« Le tueur intime » de Claire Favan


2010 Editions Les Nouveaux auteurs (Horcol)
Langue française – 668 pages

Temps de lecture : 5 jours

Note 3étoilesbon et 4étoiles-trèsbonmais (du bon et du moins bon)

Synopsis

À quinze ans, Will a déjà conscience de sa différence. Solitaire, maltraité, il jette son dévolu sur une de ses camarades de classe. Ce qui n’aurait dû rester qu’une banale amourette devient une véritable obsession pour celui qui se révèle déjà comme un prédateur redoutable. Car Will est un tueur en série en devenir qui se construit pas à pas. Lorsqu’il estime le temps venu de livrer ses victimes au monde, il part sur les routes des États-Unis. Sa signature déroutante ne tarde pas à attirer l’attention du FBI. Pourtant, l’enquête de l’unité spéciale s’enlise. Un nouveau profiler, RJ, arrive alors en renfort dans l’équipe. Tous les espoirs reposent sur lui pour démêler les mises en scène de ce tueur diabolique.

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Glauque, tordu, et malsain, ce thriller, bien qu’étant une lecture éprouvante, m’a pourtant « ferrée » dès le début. La démarche de Claire Favan s’inscrit dans une volonté explicite d’originalité. En nous rendant presque « complice passif » des atrocités de Will Graham, un sociopathe pervers et narcissique, elle nous bouscule, et nous met terriblement mal à l’aise.

Je n’ai éprouvé que peu d’empathie envers le personnage de Samantha. En fait, je n’ai pas compris ses réactions la plupart du temps. Je l’ai trouvé trop faible, trop malléable, voire stupide. Elle fait preuve d’une rare idiotie. On peine à croire qu’elle puisse agir aussi stupidement ou être à ce point aveugle à la véritable nature de Will (même si elle a en face d’elle le pire manipulateur qui soit, certains comportements étranges devraient lui mettre la puce à l’oreille et lui faire enfin ouvrir les yeux). Et ben, même pas ! Bon, en même temps, une grande partie de l’intrigue repose sur cette relation de dominant/dominé. Samantha ne peut pas se rebeller trop ou trop tôt au risque de faire s’écrouler l’intrigue comme un château de cartes. Mais tout de même, son comportement n’est pas trés crédible à mes yeux.

La première partie consacrée à la « métamorphose » de Will est assez accrocheuse. Elle instille peu à peu un climat de peur et d’angoisse et offre un angle d’approche original en nous faisant entrer dans la tête d’un serial-killer en devenir, de son enfance d’enfant martyr, souffre-douleur, jusqu’au passage à l’acte, en nous montrant le point de rupture qui va se produire, un jour, à la faveur d’un événement presque banal, et précipiter le jeune Will Graham dans la folie et la perversion. Cette montée de l’horreur chez un individu à-priori « normal » est l’un des points fort de ce début de roman. Il est fascinant et dérangeant de voir avec quelle facilité, on peut basculer dans la folie perverse et devenir un monstre sans conscience, avide de laisser libre cours à ses pires pulsions. Aprés le raccourci psychologique est tout de même très facile. Je ne suis pas psychiatre mais je pense que le mécanisme psychologique qui se met en place dans la vraie vie pour faire basculer de la sorte un individu est beaucoup plus complexe, en vérité.
L’auteure propose une analyse du processus de métamorphose qui manque de subtilité.

Passé le basculement vers l’horreur, j’ai trouvé que le roman s’enlisait un peu dans la violence gratuite. La crudité de certaines scènes semble un peu outrée, too much. D’autant que Claire Favan nous gratifie d’un grand luxe de détails sordides qui donnent la nausée. Beurk.

En conséquence, j’ai davantage apprécié les parties précédant le passage à l’acte en lui-même, celles qui concernent l’aliénation progressive de la psyché de Will, plutôt que l’exécution de ses perversions que nous inflige l’auteure (sur beaucoup trop de pages et de manière trop détaillée à mon goût). Cette partie-là finissant par devenir redondante et tourner en rond.
Dans l’ensemble, ce thriller m’a semblé trop long, trop dilué. Une action plus concentrée l’aurait peut-être rendu plus captivant ? L’auteure tire un peu trop sur la corde. Une fois que le mode opératoire du tueur est compris par le lecteur, pourquoi l’illustrer de maniére si démonstrative dans des scènes de viol et de meurtres ultra-répétitives ?

La seconde partie, qui se consacre davantage sur la traque du tueur et sur le jeu du chat et de la souris que ce dernier s’amuse à imposer au FBI m’a beaucoup plu. On quitte enfin le cloaque nauséabond qu’est la tête de Will (hélas, on y reviendra par la suite) et on se rapproche des enquêteurs mais aussi de Samantha.

Laquelle continue parfois a faire preuve de réactions illogiques qui nuisent à la crédibilité de son personnage.
RJ est un profiler typique/atypique. Car s’il cumule toutes les caractèristiques communes aux profilers, l’auteure sait lui apporter un petit supplément d’âme en le dotant de failles profondes qui le rendent touchant et attachant. Ce qui renforce l’originalité de ce thriller, c’est l’alternance des points de vue entre le tueur, les flics qui le traque et sa premiére victime, Samantha. Comme sur un échiquier géant, chacun avance ses pions de son côté en essayant de prendre le meilleur sur son adversaire.
Au cours de l’enquête, nous assistons aux investigations du FBI de l’intérieur. Même si certaines découvertes semblent un peu trop rapides, trop faciles (RJ est un prolifer de génie, certes, mais tout de même !), la fin est à l’image du reste du roman, elle rompt avec les codes habituels du thriller et a su me surprendre en bien. L’auteure nous offre même une petite surprise finale qui donne envie de lire la suite « Le tueur de l’ombre ».

En résumé, un roman original (audacieux dans sa construction surtout) et très violent, voire choquant, qu’il convient de réserver à un public averti (certaines scènes frisent l’insoutenable). Parfois un peu maladroit, un peu bancal, un peu cliché aussi, ce thriller manque de maitrise mais n’est pas mauvais pour autant.

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3 Commentaires

  1. Pingback: La Gazette Elfique n°20 | Reveline

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