Catégorie: Anticipation

« Il sera une fois » de Southeast Jones

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2016 Editions Séma (Séma Galaxie)

Française Langue française – 236 pages – Sortie : 19 Mars 2016

Note : 4étoiles-trèsbonmais Très bon.

Synopsis

« Il sera une fois » vous invite à rêver demain : de l’humain au surhumain, de notre insignifiante petite planète aux confins de l’univers et au-delà, Southeast Jones vous convie à découvrir ses visions d’avenir au travers de quinze contes étranges, drôles ou inquiétants.

Ces histoires hors du commun vous fourniront nombre de réflexions sur les futurs possibles imaginés par l’auteur : quelle serait votre réaction si vous appreniez qu’il y a bien une vie après la mort ? Qui est ce Père Noël un peu bizarre que l’on voit le 24 décembre sur Carabistouille IV ? Quelles pourraient être les conséquences de la victoire des mutants contre le genre humain ? Quelles traces garde-t-on quand on a été avalé par un ogre ? Que faire si, pour sauver la Terre, il fallait détruire l’Humanité ?

Mon avis

Je ne vais pas vous mentir, en matière de SF, je suis plutôt néophyte. C’est un genre que je lis rarement et que j’apprécie peu en règle générale.Et pourtant, j’ai beaucoup apprécié Il sera une fois. Ce fut une lecture très divertissante.

Pourquoi ? Cinq raisons à cela :

La grande diversité des intrigues proposées. En effet, aucune nouvelle ne ressemble à une autre dans ce recueil de textes qui offre des univers et des ambiances très variées et de tonalités différentes. On navigue entre le drame, le rire, l’émotion à chaque page. Si bien qu’on parvient à la fin du recueil, sans s’en apercevoir, et surtout sans aucun sentiment d’ennui ou de lassitude. Bien sûr, certaines nouvelles m’ont davantage plu ou touché que d’autres, certes, mais l’ensemble présente une qualité assez homogène du début à la fin. Il y a très peu de nouvelles qui ne m’ont pas « accroché ».  Peut-être 2-3 mais seulement par goût personnel. Pas parce qu’elles sont mauvaises.

L’imagination débridée de l’auteur qui nous offre des intrigues très originales et maîtrisées à la perfection.

Ses conduites dynamiques du récit. Son style clair, simple, efficace, rythmé. Son ton pédagogue et vulgarisateur., jamais ennuyeux. Ses conduites dynamiques du récit.

Des descriptions courtes et précises. Parfaitement dosées pour poser le décor.

Les nombreuses petites touches d’humour. Souvent irrésistibles !

Et pour tellement d’autres choses encore que vous découvrirez en dégustant ce très bon recueil du talentueux Southeast Jones !

Je ne vous résumerai pas toutes les nouvelles, une par une, car il me faudrait les détailler et ainsi prendre le risque de trop vous en dévoiler, ce qui serait fortement dommage ! Aussi, je vais plutôt m’essayer à un autre exercice en vous livrant mon ressenti en quelques mots sur chaque texte, c’est parti.

– Barbares ! : Récit intriguant et agréable qui se dévoile progressivement. Chute travaillée que, hélas, j’ai vu venir de loin 😉

– Contrat : Une courte nouvelle vraiment excellente, à la fois par son humour noir, son ironie sous-jacente et sa conduite d’intrigue très rythmée. L’une de mes préférées du recueil.

– Émancipation : Une nouvelle qui vaut avant tout pour son ambiance sombre et désenchantée très réussie. L’angoisse nous saisit et monte crescendo jusqu’au dénouement. Récit finement exécuté.

– Divergence d’opinion : Courte nouvelle fort drôle et très percutante. Pas de fioritures inutiles. Belle ironie finale.

– Question de foi : J’ai beaucoup apprécié cette nouvelle mettant en scène un éventuel pape Paul VII confronté à un dilemme éprouvant sa foi. Belle atmosphère futuriste réaliste. Bonne conduite du récit. Efficace et sans temps morts. Fin réussie, en ce sens, qu’elle prend le lecteur à contre-pied. Dans le top de mes nouvelles préférées du recueil.

– Rétrocession : Bon texte mais je n’ai pas été transcendée ou émue outre-mesure.   Agréable à lire.

