« L’invention de nos vies » de Karine Tuil

2013 Editions Grasset
Langue française – 504 pages
Temps de lecture : 4 jours
Note 4étoiles-trèsbonmais
Synopsis

Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ? À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

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J’aurai aimé mettre cinq étoiles à ce roman et le dire « excellent » mais quelques petites choses m’ont dérangé pendant ma lecture. C’est pourquoi, je le décrirai comme un très bon roman et un page-turner efficace que j’ai beaucoup aimé.

Commençons par ce qui m’a déplu :
J’ai beaucoup peiné à entrer dans le roman, en raison de son style lourd et de son écriture prétentieuse. Les phrases sont à rallonge (parfois porteuse d’une certaine philosophie de bazar), la ponctuation pléthorique et anarchique (des – et des /) à chaque coin de page !)
qui cannibalise le texte. Et des notes de bas de pages fictives et farfelues. Des désagréments stylistiques
qui s’oublient, heureusement, après quelques chapitres. Quand le décor posé et personnages présentés, l’intrigue démarre en prenant le lecteur dans ses filets diaboliques. Dès lors, le roman se dévore, nonobstant quelques (petites baisses de rythme).
Quant aux personnages, dans leur ensemble, ils sont tous pratiquement détestables. Antipathiques. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : les hommes sont des salauds, égoïstes et misogynes, les femmes des idiotes sans caractère. Comprenez que ce roman est avant tout « un roman d’hommes ». Cuir, Whisky, Testostérone. Les femmes sont là pour le décorum, des plantes vertes, elles symbolisent le repos du guerrier et sont traités comme des geishas, presque des objets, et passent relativement au second plan tout au long de l’intrigue, à de rares exceptions.

Le regard que K. Tuil porte sur notre monde, nos sociétés contemporaines, la religion, la réussite, l’amour (entre autres sujets) est féroce, mais c’est avant tout ce qui est jouissif dans ce roman désenchanté et pessimiste, qui soulève des questions sociétales et plus encore identitaires, pertinentes et passionnantes,  tout en interrogeant des questions d’actualité brûlantes : le terrorisme, (notamment le djihad), l’intégrisme religieux, la détresse des banlieues, le racisme, la discrimination…
Avec ce roman noir, K. Tuil nous conte l’ascension et la chute et la déchéance d’un homme à la manière d’un polar, en empruntant brillamment aux codes du thriller, et si elle cède, selon moi, quelquefois à la facilité de certains clichés, cela n’en demeure pas moins une intrigue très efficace, malgré une fin un peu précipitée qui laisse des questions sans réponses,  et des arcs narratifs inachevés.

 

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