Catégorie: Challenges

« Le piano maléfique » de Françoise Grenier Droesch

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2010 Editions Le Manuscrit

Française Langue française – 244 pages

Genre : Fantastique

Note : 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis :

Pendant trois jours, une classe de CM2 et ses accompagnateurs ont disparus. D’après leurs dires, ils auraient été enfermés dans le château du Comte de Nerval, où des phénomènes paranormaux ont lieu. De plus, ils auraient été obligés de l’écouter jouer du Chopin au piano pendant des heures. L’inspecteur Herbert enquête sur cette mystérieuse affaire.

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Lu dans des circonstances peu propices à l’enthousiasme (un séjour à l’hôpital), ce premier roman de Françoise Grenier Droesch, enseignante à la retraite que je ne connaissais jusqu’à présent que par ses nouvelles,  a pourtant réussi l’exploit de me faire oublier plusieurs heures durant ma situation peu réjouissante et à me changer agréablement les idées.

Il faut dire que l’intrigue proposée par Ce piano maléfique est très accrocheuse, prenante. Les personnages sont bien construits et attachants, notamment le héros principal, l’inspecteur Herbert.  Les lieux traversés sont très bien dépeints à la faveur de descriptions soignées et riches en détails qui m’ont permis de découvrir une région de France que je ne connaissais pas ou sinon que de nom.

Quant aux effets horrifiques et sanglants, ils sont bien dosés. Ni trop ni pas assez. Juste ce qu’il faut pour nous faire frissonner de plaisir !

Par ailleurs, le rythme enlevé sur lequel se déroule l’enquête ajoute encore un charme supplémentaire à ce récit sombre et mystérieux. On ne s’ennuie pas une seconde durant notre lecture tant nous sommes curieux de savoir comment l’histoire va se terminer.

Entrecoupée épisodiquement par les monologues intérieurs du personnage principal, Herbert,  (habile procédé utilisé par l’auteure qui nous permet de mieux le découvrir et de nous y attacher) l’intrigue progresse d’une manière logique et nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Une fin satisfaisante qui ne nous laisse pas sur notre faim !

Comme tout premier roman qui se respecte, on notera, certes, ici et là quelques petites maladresses dues à l’inexpérience. Notamment au niveau des dialogues parfois un peu vite expédiés ou confus (on ne comprend pas toujours qui s’exprime ou qui parle à qui).

De légers défauts qui, à mes yeux, ne gâchent en rien le plaisir ressenti à la lecture de ce bon roman que je vous conseille de découvrir. Sous cette belle couverture, à la fois sobre et élégante, orné d’un joli titre intriguant, vous attend une histoire fantastique divertissante à souhait.

Mais… chut !Écoutez ! Entendez-vous Le Piano Maléfique vous jouer sa petite musique envoûtante ? Alors, qu’attendez-vous ? Laissez-vous tenter !

De petites indiscrétions m’ont laissé entendre que Françoise Grenier Droesch songeait à donner une suite à ce premier opus très plaisant. Vivement !

Pour l’acheter :

https://www.facebook.com/Le-piano-mal%C3%A9fique-page-auteur–116958348386776/?fref=ts

[Challenge de Calypso, session « sans » ] « Sans faille » de Valentin Musso

 

2014 Editions Seuil

Française Langue française – 336 pages – Sortie : 6 Mars 2014

Temps de lecture
Note 3étoilesbon
Synopsis
Ils sont cinq. Cinq amis, la trentaine, qui se retrouvent après plusieurs années pour une randonnée dans les Pyrénées, le temps d’un week-end. Leur hôte, c’est Romuald, le gamin des cités à qui tout a réussi, et qui a invité Théo, Dorothée, David et Juliette dans son luxueux chalet. Mais connaît-il la montagne aussi bien qu’il l’a laissé croire? Le groupe s’égare, d’anciennes inimitiés ressurgissent, les secrets de chacun se font jour. Jusqu’au drame. Impensable. Imprévisible? C’est du moins ce qu’il croient, au début…

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Sur une trame on ne peut plus classique et codifiée de survivor en milieu naturel hostile et un synopsis des plus galvaudé : une sortie en montagne entre 5 amis plus ou plus proches mais que la vie a éloignée  qui tourne au huit-clos paranoïaque, on a déjà lu tellement de livres et visionné de film.
Autant le dire, Sans Faille ne révolutionne en rien le genre du thriller et quand les portables se mettent à ne plus fonctionner, faute de réseau à capter, l’histoire devient carrément téléphonée.

