[Partenariat] « Fermeture éclair » de Carl Aderhold

Editions JC Lattès
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 331 pages
Année de parution originale : 2012
Genre : Contemporaine
Temps de lecture : 
Note 
Synopsis 
Nous ne soupçonnons pas les ressources qui gisent en nous.
Laurent n’avait rien d’un meneur. Il aura fallu un licenciement violent et le départ de sa femme Sylvie pour voir enfin cet ouvrier de la Contilis prendre les armes. Le voici à la tête d’une bande d’ingénieux tocards prête à disputer la Coupe du monde de football des sans-emploi.Portrait d’une revanche sur la vie, Fermeture éclair dépeint avec humanité et drôlerie la fin d’une époque mais aussi ses espoirs.
En ouvrant ce roman, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. La quatrième de couverture laissant augurer d’un drame social (la fermeture brultale d’une usine) mâtinér d’humour et d’une belle leçon d’espoir.  J’avoue que j’étais assez inquiète de devoir me lancer ainsi dans l’inconnu et surtout du ressenti négatif que je pourrai avoir éventuellement sur le livre après avoir eu une expérience malheureuse par le passé avec un autre ouvrage de Carl Aderhold (Mort aux cons) que j’avais abandonné après seulement quelques chapitres tant le style me déplaisait et l’humour ne m’emportait pas comme on me l’avait pourtant affirmé. Et pourtant, j’ai une sainte horreur d’abandonner un livre en cours de route…
J’étais donc anxieuse de la critique négative que peut-être j’aurai à écrire sur ce livre mais surtout assez angoissée à l’idée de ne pas pouvoir le lire jusqu’au bout peut-être. 
Alors, qu’en est-il finalement ? 
La couverture à la fois colorée et décalée avec ses casques de chantier multicolores pouvait faire songer à un roman léger et humoristique de même que le titre en forme de jeu de mot « Fermeture éclair » qui donne immédiatement le ton du nouveau roman de Carl Aderhold. Mais cet ouvrage à mi-chemin entre le drame et la comédie sociale est empli de bien plus de gravité qu’il n’y parait de prime abord ou que la quatrième de couverture promettant une leçon d’espoir semblait le laisser supposer.

Ce qui se remarque dès les premières pages est le rythme soutenu de l’écriture. Les chapitres sont courts, les phrases aussi, les paragraphes rédigés d’un seul souffle sans ponctuation envahissante qui alourdirait la fluidité d’un style qui reste simple et plaisant à lire. L’auteur écrit comme on parle sans fioritures pour faire joli ou tarabiscotage pour faire « écrivain ». Le choix d’intégrer certains dialogues dans le corps du récit accentuant encore davantage le débit véloce du roman. Comme pour la plupart des romans de cette rentrée littéraire, la police de caractère choisie est très grosse mais cela possède l’avantage de rendre la lecture encore plus fluide.

Saisissante et impitoyable est la vision cruellement réaliste que nous donne l’auteur du monde du travail actuel et, en corollaire, de la dislocation d’une usine française en voie de délocalisation dans un pays de l’est, qui s’inspire manifestement d’événements récents comme on en voit hélas trop dans les journaux télévisés, désespoirs, violences et séquestration en tête. L’analyse des rapports entre les ouvriers et les syndicats est pertinente et le fonctionnement d’une entreprise est finement décrypté pour le lecteur lambda, comme moi, peu au fait de leur fonctionnement économique.

La psychologie des personnages est fouillée. Les trajectoires intimes de chacun des protagonistes atteignent leur cible, notre cœur compatissant et nous nous attachons à cette équipe de « bras cassés », de « robin des bois » ivre de vengeance et de ressentiment.

Le cynisme des politiciens et notamment du conseil général de l’Orme qui « récupère » les chômeurs pour exploiter leur misère afin de s’attirer les faveurs de l’opinion publique en les inscrivant à la Coupe du monde de football des chômeurs, atterre et révulse à la fois et c’est dans ce contexte que toute l’ironie de Carl Aderhold a la place de s’exprimer librement. Après tout, n’existe-t-il pas une coupe du monde de football des SDF ? L’auteur n’est donc pas si éloigné que cela du cynisme de notre société occidentale.

Carl Aderhold explore le spectre des conséquences qui découlent de la fermeture brutale d’une usine et de la mise au chômage d’un groupe d’individus emplis tout autant de colère que de fierté et d’espoir. L’occasion est là d’évoquer pêle-mêle les problèmes de couple après plusieurs années de mariage, la crise d’adolescence, la politique hexagonale ou bien encore les difficultés de l’intégration des immigrés…

Je passerai sur l’humour de l’auteur que j’ai trouvé un peu trop graveleux et souvent trop masculin à mon goût et préfère insister ici sur la causticité dont il sait faire preuve au travers de cette histoire de vengeance pire de revanche sur la vie orchestrée par une bande de copains que la trop grande honnêteté fait parfois ressembler aux « pieds nickelés ».

J’avais un peu peur d’un roman trop social qui ne constituerait qu’une longue diatribe contre notre société contemporaine mais au final, avec cette histoire qui n’est pas sans évoquer le formidable film The Full Monty (film britannique où une bande de chômeurs aux abois décident de monter un spectacle de strip-tease pour gagner un peu d’argent), l’auteur nous propose un roman assez corrosif et dans l’air du temps qui se révèle sympathique à lire.

Je remercie vivement Abeline Majorel et Les Editions JC Lattès qui m’ont fait parvenir gracieusement ce roman dans le cadre de l’opération organisée par le site : Leschroniquesdelarentreelitteraire
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