« Les Apparences » de Gillian Flynn

Editions Sonatine

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 570 pages

Temps de lecture : 3 jours 

Note 

Synopsis

« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. » Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Nick, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Nick ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Nick est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

***************************************************************** Difficile de chroniquer ce roman. J’ai peur de trop en dire et de vous gâcher le plaisir de la découverte. Les choses qui m’ont séduites étant celles qu’il ne faut pas vous révéler.

Les apparences sont souvent trompeuses dit-on. Voilà qui explique sans doute le titre de ce très bon roman de Gillian Flynn. Pas vraiment un thriller, disons qu’il n’est pas assez conventionnel pour être envisagé comme tel, souvent bien plus proche du roman psychologique mais aussi de l’étude de mœurs, ce drôle de bouquin propose aux lecteurs de rentrer dans une histoire complètement folle et hors normes.

L’écriture au scalpel de G. Flynn est jubilatoire. Son style incisif, déjà remarqué pour son réalisme et son côté cru dans Les Lieux sombres fait preuve d’un cynisme réjouissant, autopsiant une histoire d’amour et disséquant les mécanismes d’un couple d’américain un peu bobos que la perte d’emploi et des problèmes financiers vont commencer à faire se déliter petit à petit.

Les Apparences constitue une expérience de lecture déroutante. Très vite, le qui, c’est-à-dire l’identité du coupable s’efface au profit du comment et du pourquoi car le lecteur découvre assez vite qui a fait le coup, le suspense sur le nom du coupable, Gillian Flynn s’en fiche bien et il est vrai que ce n’est pas le plus important dans ce roman.

Ce roman à deux voix, mari et femme nous raconte tour à tour leur version des faits, leur vision des choses en se contredisant sans cesse, nous embarque dans un grand huit émotionnel très intense. Notre interprétation des faits et notre opinion sur les personnages – souvent détestables – changent sans arrêt. On ne sait plus démêler le vrai du faux ou faire le tri dans nos sentiments à l’égard des personnages. On déteste Nick, on plaint Amy, on hait Amy, on prend pitié de Nick puis de nouveau on éprouve de la compassion pour la jeune femme tout en recommençant à détester son mari… et ainsi de suite jusqu’à la fin du livre. A chaque nouveau chapitre, le lecteur tombe de charybde en scylla. Si bien que pendant une bonne partie du roman on ne sait plus qui ment et qui dit la vérité. On est largués, manipulés par G. Flynn, et c’est délicieux.

Une fois fixé sur le pourquoi du comment, ce qui survient assez rapidement, étonnamment l’intérêt de l’histoire ne retombe pas. Bien au contraire. Si la première partie du livre est un peu plate très vite le roman devient passionnant et le reste jusqu’au bout pour d’autres raisons que de connaitre l’identité du criminel.

En bref, ce roman m’a plu pour :

son parti-pris original, l’important n’est pas le qui, le nom du coupable, mais le pourquoi et le comment.

sa narration-palimpseste, où la version d’un personnage réécrit celle d’un autre, est très efficace.

– le cynisme réjouissant de l’auteure qui autopsie un couple au bord de la rupture, d’une écriture coupante comme un scalpel.

la manière dont l’auteure manipule le lecteur et se joue de ses convictions

J’ai moins aimé :

– le fait qu’on voit venir les choses un peu trop à l’avance parfois.

– la petite frustration de ne pas avoir de révélation finale fracassante (enfin si un peu…mais chut !)

Mais ce roman reste tout de même jouissif à dévorer.

Le lien du billet de ma copine Cajou qui a adoré et le dit avec talent.

 

 

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8 Commentaires

  1. plumedecajou

    Narration-palimpseste. Wow. Magnifique ^^ Tu me laisses toujours bouche-bée devant ton vocabulaire riche, précis et tellement approprié pour parler de tes lectures !
    Je partage aussi tes petites déceptions, d’ailleurs 🙂 Mais même si c’est rapide à la fin, et que ça manque de développement ou d’éclat, j’ai bien aimé cette fin là … je la trouve juste… parfaite !
    Biz

    • ladelyrante

      Oh, je vais rougir là 🙂
      Merci, surtout venant de toi, ça me fait plaisir !
      Oui, je suis d’accord, la fin m’a plu, elle est parfaite pour ce livre !

      Bisous Cajou

  2. Pingback: Les apparences, Gillian Flynn « Passion lectures
  3. Vanessa

    Difficile de résumer, commenter et apprécier avec autant d’esprit que tu l’as fait.

    Mes sensations sont les suivantes:

    J’ai aimé me retrouver -arbitre- entre Nick et Amy. Ces deux personnages détestables, adorables ou les deux à la fois m’ont passionnés.

    Le style d’écriture de Gillian Flynn s’avère toujours aussi incisif.

    Pour faire court, j’ai adoré ce livre; et les critiques que vous en avez faites toi et Cajou.

  4. Pingback: Bilan 2012 « Reveline
  5. Anne-Charlotte

    J’aime beaucoup ton avis sur ce livre. La façon dont elle arrive à nous faire apprécier l’un et ensuite le détester est vraiment fort. Elle a un vrai talent je trouve pour inventer des personnages psychologiquement complets et intéressants.
    La fin est pire qu’une finale fracassante.

  6. Pingback: [Masse Critique Babelio] « La femme d’un homme » | Reveline

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