Toutefois, puis-je dire que je n’ai pas aimé ce roman ? Ce serait être malhonnête. Car dans l’ensemble, j’ai passé un moment de lecture plutôt sympa. D’accord, c’est du déjà-vu, mais Valentin Musso est un auteur malin qui sait y faire pour tenir son lecteur en haleine. Ici, il construit son intrigue de telle manière, notamment en multipliant les allers-retours entre passé et présent, que le lecteur fait l’effort. Il s’accroche malgré les nombreuses longueurs. Pourquoi? Mais parce qu’un mystère plane autour des relations passées entre les deux personnages masculins principaux. On devine dès le début qu’un drame s’est produit entre les deux anciens amis.

De ce drame, V. Musso ne nous dit rien ou presque, sinon quelques bribes pour nous hameçonner dans les premières pages. Appâté, pour ne pas dire ferré, le lecteur ne peut faire autrement que de continuer à dérouler la bobine. Car le mystère en question, dont les grandes lignes se dévoilent par à -coups tels des coups de piolet dans la roche, ne trouvera sa justification qu’à une trentaine de pages de la fin. Une fin, par ailleurs, très décevante et confuse que je crains de ne pas avoir saisie.

Remarquablement bien écrit pour un thriller (c’est suffisamment rare pour être signalé. Le genre ne se prête guère à une écriture recherchée), Sans Faille offre un moment d’évasion au lecteur mais s’auto-annihile par une mauvaise fin (que j’essaie encore de comprendre. Si vous l’avez comprise : faites-moi un petit topo dans les commentaires 😉 Merci d’avance !)… Dommage donc, car le lecteur ressort extrêmement frustré de cette histoire !

Du même auteur, j’avais davantage apprécié :

Les Cendres Froides

et surtout

Le Murmure de l’Ogre

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[Challenge de Calypso, session « sans » ] « À Mélie sans Mélo » de Barbara Constantine

2009 Éditions Calmann-Lévy

Française Langue française – 244 pages

Temps de lecture : 2 jours
Note livredeuxétoilessansplus
Synopsis
Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Pour la première fois, sa petite-fille, Clara, vient passer les grandes vacances chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu’elle a un problème de santé… Elle verra ça plus tard. La priorité, c’est sa Clarinette chérie ! Durant tout l’été (le dernier ?), Mélie décide de fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant La Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi le vieux Marcel, qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique… Et puis, comme la vie est vraiment dingue parfois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour… Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !

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Cela tient peut-être au fait que j’ai eu la chance d’avoir une grand-mère extraordinaire à côté de laquelle Mélie fait bien pâle figure, mais j’ai trouvé ce roman très ennuyeux. Le despotisme affectueux de cette grand-mère encore très gamine dans sa tête m’a vite lassée, en fait sous couvert de dispenser de pseudo leçons de vie à deux francs six sous, le personnage de Mélie, sorte de croisement entre Tatie Danielle et Mamie Nova se contente de régenter son monde et de se mêler de la vie des autres. Agaçant.

Si ce n’était qu’elle encore, mais non… On ne croit pas une minute aux personnages tant ils sont puérils et immatures. Qu’ils soient âgés de quarante, cinquante, ou soixante ans, ils ont tous des mentalités de gamins de 8 ans.

En outre, le style est faible, très faible. On croirait lire une longue rédaction de vacances. Par ailleurs, lorsqu’on écrit un roman où plusieurs personnages s’expriment, il est bon, pour ne pas dire indispensable de doter chacun de sa propre voix, or, dans ce roman tous les protagonistes usent du même langage, du même vocabulaire et des même tournures grammaticales, comme s’il ne s’agissait en fait que d’un seul et même individu, et ce quelque soit l’âge, le milieu social ou la personnalité du personnage. Résultat : Les dialogues sonnent faux et les situations ne sont pas crédibles.

