[Challenge de Calypso, session 9 : « Fille »] « Les Filles de Mr. Darcy » d’Elizabeth Aston

Editions Milady (Pemberley)

Publié en 2012 ~ Langue : Française ~ 480 pages

Temps de lecture : 2 jours 

Plaisir de lecture  Bon mais …

Synopsis

Vingt années après Orgueil et Préjugés, nous faisons la connaissance des cinq filles d’Elizabeth et Darcy. Alors que leurs parents sont en voyage à Constantinople, les demoiselles viennent passer quelques mois à Londres chez leur oncle Fitzwilliam. La découverte de la vie citadine, des plaisirs et des disgrâces qu’elle offre, associée au caractère fort différent de ces jeunes personnes, va mener à des aventures – et des amours – inattendues, dans un cadre particulièrement mondain, où de nombreux individus se côtoient. On retrouve avec plaisir certains personnages créés par Jane Austen.

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Inconditionnelle de Jane Austen et surtout d’Orgueil & Préjugés, l’un de mes romans préférés (je le relis une fois par an), je craignais beaucoup de me plonger dans cette « suite non-officielle ».

Que dire ? Je résumerai ma pensée ainsi : Les Filles de Mr Darcy ou comment passer du pointillisme Austenien à la peinture à la truelle Ashtonien…

La première moitié du roman m’a semblé sympathique malgré ses fausses notes, la seconde m’a vite fait déchanter.

Oui, car l’auteure n’a ni la subtilité,  ni la verve sardonique ni même le regard ironique de Jane Austen sur ses contemporains. Elizabeth Aston tente bien de décocher quelques flèches empoisonnées à ces messieurs-dames de la haute société victorienne et londonienne mais cela reste timoré.

De plus, elle force souvent le trait jusqu’à tomber parfois dans la caricature et, allant bien plus loin que son illustre ainée dans la représentation de la vie intime de ses personnages ou les sujets scabreux, elle détone par ses effets grossiers et son trait un peu vulgaire dans l’atmosphère victorienne qui sert de cadre à son récit.

Aston réutilise le canevas utilisé par Jane Austen (même si certaines péripéties sont inédites et parfois de mauvais goût comme le motif de l’homosexualité dans la société victorienne utilisé avec beaucoup de lourdeur).

Si elle s’empare de certains personnages créés par Austen, Aston ne parvient jamais vraiment à se les approprier et à les faire évoluer, si bien qu’en plus d’avoir l’impression d’un copié-collé de l’intrigue d’Orgueil & Préjugés, les personnages originels semblent figés, comme les statues décoratives de Pemberley tandis que les nouveaux personnages font un peu songer à des coquilles vides de substance. Ce sont des personnages-prétextes au service de l’intrigue, rien de plus.

Les héroïnes, mis à part Camilla, sont toutes insupportables et bonnes à baffer plus encore que les filles Bennett de la grande époque. Desquelles, la plupart des héroïnes d’Aston ne sont rien d’autre que des réactualisations ou des clones. Camilla est celui de sa mère, Liz Bennett, les jumelles ceux de Lydia …

Quant aux personnages masculins, ils sont loin d’être transcendants. Bon, il est vrai que c’est difficile de se montrer à la hauteur du charismatique MR. Darcy, avouons-le. Mais les prétendants des filles de Liz et de ce dernier sont tout de même bien falots.

De plus, on ne croit pas vraiment à la brusque irruption d’une histoire d’amour si tardivement dans le roman. Et toute agréable et mignonnette qu’elle soit, cette histoire (ou ces histoires d’amour puisqu’elles surgissent toutes ou presque en même temps) ne sauraient rivaliser avec l’une des plus grandes et belles histoires d’amour de la littérature : la passion et le dévouement que Liz Bennett et Darcy éprouvent l’un pour l’autre depuis 20 ans…

Les péripéties incessantes des derniers chapitres donnent le tournis d’autant que tout ce qui les précède est très languissant, moyen poli de dire qu’il a pas mal de longueurs.

Entendons nous bien, ce n’est pas un mauvais roman mais difficile de passer derrière un chef d’œuvre comme Orgueil & Préjugés sans décevoir, et disons- le Aston n’est pas Austen même si son style est assez bon. Rien de véritablement déshonorant certes, mais une sorte de nivellement par le bas de l’univers victorien et de l’œuvre d’Austen.

Malgré tout, cela reste assez plaisant à lire et divertit. Surtout que je m’attendais à quelque chose de vraiment catastrophique en commençant cette suite. 

Pas de quoi se retourner dans sa tombe pour Jane Austen donc mais pas de quoi non plus fouetter un chat. Un roman sympathique possédant quelques charmes mais aussi pas mal de maladresses.

Je viens d’apprendre qu’une suite concernant l’une des soeurs cadettes, Alathea Darcy, sortira dans les prochains mois chez Milady. Je suis circonspecte quant à cette suite qui, non seulement ne me semble pas indispensable, mais qui va mettre en scène une héroïne qui, sans être insupportable ou désagréable, ne m’avait pas semblé porteuse tant que cela de possibilités de développements romanesques futurs. Mais pourquoi pas au fond, puisque Alathea est l’une des rares soeurs Darcy a qui j’avais trouvé un tant soit peu de tempérament et de caractère et sa passion pour la musique (et le travestissement) peut également nous laisser entrevoir une intrigue sympathique pleine de quiproquos en tous genres. Affaire à suivre, mais peut-être me laisserai-je tenter …

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9 Commentaires

  1. plumedecajou

    La peinture à la truelle hahaha tu m’as fait éclater de rire. Je ne comptais de toute façon pas du tout lire ce livre puisque je n’ai toujours pas lu l’original « Orgueil et Préjugé » donc je voudrais déjà découvrir Jane Austen avant de me lancer dans la paralittérature austenienne ^^
    Des bisous !

    • ladelyrante

      Sacrebleu ! Tu n’as pas encore fait connaissance avec Jane Austen et son fameux Mr. Darcy ?! Diantre, il faut vite remédier à cela 🙂 et ensuite tu pourras te lancer dans le dernier PD James « La mort s’invite à Pemberley » qui est fort agréable à lire 😉

      Bisous bisous

  2. Pingback: La fille du berger des arbres – G. Summers « L'univers de Sunflo
  3. Mypianocanta

    Ta chronique est plus incisive que la mienne mais je crois au final que notre ressenti est assez similaire ; ce qui me rassure un peu vu les commentaires que j’ai pu lire (ou tout bons ou vraiment mauvais, voire méchants).

    Juste une remarque (qui m’a sauté aux yeux) la phrase sur les lourdeurs des péripéties tu as mis deux fois le mot « parfois » 😉

    A très vite pour une nouvelle lecture « commune » en différée ! 😀

    • ladelyrante

      Oups, merci de me signaler la coquille My 🙂
      Oui, c’est vrai que les avis sont curieusement tout noir ou tout blanc.

      Une lecture commune en différée ! Ah, c’est très bien trouvé ça ! Bravo ! On devrait lancer le concept ! 🙂

  4. calypso

    J’ai l’impression qu’il y a un « mais » dans toutes les chroniques. Il faudrait presque le lire sans connaître O&P, non ?
    Merci pour ton billet en tout cas !

  5. jeneen

    je l ai lu aussi pr cette session et j abonde ds ton sens ! trop de lourdeurs pr moi et de similitudes mal exploitees. il y manque l ironie d austen et la lenteur de l intrigue : ici tt est un peu trop rapide…distrayant pr l ete !

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