« Le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock

2012 Editions Albin Michel (Terres d’Amérique)
Langue française – 370 pages | Traduit par Christophe Mercier
Temps de lecture : 2 jours
Note 
1étoile passez votre chemin

Synopsis

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

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J’ai hésité à lire ce roman. Un abandon de lecture dans mon entourage proche m’en ayant dissuadé longtemps et puis, intriguée par les critiques positives tout autant qu’unanimes, j’ai cédé à ma curiosité en me disant : « Et si je passais vraiment à côté de quelque chose ? ».

Au final, ce que j’aurais mieux fait de passer, c’est mon chemin.
Ce roman est immonde.

Sous prétexte de faire la critique des USA des années 50-60, et d’en dénoncer les nombreux travers : racisme, homophobie, puritanisme, sexisme, patriotisme exacerbé, fascination pour les armes,… (ce qui a déjà été fait ailleurs, et avec bien plus de talent et de finesse), Pollock nous livre avec Le diable, tout le temps l’un des romans les plus sordide, obscène, vulgaire et misogyne qu’il m’eut été donné de lire depuis longtemps !

Dans ce roman, il n’y a pas d’histoire à proprement parler : il s’agit davantage de chroniques mettant en scènes divers « péquenauds », je cite l’auteur, alcooliques, crasseux, illettrés, obsédés sexuels, pervers, et fanatiques religieux, issus de l’amérique dite « profonde », tous plus ou moins consanguins les uns des autres, et qui se croisent au fil de leurs pérégrinations (parfois meurtrières) à travers la région et ses environs.

Ce qui est déplorable dans ce roman, c’est que Pollock n’analyse rien, il ne fait que dresser son sinistre inventaire des horreurs commises en pensées comme en actes de ses personnages. J’aurais souhaité que, plutôt que de faire une sorte de catalogue macabre et complaisant de l’horreur, l’auteur intellectualise un minimum les faits et son propos, afin d’ouvrir des pistes de réflexions à ses lecteurs.
Ce manque d’implication, cette distanciation prononcée vis-à-vis de son récit et surtout le manque cruel de second degré est vraiment dommageable, car en pratiquant une telle neutralité dans sa narration, il semble cautionner les ignominies qu’il décrit de long en large, et au-delà, se complaire dans la violence et la vulgarité gratuite, sans que cela ne débouche chez lui (ou chez le lecteur) sur une quelconque ébauche de réflexion. Ce qui m’a profondément dérangé, je l’avoue.

Quant au « style », s’il est fluide à lire, il est aussi assez pauvre et grossier « en diable ». À un certain moment, j’ai cessé de compter les insanités tant ce roman en est truffé.

La fin est moralisatrice, comme il se doit, Amérique bien-pensante oblige, une conclusion où les méchants doivent être châtiés et où le « œil pour œil », l’auto-défense, est cité, (voire prôné en exemple, à la Charles Bronson, vous voyez, époque « Le justicier » et où le cow-boy à la gâchette vengeresse, part façon « lonesome cow-boy » vers le soleil couchant).

Pour moi ce roman est vide de sens, de signifiant comme de signifié, et sa démarche me parait purement sensationnaliste et racoleuse, rien de plus. Et croyez-moi entre les pédophiles, les zoophiles, et les femmes traitées comme de la viande, (et j’en passe !), j’ai eu largement mon content d’insanités pour l’année.

Bref, à mes yeux un roman de gare. Sur des sujets similaires, je vous conseille de lire ou de (relire) le chef-d’œuvre de Truman Capote : De sang-froid ou l’excellent Seul le silence d’Ellory.

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6 Commentaires

    • ladelyrante

      Sachant que mon billet serait très négatif, je voulais asseoir sa légitimité (si je puis dire) en le lisant jusqu’au bout. Certains grincheux auraient pu me reprocher de chroniquer aussi durement un livre en m’arrêtant 100 pages avant la fin 🙂

  1. Mélo

    Wow voilà qui est dit ! J’ai lu beaucoup de bien de ce bouquin à tel point que je voulais le lire et ta critique me surprend beaucoup tant elle détonne comparée aux autres. Mais ça fait du bien d’avoir 2 sons de cloche, ça équilibre la balance. Du coup je ne sais pas je ne sais plus, il va rester encore un moment dans ma liste de lectures possibles mais ce n’est plus une urgence.
    Merci en tout cas pour cette franchise.

  2. Dareel

    Quand j’ai vu la note minable que tu lui as donné, j’me suis dit « mais c’est pas possible, elle l’a lu au moins ?! ».

    Maintenant que j’ai lu ta chronique je vois que oui et que ta note est très réfléchie.

    J’entame tout juste ce roman et j’ai hâte de savoir de quel côté de la balance je vais pencher, obscénité gratuite ou pleine de sens ? Tout ça me rappelle un peu les débats autour de American Psycho de Bret Easton Ellis !

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