– Jonas : J’avais déjà lu la version courte dans l’anthologie « Sales bêtes ! ».Cette version longue me semble moins percutante.Quelques longueurs. Mais cela n’en demeure pas moins une histoire sympathique à lire.

– Trip : Une intrigue et un style un peu trop trash à mon goût mais comme c’est excellemment mené, bourré de bonnes idées et d’imagination, finalement, j’ai réussi à apprécié ce court texte d’anticipation.

– Grand-veille : Brillant ! J’ai adoré cette histoire très originale, où SF, horreur, et émotion sont parfaitement dosés.Avec en prime d’excellentes idées et une fin surprenante. Ma nouvelle préférée de toutes, je crois.

– Notre-Dame des opossums : Déjà lue  dans l’anthologie « Folie(s) ». Cette relecture a confirmé mon engouement premier : une bonne histoire très bien menée avec une dose de suspense bienvenu et qui fonctionne bien.

– Début de semaine : Sarcastique à souhait. Nouvelle sympathique mais sans plus. Je ne suis pas très « branchée » géopolitique en général. Ceci explique sans doute cela.

– Le C.R.I.M. était presque parfait : Pas ma préférée. Amusant, du suspense mais une fin assez décevante, un peu en « pétard mouillé ».  J’ai également trouvé certains passages un peu longs.

– Le temps du repos :  Sympa, mais trop brève pour véritablement parvenir à « rentrer dedans ». On a un peu l’impression de lire un prologue. Quelques supplémentaires n’auraient pas été inutiles, je pense.

– Noël lointain : Bonne base de départ, idée amusante, mais je n’ai pas accrochée. La fin qui, rétroactivement, modifie la perception qu’à le lecteur du récit à le mérite d’être originale et audacieuse.

– Les enfants de nos enfants : Très bonne histoire menée sur un rythme parfait et débordante d’une belle imagination. C’est cohérent, crédible : on y croit et on adhère aux possibles théories évolutionnistes et aux possibles futurs qu’imagine l’auteur pour nos enfants. Et ça fait froid dans le dos ! La nouvelle qu’il fallait pour clôturer ce très bon recueil en beauté !

En bref, de la SF qui ne se prend pas au sérieux et qui n’assomme pas le lecteur de termes techniques ronflants ou de théories complexes et prises de tête. J’apprécie cette démarche de vulgarisation.

Je conseille fortement la lecture de cet ouvrage !

« Bird Box » de Josh Malerman

2014 Éditions Calmann-Lévy
Langue française – 372 pages
Temps de lecture : 1 nuit
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme. Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.

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J’ai dévoré ce roman en une nuit (blanche). Une fois commencé, impossible de le lâcher.
Le prologue annonce d’emblée la couleur : noire!  On entre dans ce roman par un trou de souris, les premières pages sont déroutantes, on ne sait pas ce qui se passe, ni quels sont les enjeux en cours. On ne comprend que petit à petit. La tension monte lentement mais sûrement pour culminer dans les avant-derniers chapitres magistralement anxiogènes (la scène dans le bar, l’éprouvante scène de l’accouchement : terrible! ).

Originale, son intrigue principale nous tient en haleine de bout en bout et nous offre de sacrées scènes flippantes. J’ai trouvé le mode de narration très malin : en nous dévoilant les grands axes de l’intrigue de manière éclatée en les entrecoupant avec la fuite de Marjorie et de ses enfants.
J’ai adoré le personnage de Marjorie. Quelle femme!  Une héroïne, une vraie. Une dure, une pure comme je les aime. Sa dureté pourra en rebuter certain(e)s, personnellement, j’ai adoré suivre son évolution. Son passage de jeune fille centrée sur elle-même à femme concernée par les autres puis sa transformation en mère courage-tigresse, prête à tout pour sauver ses enfants.

La seule petite critique que je pourrai formuler concernerait la fin que j’ai trouvé un peu rapide et simpliste mais rien de bien grave, et cela n’atténue en rien le plaisir pris dans ma lecture. Un plaisir ÉNORME!
Si vous avez peur du noir, abstenez-vous de le lire. En revanche, si vous voulez passer un très bon moment de lecture, vous laissez happer par une histoire fantastique prenante et bien pensée : Bird Box est fait pour vous!
Je le recommande chaudement.