De plus,  à trop vouloir éviter le mélo,  B. Constantine finit purement et simplement par supprimer les émotions du lecteur. Je n’ai rien ressenti pendant ma lecture. Ni sourire, ni rire, ni larmichettes. Nada. Indifférence totale.

Une chose est certaine: je ne garderais pas un grand souvenir de ce roman. Lu il y a deux semaines, je l’ai déjà oublié.
En fait, j’ai juste trouvé ce livre « niais » voire « bébête ». Non content d’être prévisible, il manque également cruellement de profondeur. Et surtout qu’est-ce qu’on s’ennuie.

Je mets deux étoiles parce que je suis gentille mais ce roman en mérite à peine une.
Vu que le reste de la production de Barbara Constantine semble pour le moins à l’avenant, je ne pense pas lire ses autres romans. Ce ne sont pas des histoires pour moi. Je suis certainement bien trop cynique pour les apprécier.

« La Chambre ardente » de John Dickson Carr

2003 Éditions Le Masque

Française Langue française – 254 pages | Traduit par Maurice Bernard Endrêbe

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Gastro-entérite ou arsenic? Pour en avoir le cœur net, il n’y a qu’une solution : exhumer le corps. Ce qui n’est pas une mince affaire. Car le cercueil de Miles Despard a été descendu dans le caveau familial et pour y accéder, il faut ôter quelques mètres carrés de dallage cimenté, déblayer une couche de terre et de gravier, puis soulever la grande dalle de l’entrée qui pèse bien une demi tonne. Bref, de quoi donner de l’ouvrage à plusieurs hommes armés de leviers, de pies et de pelles. Et pour quel résultat! Dans sa niche, le cercueil de bois tout neuf est vide. Faut-il en conclure qu’ils ne rêvent pas, ceux qui croient voir rôder le vieux Miles, à la nuit tombée?

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John Dickson Carr, que je ne connaissais pas il y a encore un mois, est considéré comme le maître du meurtre en chambre close. J’ai longtemps cru que cette lecture se signalerait à mes yeux en se révélant être un gros coup de cœur… Hélas, ce ne fut finalement pas le cas….

Bien qu’un peu datée (le roman date des années 30), l’écriture de J. Dickson Carr est soignée (si l’on excepte les nombreuses redites) et agréable à lire. Les personnages possèdent assez d’épaisseur pour nous convaincre et le mystère parvient à nous intriguer sans difficulté.

Avec pour toile de fond la sorcellerie du 17ème siècle  (particulièrement le procès de la Brinvilliers), l’intrigue se déroule de manière assez lente et contemplative, sur une trame classique à la Agatha Christie. L’enquête avance doucement par l’entremise des témoignages des différents protagonistes de l’histoire.  Ce n’est pas, par conséquent, un thriller placé sous haute tension même si certains chapitres se concluent sur de mini-rebondissements qui relancent l’intérêt du lecteur.

Un thriller brillant sur les 3/4 de l’intrigue qui se décrédibilise par une fin ultra-décevante (L’intérêt des meurtres en chambre close ne réside-t-il pas UNIQUEMENT dans la résolution finale de l’énigme ?)

Je ressors très mitigée de cette lecture. Elle m’a tenue en haleine pendant presque deux cent pages avant de me frustrer avec une fin bancale.

En résumé : Un bon policier, bien écrit et prenant, mais dont la fin qui trop hésite entre rationalité pure et surnaturel ne m’a pas convaincue du tout.

Dans le genre du meurtre impossible ou du meurtre en chambre close, un conseil : Préférez Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, bien supérieur à La Chambre ardente.

Attendu que La Chambre ardente semble être considéré comme le meilleur roman de l’auteur, je n’ai pas encore décidé, si j’en lirai un autre….

[Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten 2014] « Sous les couvertures » de Bertrand Guillot

Le principe de l’opération :

Les matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten (ou #MRL14 pour les adeptes des messages à 140 caractères),  c’est l’occasion de découvrir les livres de la rentrée littéraire sélectionnés par la crème de la crème des blogs littéraires, de partager vos critiques avec des centaines de blogueurs passionnés de littérature et enfin, de dresser ensemble un bilan pour savoir quels livres de la rentrée littéraire 2014 ont reçu l’approbation de la blogosphère littéraire française.

