« Emma » de Jane Austen (Réactualisation)

 

Editions Le Livre de Poche
Publié en 2010 ~ Langue : Française ~ 511 pages
Année de parution française : 1816
Année de parution originale : 1815
Titre VO : EmmaGenre : Classique

Temps de lecture : plusieurs  jours

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Synopsis

Jeune femme dotée d’un esprit vif et d’une haute opinion d’elle-même, Emma ne tarde pas à devenir l’un des pivots de la vie sociale d’Highbury, petite ville de province anglaise. Volontiers manipulatrice et excellant au jeu des rencontres arrangées, elle se plonge dans l’univers émotionnel de ses contemporains, en tire les ficelles et trouve là son principal centre d’intérêt. Certes, l’aristocratie victorienne du début du XIXe siècle n’offre guère de distractions aux jeunes filles, aussi Emma se réfugie-t-elle dans ses expériences intérieures, laisse jouer son imagination et perd peu à peu la notion du réel. Cette héroïne, que Jane Austen a conçue antipathique à dessein, finira par être rattrapée par son égoïsme et ne devra son salut qu’à un amour dont elle avait sous-estimé l’importance, hautaine une fois de trop. Tout à la fois cruel et gentiment naïf, ce roman utilise le prétexte du pouvoir salvateur des sentiments amoureux pour se livrer à une étude de moeurs précise et sans complaisance.

 

J’adore les nouvelles couvertures proposées par la collection du Livre de poche qui habillent neufs grands classiques de la littérature mondiale.  Elles ont été réalisées par le couturier Christian Lacroix. Cela participe au plaisir de la lecture et donne un cachet supplémentaire à ces oeuvres indispensables à toute bibliothèque qui se respecte !

Après cette petite digression, entrons dans le vif du sujet : le roman en lui-même.

 Si l’on excepte l’ennui relatif suscité par une intrigue assez mince et les interminables considérations oiseuses sur le rang social et le niveau intellectuel de chacun, avouons qu’Emma n’est pas  au demeurant un personnage très sympathique: prétentieuse, orgueilleuse, obséquieuse, manipulatrice, c’est une empêcheuse de tourner en rond doublée d’une Melle je me mêle de ce qui ne me regarde pas… Jane Austen elle-même reconnaissait l’antipathie du personnage. De toute façon, tous les protagonistes du roman m’ont semblé franchement antipathiques chacun à un degré différent.

 Dans les toutes premières pages, nous découvrons Emma occupée à bavarder avec son père, Mr.Woodehouse, un vieillard geignard et hypocondriaque. Quelques lignes plus loin, d’autres personnages dont l’ancienne gouvernante d’Emma, nous font le portrait de la jeune fille en débattant à son sujet, confirmant notre première impression du personnage, même si Emma a quand même quelques ami(e)s qui la défendent face aux critiques de Mr. Knightley.

Le lecteur essaie de ne pas prendre parti de suite ou de se braquer précipitamment contre elle dès les premiers chapitres mais l’attitude d’Emma envers les autres personnages ne plaide pas en sa faveur !

Si son opposition au mariage la rend moderne pour l’époque et si ses raisons de rester célibataire semblent justes, elle ne peut pas s’empêcher de préciser que sa fortune est telle qu’elle n’a pas besoin d’un mari pour vivre. Ce qui montre son orgueil et sa préoccupation de l’argent.

Mais au fond n’adore-t-on pas détester Emma ? L’arrogante, l’idiote Emma (malgré la haute opinion qu’elle a d’elle-même et de son intelligence). Si une phrase du roman se devait d’ailleurs de définir la personnalité de la jeune fille, nul doute que ce serait celle-ci :

 « Le splendide isolement auquel sa grandeur la condamnait lui pesait singulièrement »

(Emma, pp.161/162).

Tout est dit.

 Le persiflage raffiné des personnages, se dénigrant les uns les autres sans en avoir l’air, témoigne du style inimitable et du talent absolu de Jane Austen à restituer l’atmosphère de son siècle et du milieu social duquel elle est issue.

L’ironie élégante avec laquelle elle dénonce les travers de la bonne société anglaise fait que cette lecture reste plaisante malgré une lenteur quelque peu exaspérante.

Jane Austen sait donner l’impression lorsque nous la lisons d’être transportés dans un autre monde, très loin de notre quotidien, un monde où les conversations sont  aussi bienséantes que futiles, remplies d’hypocrisie, et où le fiel se cache sous le miel, où l’on se dispute pour des peccadilles, comme la compétence d’un médecin par rapport à un autre ou l’importance de manger de la bouillie ou de prendre des bains de mer. Salamalecs datés à laquelle notre époque n’entend plus grand-chose.

Le dialogue de sourds entre Mr. Elton et Emma, qui ne distingue pas les avances de ce dernier, alors qu’elle lui en destine une autre, est amusant. L’incompréhension entre les personnages est souvent un outil utilisé par Jane Austen pour faire naître une impossibilité (cf. Orgueil et préjugès) mais ici elle est utilisée comme un ressort comique et point comme une des figures de l’empêchement caractéristique des romans sentimentaux dont Austen se moque dans tous ses romans.

Cependant, il est manifeste qu’Emma et Mr. Knightley, de par leurs querelles et l’évolution de leur relation, sont de pauvres ersatzs de Liz et Darcy !

Alors, oui, le style est lourd comme un pudding et l’intrigue phagocytée par des personnages inintéressants, les dialogues poussifs, l’amour raisonnable et raisonné, loin de toute passion (Knightley est plus un grand frère qu’un amant romantique !). Bien sûr, Emma ne vaut en rien les autres romans d’Austen, cependant, l’oeuvre reste très fréquentable malgré ses nombreux défauts.

 

 

 

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