« New Victoria, 1 » de Lia Habel

Editions Castelmore
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 544 pages
Année de parution française : 2012
Année de parution originale : 2011
Titre VO : Dearly Departed
Genre : RomanceFantastique
Temps de lecture : 2 jours
Note 
Synopsis
2195. Nora Dearly, jeune fille de la haute société de New Victoria, est plus intéressée par l’histoire militaire de son pays que par les bals et les jolies robes. Elle n’imaginait pas que la mort de son père, le docteur Dearly, la projetterait au cœur des conflits qui menacent les frontières du pays… Kidnappée par une faction rebelle, Nora doit combattre ses préjugés pour comprendre leurs motivations. Bram Griswold, un jeune soldat courageux et séduisant, entend bien lui ouvrir les yeux sur la véritable menace qui pèse sur les vivants… comme sur les morts.

Vous avez toujours rêvé de prendre le thé avec des zombies ? Oui ? Alors ce livre est fait pour vous !

L’une des raisons pour lesquelles ce roman m’a attiré l’œil est que sa couverture me faisait penser aux couvertures du Protectorat de l’ombrellede Gail Carriger, une série steampunk que j’apprécie énormément. Et ce n’est pas un hasard, car New Victoria est un habile croisement entre Alexia Tarabotti, Jane Austen et les films de George. A. Romero. Un mélange détonnant s’il en est !

Mais Lia Habel va encore plus loin dans sa reconstitution de l’ère victorienne en instaurant un climat d’étrangeté à mi-chemin entre l’horreur et le drame romantique. Chez elle, on assiste à des scènes d’une incongruité inédite, où l’on cancane, arrange des mariages au milieu de hordes affamées de zombies. Le décalage est irrésistible. Qu’importe pour cette bonne société que des cannibales soient à vos trousses, il convient de respecter l’étiquette et il est impératif que les jeunes filles se comportent décemment pour préserver leur réputation et leur chance de faire un bon mariage et, ce, même avec un macchabée accroché au bras ! C’est délicieusement surréaliste.

Comme Lia Habel le confesse dans la postface du roman, c’est parce qu’elle en avez assez de la fascination du grand public pour « la beauté figée dans l’éternité » (autrement dit les vampires qui font actuellement fureur) qu’elle a souhaité montrer qu’il existait une autre beauté, plus souterraine, vouée, elle, à la destruction, celle des zombies. C’est en partant de ce postulat que Lia Habel, férue de films de morts-vivants, à écrit New Victoria. Grand bien lui en a pris ! Son roman est l’un des romans fantastiques les plus surprenants que j’ai lu depuis longtemps. Le mélange audacieux entre un futur éloigné (l’an 2195) et l’époque victorienne où les survivants des multiples guerres mondiales et civiles ayant scindées l’humanité en deux groupes, les punks et les néo-victoriens, ont décidé de prendre pour norme sociale, retournant aux mœurs et à l’étiquette du 19ième siècle, tout en conservant une modernité technique fabuleuse, fonctionne à merveille.

Entre fiacres électriques, ombrelles lumineuses, hologrammes et écrans géants plasma, le lecteur en prend plein les mirettes. Et ce dès le début du roman. Une avalanche d’informations nous tombe sur le coin du nez et on a un peu de mal à tout assimiler d’un coup. D’où une sensation d’être perdue dans les premiers chapitres et d’avoir des difficultés à « rentrer dedans » mais les 50 pages dépassées, le roman devient terriblement immersif. Pour vous dire, je l’ai fini il y a deux jours et il me trotte encore dans la tête, je ne cesse de penser à l’univers néo-victorien et aux personnages qui m’ont le plus touchés. Depuis la fermeture du livre, tous les autres romans que j’entame me semble fades en comparaison. Ca y est, je suis accro !

Isaac Marion s’était déjà frotté à cette thématique des zombies parvenant à conserver conscience et humanité dans son roman Vivants. Bien que pas mal fait, le livre souffre énormément de la comparaison avec New Victoria qui est incontestablement bien plus travaillé, profond et convaincant. En un mot : supérieur.

New Victoria brasse des thèmes chers à la science-fiction dont notamment l’ostracisme envers les êtres différents et le racisme qui en découle. New London, la ville où se déroule la majorité de l’action, ressemble un peu au monde futuriste que l’on retrouve dans les romans de Philip. K. Dick ayant inspirés le film Minority Report. Et l’idée d’un monde intentionnellement figé à une époque donnée avait déjà été employée par Catherine Fisher dans son Incarceron.