Pour rappel, la liste des romans proposés pour l’édition 2014 :

Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod
– Goat Mountain, David Vann
– Constellations, Adrien Bosc
– Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger
– Petits oiseaux, yôko ogawa – Rose-Marie Makino-Fayolle
– Le cercle des femmes, Sophie Brocas
– Sous les couvertures, Bertrand Guillot
– Ces instants-là, wassmo herbjorg
– Zou !, Anne-Véronique Herter
– Le Royaume, Emmanuel Carrère
– Un monde flamboyant, hustvedt siri – Christine Le Boeuf
– Louise, Julie Gouazé
– Peine perdue, Olivier Adam
– Retour à Little Wing, Nickolas Butler
– Le Complexe D’Eden Bellwether, Benjamin Wood

Pour l’édition 2014, mon choix s’est porté sur le roman suivant :

2014 Éditions Rue Fromentin
Langue française – 175 pages – Sortie : 18 Septembre 2014

Temps de lecture : Une après-midi

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur ! Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité.

La rentrée littéraire inquiète les livres déjà en librairie. Une fois le magasin fermé, ils décident de réagir et essaient de se mettre d’accord sur une stratégie commune. Mais entre les premiers romans, les grands écrivains, les académiciens, etc., les intérêts divergent. L’arrivée d’une nouvelle libraire avec des idées neuves met en émoi tous les ouvrages.

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Un roman sur les livres, et plus particulièrement axé sur la rentrée littéraire ? Quelle bonne idée !
En substance, c’est ce que je me suis dit au moment de sélectionner le roman que je souhaitais recevoir, lire et chroniquer pour les Matchs de la Rentrée Littéraire de PriceMinister-Rakuten 2014.
Et disons-le de suite : avec sa jolie couverture et  son « pitch » alléchant,  Sous les couvertures de Bertrand Guillot m’a de suite tapé dans l’œil.Le titre-clin d’œil à double signifiant, (sous les couvertures, n’est-ce pas l’endroit rêvé pour lire un bon roman ?) nous annonce la couleur. La malice et l’irrévérence seront au rendez-vous. Et malicieux, le ton de l’auteur l’est dès les premières pages. Mais pas seulement…

C’est avant tout à une savoureuse et truculente petite pièce de théâtre que nous convie Bertrand Guillot et dans laquelle les romans se substituent aux êtres humains, adoptant leurs postures les plus héroïques comme les plus viles, avec un seul et même objectif : occuper le devant de la scène : le présentoir principal de la libraire afin de mieux attirer l’attention des clients sur eux. Comme quoi la soif de célébrité n’est pas qu’une affaire humaine !

Et l’auteur d’en profiter alors pour tendre un miroir au lecteur afin qu’il s’y contemple en toute objectivité.  Et ma foi, avouons-le, le reflet renvoyé n’est pas très flatteur ! L’emploi de ces avatars de papier et d’encre permet également à l’auteur d’interroger de grandes thématiques sociétales. Des problématiques actuelles qui sont posées avec lucidité et analysées sans langue de bois.

Les personnages qu’ils soient de chair et d’os ou d’encre et de papier s’incarnent brillamment sous la plume de l’auteur.

Touchants, attachants, agaçants, hilarants, les livres (les véritables héros de l’histoire) rivalisent de charisme et s’illustrent dans des saynètes tour à tour drôles, émouvantes ou surprenantes (quand ce n’est grivoise ! Ah, la fameuse – et très inattendue scène d’onanisme !), lesquelles nous font oublier très rapidement leur statut dit d’objets, d’autant plus que les dialogues qui émaillent leurs conversations comme leurs disputes sont un pur régal !

Les personnages de chair ne leur cèdent en rien en épaisseur comme en humanité, quoiqu’ils soient; de mon humble avis, trop peu présents dans l’histoire (j’aurai aimé que l’auteur les mettent davantage en avant), ils constituent une belle galerie.