« Silo, 1 » de Hugh Howley

2013 Editions Actes Sud (Exofictions)

Langue française – 558 pages | Traduit par Yoann Gentric et Laure Manceau

Temps de lecture : 5 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Dans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres. 
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin.
Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

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Je ne sais que penser de ce roman. Je l’ai aimé sans vraiment l’aimer. 
Pourtant, cette dystopie possédait tous les ingrédients pour me plaire : l’intrigue est solide, l’univers dense, les personnages attachants et l’écriture efficace.
Oui, mais voilà, je l’ai trouvé souvent trop long et trop descriptif. Certains moments sont passionnants mais beaucoup d’autres d’un intérêt plus que discutable, voire carrément plats. Au point où j’avais envie de sauter des pages, parfois.
La mise en place est notamment très longue. L’auteur prend presque 200 pages pour installer son univers, ses personnages et les enjeux de ce premier tome. Cela est nécessaire, je le conçois. N’empêche que l’on s’ennuie à mourir pendant ce temps-là. J’avoue que je me suis ennuyée plus souvent qu’à mon tour. J’ai même failli abandonner plusieurs fois. À chaque fois, l’envie d’en apprendre davantage sur le Silo et sur les raisons de son existence m’a dissuadé de le faire.
Les moments Juliette/Lukas sont ceux qui m’auront le plus « accrochés », en définitive. Surtout vers la fin. À ce moment du récit, les choses s’accélèrent (enfin) et le roman devient plus prenant voire haletant.

Bref, je suis déçue de ne pas avoir aimé davantage et je ne sais pas si je lirai la suite. Le charme ou la magie n’ont pas opérés totalement sur moi.

Néanmoins, j’encourage à la découverte de ce roman. Je suis certaine qu’il saura plaire à beaucoup de lecteurs friands de dystopie (et plus patients que moi ;))

[Contemporain] Baby Challenge 2014 « La ballade de Lila K » de Blandine Le Callet

2012 Editions Le Livre de Poche
Langue française – 354 pages
Temps de lecture : 2 jours
Notecoupdecoeur
Synopsis

La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité. Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère.

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Surprenant, l’adjectif convient à merveille à ce roman. Je ne m’attendais pas du tout à être si « captivée » à sa lecture. Et au final, à ce que  ce soit mon premier top 2014.
Il faut dire que l’action commence instantanément, et durant les premiers chapitres la lecture se fait presque à tâtons. Il faut alors accepter de faire confiance à Blandine Le Callet, de lui donner la main et de se laisser guider par son écriture énergique sans savoir ni où l’on est, ni où l’on va, ni pourquoi.
Une immersion délicieusement déstabilisante, en vérité.

B. Le Callet s’affranchit parfaitement de ses pairs, notamment G. Orwell, pour réinterpréter avec profondeur et sensibilité le style anticipatif. Ça grouille d’idées, d’inventivité. L’intrigue est difficile à dater dans le temps et plus le récit avance, plus les indices recueillis nous font comprendre que nous sommes dans un futur alternatif.
La vivacité de plume de Blandine Le Callet est également un indéniable atout dans ce récit à la première personne mené avec maitrise.

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, en plus du personnage de Lila qui m’a beaucoup plu, et que je n’oublierai pas de sitôt, ce sont les petites touches de SF qui parsèment le récit, auxquelles on ne s’attend pas, et qui donnent un climat très étrange à cette histoire toujours en subtil décalage avec la réalité, à mi-chemin entre réalisme et anticipation. Le tout se déroulant dans une société totalitaire aux codes sociaux dévoyés qui annihilent toute liberté individuelle. Ça fait froid dans le dos.

Lila K. Quelle héroïne attachante ! J’ai adoré sa personnalité, son caractère, ses sarcasmes.  J’aurai aimé l’accompagner plus avant sur son chemin de vie. À la fin, j’étais triste de la quitter. J’aurai voulu rester près d’elle plus longtemps et savoir ce que la vie lui réservait. De grands bonheurs, j’espère !