Parallèlement à une intrigue fantastico-militaro-zombiesque maitrisée et qui revisite brillamment le thème des morts-vivants (envisagé sous l’angle d’une maladie) tout en mélangeant science, tactiques belligérantes et amour impossible, et à l’univers hybride très réussi de Lia Habel, ce qui emporte aussi l’adhésion du lecteur sont les personnages du roman, en particulier les zombies qui sont très funs. Il y a aussi un humour fort sympathique dans New Victoria, il était nécessaire d’alléger un peu une atmosphère assez sombre. Certaines répliques, je dois le dire, m’ont fait « mourir » de rire comme cette phrase de Renfield (clin d’œil à Bram Stoker), un zombie voulant pouvoir séduire les demoiselles et qui déclare : « Les vampires sont des zombies qui ont de meilleurs attachés de presse/une meilleure campagne médiatique » – je cite de mémoire, mais l’idée principale y est.

Chastity et le docteur Samedi (doté d’une particularité physique étrange que je vous laisse la surprise de découvrir) sont également très très drôles. Eh oui, des zombies comiques, ça existe !

J’ai aimé le caractère entier de Nora, même s’il elle m’a parfois agacé avec ses incessantes sautes d’humeur et si au départ de l’histoire c’est son personnage qui avait mes faveurs, bien vite c’est sa meilleure amie, Pamela – que je trouvais fade au début – qui a fait ma conquête. C’est elle qui connait, je pense, l’évolution la plus intéressante de tout le roman. Pour résumer, elle passe de Liz Bennett à une sorte de Lara Croft victorienne armée d’un arc et qui éclate les moribonds à coups d’ombrelle ! Pamela, faut pas la chercher, hein !  Son frère Izzy, et l’ennemie intime de Nora et Pamela, Vespertine, m’ont souvent agacés mais comme ils ont été crées dans ce but par Lia Habel, on a le droit de leur tirer la langue. Sans compter, que l’un des deux connaitra une évolution étonnante.

Bram, le héros principal au même titre que Nora et Pamela, est  le prince charmant des zombies. Il est tendre, amusant, courageux, rassurant, romantique et attentionné (manquerait plus qu’y mordre, tiens !) Bon, il est peut-être un peu trop parfait, sachant qu’en plus, contrairement à la plupart de ses acolytes, il n’a jamais goûté à la chair humaine, bref, il est un peu trop le « gendre zombie idéal ». Mais il n’en reste pas moins très attachant et touchant, cet Abraham.

La narration éclatée permet de suivre l’action en plusieurs lieux a la fois. Le lecteur est presque omniscient, il ne rate rien ou presque des agissements de chacun. Cependant, cette narration dispersée rend la lecture plus lente car on change sans cesse de personnage et on s’y perd un peu.

Parmi les nombreux romans steampunks et para-austenien actuellement sur le marché, New Victoria s’impose comme une œuvre extrêmement originale et surprenante qui offre à la fois un univers totalement décalé et incongru et pourtant crédible et un climat d’étrangeté réjouissant ainsi que des personnages drôles et attachants (et accessoirement morts). Une réussite quasi-parfaite qui parvient à nous tenir en haleine entre science, guerre, horreur et romance.

Attention, j’ai dit quasi-parfait, c’est donc qu’il ne l’est pas totalement. Certains « détails » m’ont chiffonnée : des méchants un peu caricaturaux et des longueurs dispensables selon moi, surtout au début. Une certaine facilité parfois, bien entendu, Bram est forcement le moins rafistolé de tous les zombies, le plus beau, le plus malin. Il faut bien rendre la romance possible sans que cela paraisse trop dégoûtant. Et la fin utilise un peu beaucoup d’hémoglobine. Bon, vous aurez compris que là je chipote pour la forme, la vérité, c’est que j’ai littéralement adoré ce roman et que New Victoria est un excellent roman à ne pas rater.

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8 Commentaires

  1. Mypianocanta

    AH celui-là va se glisser comme par magie dans mon panier à ma prochaine descente en librairie c’est certain.Et je suis d’accord avec toi pour la comparaison de la couverture.
    En tout cas, magnifique billet absolument irrésistible ! 🙂

    • ladelyrante

      Oui, zombiesque est un mot que j’ai inventé mais je l’aime bien 😉
      J’espère que tu aimeras autant que moi si tu le lis car je suis du genre spéciale comme fille lol !

  2. plumedecajou

    Et bien moi qui n’ai pas acheté de livres depuis plus d’un mois (sans effort :O), je sais d’ores et déjà que celui-là sera dans mon prochain panier 🙂 Merci pour la découverte irrésistible Reveline 🙂

  3. froggy80

    Cette couverture me fait littéralement baver !!! Serait-je devenu un zombie ? En tout cas, je suis bien heureuse que tu as pu le lire… j’ai bien hâte de l’ajouter à ma PAL… Et ton avis nous donne vraiment le goût d’aller prendre un café avec eux !!! connais-tu la série tv walking dead ? C’est vraiment bon… et côté zombie, nous sommes servis !!!
    Bisouxx

  4. Pingback: « Kaleb, 2, Abigail » de Myra Eljundir | Reveline

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