De la jeune libraire désabusée au propriétaire de l’établissement, fatigué de se battre contre le progrès, en passant par le fils culpabilisant d’avoir vendu son âme au diable (ici symbolisé par le livre dématérialisé) ou encore la critique-bloggeuse branchée et ambitieuse, sans oublier les jeunes auteurs (Grand, Mauve, Junior) que nous suivons dans leurs tribulations littéraire parmi la jungle médiatico-culturelle parisienne, chaque personnage sonne  juste et sait nous toucher au cœur.

Et que dire de  la bataille rangée finale (ou disons plutôt dérangée en l’occurrence)  ? Épique à souhait, elle parodie de manière très amusante, les grandes scènes de bataille des romans fantasy, et l’on ne peut en la lisant s’empêcher de songer à Tolkien ou à Homère….ou bien encore aux romans de capes et d’épée.

Drôle, décalé, grinçant, parfois cynique mais toujours pertinent, ce petit conte est moins léger que l’on pourrait le croire eu égard à sa couverture colorée et acidulée. C’est au contraire un roman au ton désenchanté et acerbe qui fait réfléchir sur la littérature actuelle (son déclin annoncé, ses enjeux futurs) en posant des questions qui dérangent et qui fâchent (raréfaction des lecteurs, difficulté de fidéliser une clientèle pour les petites librairies, concurrence des grandes enseignes et des sites internet, émergence des liseuses…).

En définitive, Sous les couverture pose un constat plus que lucide de la situation présent et de  l’avenir (hélas très sombre) des librairies traditionnels face aux mastodontes de la grande distribution et à la lecture numérique.

Le bémol ? (il faut bien qu’il y en ait un) : le rythme en dents de scie qui handicape le plaisir de lecture. Toutefois, si mon intérêt s’est un peu émoussé vers le milieu du roman, je ne me suis pas à proprement parler ennuyé. J’ai seulement trouvé parfois le temps long, lors de certains passages trop figés ou bavards. Car c’est par son statisme et son incapacité à restituer efficacement l’aspect visuel de l’intrigue (en particulier les mouvements des livres durant l’épisode de la grande bataille) que le roman pêche.

Construit sur une bonne idée, drôle, caustique, mais jamais moralisateur ni donneur de leçons, Sous les couvertures est un roman qui fait réfléchir en mettant les bonnes questions en perspective et qui ne se contente pas d’enfoncer des portes ouvertes.

Un roman à…. découvrir

[Challenge de Calypso, session Sang]« Les lunes de sang, 1» d’Anaïs Cros

2006 Editions Nestiveqnen (Fantasy)

Française Langue française – 464 pages

Temps de lecture : une semaine

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Synopsis

Evrahl, nain et médecin, a perdu toute sa famille lors de la guerre des Vingt Lunes. Décidé à les venger, il se rend à Lunargent, cité royale de Mortelune, pour y comploter l’assassinat du roi Torn, responsable à ses yeux de la mort des siens. S’installant au cœur de la cité, il partage le logement d’un étrange personnage. Listak, demi-lunaire brillant et excentrique, possède des dons d’observation et de déduction hors du commun. Une relation d’amitié se noue peu à peu entre les deux colocataires, mais Listak s’avère être un proche du roi Torn. Les choses se compliquent encore davantage lorsque le souverain demande à Listak d’éclaircir les menaces qui pèsent sur lui. Pris entre deux feux, Evrahl devra choisir entre son désir de vengeance et son amitié naissante, tout en échappant à une enquête qui se rapproche de plus en plus de lui…

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Ce roman de fantasy français possède un charme tout Holmesien. Rien d’étonnant à cela : La saga d’Anaïs Cros est une transposition  des aventures de Sherlock Holmes et du Docteur Watson de Conan Doyle dont l’auteur est une amatrice éclairée comme on peut s’en apercevoir en lisant Les Lunes de sang : A. Cros maîtrise son sujet sur le bout des doigts..