[Masse critique Babelio] « Zoo City » de Lauren Beukes

Editions Eclipse (2011) (Presses de la Cité)
333 pages | Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Temps de lecture : 3 jours
Note coupdecoeur
Synopsis

Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne
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Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu’ouvrant un livre pour  en lire les vingt premiers chapitres, je n’avais senti d’emblée se profiler le coup de cœur.   
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l’enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF. 
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d’Orwell), ce roman dystopique m’a bluffée ! Tant par l’originalité de son univers,  la profondeur des concepts proposés, que par la  maitrise indéniable de l’auteure, qui tient son histoire d’une main de fer, tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant. 
Jusqu’à présent, je n’avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j’avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m’avait pas plus impressionnée que le roman ne m’avait transcendé.
D’où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.

Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l’univers en nous plongeant aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l’objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.

Celles et ceux qui ont lu l’intégrale de l’excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j’avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d’animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s’arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d’un univers fascinant et tous deux l’utilisent comme un outil d’exploration de l’âme humaine, et de ses travers, afin d’interroger  les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l’idée d’un animal-lié à un être humain en tant qu’âme chez l’un, et en tant qu’incarnation de la culpabilité d’un individu ayant commis un acte répréhensible chez l’autre, L. Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l’habillant de son propos désenchanté, et en le proposant dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu’inattendue, où elle laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l’évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.

Ce qui m’a le plus séduit chez Zinzi, c’est son côté marginale, voire amorale, de  bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d’un sacré punch, Zinzi (qui m’a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. Non seulement, l’intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé mais surtout celui-ci nous tient en haleine au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n’en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m’a ravi plus d’une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d’entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.

Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu’à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.

1) Le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive  (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?). 
Je ne le pense pas, bien au contraire. J’avoue donc sans honte aucune que certains passages m’ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l’on y prend, rassurez-vous. 
2) Le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l’intrigue principale : extraits de mail, de livres, d’articles, et de documents d’archives officiels …
3) L’enquête policière n’est pas d’un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l’accent est surtout mis sur l’univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d’ailleurs. Dès lors, la conduite de l’enquête devient prétexte à explorer un monde étrange,  ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d’interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) Le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s’installe dans les derniers chapitres. Lesquels s’étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. De plus, je n’avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient trouver à s’assembler et à se résoudre dans la conclusion. Et j’ai tremblé pour les personnages principaux jusqu’à la toute fin du roman.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de cœur, mais un coup de cœur tout de même. 
À découvrir et à faire découvrir.

Je remercie donc triplement Babelio. En premier lieu, pour m’avoir accordé une fois de plus leur confiance, deuxièmement pour l’envoi de ce roman SF (que je n’aurai sans doute jamais lu si le sort n’en avait décidé autrement) et enfin pour l’immense plaisir que m’a procuré sa lecture.

 

« Le Passage » de Justin Cronin

Editions Pocket (2013)

1280 pages | Traduit par Dominique Haas

Temps de lecture : 1 mois et demi

Note : Entre 3étoilesbon et 4étoiles-trèsbonmais (cela dépend des moments)

Synopsis

Années 2010. Dans le Tennessee, Amy, une enfant abandonnée de six ans est recueillie dans un couvent… Dans la jungle bolivienne, l’armée américaine recherche les membres d’une expédition atteints d’un mystérieux virus… Au Texas, deux agents du FBI persuadent un condamné à mort de contribuer à une expérience scientifique gouvernementale. Lui et les autres condamnés à la peine capitale participant au projet mutent et développent une force physique extraordinaire. Les deux agents du FBI sont alors chargés d’enlever une enfant, Amy. Peu après que le virus a été inoculé à cette dernière, les mutants attaquent le centre de recherches…

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Quitte à m’attirer les foudres de certain(e)s, « Le Passage » n’est pas à mes yeux, l’œuvre majeure que l’on m’a vendu sur tous les tons depuis sa sortie. C’est à mon avis un roman inégal, branché sur courant alternatif, qui offre un plaisir de lecture intermittent, à cause d’un mauvais dosage : moment fort/ moment faible.

La mise en place est trop longue (à cause de la présentation des personnages qui est faite à la Stephen King. N’est pas le King qui veut). Pourtant les premiers chapitres sont intrigants mais tout retombe après l’ellipse temporelle lorsqu’on se retrouve cent ans plus tard dans la colonie des survivants.

A mes yeux, certains des choix narratifs de Justin Cronin sont contestables. Exemple : Plus de 300 pages du roman sont consacrées à nous présenter en long, en large et en travers des personnages que nous ne reverrons pratiquement plus par la suite ou très peu (à quoi bon alors ces interminables portraits ?).

