pages 265 à 293, trad. Nathalie SERVAL
Excellente nouvelle qui revisite avec maestria un thème archi-usité de la SF, celui du double, du clone, en l’utilisant de manière fort originale.

Verdict global, après six jours de lecture : un recueil de nouvelles dont la qualité est plus ou moins équivalente à celle de Ainsi naissent les fantômes, si l’on tient compte du fait que Sur les ailes du cauchemar comportent davantage de nouvelles. 15 pour 7 dans ANLF. Cependant, j’ai trouvé SLADC moins varié au niveau des thèmes abordés, et les textes moins passionnants, voire hermétiques ou bâclés pour certains.
Toutefois, même dans les textes que je considère comme les plus faibles du recueil, on retrouve toujours la plume, le brio des descriptions, la capacité à créer des situations dérangeantes, et la profondeur psychologique de Lisa Tuttle, qualités qui font qu’aucune nouvelle n’est jamais véritablement « mauvaise ».
Bref, quoiqu’inégal et d’intérêt fluctuant, SLADC comporte tout de même de véritables petits bijoux de fantastique et de SF, parmi lesquels Sur les Ailes du cauchemar, Lézard du désir, L’Autre chambre, Un bout de corde, En pièces détachées, Souvenirs du corps…
Un recueil qui mérite lecture, assurément!