On retrouve dans ce premier tome l’univers du célèbre héros de C. Doyle avec ses codes, ses références, ses gimmicks (Élémentaire mon cher Watson (même si, on le sait, ce dialogue n’apparaît dans aucun roman de Doyle mais dans les adaptations ciné), et ses détails légendaires (le génie du personnage, la fameuse pipe, le penchant pour la drogue du détective et son faible appétit, le violon qui devient ici une lyre) et les personnalités de ses deux célèbres héros. Le tout s’accompagne des éléments fantasy si chers à Tolkien : nains, elfes, magie, lutins…

La transposition fantasy est astucieusement exécutée : rien à redire de ce côté-là. Maintenant passons à ce qui fâche.

Les personnages ne se démarquent pas assez à mon goût de leurs modèles (On a tout de même l’impression de lire Sherlock et Watson au pays des Nains et des Elfes). Néanmoins Evrahl (Watson) et Listak (Sherlock) sont sympathiques et savent se montrer attachants. Nous les accompagnons dans leur enquête avec un certain plaisir.

Cependant, même si l’écriture est belle et les descriptions abondantes et soignées, on a justement l’impression que ces longues descriptions travaillées servent de paravents pour tenter de masquer un scenario bien mince tout comme le fait qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce premier tome qui s’étire en vain. 100 pages de moins et ce roman serait déjà plus digeste, il y a beaucoup de pages  inutiles, en regard de leur faible apport dans la trame générale du récit.

C’est, avec la belle écriture d’A. Cros, l’atout principal de cette transposition sympathique, hélas fortement handicapée par ses nombreuses longueurs et son trop grand nombre de pages inutiles. Un tome inaugural prometteur mais il faudra confirmer l’essai. J’espère que la suite me convaincra davantage…si je la lis.

[Challenge de Calypso] « La Preuve de sang » de Thomas H. Cook

2012 Editions Folio (Policier)

Langue française – 468 pages | Traduit par Gaëtane Lambrigot

Temps de lecture : 3 jours

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Synopsis

Quelques semaines après la mort de sa grand-mère qui l’a élevé, Kinley, auteur à succès de livres d’enquête basés sur des faits divers aussi réels que sanguinolents, doit retourner dans sa petite ville natale de Géorgie afin d’enterrer son meilleur ami, Ray Tindall. Sur place, Kinley apprend que Ray travaillait sur l’affaire du meurtre d’une adolescente commis en 1954 et à la suite duquel un innocent a été condamné et exécuté. Devant les supplications de la fille de Ray, Kinley accepte de reprendre le flambeau… Remontant la piste du travail effectué par son ami, Kinley épluche les minutes d’un procès arrangé renvoyant à un passé trouble. Il finira par découvrir la vérité sur les notables de la petite ville mais aussi et surtout sur lui-même et ses origines…

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Une entame déstabilisante où l’auteur nous plonge brutalement dans l’intrigue sans présentation du personnage central ni de l’univers dans lequel il gravite.
À ce point que j’ai pensé avoir le tome X d’une série entre les mains. Or, ce n’est apparemment pas le cas.
Fluide, l’écriture de Thomas H. Cook ne casse pas trois pattes à un rossignol mais elle remplit sa mission principale : elle est efficace. C’est avant tout ce qu’on lui demande. La preuve, une fois commencé ce thriller est difficile à refermer même à poser sur la table de chevet pour dormir. J’ai du mobiliser toute ma volonté pour ne pas le dévorer en une nuit (blanche). Au lieu de cela, j’ai préféré faire durer le plaisir. Plus on en apprend sur l’intrigue et plus on veut en savoir. C’est addictif.  L’ambiance des procès au tribunal comme l’atmosphère d’une petite ville américaine où tout le monde se connait, s’épie et médit des uns des autres, sont réussies.   Je n’avais pas lu de thriller depuis plusieurs semaines. Un désamour motivé par plusieurs déceptions successives. Sans m’avoir totalement réconciliée avec le genre, car il n’est pas exempt de défauts, notamment de longueurs et de répétitions, La preuve de sang m’a fait passer un très bon moment de suspense. Ce roman distille les fausses pistes avec brio jusqu’à un final surprenant comme je les affectionne.
C’était l’occasion pour moi de faire la connaissance de Thomas H. Cook. Cet essai se doit d’être confirmé. Ce que je ferai avec plaisir. Pourquoi pas en lisant « Les feuilles mortes » dont je n’entends dire que du bien ?