De fait, il y a beaucoup trop de personnages, de dates, de chiffres et de pages qui ne servent pas à grand-chose à mes yeux dans ce roman trop…trop tout en fait.

Les vampires (fluorescents et simiesques (ils sautent partout comme des chimpanzés sous amphétamines)n’apparaissent pas tant que cela, la focale est davantage porté sur les survivants, et l’organisation des sociétés post-apos : leurs refuges, leur mode de vie, leurs croyances…

Certes, l’univers a une belle densité, il y a de bons personnages principaux, complets, attachants, héroïques, et de la profondeur psychologique chez eux (les personnages secondaires sont plus caricaturaux) mais il y a surtout de longues descriptions de paysage ou de bâtiments et autant d’explications techniques (surtout sur l’électricité).

Mais le plus gênant sont les idées too much que l’auteur a eu parfois (un peu comme le fait que les vampires soient fluos!) et qui sont dignes d’une mauvaise série SF, le pire étant pour moi le kitchissement passage « sectaire » avec l’épisode de la Babcock-mania qui m’a laissé plus que dubitative sur le coup! (Non mais sérieux, plus ridicule tu meurs).

Au final, on est loin de l’éblouissement promis par les autres lecteurs, mon plaisir fut elliptique. Globalement cette lecture est assez ennuyeuse (et déprimante). Le roman aurait pu aisément se voir réduit de 300/400 pages au moins. J’ai peiné comme rarement pour le terminer même si les 300 dernières pages comportent davantage d’action et se lisent plus facilement.

Et pourtant…étrangement, j’ai envie de lire la suite intitulée « Les douze », juste pour savoir ce qu’il va advenir des personnages de ce tome 1, d’autant que les dernieres lignes du roman laissent présager du pire. Il n’en faut pas plus pour m’intriguer…

« Multiversum, 1 » de Leonardo Patrignani

Editions Gallimard (Jeunesse) (2013)

329 pages

Temps de lecture : 2 jours

Note 3étoilesbon

Synopsis

Alex vit en Italie, Jenny en Australie. Ils ont seize ans. Un lien subtil les unit depuis toujours : un dialogue télépathique qui surgit sans prévenir, dans un état d’inconscience. Jusqu’au moment où les adolescents décident de se rencontrer pour la première fois. Mais le jour de leur rendez-vous, ils sont là tous les deux au même endroit, cependant ils ne peuvent se voir… Ils découvrent qu’il existe une infinité d’univers parallèles et que la réalité qui les entoure n’est qu’une de ses multiples dimensions. Une vérité qui bouscule totalement leur existence, détruisant toute certitude sur leur monde. Comment Alex et Jenny pourront-ils se retrouver pour vivre leur amour ? Alors même que leur destin semble lié à celui, inéluctable, de la Terre…

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Une semi-déception. Je m’attendais à quelque chose de différent, de plus SF.

Un univers très intéressant, oui. Mais l’auteur se contente du minimum. Le tout est un peu survolé et relativement brouillon.

La première moitié est longue et ennuyeuse comme une journée de pluie.

Certains rebondissements prévisibles. La construction maladroite, l’écriture naïve et les personnages un peu mièvres quand même, autocentrés sur leur histoire d’amour, mignonette, mais peu crédible. Comment aimer à ce point quelqu’un dont on ne connait rien pas même son prénom et le fait qu’’une mèche blonde lui barre le front ? Je n’ai pas adhéré à l’histoire d’amour car les choses vont trop vite entre les personnages. Je ne te connais pas, tu sors du train, je me jette à ton cou pour te rouler une pelle ? Heu, un peu difficile à gober, non ? Quelques scènes sont un peu « space » aussi. Genre, quand Alex mate Jenny, toute nue dans sa chambre, alors qu’ils ont à peine échangés dix mots par télépathie, et qu’elle semble trouver cela normal. Elle ne s’en offusque même pas !

Seule la fin est réussie et tient en haleine. Au point de donner envie de lire la suite. Mais tout ce qui précède les derniers chapitres est mou du genou et trop pollué de bons sentiments.

En fait, c’est un roman SF qui n’est pas assez SF et trop romance adolescente.