« Max » de Sarah Cohen-Scali

Editions France Loisirs (2013)

475 pages

Temps de lecture : 3 jours

Note 4étoiles-trèsbonmais

Synopsis

« 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! »Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.

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Déjà évoqué dans le bon thriller Les cendres froides de Valentin Musso, les Lebensborn sont un sujet passionnant traité d’une maniére originale. Tellement, que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’univers de ce roman. Le fait que le narrateur soit un foetus omniscient qui s’exprime pratiquement comme un adulte fanatique pour ensuite naitre et devenir un nazillon qui chante la gloire d’Hitler, est un parti-pris narratif trés audacieux auquel j’ai peiné à m’habituer.

Au début, ce monologue de Max, ce je désincarné qui nous raconte des moments et des choses qu’il ne peut pas connaitre (puisque intervenues avant même sa conception et sa naissance) me semblait une idée invraisemblable, tirée par les cheveux. Et comme je n’y croyais pas du tout et que je n’adhérais pas au procédé narratif, je m’ennuyais.

Puis Max naît et à travers lui, les points de vues changent et s’enrichissent, la focale se déplace de Max aux autres personnages et nous faisons connaissance des gens qui l’entoure grâce aux conversations qu’il entend, aux évenements qu’il vit au quotidien. A partir de là, il devient impossible de lâcher Max.

Le narrateur Max-Konrad n’est pas un bébé/enfant trés attachant, il est froid, prétentieux, idolâtre Hitler et les SS, et un fanatique du régime et ne rêve que de prendre part à l’extermination des races impures (!) (c’est une vraie petite ordure même s’il s’améliore un peu au contact de Lucjan/Lukas que j’ai vraiment beaucoup aimé, c’est le personnage que je garderai en mémoire. Car Lucjan a su me toucher et m’emouvoir, penser à lui me serre encore le coeur). Manfred est sympa aussi.

Max est heureusement pétri d’ironie et d’humour noir, ce qui permet de souffler un peu entre deux scénes révoltantes ou bouleversantes.

L’écriture est passe-partout (parfois vulgaire voir scato, Max n’ayant pas dépassé le stade pipi caca). Certaines scénes trés crues à forte connotation sexuelles mettent mal à l’aise).

Le langage très cash, trash, sans fioritures de Sarah Cohen-Scali met du rythme.

Bien que roman jeunesse, Max est une lecture difficile, sombre et cruelle et comporte des scénes presque insoutenables, d’une rare violence psychologique. Plusieurs d’entres elles m’ont nouées le ventre, serré le coeur et presque données la nausée (les « lapins », le passage dans la cave et j’en passe et des atroces).

L’intrigue manque parfois de crédibilité. L’auteure s’emballe trop et nous pond des situations improbables qui pènalisent l’ensemble.J’ai moins aimé les parties de trois à cinq, (un peu moins prenantes). Ce sont surtout les 2 premiéres parties et la derniére qui m’ont captivées. Pour avoir lu Si c’est un homme de Primo Levi quand j’étais gamine, sans être aussi dur ni avoir la même puissance émotionnelle que ce dernier (qui m’a terriblement bouleversée et fait faire des cauchemars pendant longtemps), Max est indéniablement un livre qui fait réfléchir, qui apprend de petites choses sur l’allemagne nazie. et changera la vision du monde de nos chères « têtes blondes », à ne pas faire lire donc à des enfants trop jeunes. Je pense qu’il faut destiner Max à des ados car c’est un douloureux uppercut, un livre qui marque et laisse des traces et qu’on n’oublie pas de sitôt même si le style trop familier et trop cru m’a déplu, ce roman vaut le détour pour son intrigue et quelques personnages forts.

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