« L’amour sans le faire » de Serge Joncour

Editions Flammarion (Rentrée Littéraire)
Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 319 pages
Genre : ContemporaineDrame
Temps de lecture : 2 jours 
Note 
Synopsis
« On ne refait pas sa vie, c’est juste l’ancienne sur laquelle on insiste », pense Franck en arrivant aux Bertranges, chez ses parents qu’il n’a pas vus depuis dix ans. Louise est là, pour passer quelques jours de vacances avec son fils dont elle a confié la garde aux parents de Franck. Le temps a passé, la ferme familiale a vieilli, mais ces retrouvailles inattendues vont bouleverser le cours des choses. Franck et Louise sont deux êtres abîmés par la vie, ils se parlent peu mais semblent se comprendre. Dans le silence de cet été chaud et ensoleillé, autour de cet enfant de cinq ans, « insister » finit par ressembler, tout simplement, à la vie réinventée.
Peut-être le roman le mieux écrit de toute cette rentrée littéraire (même si je suis loin de les avoir tous lus). J’avoue avoir beaucoup de mal à vous parler de cette lecture. Même aprés plusieurs jours, je ne trouve pas les mots adéquats pour vous dire à quel point ce roman m’a plu et touchée.
Un roman terrien, sensuel et gourmand
L’histoire qui nous est donnée à lire n’a rien d’innovant ou de spectaculaire, elle aurait même pu être banale, si ce n’était la magnifique écriture de Serge Joncour qui sublime le quotidien par la magie de ses mots.
La plupart des paragraphes sont comme autant de strophes d’un poème célébrant la nature et la vie. Les petits bonheurs de l’été deviennent des instants de grâce : boire une  citronnade glacée, sortir la lourde table en chêne de la salle à manger pour prendre les repas dehors, plonger une cuillère de confiture maison dans un yaourt nature deviennent presque des actes magiques.
Visuel 
De ce roman, il me restera d’abord l’image d’un champ craquelé de sécheresse où jaillit un geyser d’eau. Cette vision à elle seule suffit à évoquer ce très beau roman où la vie jaillit comme un geyser dans le cœur meurtri des personnages.

Ayant grandi à la campagne, j’ai retrouvé bon nombre de sensations et d’émotions éprouvées alors que j’étais toute gamine. Les parents de Franck sont si authentiques que j’ai parfois cru revoir mes grands-parents à travers eux. J’ai retrouvé la pudeur des sentiments des gens de la campagne, l’affection qui s’exprime par de petites attentions, comme de cuisiner pour ceux qu’on aime par exemple ou tout simplement ces silences complices qui laissent  passer mille choses entre les êtres.

En lisant ce roman, je n’ai pu m’empêcher de songer au film Le grand chemin avec Anémone et Richard Bohringer et, ce, bien que l’histoire ne soit pas la même, j’y ai retrouvé la même volonté de souligner l’importance de la nature dans la reconquête de soi-même.

D’ailleurs, le rapport à l’image est très présent dans ce livre, Franck travaille dans le cinéma et trimballe partout avec lui sa caméra. C’est en filmant l’insignifiance des choses qu’il rend, paradoxalement, la vie plus réelle et plus tangible.

L’intrigue et les personnages 

L’amour est le sujet véritable du livre, l’amour sous toutes ses formes : filial, fraternel, déçu, celui de la terre, celui des siens et celui de l’absent… Le pardon aussi tient une grande place dans ce roman qui en mettant en exergue le besoin du retour à la terre et à ses racines d’un quadragénaire désabusé, prend des allures de parcours initiatique tardif.  Car, souvent, revenir à la terre de son enfance, n’est-ce pas revenir d’abord à soi-même ?

Cet amour de la terre prend le dessus sur l’amour romantique ou physique d’où le titre car aimer c’est aussi ne pas le dire ni le faire parfois. Un roman d’amour qui n’en est pas un et des personnages loin d’être des héros ou des modèles. Le personnage principal ne se comporte pas toujours bien, il est souvent égoïste, il a des torts et des défauts mais surtout des failles et c’est ce qui rend Franck et les siens si attachants. Quant au petit Alexandre, il est ce petit vent frais qui souffle sur nos visages et nous fait sourire à chacune de ces apparitions dans le roman. Sans lui, le drame serait sans doute plus pesant et plus suffocant.

Oui, car on se prend immédiatement d’affection pour ces êtres de tous les jours, au point d’épouser leurs affres et leurs incertitudes.

Si d’un point de vue narratif, l’intrigue connait quelques flottements (l’achat d’un parasol jaune par exemple), le roman se lit vraiment d’une seule traite sans lassitude ni ennui malgré l’absence d’enjeux autres qu’humains ou existensiels. 

En conclusion 

Un très beau roman qui puise sa force dans l’authenticité des personnages et la justesse d’une écriture qui la sublime.  

Publicités

10 Commentaires

  1. eimelle

    je viens de le lire, et un avis qui rejoint cette chronique. Le monde des taiseux, du temps qui s’arrête, de nos propres souvenirs qui remontent…

  2. Pingback: Bilan 2012 « Reveline

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s