[Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten 2014] « Sous les couvertures » de Bertrand Guillot

Le principe de l’opération :

Les matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten (ou #MRL14 pour les adeptes des messages à 140 caractères),  c’est l’occasion de découvrir les livres de la rentrée littéraire sélectionnés par la crème de la crème des blogs littéraires, de partager vos critiques avec des centaines de blogueurs passionnés de littérature et enfin, de dresser ensemble un bilan pour savoir quels livres de la rentrée littéraire 2014 ont reçu l’approbation de la blogosphère littéraire française.

Pour rappel, la liste des romans proposés pour l’édition 2014 :

Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod
– Goat Mountain, David Vann
– Constellations, Adrien Bosc
– Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger
– Petits oiseaux, yôko ogawa – Rose-Marie Makino-Fayolle
– Le cercle des femmes, Sophie Brocas
– Sous les couvertures, Bertrand Guillot
– Ces instants-là, wassmo herbjorg
– Zou !, Anne-Véronique Herter
– Le Royaume, Emmanuel Carrère
– Un monde flamboyant, hustvedt siri – Christine Le Boeuf
– Louise, Julie Gouazé
– Peine perdue, Olivier Adam
– Retour à Little Wing, Nickolas Butler
– Le Complexe D’Eden Bellwether, Benjamin Wood

Pour l’édition 2014, mon choix s’est porté sur le roman suivant :

2014 Éditions Rue Fromentin
Langue française – 175 pages – Sortie : 18 Septembre 2014

Temps de lecture : Une après-midi

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur ! Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité.

La rentrée littéraire inquiète les livres déjà en librairie. Une fois le magasin fermé, ils décident de réagir et essaient de se mettre d’accord sur une stratégie commune. Mais entre les premiers romans, les grands écrivains, les académiciens, etc., les intérêts divergent. L’arrivée d’une nouvelle libraire avec des idées neuves met en émoi tous les ouvrages.

séparateur

Un roman sur les livres, et plus particulièrement axé sur la rentrée littéraire ? Quelle bonne idée !
En substance, c’est ce que je me suis dit au moment de sélectionner le roman que je souhaitais recevoir, lire et chroniquer pour les Matchs de la Rentrée Littéraire de PriceMinister-Rakuten 2014.
Et disons-le de suite : avec sa jolie couverture et  son « pitch » alléchant,  Sous les couvertures de Bertrand Guillot m’a de suite tapé dans l’œil.Le titre-clin d’œil à double signifiant, (sous les couvertures, n’est-ce pas l’endroit rêvé pour lire un bon roman ?) nous annonce la couleur. La malice et l’irrévérence seront au rendez-vous. Et malicieux, le ton de l’auteur l’est dès les premières pages. Mais pas seulement…

C’est avant tout à une savoureuse et truculente petite pièce de théâtre que nous convie Bertrand Guillot et dans laquelle les romans se substituent aux êtres humains, adoptant leurs postures les plus héroïques comme les plus viles, avec un seul et même objectif : occuper le devant de la scène : le présentoir principal de la libraire afin de mieux attirer l’attention des clients sur eux. Comme quoi la soif de célébrité n’est pas qu’une affaire humaine !

Et l’auteur d’en profiter alors pour tendre un miroir au lecteur afin qu’il s’y contemple en toute objectivité.  Et ma foi, avouons-le, le reflet renvoyé n’est pas très flatteur ! L’emploi de ces avatars de papier et d’encre permet également à l’auteur d’interroger de grandes thématiques sociétales. Des problématiques actuelles qui sont posées avec lucidité et analysées sans langue de bois.

Les personnages qu’ils soient de chair et d’os ou d’encre et de papier s’incarnent brillamment sous la plume de l’auteur.

Touchants, attachants, agaçants, hilarants, les livres (les véritables héros de l’histoire) rivalisent de charisme et s’illustrent dans des saynètes tour à tour drôles, émouvantes ou surprenantes (quand ce n’est grivoise ! Ah, la fameuse – et très inattendue scène d’onanisme !), lesquelles nous font oublier très rapidement leur statut dit d’objets, d’autant plus que les dialogues qui émaillent leurs conversations comme leurs disputes sont un pur régal !

Les personnages de chair ne leur cèdent en rien en épaisseur comme en humanité, quoiqu’ils soient; de mon humble avis, trop peu présents dans l’histoire (j’aurai aimé que l’auteur les mettent davantage en avant), ils constituent une belle galerie.

De la jeune libraire désabusée au propriétaire de l’établissement, fatigué de se battre contre le progrès, en passant par le fils culpabilisant d’avoir vendu son âme au diable (ici symbolisé par le livre dématérialisé) ou encore la critique-bloggeuse branchée et ambitieuse, sans oublier les jeunes auteurs (Grand, Mauve, Junior) que nous suivons dans leurs tribulations littéraire parmi la jungle médiatico-culturelle parisienne, chaque personnage sonne  juste et sait nous toucher au cœur.

Et que dire de  la bataille rangée finale (ou disons plutôt dérangée en l’occurrence)  ? Épique à souhait, elle parodie de manière très amusante, les grandes scènes de bataille des romans fantasy, et l’on ne peut en la lisant s’empêcher de songer à Tolkien ou à Homère….ou bien encore aux romans de capes et d’épée.

Drôle, décalé, grinçant, parfois cynique mais toujours pertinent, ce petit conte est moins léger que l’on pourrait le croire eu égard à sa couverture colorée et acidulée. C’est au contraire un roman au ton désenchanté et acerbe qui fait réfléchir sur la littérature actuelle (son déclin annoncé, ses enjeux futurs) en posant des questions qui dérangent et qui fâchent (raréfaction des lecteurs, difficulté de fidéliser une clientèle pour les petites librairies, concurrence des grandes enseignes et des sites internet, émergence des liseuses…).

En définitive, Sous les couverture pose un constat plus que lucide de la situation présent et de  l’avenir (hélas très sombre) des librairies traditionnels face aux mastodontes de la grande distribution et à la lecture numérique.

Le bémol ? (il faut bien qu’il y en ait un) : le rythme en dents de scie qui handicape le plaisir de lecture. Toutefois, si mon intérêt s’est un peu émoussé vers le milieu du roman, je ne me suis pas à proprement parler ennuyé. J’ai seulement trouvé parfois le temps long, lors de certains passages trop figés ou bavards. Car c’est par son statisme et son incapacité à restituer efficacement l’aspect visuel de l’intrigue (en particulier les mouvements des livres durant l’épisode de la grande bataille) que le roman pêche.

Construit sur une bonne idée, drôle, caustique, mais jamais moralisateur ni donneur de leçons, Sous les couvertures est un roman qui fait réfléchir en mettant les bonnes questions en perspective et qui ne se contente pas d’enfoncer des portes ouvertes.

Un roman à…. découvrir

Publicités

3 Commentaires

  1. Riz Deux-ZzZ

    C’est le ton blasé du début qui m’a le plus dérangé… Et puis ensuite, l’action démarre et l’écriture reste cynique mais moins défaitiste.
    En tout cas, j’ai aussi beaucoup aimé ce petit livre !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s